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Saunière
le Magicien : |
Dans
The Rise I, nous avons démontré,
l’appartenance de l’abbé Saunière à La
Sanch, une confrérie d’inspiration Manichéenne. C’est
par le biais de cette très honorable institution que nous avons retrouvé
les traces du système de financement du curé de Rennes-le-Château,
et la source de sa richesse fabuleuse. Après plus de cinquante années
d’énigmes et de dissimulations, la vérité, délibérément
occultée, a ressurgi des abîmes où elle avait été
confinée. L’information a tout d’abord surpris bon nombre
d’écrivains du milieu, mais très vite est apparue tout
à fait justifiée. La surprise venait du fait de ce rapprochement
inattendu entre l’abbé Saunière et La Sanch, une archiconfrérie
membre du Catholicisme, mais d’origine Manichéenne.
Pour bon nombre, il est en effet difficile d’admettre que des congrégations
Catholiques (comme La Sanch) puissent être pilotées de l’intérieur
par une société secrète, issue des premiers membres
fondateurs. Membres de tradition Chaldéenne, et Manichéenne.
Toutefois, rien d’étonnant à cela, puisque aussi bien
pour les Templiers, que pour les Dominicains, les Franciscains et La Sanch,
à l’origine de ces ordres étaient des Tisserands, des
flagellants, et des pénitents, c'est-à-dire ceux qu’on
nommait au Moyen-âge des Manichéens.
Nous ne reviendrons pourtant pas sur toutes les conclusions de notre étude
précédente. Il y aurait quelque chose de fastidieux à
répéter ce que nous avons posé, et d’autre part
l’étude déjà fournie étant fort complète,
il serait inutile de re-citer ce qui, jusqu’à ce jour, n’a
pas reçu de contestation sérieuse, et est en train de devenir
une référence sur cette énigme. Toutefois, en forme
de prolongements, il convient d’éclairer quelques points d’importance
qui justifient étrangement notre théorie : Pierre Jarnac,
assurément l’un des plus célèbres et consciencieux
chercheurs sur l’énigme de Rennes et de l’abbé
Saunière, s’est interrogé sur notre étude, et
tout en étant surpris de nos propos, s’est donné la
libéralité de critiquer nos conclusions. De cette critique
nous avons au contraire tiré de nouveaux arguments plus que probants
et qui pointent sérieusement dans le sens de notre enquête.
Ce chercheur et très bon archiviste déclarait à la
vue de notre étude sur les liens unissant Saunière et La Sanch,
que cette institution soit de Perpignan, d’Arles, ou d’Amélie-les-Bains
: « L’abbé s’est effectivement rendu à Amélie.
Arles-sur-Tech, se trouvant donc sur son chemin. Mais c’était
pour aller voir son ami l’abbé Grassaud alors curé d’Amélie.
Il est certain que l’abbé Grassaud a fait visiter à
son confrère le site d’Arles-sur-Tech, car une carte postale
a été envoyée d’Arles en octobre 1904 par Saunière
à Marie sa servante, et que Saunière a ramené un flacon
de cette fameuse eau « miraculeuse ». Quoi de plus normal
? » Une simple visite eût été anodine, certes.
Mais c’est plus exactement l’amoncellement d’indices qui
rend irréfutable le fait que l’abbé Grassaud était
membre de La Sanch d’Arles, et de Perpignan, et que Saunière
ne pouvait qu’être participant de cette institution semi-secrète.
Outre tout ce que nous avons exposé dans notre article précédent,
il faut encore ajouter que l’abbé Grassaud curé d’Amélie,
une station thermale (comme Rennes-les-Bains où l’abbé
Sarda oeuvrait à financer Saunière !) où les malades
se font soigner par les sources chaudes, emmenait régulièrement
ses curistes à Arles-sur-Tech pour les faire guérir par les
eaux du tombeau des Saints Abdon et Sennen. Arles étant le siège
d’un culte de La Sanch envers l’archange Raphaël et ces
deux saints, il fallait être en bons termes avec les membres protecteurs
du tombeau, pour en extraire souvent de l’eau… Ce que firent
et Grassaud, et Saunière, puisque ce dernier utilisa cette eau en
1908 sur une jeune femme de Rennes-le-Château, Julie Maleville, pour
faciliter un accouchement. L’enfant né de cette femme reçut
pour nom Abdon. Par ailleurs, Amélie-les-Bains étant l’ancien
siège de la celle d’Arles, lieu du tombeau sacré, il
est indéniable qu’être curé d’Amélie
ne pouvait se faire qu’en étant membre actif de La Sanch. Ce
qui était le cas de l’abbé Grassaud, dont le comportement
tend à prouver que La Sanch participait au financement de Saunière,
et à sa sécurité juridique : C’est en effet l’abbé
d’Amélie-les-Bains qui recommanda à Saunière,
un défenseur, le chanoine Huguet, dans le procès qui l’opposait
à son évêque, et au Vatican. La Sanch était donc
pour quelque chose dans le financement de Saunière, et il était
de l’intérêt de cette institution de couvrir par le secret
ces mouvements d’argent en fournissant à leur protégé,
Saunière, quelqu’un capable de dissimuler la situation aux
yeux des enquêteurs du Vatican. Pierre Jarnac confirme ainsi cet état
de choses, puisque ce chercheur certifie que l’abbé Grassaud
avait bien conseillé pour défenseur au procès le chanoine
Huguet, et que c’est ce même abbé d’Amélie
qui à la mort de Saunière « donnera de l’argent
à Marie Denarnaud, sous la forme d’un prêt fictif, pour
l’aider à survivre ! ». Le prêt fictif décrit
par Pierre Jarnac n’est-il pas une preuve de financement occulte de
Saunière ? Assurément !
Passé cet aparté, la piste de La Sanch nous a permis de mettre
à jour de nouveaux éléments sur le mystère de
l’abbé Saunière. Mais il est peu aisé d’exposer
ces nouveautés avant d’avoir parlé préalablement
de la symbolique de La Sanch, d’Abdon et Sennen et de l’histoire
d’un signe très particulier, le Tau, associé à
ces deux Saints, et que l’on retrouvera dans notre étude à
Rennes-le-Château !

Le
Tau Babylonien
Comme nous l’avons découvert dans le dernier numéro des « Carnets Secrets », les Saints Abdon et Sennen d’Arles-sur-Tech devaient avoir une grande importance dans l’esprit de Saunière. Cela se conçoit fort aisément, car ces deux saints Manichéens sont très honorés par l’archiconfrérie de La Sanch, et l’abbé, étant lui-même Manichéen, devait forcément leur rendre un culte sans pour autant que cela soit ostensible. Or d’aucuns seraient tentés de souligner que la commémoration de ces reliques n’emporte point une survivance de l’idéologie de Manès. Toutefois nous allons constater que les dépouilles d’Abdon et Sennen ne sont point parvenues seules à Arles-sur-Tech, et que certains symboles Manichéens, et Babyloniens sont eux aussi en grand honneur dans l’archiconfrérie de La Sanch. La symbolique et le culte Babylonien ne sont donc pas morts, et pourrions-nous dire, bénéficient même d’une vivacité peu commune en ces terres des Pyrénées-Orientales, et au sein de la communauté dont Saunière se sentait si proche.
Montrons-nous plus explicites, et portons donc notre regard sur le tombeau des Saints Abdon et Sennen d’Arles-sur-Tech. Ce sarcophage d’un volume de 330 décimètres cube, soit de près de 331 litres, reçoit sur son côté gravé, un emblème, qu’on suppose à tort être un khi (X) coupé d’un iota, nommé Rhô (I). Les spécialistes concluent ainsi que le symbole confesse l’appartenance chrétienne du corps anciennement contenu dans le tombeau, et signifie « Christos » ou « Ichtus ». On date de même le sarcophage de l’an 260. Or nulle croix ne se voit sur le tombeau, et rien ne permet d’être autant catégorique sur l’appartenance chrétienne de l’insigne portée dessus… D’ailleurs il ne s’agit point d’un Khi et d’un Iota, mais d’une croix Ansée, autrement nommée Tau. Ajoutons que l’archiconfrérie de La Sanch connaît fort bien ce symbole, et atteste comme nous le verrons de sa signification et de son origine par l’usage qu’elle en fait. Il convient ainsi de jeter un œil attentif sur ce symbole et son origine, le Tau, pour constater ensuite qu’il est devenu l’un des emblèmes les plus significatifs de notre confrérie bien-aimée.
Le
Tau ou Croix Ansée est selon l’opinion la plus commune, originaire
d’Egypte. Or il s’agit bien là de l’opinion commune,
et non de celle des experts qui ne se sont nullement trompés en lui
attribuant plutôt Babylone comme patrie. Cette figure archaïque
présente en effet un grand nombre de variantes, qui elles-mêmes
ont évolué au travers du temps. C’est ainsi que l’impétrant
novice, devant cette diversité inattendue, et les métamorphoses
du symbole, ne peut ordinairement lui donner une origine déterminée,
ne sachant exactement quelle fut la forme première de ce signe.
