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Le
reposoir… et la perspective du secret de Périllos |
Revenons
encore sur ce petit bâtiment commandé par Saunière et
dont il prétendait avoir fait sa bibliothèque et son bureau…
Suite à l’incident grave du refus de laisser les pompiers accéder
à l’eau, lors de l’incendie, la municipalité retire
à l’abbé l’usage de l’endroit.
Il fallait bien que l’intérieur de cette construction soit
aménagé convenablement pour recevoir des étagères
à livres et des meubles de bureau. Connaissant les goûts de
Saunière, un tel aménagement devait être propre, de
bonnes finitions et confortable.
Logiquement, si la mairie de Rennes-le-Château récupère
les lieux, ces derniers doivent être en très bon état.
Curieusement, on apprend qu’alors le local devient un… ‘reposoir’
! Et tous d’imaginer que l’on déposait ici une dépouille
mortuaire, un cercueil, en attente d’être ensevelis dans le
cimetière… Rien de plus vraisemblable, à priori, puisque
l’endroit se trouve près de l’entrée du cimetière.
Il serait cependant très intéressant de savoir d’où
vient cette affirmation, car nous allons la considérer d’un
peu plus près.
D’abord, d’où vient le mot “reposoir” pour
la nouvelle fonction du bâtiment de Saunière ? On lit dans
le dictionnaire : « ameublement de funérarium servant à
exposer une urne cinéraire et comprenant un prie-dieu et une table
sur laquelle on dépose l'urne cinéraire, des bouquets de fleurs
et des photos de la personne disparue». En bref, le reposoir serait
une construction funéraire et religieuse à laquelle son emplacement
la destine de toute évidence.
Il reste également la possibilité qu’il y ait eu à
cet endroit une bâtisse avec cette fonction, que Saunière aurait
réaménagée selon ses prétendus besoins : une
bibliothèque et un bureau… et qu’après l’incident
de l’incendie le lieu soit retourné à sa fonction première.
Cette vue d’ensemble ne serait pas impossible si l’on admet
l’hypothèse d’un abbé Saunière exerçant
secrètement un culte très particulier pour les morts. L’endroit
se serait parfaitement prêté, pour lui, à quelques exercices
liés à cette forme de mémoire… Ensuite, le retour
à la fonction d’origine aurait été une satisfaction
pour tous, y compris peut-être pour notre abbé, qui pouvait
ainsi continuer à en tirer une sorte de profit personnel.
Un culte funéraire
Poursuivons la lecture
de notre dictionnaire. Il explique que « le reposoir d’urne
cinéraire est une adaptation du décor de chambre funéraire
traditionnelle lors du procédé d’incinération
des corps. Ce ‘décor de chambre’, tel qu'il est toujours
nommé (et qui est utilisé pour aménager une salle commune
en salle funéraire), comprend l'ensemble des éléments
suivants : porte cercueil et prie-dieu ou reposoir d'urne cinéraire,
fauteuils, tentures, lampes, porte-bouquets, lutrin du cahier de signature
des visiteurs, porte-carte pour cartes de condoléances et cartes
d'offrandes de messe et de prière. »
Au moment des faits de Saunière, nous considérons que le cimetière de Rennes-le-Château est exclusivement chrétien… et qu’à cette époque, les croyants se font généralement tous enterrer selon la coutume de l’Eglise. Mais, nous savons également qu’il est des rites funéraires où les dépouilles ne sont pas enterrées, mais incinérées. Cette pratique est fréquente en Europe, à l’ère préchrétienne. On peut même dire que l’incinération est la plus courante coutume « préchrétienne ». En échange, seules les plus hautes personnalités d’alors sont enterrées. Ce rite souligne la croyance que le peuple se réincarne, et qu’il est indispensable que les traces de vies précédentes soient ainsi effacées. Seuls l’élite, les plus hauts dignitaires et la grande aristocratie se pensent aptes à atteindre les « Champs-Elysées » ; ils n’auront plus à subir les épreuves terrestres des multiples réincarnations… ainsi enterrée, leur dernière ‘enveloppe humaine’ sera conservée afin d’empêcher les multiples retours. Plus tard, les chrétiens penseront qu’ils peuvent, par l’intervention de Jésus auprès de Dieu son père, accéder à « la paix du ciel » sans passer par toutes les réincarnations. Ils adoptent alors la pratique de l’enterrement.
