Plan du site | Recherche | Forums | Publications | Actualités

Société Périllos ©

Les énigmes du cimetière de Rennes-le-Château
(1ère partie) - Les pauvres morts

 

Un village avec des vies et des morts ordinaires

Rennes-le-Château est à la fois le centre d’une affaire énigmatique, celle de l’abbé Saunière, et un village comme des milliers d’autres en France.
La vie s’y déroule au gré, souvent fiévreux et chaotique, des rebondissements de cette énigme, avec ses déferlements de chasseurs de trésors dès la belle saison arrivée. Pourtant, en dehors de ces soubresauts incontrôlables, Rennes-le-Château vit, surtout, comme toutes les communes de France, au rythme de ses habitants. Certes, ces derniers, face aux étonnants mystères de leur pays peu à peu remontés en pleine lumière, font preuve d’agacement, amusement, lassitude, colère, indifférence et curiosité… En fin de compte, la vie ici est la même, une fois le rideau retombé sur les facéties de son histoire cachée, que n’importe où ailleurs. Depuis parfois des siècles de générations de certains habitants sédentaires, les registres d’Etat-civil communaux enregistrent naissances, mariages, décès et autres méandres ‘ordinaires’ d’une population dont les histoires sont la chronique ordinaire de tous et de chacun…
L’humain voit sa limite biologique se borner à une naissance, un parcours dans la vie plus ou moins long et… la mort. Que pourrait-il y avoir de plus naturel en somme ? Alors arrêtons nous, nous aussi, avec respect, aux limites de notre durée biologique d’individu car elle est inéluctable pour tous… à une ou deux exceptions près…paraît-il depuis des siècles et des siècles !

L’ultime étape et les anciennes coutumes

Et comme dans toute la France, et sans doute pratiquement partout ailleurs, le village ou le territoire communal représente le champ d’action habituelle et routinière de l’activité des habitants… Mais au moment où tous quittent le monde des vivants, il existe un autre lieu où règnent, en principe, la paix, le respect et le silence…ou, tant que faire se peut, le moins de bruit possible.
Ce lieu du dernier repos (et peu importe ici les convictions religieuses, philosophiques et personnelles de tout être humain), souvent, côtoie celui des vivants. Aujourd’hui, on a tendance à établir une distance matérielle entre ces deux ‘mondes’. Pourtant, autrefois, il était de coutume que l’un et l’autre ne soient pas trop dissociés par l’éloignement. Et mieux encore, par une logique sociale vérifiable, le territoire des défunts se trouvait parfois au beau milieu du village ! En effet, aux origines de bien des villages, se trouve le point seigneurial, le plus souvent agrémenté d’une chapelle castrale ou d’une église. De toutes façons, le seigneur maître des lieux, et ses dépendants, ont quasiment toujours le même dieu, la même religion et les mêmes espoirs et craintes de l’au-delà. Certes, l’un est enseveli modestement, pour ne pas dire pire… et l’autre est enterré, en grande pompe, avec déférence et ostentation… pour ne pas dire pire !