Il est d’ailleurs fort commun de confondre le Tau dans sa forme ancienne
avec le monogramme du christ, IX, imbrication de deux lettres grecques.
Mais, le Tau est en réalité une représentation graphique
de la triade Persique, c'est-à-dire du Mihir, l’un des emblèmes
les plus anciens au monde. Ce dernier représente une colombe blanche
aux ailes déployées, superposée à une figure
humaine centrale qui serait celle de Baal. Le tout adjoint dans sa partie
centrale d’un cercle en forme de couronne.
Le
Mihir. Les deux appendices représentent les pattes de la colombe,
et la couronne deviendra plus tard l’ovale du Tau.
Or,
ce qu’il convient de savoir justement, c’est que le Mihir a
fait l’objet au travers des siècles d’un traitement graphique
particulier. Celui-ci a été réduit, simplifié,
et enfin exprimé soit par l’écriture cunéiforme,
soit par le signe que nous connaissons actuellement : le Tau.
M. Félix Lajard se faisant l’écho de M. Letronne, tous
deux membres de l’Académie Royale des Inscriptions, déclarait
d’ailleurs : « certains cylindres persans représentent
la croix ansée, mais la croix ansée persane est de beaucoup
plus ancienne et plus archaïque que celle égyptienne. »
« Lorsque, sur les cylindres assyriens, nous voyons devant deux mages,
une croix ansée, et dans la main de l’initié, du novice,
le symbole intermédiaire entre cette dernière et le tétragramme
cunéiforme, ne sommes-nous pas tentés de supposer que cette
transformation entre le signe et l’emblème de la triade divine,
était le sujet d’un enseignement que l’initié
recevait des mages ? »

Transformations progressives du tétragramme cunéiforme en
Tau Babylonien.
Or ce tétragramme cunéiforme n’est autre que la représentation écrite de la triade divine personnifiée par le Mihir. Ce Mihir des anciens Perses aurait ainsi pris la forme d’un ensemble de quatre caractères cunéiformes Babyloniens, dont la particularité aurait été de s’être ensuite modifié en un Tau. Félix Lajard soulignait de même ce point en ajoutant que « Les diverses observations désignent l’Asie comme patrie de la croix ansée. Cette dernière nous reporte vers une contrée, celle des sanctuaires Chaldéens, à une époque très reculée. L’Egypte, dans la question de l’invention du Tau, peut-elle revendiquer la paternité du symbole ? Une longue étude des monuments d’Asie m’a conduit à découvrir entre ce même Tau, le tétragramme cunéiforme assyrien, et l’emblème de la triade persique, un rapport certain. » C’est ainsi qu’il faut conclure en la préexistence du Tau Perse sur celui plus récent Egyptien. Mais plus encore, nous devons insister sur le fait que le Tau est associé dès son origine (Babylone) à la Colombe, dont il se fait par ailleurs la représentation. (En tant qu’expression synthétique du Mihir.) Au demeurant, il faut bien souligner l’appartenance de ce symbole aux rituels d’initiation Chaldéens. C'est-à-dire son lien évident avec la religion des mages Chaldéens, dont nous savons qu’ils furent les promoteurs du Manichéisme, et les maîtres de Manès. La religion des Mages s’étant revêtue des apparences du Christianisme (étude sur les Manichéens, Issac ben Jacob, sur le site France Secret), il était normal qu’elle n’abdiquât point ses symboles, que l’on va ainsi retrouver dans la Confrérie de La Sanch et sur le tombeau d’Arles-sur-Tech… [Sur l’origine Chaldéenne du Tau, Félix Lajard : « Ainsi, la croix ansée semble se rattacher à un système d’iconographie pratiqué chez les Chaldéens d’Assyrie. Cette croix se lie plus encore à un système d’écriture en usage chez les Assyriens et dont les Chaldéens furent les inventeurs. »]


A gauche, Tau apposé sur le tombeau d’Arles-sur-Tech. A droite, Tau perse primitif retrouvé sur une médaille de l’époque de Cyrus. A noter que la sorte de couronne entourant le Tau du tombeau est identique à celle que l’on rencontre sur les représentations du Mihir…
La
Sanch et le Tau
Sur la question de la récupération et de l’usage par l’Archiconfrérie de La Sanch de ce symbole, (le Tau) il faut tout d’abord approfondir un point : Dans les régions d’Egypte ancienne, le Tau se fait concept de purification lustrale, il en est l’esprit. En somme, le Tau est l’allégorie d’une cérémonie baptismale, par ailleurs identifiable visuellement, car sur un nombre important de figurations égyptiennes, sont dépeints des vases d’où s’écoulent de l’eau, et un torrent de Tau. Or à Babylone, les Chaldéens recevaient de même un baptême lustral et de façon plus remarquable encore, les représentations que nous en avons, sont assorties de vases d’où jaillit de l’eau, et des Tau cunéiformes. Ajoutons à cela que la colombe, type primaire du Mihir, et de la triade Persique (qui donnera plus tard le Tau) est aussi utilisée dans les figurations sur fresques, ou cylindres pour les cérémonies d’initiations lustrales, et baptismales. Il est ainsi permis de dire en suivant M. Félix Lajard :
«
Par là nous acquérons la preuve que chez les Chaldéens,
les Assyriens, et les Perses, l’acte du baptême emportait avec
lui l’idée d’une purification rendue efficace par l’intervention
d’une triade persique et du Tau. »
L’idée principale que l’on doit ici retenir, peut ainsi
se résumer à faire une analogie radicale entre le Tau, la
Colombe, et l’eau, particulièrement celle qui soigne, ou la
thermale. Or justement le tombeau des Saints Abdon et Sennen porte ce signe,
ce Tau primitif, et est réputé guérir de certaines
maladies par l’opération de son eau miraculeuse. Une bénédiction
de l’archange Raphaël venue de Perse et des Maîtres Chaldéens…
Mais allons plus loin encore dans l’analyse que nous faisons de la
fréquence avec laquelle l’Archiconfrérie de La Sanch
utilise ce symbole Babylonien :
A l’époque de la procession organisée par la Confrérie
de La Sanch en commémoration des Saints Abdon et Sennen, les participants
brandissent une croix en forme de Tau et la promènent par toute la
ville d’Arles-sur-Tech. Nous voyons ici une photographie de ce Tau
(voir ci-dessous), où l’on peut observer l’étrange
cercle dans lequel anciennement on enroulait de la cire en spirale. (Symbole
de labyrinthe.) Une seconde photographie montre une autre croix Ansée,
avec toujours le même cercle au-dessus du trait central de la croix,
mais avec la stupéfiante particularité de posséder
une petite patte latérale caractéristique d’un Tau primitif
et Babylonien. Les dates sont celles de la fondation de l’Archiconfrérie
de La Sanch… et le labyrinthe en spirale est toujours présent
dans le cercle.

A gauche, Tau de cérémonie situé dans l’abbaye d’Arles-sur-Tech. A droite (2ème figure), Tau primitif babylonien situé dans une rue d’Arles, à côté d’une statue. Remarquez la patte étrange au pied de la croix. Elle est caractéristique de la troisième figure, qui elle, est un Tau retrouvé sur un manuscrit gnostique en Egypte ! Enfin, petite statue dans une autre rue d’Arles, et portant toujours le même Tau, et muni d’une même patte au pied du trait principal de la croix.
Maintenant il est enfin permis de révéler ceci : Arles-sur-Tech peut être traduit par Arles Sur Tau. Car son symbole étant le Tau baptismal, celui d’où coulent les eaux guérisseuses, il était aisé d’appliquer ce symbole au parcours qu’emprunte le Tech, ce torrent (« Les eaux tueuses » comme le nomme Boudet dans son « Du Nom De Narbonne » !) qui passe à Arles et Amélie-les-Bains. Il faut noter qu’au point de vue hydrographique, les Pyrénées Orientales (elles portent bien leur nom !) présentent des particularités intéressantes. Parmi lesquelles trois grandes rivières, l’Agly, la Têt, et le Tech, qui se jettent dans la Méditerranée après un trajet quelque peu chaotique. Or le Tech (le Tau) traverse la contrée appelée le Vallespir, la Vallée Sauvage, qui a des allures de jardin d’Eden (avec le Serpent). Il prend sa source par plusieurs petits rameaux au pied de la Eoque-Colomb (symbole du tau !) et presque à la limite de l’Espagne. Eoque-Colomb, les « Eaux de la Colombe », voilà ce qui fait du Tech, la rivière sacrée. Car n’oublions pas que le prototype primitif du Tau, le Mihir, est une représentation de la Colombe !
Par
ce Signe Tau, Tu Vaincras ce Daemon de Gardien
Mais
revenons dès maintenant à notre abbé Saunière.
Celui-ci connaît fort bien ce signe baptismal car c’est dans
son immense désir d’embellir son église, qu’il
fit construire juste après la porte, et le porche, « un groupe
pour le moins surprenant : un diable hideux, sculpté et peint, grandeur
nature. […] un bénitier le surplombe, et repose sur lui. […]
Surmontant le tout, quatre anges font chacun l’un des gestes du signe
de croix, accompagnés de l’inscription : Par ce signe tu le
vaincras. » Ce sont les propos de G. de Sède dans son livre
« Le trésor maudit de Rennes-le-Château ».