Autres
aspects funéraires
On
note, dans le dictionnaire, une autre définition du mot reposoir.
Il est expliqué qu’un ‘reposoir’ peut aussi se
dire d’un autel, comme on le retrouve dans l’expression : «
des reposoirs sur le chemin de la procession ».
« Sorte d’autel qu’on élève de place en
place sur le chemin que suit la procession du Saint Sacrement pour y faire
reposer celui-ci » (Dictionnaire Encyclopédique Quillet). Il
reste que sur ce même dictionnaire on nous dit que ce mot se rapporte
aussi à une… cuve ! Et qu’en ce cas elle prend le nom
étrange de… « diablotin » ! C’est pour
le moins curieux si l’on considère certains détails
concernant Asmodée, et autres, dans cette affaire de l’abbé
Saunière et les rites mortuaires…
Malgré toutes ces
définitions différentes, il reste dans l’esprit populaire
que le reposoir est essentiellement l’endroit où le corps «
repose » entre le décès et l’enterrement ou l’incinération.
Dans l’affaire de Saunière, le reposoir de Rennes-le-Château
est en dehors du cimetière, et à côté de l’église.
Les villageois peuvent alors visiter le mort jusqu’au moment de la
messe mortuaire. A ce moment-là, le corps est d’abord conduit
du reposoir vers l’église, puis vers le cimetière pour
l’enterrement.
Finalement, on peut conclure que le reposoir de Rennes-le-Château
peut avoir eu toutes ces fonctions : reposoir pour des urnes, y compris
un autel (bien sûr), et endroit où les morts sont placés
avant leur enterrement.
On note que les coutumes changent et apparemment, à l’époque
de Saunière, le « reposoir » n’est plus utilisé
(souvent, une chambre de la maison est préparée pour recevoir
le corps). On peut comprendre, qu’autrefois, le reposoir était
nécessaire, car les maisons étaient moins grandes, et pour
des raisons d’hygiène, il était difficile d’y
garder un mort. D’autre part, tout le monde ne mourait pas chez lui…
et dans ce cas, le corps devait être déposé dans un
certain endroit : voilà pourquoi nos ancêtres ont « inventé
» le reposoir. Les textes légaux alors confirment que «
la pièce pour la conservation du corps avant et après mise
en cercueil est souvent appelée ‘reposoir’. »
A ces éléments, on peut ajouter que les temples égyptiens
ont eu également un reposoir. Celui de Ramsès III à
Karnak était destiné aux barques de la triade thébaine
: Amon, Mout et Khonsou. Les chapelles reposoirs prendront la place du sanctuaire
de cet édifice bâti sur le modèle des grands temples
égyptiens.
L’histoire
imaginaire d’un reposoir
On
ne connaît pas l’histoire de ce reposoir, mais on peut logiquement
en trouver une.
Auparavant, observons l’endroit : le reposoir se trouve apparemment
au-dessus d’une citerne… un endroit réservé à
l’eau. Ceci peut être important, car on dit que les morts sont
souvent « lavés » de leurs peines par l’eau…
et que les petits enfants morts sans sacrements reçoivent néanmoins
leur baptême par l’eau qui tombe… d’une maison.
Ainsi, on constate que de l’autre côté du reposoir, dans
le cimetière, se trouvait l’endroit où ces bébés
étaient inhumés, recevant de fait leur baptême par l’eau
du reposoir.
Autre
observation : on note que l’église et le reposoir se trouvent
au-dessus d’une faille tellurique connue. La faille, bien sûr,
est le symbole du monde souterrain, l’enfer. L’emplacement d’un
ensemble religieux est alors logique. Peut-on supposer que le reposoir,
au début, était aussi un sanctuaire préchrétien
pour enterrer les urnes ?... Etaient-elles enfouies dans cette faille? Si
oui, on peut conclure que Saunière, en effet, a retrouvé,
à partir de 1891, des vestiges datant de l’époque visigotique…
Notons que l’affirmation d’une telle découverte n’est
pas fantaisiste… mais plutôt coutumière. Rennes-le-Château,
situé sur un plateau élevé, a dû attirer très
tôt une population… dont on devrait trouver des traces…
et les morts. Ceux-ci ont-ils été déposés dans
les urnes de la faille à laquelle on aurait accédé
depuis ce qui deviendra le ‘reposoir’ ?