Les nantis et les bannis

Quoiqu’il en soit, le voyage s’engage pour tous au sein protecteur d’une terre qui ne fait pas de différence dans son absolue magnanimité. Alors, souvent, au centre de vie du village, se dresse une église sous l’impulsion craintive de ce qu’on appelle la foi… et tous y trouvent espoir ou… profit ! Cette église synonyme de protection et d’espoir devient un lieu sacré, d’asile, de paix. Et si les vivants parfois y demandaient « asile !!! », les morts n’en attendaient pas moins. Alors… on serrait craintivement les sépultures, au plus près, contre les fondations de cette église salvatrice. Les pauvres restaient, comme à l’habitude, en dehors de l’enceinte sacrée… et le seigneur, comme à l’habitude, disposait son caveau dans la terre rédemptrice, sous l’église elle-même. Le maître des lieux, comme d’habitude, bénéficiait ainsi au plus près des bienfaits de la religion… tandis que dehors les moins favorisés se contentaient, comme d’habitude, des miettes de la foi. Bref… tout humain bénéficiait de la divine protection en rangeant ses morts au plus juste de son rang. Certains allaient aussi, peut-être en raison de leur ‘pedigree’, jusqu’à occuper un périmètre de choix : la face côté de l’ouverture ‘majestueuse’ d’accès au sanctuaire.
Aussi, il n’est pas rare de retrouver, lors de fouilles ou de travaux de terrassement, de nombreuses tombes devant le parvis de l’église… comme on retrouve, parfois, devant ce même parvis, les vestiges d’individus que la société féodale et religieuse avait bannis de la terre sacrée… Mais souvent ceux-ci étaient décapités… comme si leur faute leur avait fait ‘perdre la tête’. Quoiqu’il en soit, l’humanité a toujours eu un regard craintif, superstitieux ou affectif vers l’endroit où reposent ceux qui sont ‘partis’… riches ou pauvres !

Le cimetière de Rennes-le-Château… domaine de l’oubli

Ce long préambule pour expliquer que la commune et le village de Rennes-le-Château, autrefois paisible village ordinaire, avaient eu les mêmes espoirs ordinaires et craintes ordinaires en l’ordinaire royaume des morts que partout ailleurs… ni plus ni moins ! Aussi ce village du Razès (dont certains voudraient en avoir fait, ou vu, la capitale) est comme des milliers d’autres villages : un château, une église, des habitations et le rassemblement de toutes les sépultures au plus près du lieu de culte… qui autrefois matérialisait le centre de toutes vies communautaires. D’ailleurs, les monastères et autres lieux religieux conservaient au plus près, dans leurs enceintes, cet endroit du silence et du souvenirs des défunts.
Maintenant, approchons-nous de l’entrée du cimetière de ce village du mystère. Aujourd’hui, par décision municipale, l’accès au champ des morts de Rennes-le-Château est restreint aux seuls habitants ou familles justifiant qu’un des leurs est enseveli ici… La décision est-elle contestable ? Pour quelques ténors égrillards, elle l’est de manière formelle… Cependant, malgré les aboiements… la caravane est passée sans encombre ! Nous ajouterons, sans prendre parti le moins du monde, que contestables sont aussi le pillage, le viol et la dégradation de cet endroit où doivent, avant tout, régner la paix et le respect !... Certes, la décision est radicale, mais elle a au moins l’avantage de préserver la mémoire des anciens de toutes souillures.
Poussons cette porte qui maintenant ne s’ouvre plus sur l’étranger, le touriste (mais oui ! on visitait touristiquement le cimetière… et sans vergogne !) et le pillard. Nous l’ouvrirons sur le passé et ses souvenirs. Cependant, avant de tourner les pages anciennes, nous constatons, qu’à celles d’aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose d’un ‘autrefois’ qui nous intéresserait. Toutes les traces importantes ont fini par être effacées, saccagées, oubliées. La rumeur, et nous y reviendrons très vite, prétend qu’une tombe, d’une des épouses des anciens seigneurs locaux, y aurait existé. Elle aurait été profanée et détruite par l’abbé Saunière lui-même ! D’ailleurs ce dernier a fini, lui aussi, par être effacé du même cimetière, il y a peu de temps ! Il aurait également déplacé d’autres tombes… « La roue tourne », comme aurait dit Guy Lux !

L’abbé Saunière profanateur ou nettoyeur par le vide ?