Nous devons ici fixer notre attention sur l’ensemble de la composition.
G. de Sède, comme inspiré d’une vision nous déclare
: « Nous sentons bien que ce groupe étrange, montage artificiel
d’éléments qui ont peine à s’allier, est
une sorte d’hiéroglyphe. » Le mot le plus frappant qui
soit sorti de sa bouche est bien « hiéroglyphe ». L’auteur
sait-il, ou lui a-t-on simplement indiqué qu’il s’agit
bien d’un hiéroglyphe, ou plutôt d’un signe qu’on
retrouve en Egypte, et en Chaldée ? Le groupe de statues est en réalité
un agencement, un hiéroglyphe typiquement Chaldéen : le diable
Asmodée, que l’on retrouve dans le livre apocryphe et Chaldéen
de Tobie, le bénitier qui pourrait fort bien ressembler à
un baptistère, et non simplement à un bénitier, et
enfin les quatre anges qui tracent un signe, mais tout autre que le signe
de croix. L’ensemble de l’œuvre représente le TAU
des Mages, et de la religion Chaldéenne, et Manichéenne. Pour
nous aider à comprendre, quelques explications s’imposent :
« Par ce signe tu le vaincras » est une phrase bien connue,
celle adressée par un ange à Constantin. En 312, Constantin
est vainqueur de son opposant, Maxence, à la bataille du pont Milvius.
C’est Eusèbe de Césarée, dans sa « Vie
de Constantin », et le célèbre Lactance qui nous racontent
la succession des événements et leur déroulement :
Dans la nuit qui précède la victoire de Constantin, et lors
que le futur empereur est couché sous sa tente, une puissante lumière
éclate dans le ciel. Un ange surplombe de haut le souverain, et descend
lentement vers lui. L’ange est entouré d’une clarté
qui semble être plus ou moins rouge, mais qui n’éclaire
pas au-delà de la zone de l’apparition. La créature
venue des cieux lui donne un message qui contient ces mots : « par
ce signe tu vaincras. » « Ce signe », déclare Lactance,
est un symbole païen de grande ancienneté, un X entrecroisé
d’un I, avec pour ce dernier une forme de P vers le haut. Le jour
suivant, Constantin fait graver l’emblème sur les boucliers
de ses soldats, et Maxence, son ennemi avec toute son armée sont
mis en déroute. Un jour après, Maxence sera retrouvé
noyé dans les eaux du Tibre, comme si l’emblème de Constantin
avait fait pleuvoir sur lui un déluge (baptismal). Pour Constantin
la victoire est totale, et plus rien ne s’oppose à ce qu’il
soit seul empereur de Rome.
Que dire sur le X, I, que l’empereur reçut pour signe ? Il
s’agit de la retranscription exacte de l’inscription portée
sur le tombeau des saints Abdon et Sennen d’Arles-sur-Tech : C’est
le XI prototype ancien du Mihir, ancêtre du Tau Chaldéen et
Egyptien et qu’il nous a été donné de contempler
dans notre exposé. Il est vrai que Constantin était dans sa
genèse adepte du culte solaire « descendant ». Un culte
figuré dans la Grèce antique, en Chaldée et dans l’Egypte
ancienne par un soleil ou une tête d’homme sur lequel ou laquelle
se refermait goulûment la gueule d’un serpent géant.
Etrange culte à vrai dire, puisqu’il est originaire de Chaldée,
et fort honoré par les Mages Manichéens de ces contrées.
Mais il convient de même de souligner que la famille de Constantin
était devenue en grande part Manichéenne, et qu’il est
donc tout à fait juste que nous trouvions le XI Chaldéen dans
leurs symboles. A la fin de son existence, Constantin avait été
baptisé par le Manichéen Eusèbe de Nicomédie.
Ce dernier n’avait pas hésité à décider
de la mort de bon nombre de membres de la famille de l’empereur. Ceci
évidemment pour favoriser l’émergence de sa vénérable
doctrine, et ne plus rencontrer d’obstacle au développement
d’un christianisme chaldéen : la branche aînée
de la dynastie impériale disparut donc. Seuls restèrent Julien,
et Gallus, son frère. Outre ce baptême et cette conversion
à la religion chaldéenne, Constantin eut un fils, Constance,
particulièrement versé en sciences gnostiques et Perses. Nous
le soulignons donc, tout concorde pour établir que ce monogramme,
ce signe, appartient aux Manichéens, et qu’il correspond donc
au culte des Mages de la contrée Chaldéenne. Le groupe de
statues posé par Saunière dans l’église de Rennes-le-Château
n’est donc que la figuration d’un Tau Perse, Babylonien, et
confirme que l’abbé était de religion Chaldéenne.
Ceci est attesté par l’inscription « par ce signe tu
le vaincras », semblable au message que l’ange transmit à
Constantin, et au symbole qui accompagnait cette missive : le X,I, que l’on
voit à Arles-sur-Tech, ou prototype antique du Tau.
G.
de Sède était donc dans la bonne voie en voyant dans cet assemblage
d’Anges, de Diable, et d’inscriptions, un « hiéroglyphe
». Il n’avait simplement pas précisé que le «
hiéroglyphe » était Chaldéen, issu de l’écriture
cunéiforme, et que l’ange et l’inscription
correspondaient à la vision de Constantin. Le signe que tracent les
anges de l’église de Rennes n’est ainsi pas une croix
ordinaire, mais bien un Tau Babylonien, celui des Mages Manichéens
: un assemblage où chaque ange est considéré comme
une Colombe ou Mihir, c’est-à-dire en tant que prototype du
Tau et représentation de Baal, ainsi que nous l’avons constaté
dans notre étude. Nous devons toutefois retenir deux autres éléments
de ce groupe de statues : les Anges, et le Diable Asmodée. Ces divinités
célestes (anges ou archanges) sont au nombre de quatre, et ceci ne
se voit guère que dans le livre d’Hénoch, un ouvrage
apocryphe en grande estime chez les Babyloniens (au sujet de ce livre, la
tradition rapporte d’ailleurs, qu’Hénoch avait coutume
de cacher les textes de ses prophéties dans des colonnes. Il n’y
a donc plus lieu de s’étonner de ce que Saunière ait
découvert ses parchemins codés également dans une colonne).
Outre ce fait, il est important d’ajouter que l’un des anges
est indubitablement Raphaël, car le Tau lui est associé, et
que le bénitier semblable à un baptistère est l’attribut
presque constant de Raphaël, l’ange des thermes, des sources
guérisseuses, et du tombeau suintant d’Arles-sur-Tech. Asmodée
trouvera quant à lui sa place toute naturelle dans le reste de cette
étude, et toujours en lien avec Raphaël. Mais avant de rentrer
de plain-pied dans le sujet, constatons simplement que le Tau, dit X,I,
est indubitablement présent sur nombre de monuments à Rennes-le-Château
: Tout d’abord sur la tombe du cimetière de Marie de Négri
d’Ables, épouse de François d’Hautpoul, marquise
de Blanchefort, seigneur de Rennes. Cette sépulture répertoriée
par Eugène Stublein pour son étrange graphique, désigne
et le signe dont nous parlons, et l’abbaye d’Arles-sur-Tech.
(L’inscription est gravée sur la tombe de la marquise de Blanchefort,
et reproduite d’après de Sède, dans le bulletin de la
Société des études scientifiques de l’Aude et
dans l’ouvrage d’Eugène Stublein, « Pierres gravées
du Languedoc ») Il est en effet inscrit dessus « Noble dame
d’Arles », et non comme la logique l’aurait voulu : «
Noble Dame d’Ables ». L’abbé Bigou, chapelain,
et confesseur de cette sainte femme, avait visiblement une bien mauvaise
orthographe pour écrire sur la dalle une telle déformation
d’un patronyme, qu’il connaissait pourtant fort bien. Notons
au passage que la marquise de Blanchefort avait pour prénom «
Marie », et que l’ensemble de l’inscription « noble
dame d’Arles », pourrait tout simplement signifier « Marie
d’Arles », ce qui est effectivement le nom de l’abbaye
d’Arles-sur-Tech. Outre cela, l’autre dalle de la même
sépulture avait pour particularité de recevoir pour inscription
la célèbre et énigmatique phrase du Tableau de Poussin
: « les Bergers d’Arcadie ».
Cette phrase, faite de grec ou de langue vulgaire, ne se voit guère
que sur les tombeaux : Celui du tableau de Poussin, de la Tombe de Marie
d’Ables, d’un monument mortuaire à Shugborough Hall du
XVIII ème siècle, et du tableau de Guercino, de 1618, où,
grande particularité, l’on voit surgir de la tombe, de l’eau.