Dans cette histoire imaginable, on peut supposer qu’à l’arrivée
des premiers chrétiens sur les lieux, le « temple »
est devenu l’église, l’accès à la nécropole,
condamné, est masqué par… le reposoir, dont le terrain
jouxtant reste dans la tradition en devenant le nouveau lieu d’enterrement
: le cimetière !
Ainsi, dans cette affaire, un sanctuaire « païen » est
devenu « chrétien » sans laisser de traces.
Des
questions et des parallèles…
Peu
d’endroits disposent d’un reposoir en dehors de l’église,
comme à Rennes-le-Château. Aucun des villages voisins ne dispose
d’une telle construction indépendante. Du moins n’en
trouvons-nous ni archives, ni vestiges…
Pourquoi Rennes-le-Château fait-il, une fois de plus, exception? Peut-être
pouvons-nous imaginer, là encore, que le reposoir ait eu un rôle
particulier important durant toute la période des premiers chrétiens
?... celui de dissimuler un endroit ‘spécial’ ?... ou
prévenir les descentes dans la faille et empêcher la découverte
des vestiges préchrétiens…
Maintenant,
notons qu’en la matière, il existe un endroit similaire à
Rennes-le-Château : le village abandonné de Périllos.
Là aussi on voit l’antique chapelle des seigneurs devenir l’église
du village…
Là aussi, on voit cette église construite sur une faille.
Là aussi, cette dernière serait reliée à une
nécropole importante, dont une partie daterait des premières
occupations chrétiennes.
Ensuite, nous voyons que, là, un des derniers seigneurs de Périllos
modifie radicalement l’endroit pour effacer la mémoire de l’antique
orientation… et les accès à un monde souterrain devant
rester secret.
Puis, là aussi, les seigneurs et leurs prêtres disparaîtront
en emportant leur formidable énigme liée à la religion…
Question : il semble clairement que Saunière, vers 1891, ait eu la
chance, ou la mission, de trouver les accès aux souterrains de Rennes-le-Château
et, les années suivantes, il devient un ‘prêtre expert
en expéditions souterraines’ !
S’est-il confié de ses découvertes à ses amis,
les prêtres Boudet et Gélis… ayant tous deux eu forcément
accès aux archives de l’église de Périllos en
étant vicaires à Durban? Ou peut-être ces deux curés
ayant appris, à l’occasion de leur passage à Durban,
une partie du secret de Rennes, et ne pouvant y être curés,
‘téléguidèrent’ Saunière vers un
savoir oublié dont le secret était encore accessible sous
certaines conditions.
Plusieurs détails ne doivent pas nous échapper :
D’abord la fortune de l’abbé Gélis et sa fin horrible.
Ensuite, les ‘disponibilités’ financières de Boudet
et… ses connaissances très particulières en religion,
histoire, archéologie et surtout son savoir en géologie lui
permettant facilement de comprendre certains détails naturels et
les possibilités qu’ils pouvaient offrir. A ceci, nous ajoutons
son appartenance à une société secrète religieuse
(la A.A.) et enfin un savoir dû peut-être à sa prêtrise
sur cette région. Est-ce pour toutes ces raisons qu’il put
‘conseiller’ Saunière (qui venait de faire ses preuves
en investigation du monde souterrain de Rennes) d’aller poursuivre
quelques recherches ‘souterraines’ identiques dans le secteur
de… Périllos ?
Avant d’aller (trop) loin dans cette hypothèse, on voit soudainement une analogie entre l’affaire Saunière et celle de Périllos… A un point tel qu’il est temps de se demander si les deux n’auraient pas une même origine ?
Filip Coppens & André Douzet