Or il s’agit dans ce dernier cas de la première représentation
de cette inscription sur une sépulture. L’auteur de l’œuvre
avait-il eu pour modèle le tombeau des Saints Abdon et Sennen D’Arles-sur-Tech
? Certainement, d’autant que sur l’inscription de la tombe de
Marie d’Arles se découpent très nettement trois lettres
: (PAX). Qu’elle était simple l’énigme ! «
Pax » n’est autre que le nom qu’on donne à l’assemblage
du signe X,I du tombeau d’Arles, et du symbole de Constantin. N’oublions
pas en effet que Lactance déclarait à propos de ces lettres
: « l’ange donna le signe, composé d’un X et d’un
I légèrement incurvé en forme de P à son extrémité
». (XP, ou XI est le signe que l’on nomme généralement
PAX. PX en serait l’abrévié.) Toutes les représentations
de sépultures portant l’inscription « et in arcadia ego
» n’avaient donc pour objet que de nous figurer le tombeau d’Abdon
et Sennen, celui qui reçoit le PAX, dit X,I sur sa face avant. Il
suffisait de retranscrire l’inscription en grec pour obtenir le fameux
signe ! (Au sujet de ce signe du Tau dit « Pax », voir également
le site de Johan Netchacovitch : http://www.portail-rennes-le-chateau.com/pax_prats_de_mollo)
L’Arch-Ange
Raphaël
Nous sommes bien en présence d’un culte des morts, celui des
sépulcres, de l’archange Raphaël, d’Asmodée
et des Saints Abdon et Sennen. Pour nous en faire une idée plus claire,
il convient de rappeler ce qui suit : C’est dans les années
960, en l’abbaye d’Arles-sur-Tech qu’après un long
et pénible voyage, Arnulf, abbé des lieux, et de retour de
Rome, vint déposer dans le tombeau sacré, les reliques de
nos deux saints, Abdon et Sennen. Nous étions un 24 octobre, en la
fête de l’archange Raphaël, et c’est en cet auguste
jour que l’on vit jaillir l’eau du sépulcre glorieux.
Le Tau gravé sur le tombeau des deux saints, à savoir le symbole
baptismal (d’eau) de l’ancienne Chaldée, se trouve donc
ainsi associé à l’ange Raphaël, divinité
des eaux thermales (comme Rennes-les-Bains, Amélie-les-Bains, Alet-les-Bains,
etc.) et guérisseur par les sources soufrées. De cette interdépendance
entre les deux saints et l’archange, nous n’avons ici qu’une
vue moderne ; car avant ce miracle du jaillissement de l’eau, Abdon
et Sennen, dans leur genèse, furent très tôt liés
à ce personnage céleste (Raphaël). En la fête de
l’archange, le 24 octobre, le bréviaire Romain dit en effet
ceci :
[« St. Raphaël, Archange, - « Quand tu priais avec larmes,
déclare-t-il à Tobit, (Livre apocryphe de Tobie, Vulgate)
que tu ensevelissais les morts, que tu cachais les morts durant le jour
dans ta maison, et que durant la nuit, tu les ensevelissais, c’est
moi qui ai présenté ta prière au Seigneur. »
Tobit devint aveugle, à cause de sa pratique, et la perte de sa vue,
dit Saint Augustin, aboutit pour ce vieillard au bienfait de recevoir un
médecin Angélique. St. Raphaël fut en effet envoyé,
comme l’ange qui venait mouvoir les eaux de la piscine probatique,
pour guérir Tobie. La lecture de ce jour est celle du livre de Tobie
: Tob. XII, 7-15.]
Ce
texte démonte avec beaucoup d’habileté le rapport qui
existe entre St. Raphaël d’une part, et Abdon, Sennen, et Tobit
d’autre part : Tobit devint aveugle au sens du texte apocryphe, parce
qu’il enterrait les morts en s’inspirant d’un rite interdit.
Il ensevelissait les dépouilles de façon particulière,
étrange, à l’image d’Abdon et Sennen qui furent
en leur temps condamnés à mort par l’Empereur de Rome
pour de semblables faits (quand ils étaient encore à Babylone,
en Chaldée). Le motif de la fureur des tribunaux était tout
à fait connu en ce qui concerne Abdon et Sennen : le rite s’inspirait
d’une procédure Manichéenne, et Rome exigeait sa condamnation
et celle des deux saints, pour le fait d’avoir « enterré
des morts secrètement sous les murs de leur ville natale, Babylone,
et d’avoir pratiqué un rite d’inhumation odieux. »
Ce chef d’inculpation est
retranscrit
dans les archives de l’abbaye d’Arles-sur-Tech. Or l’archange
Raphaël présidait à la destinée de Tobit, et veillait
sur ce saint personnage, comme le déclare le bréviaire, car
il cachait et ensevelissait les défunts dans sa demeure. Abdon et
Sennen ayant la même pratique, il était raisonnable que l’ange
fît de même pour eux, veillât sur leur sépulture,
et favorisât les miracles sur leur dépouille. Les deux saints
de La Sanch et d’Arles se firent donc la parfaite image de Tobit,
et reçurent ainsi la puissante protection de Raphaël, l’ange
au Tau Babylonique.
Les
Saints Persans Abdon et Sennen.
Statues sises dans l’église de Prats-de-Mollo.
Revenons dès maintenant à l’abbé Saunière.
Celui-ci est l’un des maîtres de cérémonie de
La Sanch, cette organisation dont nous avons tant parlé. En bon tenant
du culte sacré de l’archange Raphaël, l’abbé
pratique le culte des morts, conformément au sacerdoce des saints
Abdon et Sennen, et de Tobit. La liturgie de La Sanch, fondée sur
l’histoire de nos deux saints Babyloniques, Abdon et Sennen, se calque
donc sur le Livre de Tobit, qui implique le « rituel » sur les
morts sous le haut patronage de Raphaël. Pour en acquérir la
pleine certitude, il nous suffit ainsi de jeter notre regard sur ce livre
apocryphe dont nous avons cité le nom. Celui-ci met en scène
tous les personnages que l’on rencontre dans l’énigme
de Rennes-le-Château : Asmodée, sous le bénitier de
l’archange, Raphaël, et son Tau, que l’on voit tant sur
le bénitier, ou indirectement, par son signe, sur la tombe de Marie
de Blanchefort, que sur le tableau de Poussin, et enfin Tobie, dans le rôle
de l’abbé Saunière cherchant son dépôt,
autrement nommé trésor. C’est en commentant cet ouvrage
Chaldéen apocryphe que nous allons relever les points de similitude
avec la vie de l’abbé Saunière, et sa quête du
trésor. « Ouvrage Chaldéen » souligne d’ailleurs
parfaitement que le curé de Rennes était effectivement Manichéen,
ce qui le rattache une fois de plus à La Sanch d’Arles-sur-Tech.
Quoi qu’il en soit, le mystère posé par tant d’auteurs
comme insoluble, va ici s’éclairer comme jamais.
Commentaire du Livre Apocryphe de Tobie/Tobit
ou « L’invasion des Profanateurs de Sépulcres »
Le Livre de Tobit s’est perdu dans sa version Chaldéenne, dont Saint Jérôme s’est servi pour sa Vulgate. Mais il reste de l’ouvrage plusieurs textes anciens qui portent témoignage et de son origine et de son antiquité : Les Codex Vaticanus, Alexandrinus, Venetus-Marcionus (le codex Marcion de Venise), la version apocryphe Arménienne, le Sinaïticus, l’ancienne Italique (Vetus Itala), et comme nous l’avons souligné, la Vulgate. A propos de cette dernière, St Jérôme nous apprend qu’il rechercha pour sa traduction en latin du Livre de Tobit, un texte Chaldéen, qu’il tenait pour origine de toutes les autres versions. Il semble qu’il exécuta sa traduction en un seul jour, et qu’il se permit de larges coupes dans le texte, anciennement plus long, car il assure aussi que c’est par contrainte qu’on le força à inclure cet ouvrage dans son œuvre, La Vulgate. Dans sa « lettre ouverte », St François de Sales déclare que chez les protestants, et dans l’Orthodoxie, tant que chez les juifs, le livre de Tobit est considéré comme apocryphe, car lors qu’au temps d’Esdras, les Hébreux inscrivirent au Canon les livres de l’Ancien Testament, ceux-ci n’y mirent point cet ouvrage. On disait d’ailleurs chez les protestants que Tobit ne pouvait être reçu car :
1/
Les Hébreux ne l’avaient pas dans leur Canon,
2/ que l’ensemble des églises n’avait pas d’estime
pour l’ouvrage,
3/ qu’Eusèbe de Césarée souligne qu’il
sont « corrompus et falsifiés » (L. IV, c. 22),
4/ que Calvin et Luther ôtent et « raclent du Canon Tobie »,
et s’en moquent et le tiennent pour fable. Ce sera aussi l’avis
de Théodore de Bezae qui y voyait un apocryphe.
Et d’ailleurs aucun livre des Saintes Ecritures ne sont rédigés
autrement que d’Hébreu, ou de Grec.
Or Tobit était écrit jadis en langue Chaldéenne, comme
le déclare François de Sales : « Saint Jérôme
atteste qu’il l’a traduit du Chaldéen en Latin, en l’épître
« Epistola ad Chromatium et Heliodorum, Praefat. in Tobium. »
Tobit est donc un livre de Chaldée, et d’origine Manichéenne.
Les commentateurs des Saintes Ecritures n’hésitent d’ailleurs
pas à dire qu’il fut rédigé par Théodotion,
disciple de Marcion, un Manichéen très érudit des premiers
temps du Christianisme.
Au sujet de Marcion, il faut encore ajouter qu’il fut le philosophe
gnostique que l’histoire a retenu pour avoir été excommunié
par l’Eglise Romaine en 144 après J-C. Ce dernier avait soutenu
que l’Ancien et le Nouveau Testament ne se référaient
pas au même Dieu. Il opposait en effet le Dieu d’Amour décrit
dans les Evangiles et plus généralement le Nouveau Testament,
à un « dieu mauvais », violent et vindicatif, qu’il
assimilait au Dieu décrit par Moïse. En conséquence de
quoi il avait décrété, à la semblance des Cathares
du Moyen-Age (les Cathares vouaient une haine toute particulière
à Moïse, qu’ils disaient « démon nocturne,
père du vice, et fils de Lucifer »), que le Dieu d’Abraham,
d’Isaac, et de Jacob était démoniaque, et qu’il
fallait rejeter ou brûler tous les écrits de la Bible hébraïque
comme contrefaçons hérétiques.
Or donc, Marcion, considérant avec une grande finesse l’état
de la Bible admise à son époque (le II ème siècle
après J-C), avait fort opportunément remarqué qu’il
n’existait aucun canon unique des Ecritures, tout au moins officiellement.
Afin d’asseoir son étrange doctrine, Marcion avait donc résolu
d’élaborer son propre canon autonome. Et ce fut chose faite
dès 150 ap. J-C., soit avant même la fixation officielle du
canon de l’Eglise Romaine.
Ce « canon » très particulier appelé « Canon
de Marcion » ou « Canon Marcionite », est toujours révéré
dans l’Eglise Syriaque actuellement et consiste en l’exclusion
de tous les livres du Nouveau Testament, hormis les épîtres
de Paul, dont il n'en connaît toutefois que 10 sur 14, ainsi
qu’une version fort expurgée de l'évangile selon Luc.
Pour comprendre la raison du rejet des autres Ecritures, il nous faut éclaircir
un autre point crucial de sa doctrine. En effet, Marcion disait que le dieu
de la Nouvelle Alliance n’était point Jésus-Christ,
mais seulement Christ. En vertu de cette opinion, il avait donc entrepris
d’exclure du Nouveau Testament tous les livres contenant trop de références
au nom de Jésus (Evangiles), et de « corriger » les autres
afin de les y conformer.
Il est notable en outre que cet auteur concentre toute son honorable doctrine
sur la personne de Paul, et de celui qu’on disait son compagnon de
route, à savoir Saint Luc.
Mais pourquoi donc privilégier Saint Paul au détriment des
autres apôtres ?
C’est dans le livre des Actes des Apôtres et plus précisément
dans l’histoire de Saül, lequel devint Saint Paul à la
suite de sa conversion, que nous trouverons la réponse.
Né à Tarse en Cilicie (située dans l'actuelle Turquie)
autour de l'an 10, Saül termina son éducation à Jérusalem
instruit par Gamaliel. Or Saül persécutait les croyants. Il
participa ainsi à un certain nombre de lapidations.
Ayant obtenu des lettres de recommandation l’autorisant à rechercher
et persécuter les croyants à Damas, Saül en chemin, devint
soudainement aveugle à cause de la vengeance de Dieu. Trois jours
plus tard, il fut guéri par un disciple, du nom d’ANANIAS.
Il se convertit ensuite au christianisme et se fit baptiser. Il changea
alors d’identité, et devint Saint Paul, un apôtre.
Il est donc très remarquable que Théodotion, l'auteur (entre
autres) de la version grecque du livre apocryphe de TOBIE, tire précisément
son inspiration du parallèle établi entre Saül guéri
de sa cécité par le disciple ANANIAS, et le vieillard aveugle
TOBIT guéri par l’archange Raphaël lui-même, lequel
se présente pour la première fois au jeune Tobie, dans la
Vulgate, avec ces mots : "JE SUIS AZARIAS, FILS D'ANANIAS LE GRAND".
A la lumière de ces considérations, y a-t-il encore lieu de
s’étonner de ce que l’on retrouve dans une autre des
œuvres apocryphes de Théodotion, le CHANT DES TROIS ENFANTS
DANS LA FOURNAISE, les mêmes noms d’ANANIAS et AZARIAS additionnés
d’un certain Michaël (culte de Saint Michaël) ?
Le Livre de Tobit procède donc effectivement d'une doctrine de type
marcionite, puisqu'elle s'inspire de l'histoire de la vie de Saint Paul
avant sa conversion (et donc de Saül – P.S. ! –),
et que Théodotion, qui avait importé une traduction grecque
du livre de Tobie dans la Septante, fut l’un des plus ardents
disciples de Marcion.
Il n’est donc point étonnant que l’abbé Saunière
se soit inspiré du livre de Tobit, toute sa vie, lorsque l’on
connaît l’origine Chaldéenne dudit texte, et son utilité
dans la liturgie de La Sanch.
A présent, voici le commentaire du Livre de Tobit. Commentaire mis en relief par rapport à la vie de l’abbé, et justifié par les analyses des Saints Pères.
Ce fut une pénible tâche de retrouver ce livre apocryphe, et d’en tirer un texte au plus près de la version d’origine, tant le contenu en est détérioré, et les versions discordantes. C’est pour cela que nous ferons appel aux anciens codex, et à la Septante, lorsqu’il n’y aura qu’eux, et elle pour nous aider à dissiper un manque, ou une absence :
«
(Septante) : Livre de Tobit, fils de Tobiel, fils d’Ananiel, fils
de Gabaël, (…etc.). (Vulgate) Etant derrière le chemin
(sillon) qui va au couchant (soleil descendant, culte du), TOBIT fut emmené
captif aux temps de Sargon, roi des Assyriens. Et alors même que ses
frères (Sept.) allaient adorer le veau d’or, il épousa
une femme nommée Anne, et il en eut un fils, auquel il donna le nom
de Tobie. (Vulg.) Lors donc qu’il fut devenu captif en la ville de
Ninive, il devint le marchand de Sargon et s’enrichit grandement.
Et étant une fois allé à Raghès, ville des Mèdes
(en grec : Rhagöi, en Perse : Raga, en Mède : Rakkan, d’où
le nom de Buga-Rakk), avec 10 talents, provenant des largesses du Roi, il
remit à un homme, Gabaël, un reçu contre cette somme
d’argent. Sargon étant mort, son fils Shennab lui succéda.
Mais le nouveau souverain faisait mettre à mort les frères
de Tobit et était animé d’une grande haine contre eux.
Cet étrange vitrail de l’église de Bugarach, montre le jeune Tobie, guidé sur le chemin d’Ecbatane à Rhagès par un Ange Raphaël sans visage…
[(Vaticanus, Sinaïticus, Sept.) Alors Tobit enterrait leurs cadavres, malgré les interdictions. Son fils, Tobie, un jour vint lui annoncer qu’un homme venait d’être assassiné, et gisait dans la rue. Tobit se leva, prit l’homme et le ramena secrètement à sa maison, afin de l’inhumer pendant la nuit. Puis au coucher du soleil (culte du soleil descendant), Tobit sortit et mit le corps en terre. Or tous ses voisins l’injuriaient : « on a déjà ordonné de te faire mourir pour ce sujet, et voilà maintenant que tu recommences à donner aux morts ce rite pendant la nuit ». Un jour, ayant enterré des morts la nuit, Tobit se jeta au pied de la muraille, et ne rentra pas dans sa maison et s’endormit, comme mort. D’une hirondelle, de la fiente tomba dans ses yeux, et il devint aveugle. Alors ses amis lui dirent : « pourquoi as-tu donné cette sépulture aux morts ! » Anne, son épouse, tisserande, l’injuriait : « Voilà ce que t’a apporté de donner une sépulture aux morts ! » Tobit, étant aveugle dit : Seigneur, ne tirez point vengeance de mes péchés, car maintenant, votre châtiment est grand parce que j’ai enfreint vos préceptes. Désormais, que je rentre en terre, que je meure et que mon esprit soit enlevé. »].
C’est
dans les passages entre crochets que l’on comprend l’accusation
que l’on porte contre Tobit, le père du jeune Tobie. Tobit
devint aveugle par suite de son culte pour les morts, et du rite qu’il
pratiquait dessus, la nuit. Ses amis, sa famille, ses voisins, se scandalisent
en effet de sa conduite, et lui reprochent amèrement son culte. Ils
l’avertissent même en ces termes : « on a déjà
ordonné de te faire mourir pour cela. » Dans le texte des codex
Vaticanus, et du Sinaï, il apparaît même que c’est
le Seigneur qui couvre Tobit d’une infirmité (aveuglement)
pour ses péchés, c'est-à-dire cette pratique sur les
morts : « Votre châtiment est grand parce que j’ai enfreint
vos préceptes ».
Mais il faut bien noter que le châtiment s’est déjà
accompli dès lors que Tobit devint aveugle, car il reste sous le
fondement de la muraille (après avoir enterré un mort), ne
rentre pas chez lui, reste immobile, et perd la vue comme s’il était
mort subitement. Les Saints Pères ont d’ailleurs sous-entendu
que l’aveuglement de Tobit signifiait qu’il était comme
enterré, dans un sépulcre, et qu’il ne pouvait plus
voir le jour depuis le fond de sa sépulture, sous la muraille. Car
c’est la nuit que Tobit inhumait les morts, et c’est dans la
nuit qu’il vit désormais. Mais qui tuait les morts et en
faisait des cadavres ? Qui donnait une occasion à Tobit de pratiquer
son culte ? C’est Asmodée, le daemon gardien du trésor
de Tobit. (Trésor de Rhagès, que l’on pourra connaître
au cours du récit.) Car le successeur de Sargon, roi des Assyriens,
Schénnab, dans le texte de Tobit, tue les hommes pour en faire des
cadavres. Or son nom, Schénnab, est le même qu’Asmodée
en hébreu : Schénad.
C’est
ainsi que dans le passage suivant du livre de Tobit, nous voyons les épreuves
de Sahra, fille de Raguel, qui est injuriée comme Tobit par sa famille,
avec comme accusation, de faire mourir, par Asmodée, ses maris. On
la couvre de honte, et on la soupçonne de même de les tuer,
et de les faire ensuite enterrer : « Un Daemon, Asmodée fait
mourir tes maris, et tu en as eu déjà sept. Or tu as fait
mourir tes maris, et préparer leur sépulture. »
Notons que la femme de Tobit, Anne est une tisserande dans le texte de la
Septante, et ici nous voyons bien que le récit est d’origine
Manichéenne. C’est en effet que nous avons expliqué
que les tisserands sont au Moyen-Âge, le nom qu’on donne habituellement
aux pratiquants de cette religion. Cette Anne, serait-elle la figuration
de Marie Denarnaud, car elle sera enterrée avec Tobit, comme Marie,
avec Bérenger ? Nul ne le sait, mais Tobit est bien, quant à
lui, l’image de l’abbé Saunière. Car c’est
dans son livre, « le trésor maudit de Rennes-le-Château
», que G. de Sède affirmait que ce que « Bérenger
(Saunière) avait le plus de mal à expliquer, c’est la
raison pour laquelle il passait ses nuits enfermé dans le cimetière.
[…] Sa conduite faisait grandement murmurer : fût-ce aux yeux
des plus mécréants, les tombes sont sacrées. D’ailleurs,
au cimetière, le curé n’était plus chez lui,
car en 1895, la municipalité intimait l’ordre à l’abbé,
de laisser les morts dormir tranquille. »
Que
faisait l’abbé au cimetière la nuit ? Pourquoi avait-il
tant d’attention pour les sépultures, qu’elles soient
celle de Marie de Blanchefort, de l’ossuaire qu’il édifia,
ou de la tombe des « chevaliers » sous l’église
? Sous prétexte de quête d’un trésor, les divers
écrivaillons ont justifié cette pratique de l’abbé.
Or le livre de G. de Sède, et surtout les dépositions faites
à la mairie, et à la gendarmerie pendant la période
1891-1896, affirment que les paysans des environs se plaignaient de violations
de sépultures, et de rites étranges. G. de Sède ajoute
d’ailleurs que l’abbé avait déclaré un
jour : « Il meurt chaque année plusieurs paroissiens ; le cimetière
était devenu trop petit pour qu’ils aient une sépulture
décente. Avec les restes des anciens morts, j’ai donc fait
l’ossuaire que vous voyez ici. » Le curé de Rennes ne
s’attaquait donc point seulement aux tombes garnies d’inscriptions
étranges, comme on nous l’a fait croire, mais bien à
toutes les sépultures du cimetière. L’abbé déterrait
les cadavres lui-même, sans aucune surveillance, les changeait de
place, et les transposait, pour on ne sait quel rite. Saunière ne
laissait pas dormir les morts, et cette activité nocturne était
la principale cause de protestation des villageois. Nous avons encore quelques
autres témoignages de cette pratique de l’abbé.
René Descadeillas, l’un des plus éminents auteurs de
cette énigme, membre de la Société des Etudes Scientifiques
de l'Aude (S.E.S.A.) et conservateur de la bibliothèque de Carcassonne,
dans sa "Notice sur Rennes-le-Château et l'abbé Saunière",
déclarait ainsi : « l’abbé avait provoqué
des réclamations à l'autorité préfectorale,
de la part de plusieurs de ses concitoyens. Saunière s'enfermait
de nuit dans le cimetière et y procédait à d'étranges
bouleversements. […] On enjoignit donc à l'abbé Saunière
de cesser de bouleverser le cimetière. Mais qu'y faisait-il ? Pourquoi
bouleversait-il les tombes ? Mystère. »
La chose est claire, le curé touchait aux tombes, de façon
« étrange » comme le note l’auteur, et les villageois
y voyaient « un mystère », une chose incompréhensible.
Dans un autre document, « le manuscrit CORBU », parmi les tous
premiers textes consacrés à l'affaire, nous pouvons lire de
même : « Saunière s'attaqua au cimetière où
il travaillait souvent seul. […] Le Conseil Municipal s'émut
de la chose et lui interdit de travailler au cimetière. » Entre
la version de Descadeillas et celle du Sieur Corbu, la première est
de loin la plus véridique. Il est en effet remarquable de constater
que la piste du trésor semble avoir été privilégiée
par l’auteur N. Corbu. Ce dernier présumant de cela, appuie
ainsi sur le terme de « travail au cimetière », alors
que ce qui révoltait les villageois, n’était point un
« travail », mais comme le note Descadeillas, des agissements
« étranges », un comportement inavouable, inclinant au
« mystère ». Les deux auteurs se distinguent ici par
une approche fondamentalement différente. N’oublions pas que
Descadeillas était homme de savoir, fort instruit, et ne voyait pas
forcément un trésor, ou la recherche d’un trésor
dans ce retournement de toutes les tombes du cimetière… Pour
parfaire l’image que l’on peut se faire de ces agissements dans
le cimetière, il nous reste deux plaintes, dont nous donnons ici
la retranscription, empruntée au site de M. Octonovo, sans qui, encore
une fois, notre travail n’aurait pu recevoir une fin si aboutie (ce
site reste la seule base de documentation incontournable !) :
« Rennes-le-Château, le 12 mars 1895, Monsieur le Préfet. Nous avons l'honneur de vous prévenir qu'à l'accord du conseil municipal de Rennes-le-Château à la réunion qui a eu lieu le dimanche 10 mars à 1 heure de l'après-midi dans la salle de la Mairie. Nous, électeurs protestons qu'à leur décision le dit travail que l'on donne droit au Curé de continuer n'est d'aucune utilité, et que nous joignons pour appui à la première plainte, notre désir d'être libres et maîtres de soigner chacun les tombes de nos devanciers qui y reposent, et que M. le Curé n'aie pas le droit qu'après que nous avons fait des embellissements ou placer des croix ou des couronnes, que tout soit remué, levé ou changé dans un coin. »
« Rennes-le-Château, le 14 mars 1895. Monsieur le Préfet. Nous ne sommes pas du tout contents que le cimetière se travaille, surtout dans les conditions qu'il en a été jusqu'ici. S'il y a des croix elles sont enlevées, des pierres sur les tombes aussi, et en même temps ce dit travail ne consiste ni pour réparation ni rien. Nous joignons notre signature : Faure Joseph, conseiller municipal, Clottes Isidore, garde particulier, pour servir comme témoins au sieur Garouste, Tysseire, et Mis ne sachant pas signer. »
«
Notre désir d'être libres et maîtres de soigner chacun
les tombes de nos devanciers qui y reposent »
Cette seule phrase de ladite déposition est lourde de sous-entendus.
Les villageois de l’époque n’avaient plus la possibilité
d’embellir les tombes de leurs aïeux, ni de les honorer, ni de
les soigner. Le problème se situe ici au niveau du « culte
», et des « honneurs » que les fidèles entendaient
rendre aux sépultures. L’abbé ne réparait rien,
et le but de ce remuement du cimetière, consistait à «
retirer les croix », et à « soigner » les dépouilles
des morts de « façon étrange », et totalement
contraire aux volontés des villageois. Ils n’étaient
point libres de « SOIGNER » à leur entendement les sépultures.
Ce qui présuppose que la volonté de l’abbé était
de « SOIGNER AUTREMENT » les morts, par exemple en remplaçant
les croix par d’autres signes, ou en utilisant les ossements dans
un rite nocturne. Les deux auteurs précédemment cités,
ajoutent de même que le fait de « soigner » les tombes,
pour l’abbé, s’accompagnait de la présence de
Marie Denarnaud. Fait fort étrange, inexplicable, hormis l’hypothèse
d’un rituel sur les morts et les ossements plus ou moins Catharisant.
La puissante constitution de Saunière, son physique plutôt
robuste, n’expliquaient pas qu’il ait besoin d’une femme
pour soulever les tombes… Le rituel était donc plus proche
du « consolamentum », c'est-à-dire d’un rite Cathare
qui se paye très cher, car indispensable au repos du « fidèle
». J. M. Vidal, dans son ouvrage « Doctrine et Morale des derniers
ministres Albigeois » soulignait en effet ceci : « On l’administre
aux mourants, voire aux morts, lorsqu’ils ne peuvent plus pécher.
» N’oublions point que Marie Denarnaud aurait pu faire le rôle,
dans le rite, du « Socius », c'est-à-dire de l’assistante
de cérémonie d’un parfait Cathare. Le propre d’un
couple de parfaits n’est-il pas de ne point être uni dans la
chair ? Autrement dit, Marie Denarnaud pouvait être la « parfaite
», du « parfait » abbé Saunière.
Une telle pratique ne pouvait aller sans une motivation particulière, à savoir le rituel de Tobit (ce nom provient de l’expression « TAU OBITUS », qui signifie en latin, TAU MORT, TAU DÉFUNT, TAU EN DÉCOMPOSITION, TAU EN PUTRÉFACTION), repris ensuite par les Saints Chaldéens, Abdon et Sennen. L’abbé ne pouvait ignorer ce rite, et se voulait le maître de cérémonie d’un culte secret et nocturne, sous le haut patronage de l’archange Raphaël de La Sanch. Mais reprenons le cours de notre récit :
Un Poisson sur
le Grill
« (Sept., Sinaït., Vat.) A Ecbatane, ville de Médie, Sahra, fille de Raguël, fut de même que Tobit, injuriée. Car elle avait eu successivement sept maris, et Asmodée, un Daemon, les avait fait mourir la nuit. Elle fut injuriée par sa famille en ces termes : « Meurtrière de tes maris ! Un Daemon, Asmodée fait mourir tes maris, et tu en as eu déjà sept. Or tu as fait mourir tes maris, et préparer leur sépulture. » Ayant été couverte de honte, elle songeait à être enterrée, et à se pendre. » (Comme Tobit !)
DEUXIÈME
PARTIE DU LIVRE DE TOBIT :
« [Raphaël, ange, fut envoyé pour guérir Tobit,
et Sahra.] Se croyant déjà mort, Tobit, le père aveugle,
fit venir son fils, Tobie, et lui demanda de prendre soin de sa sépulture
(sans doute lui demande-t-il de faire le rite). [Tobit se souvint aussi
de l’argent qu’il avait déposé chez Gabaël,
à Rhagés de Médie. Il dit à son fils : sois
diligent, et va chercher le dépôt à Rhagès, et
retire la somme d’argent. Ceci est en vue de ma sépulture.
Le fils répondit : mais comment puis-je retirer l’argent et
le dépôt ? Tobit déclara : Cet homme, Gabaël, tu
ne le connais pas, mais je te donne un billet, une preuve de reconnaissance,
et si tu lui montres, il te remettra le dépôt. Mais choisis-toi
un compagnon de route pour y aller. Tobie, le fils, étant sorti,
trouva l’ange Raphaël, semblable à un homme. L’ange
déclara : je suis Azarias, fils d'Ananias le Grand. Je connais la
route de Rhagès, et j’ai logé chez Gabaël. Rhagès
est sur une haute montagne, et j’y suis bien souvent, et toi tu es
ici, à Ecbatane, en plaine.] Tobie se mit en route avec l’ange.
[…] [Il fit sa première halte près du fleuve Tigre et
descendit sur la rive pour se laver les pieds. Voici qu’un énorme
poisson s’élança pour lui dévorer le pied. Raphaël,
l’ange, lui dit : « Prends-le par les ouïes et tire-le
à toi ! » Ce qu’ayant fait, il le tira sur la terre sèche.
L’ange lui déclara : « Vide ce poisson, et conserve le
cœur, puis le fiel et le foie, car si tu poses des charbons dessus,
la fumée qui en sortira chassera Asmodée, et le fiel redonnera
la vie à ton père, et il recouvrera la vue. » Tobie
obéit et posa ensuite le poisson sur un grill.]
Plusieurs
choses de grande importance sont à dire ici : G. de Sède déclare
dans son ouvrage « Le trésor maudit de Rennes-le-Château
», qu’il a consulté les papiers personnels de Bérenger
et que l’un d’eux a attiré tout particulièrement
son attention. Il s’agit d’un étrange cryptogramme, celui
que l’on nomme désormais : « Le sot pécheur ».
Dans les différentes éditions de son livre, le cryptogramme
représenté, change de présentation, et varie dans l’assemblage
de signes et de lettres sans signification, disposées autour de quelques
phrases, elles, parfaitement compréhensibles. Il y a une raison à
cela : G. de Sède avait trouvé un texte sans codage, qui n’était
qu’un extrait du livre de Tobit. Le trouvant trop explicite, il l’avait
entouré d’une suite de signes inintelligibles, et ce afin de
faire croire qu’il fallait trouver un code, là où il
n’y avait, en réalité, qu’un texte liturgique.
Le texte du « Sot pécheur », une fois débarrassé
de sa gangue de « cryptage », n’est en effet que le suivant :
« P.S, Sot pécheur à l’embouchure du Rhône,
son poisson sur le grill deux fois retourna. Un Malin (Asmodée) survint,
et 25 fois le goûta. Cuit, il ne resta que l’arête. Un
ange veillait et en fit un peigne d’or. B.S. Cur. ». Le texte
ne peut être contesté dans sa validité, car il contient
tous les personnages du groupe de statues qui est à l’entrée
de l’église de Rennes : Le Malin, le Diable Asmodée,
l’ange Raphaël, gardien, et vainqueur du Malin, et l’assemblage
de lettres sur le bénitier : B.S., à savoir les initiales
de Bérenger Saunière, dans le rôle de Tobie. Cet écrit
de l’abbé témoigne de sa dévotion pour le Livre
Chaldéen de Tobit, car il reprend tous les éléments
du passage que nous avons cité au-dessus : « Tobie descendit
sur la rive du Tigre », semblable à cette phrase : «
Sot pécheur à l’embouchure du Rhône ». Puis,
ensuite : « Tobie obéit, et posa ensuite le poisson sur un
grill », identique en substance au passage suivant : « Son poisson
sur le grill, deux fois retourna ». Enfin, nous voyons apparaître
le Malin, Asmodée : Livre de Tobit : « la fumée qui
en sortira chassera Asmodée », et dans le cryptogramme : «
Un Malin (Asmodée) survint, et 25 fois le goûta ».
Pour terminer, l’ange veille : « L’ange lui déclara
: Vide ce poisson », passage identique à : « Un ange
veillait et en fit un peigne d’or ». Le poisson représente
en effet, d’après les Pères de l’église
commentant le livre de Tobit, le corps de tout homme. Celui-ci est dévoré
dans l’extrait de l’abbé, par le Malin, c'est-à-dire
Asmodée qui tue les maris de Sahara dans Tobit, et assassine les
morts que le saint homme devra ensuite enterrer. Asmodée, c’est
la mort qui est le lot de tous les hommes. Mais par l’opération
d’un rite Chaldéen, et le patronage de l’ange Raphaël,
le cadavre devient de l’or. Il est donc purifié. C’est
le culte de Tobie, alchimique en Diable. Aussi dans le passage écrit
par Bérenger, l’ange fait du « reste du poisson »,
du cadavre, un peigne d’or. La boucle est bouclée, reste à
parler encore d’une chose : Saunière, pour son « commerce
» de rites sur les morts, devait impérativement s’adresser
à des croyants. Mais non des croyants ordinaires : des croyants Chaldéens.
Ceux-ci devaient attendre avec impatience le jour bénit où
leur dépouille bénéficierait du rite tant désiré.
Par le livre de Tobit nous comprenons donc que l’abbé ne pouvait
s’adresser qu’à des filiales de La Sanch, telles la confrérie
du St. Sépulcre, ou encore l’Ordre du Carmel. Il fallait en
effet trouver des personnes désireuses d’un tel rituel et au
courant de la pratique.
D’autre
part, comme nous le constatons dans le livre de Tobit, le vieux père
(que nous comparons ici à un ecclésiastique défunt
de l’époque de Saunière), en quelque sorte déjà
mort et enterré (aveugle = enterré), se souvient « de
l’argent qu’il avait déposé chez Gabaël,
en vue de SA SÉPULTURE, à Rhagès de Médie, sur
la montagne », et qu’il faut pour son inhumation, donner «
un billet, ou preuve écrite de reconnaissance », et qu’ainsi,
le déposant (Hôpital religieux par exemple) remettra au célébrant
(à celui qui exécutera le rite sur le cadavre), c’est-à-dire
à Tobie son fils, le dépôt, ou trésor.
C’est une quête au dépôt, à savoir une raison
de financement pour l’abbé Saunière. Le but final étant
de faire toucher le cadavre par l’ange guérisseur, qui terrasse
Asmodée, auteur de la mort. Nous entrevoyons ainsi le fonctionnement
du « commerce de morts » de l’abbé. L’abbé
envoyait « une demande de messe mortuaire » à un hôpital
religieux, un couvent, un monastère, une maison de retraite faisant
partie de la mouvance Chaldéenne, et recevait l’argent que
l’un des morts de la maison de retraite (ou hôpital, etc.) avait
mis en prévision de sa sépulture (car l’argent qui est
sur la montagne de Rhagès est celui mis en dépôt par
Tobit, le vieux père, aveugle et au sens du texte, déjà
mort, et qui est « EN VUE de sa sépulture », comme l’affirme
la Vulgate). En contrepartie, les religieux ayant reçu la demande
de messe, devaient fournir un billet de reconnaissance à l’abbé,
et lui délivrer la somme mise de côté par le mort pour
sa sépulture. La cérémonie avait le but suivant : Le
corps du défunt, comme dévoré par Asmodée, devait
être mué en « or » (un symbole) par le rite d’inhumation,
et surtout par la rencontre avec l’ange Raphaël. Car c’est
vers la fin du livre de Tobit, que nous voyons que le dépositaire
de l’argent (qui peut être pour Bérenger, un couvent,
un hôpital), celui qui va donner l’argent, doit remettre le
billet de reconnaissance à l’ange. Très vraisemblablement
afin que la volonté du défunt soit respectée. (Le corps
devant par cette pratique être purifié par l’ange.)
C’est
la raison pour laquelle l’abbé Saunière désirait
avec ardeur, de faire construire près de chez lui une maison de retraite.
Pour renforcer ses finances, il lui fallait plus de prétendants au
rite mortuaire. La maison de retraite aurait été remplie de
candidats, qui le jour de leur mort venu, auraient laissé de côté
une somme d’argent importante, et un billet de reconnaissance pour
que Saunière pratique le rite. Pierre Jarnac et Laurent Octonovo,
deux grands chercheurs, ont en effet retrouvé les pièces justificatives,
prouvant que l’abbé avait ce projet en tête depuis fort
longtemps. C’est ainsi que Laurent Octonovo déclarait ceci
: « C’est lors de son procès surtout que l’abbé
Saunière opposa cet argument à ses accusateurs. (Commentaire
d’IBJ : Argument de la construction de Béthanie en vue d’en
faire une maison de retraite.) Dans l’une des lettres qu’il
leur adresse, il explique que plusieurs années auparavant il s’en
est ouvert à son évêque, qui n’a pas émis
d’objection. Apparemment, personne ne nie ce fait à l’évêché.
On peut néanmoins s’étonner de ce que Bérenger
Saunière n’ait jamais habité dans la villa lui-même,
ni Marie Denarnaud d’ailleurs. Dans la correspondance, on s’aperçoit
qu’avant de se mettre à construire la villa à Rennes,
Bérenger fait des recherches dans la région pour une maison
(Commentaire d’IBJ : le lieu ne lui importait donc point, seule la
perspective de la réalisation d’une maison de retraite comptait
à ses yeux). Ce fait prouve à mon sens que l’abbé
n’a jamais souhaité habiter ou utiliser pour lui-même
ce bâtiment, qui devait avoir une autre destination. Je juge
l’utilisation comme une maison de retraite pour des prêtres
âgés probable [commentaire d’IBJ : des prêtres
âgés, qui dans la logique de notre raisonnement, devaient servir
de candidats au rite mortuaire], mais le manque de suivi au niveau
du diocèse peut faire soupçonner qu’elle n’ait
pas été destinée aux prêtres du diocèse.
[commentaire d’IBJ : elle est donc liée au financement de l’abbé,
sur la preuve de ses carnets de comptabilité, lesquels démontrent
amplement que son financement provient d’un milieu ecclésiastique,
généralement situé en-dehors du diocèse, et
ce particulièrement après 1899. Or le projet de construction
de la maison de retraite date précisément de 1899, et il est
fort à supposer que l’abbé avait en vue d’utiliser
cette bâtisse pour accroître ses revenus.] Les courriers en
question sont des 1er et 2 mai (Bizanet), 8 et 10 juin 1899. La maison fut
construite de 1900 à 1905, en 1907 si l’on tient compte de
la tour, qui est terminée plus tard. Elle subit un incendie en 1903,
mais les archives de gendarmerie qui auraient pu en faire état sont
introuvables, et l’on ne peut savoir si ce fut un accident ou un geste
criminel. » La raison de ce projet n’était pas connue.
Dans l’optique d’un rite mortuaire Chaldéen, Bérenger aurait donc délibérément appliqué la dénomination de Béthanie à sa maison de retraite, car, dans la Bible, Béthanie est le lieu de la résurrection de Lazare en la présence de Marie-Madeleine. C’est un culte des morts et des sépulcres auquel nous assistons ici, et l’on pourrait s’interroger sur les liens existants entre le fait que l’abbé nomme cette demeure Béthanie, et la symbolique du Tau Tobiaque, qui signifie en Egypte : « nouvelle vie, résurrection ».
C’est ainsi qu’apparaît la justification du procès intenté par le Vatican contre Bérenger Saunière. Les actes du procès parlent très nettement d’un trafic de messes mortuaires. Mais la raison profonde de cette action en justice n’est pas explicitement retranscrite. Or si nous considérons le schéma de base du livre de Tobit, il nous apparaît que c’est bien le rite mortuaire, et le trafic d’argent qui se greffe par au-dessus, qui est la cause de tant d’émois au Vatican. Les plaintes de villageois pour les profanations de sépultures se trouvent donc amplement justifiées. Reste à aller voir au cinéma un film très instructif : « l’invasion des Profanateurs de Sépulcres ».
L’invocation
des Anges
Suite
et fin du Livre de TOBIT : (résumé fortement abrégé)
« Tobie appela auprès de lui l’ange et lui dit :
Maintenant que nous avons fait un grand chemin ensemble, prends avec toi
des bêtes de somme, […] et va trouver Gabaël, sur la montagne
de Rhagès. Tu lui remettras le billet de reconnaissance, et il t’en
donnera un autre, avec l’argent en dépôt, en contrepartie.
Et moi, je prendrai ensuite l’argent qu’il t’aura donné.
Car tu sais que mon père compte les jours pour sa sépulture.
Raphaël étant venu sur la montagne de Rhagès, trouva
Gabaël, lui rendit son billet et reçut tout l’argent.
»
Voici
la fin du livre de Tobit, où l’on voit l’ange recevoir
le billet et l’argent, sur la montagne de Rhagès. Il faut comprendre
ici, que Gabaël est le déposant, c'est-à-dire par exemple
pour Saunière, un hôpital. Celui-ci remet l’argent, mis
jadis en dépôt par le mort, éventuellement un ecclésiastique
dans l’histoire de Bérenger. Ce mort est dans le texte Chaldéen
identifié à Tobit, le père, qui étant aveugle
est comme enterré. C’est donc bien en vue de la sépulture
de ce mort, et pour lui apposer le rituel que Gabaël a l’obligation
de rendre l’argent, et de donner le billet de recommandation. Raphaël,
en possession du dépôt monétaire, délivre ensuite
l’argent à Tobie, qui est l’image de Saunière
en son temps. La somme versée est dans cet ouvrage fixé à
10 talents. Le montant n’est pas discutable, car de nature religieuse.
Il ne s’agit donc nullement du prix d’une messe ordinaire, car
10 talents font actuellement un peu plus de 7000 $, somme absolument considérable,
pour un rituel, visiblement indispensable. Le trafic de « rites sur
les morts », est donc infiniment plus rentable qu’un vulgaire
trafic de messe. Le Vatican ne pouvait l’ignorer !
Mais où se situe Rhagès, la montagne de l’ange ? Rhagès,
était pour l’abbé Saunière, le Buga-Rhagès.
Le nom de cette localité de Médie est d’ailleurs Rakkan,
à savoir RaK. Il était donc facile de superposer les noms,
et de considérer que le Bugarach, cette auguste montagne, pouvait
se faire l’image de ce lieu : RaK (Rhagés, ou Buga-RAK). Sommes-nous
parvenus au seuil de l’énigme ? Certes : En l’église
du Bugarach, les vitraux représentent de façon exceptionnelle,
les passages du livre de Tobit, que nous avons commenté. L’ange
y est dessiné sans visage, et porte le nom de Raphaël. Tobie,
le fils de Tobit, est aussi figuré sur les vitraux, mais cette fois-ci
avec son visage, comme si le personnage avait été incarné
assez récemment par un homme qu’on pourrait identifier…
L’abbé Saunière.
La solution était à portée de main, car une découverte
assez récente avait permis de trouver la source d’origine du
petit parchemin de l’église de Rennes-le-Château : il
s’agissait d’une copie du Codex de Bezae, un écrit Montaniste
et Manichéen. Il suffisait de continuer dans la voie, et de rechercher
le texte apocryphe qui était, lui, à la base de toute la vie
de l’abbé Saunière. Quant à Gélis, il
fut victime du culte des Anges…
Note : Ce texte est basé sur les recherches de Gérard Bavoux (« Le Cheval de Dieu »).
Isaac Ben Jacob, Sarah Fishberg, Jean de Niort, Grégoire de Retz et Elisabeth Fermat