Il est donc temps de feuilleter ce passé ‘funéraire’ qui rassemble tant de personnages aussi énigmatiques les uns que les autres.
Commençons par l’abbé Saunière, curé de Rennes-le-Château, qui se distingue plusieurs fois à propos de ce royaume des morts.
La fréquentation de ce lieu est habituelle pour un prêtre et n’aurait en principe pas dû poser de gros problèmes. Or il n’en est rien et sa présence s’est distinguée par des comportements pour le moins étranges. La rumeur dit qu’il se rend de nuit dans le cimetière, et qu’il s’y livre à des activités déplaisantes. Il est difficile de supposer qu’il soit pris par son sacerdoce au point qu’il ne puisse avoir d’autres moments pour fréquenter l’endroit. Au pire, sa présence nocturne serait au plus surprenante, mais en rien légalement répréhensible. Ce qui est nettement plus critiquable, ce sont les objets de remarques, puis de plaintes, qui seront adressés à Saunière. On lui reproche d’abord de déplacer des tombes, ou pierres tombales, sans l’avis ni l’autorisation des familles… Il répond, sans se démonter, qu’il agit de la sorte… pour faire plus de place dans le cimetière ! La stupéfaction des personnes concernées n’y fera rien, ni la colère, et notre homme continue obstinément sa besogne de ‘nettoyage’ funéraire. Devant la poursuite de telles actions, il faudra l’intervention des autorités, locale, puis administrative, qui haussent le ton et brandissent la menace d’une plainte en la matière. L’abbé Saunière s’incline alors et arrête ses travaux. A la réflexion, on peut se demander si ce dernier cesse de remuer le cimetière en raison d’une action en justice imminente et ses conséquences… ou s’il s’arrête parce qu’il a fini ses investigations ? Il est fort possible que la seconde solution soit la meilleure.
A cette époque, rien ne laisse envisager le pourquoi d’un tel agissement sacrilège… car, tout simplement, personne ne se le demande. Cette conduite paraît fortement critiquable et scandaleuse uniquement en raison du fait que personne n’a été informé par le prêtre de son intention de ‘nettoyage radical’ du cimetière, ou celle d’y ‘faire de la place’ en bouleversant les tombes. Pour faire de la place l’abbé en fait sans doute plus qu’il n’en faut !... Pour faire du nettoyage également, sans doute en fait-il beaucoup plus qu’il n’en faut !... On pourrait ajouter qu’il fait du nettoyage par le vide !... car, effectivement, les emplacements de certaines tombes ne seront jamais retrouvés. Il y a lieu de supposer, à notre avis, que c’était bien l’intention finale de Saunière de faire disparaître, à tout jamais, certains éléments devenus pour lui… des éléments certains… L’avenir pour lui, et le présent pour nous, montre qu’il s’est lourdement trompé sur ces actes qu’il supposait expéditifs.

Litanie imaginaire mortuaire pour un abbé

Il est quasiment d’avis unanime, tous chercheurs et autorités confondus, que l’abbé cherchait quelque chose et qu’il a fini par le trouver dans ce cimetière.
Cependant, nous avancerons une remarque : comment ce prêtre, fraîchement arrivé ici, peut-il savoir avec une précision aussi redoutable ‘où’ fouiller et quelles tombes il doit violer pour arriver à ses fins ? Il est impossible qu’il ait suivi la voie du hasard. En effet, il aurait fallu pour ce résultat :
D’abord, qu’il ‘imagine’ quelque chose à trouver…
Ensuite, qu’il ‘imagine’ un quelque chose d’une valeur telle qu’il vaille le risque d’une plainte de sépulture, ce qui aurait été pour le moins ennuyeux pour un curé !
Mais encore qu’il ‘imagine’ l’endroit, et qu’il porte arbitrairement son ‘imaginaire’ sur la terre des morts…
Le plus difficile, pour continuer, est qu’il ‘imagine’ les tombes (puisqu’il en déplace plusieurs) où dort ce ‘quelque chose’.
Et qu’enfin, il soit ‘imaginable’ qu’il prenne le risque d’être profanateur et sacrilège, au point de se trouver quasiment devant la loi en 1895 (Les travaux de l’abbé dans le cimetière irritant les habitants de la commune, deux pétitions (12 et 14 mars) sont adressées au Préfet pour faire arrêter ces actes) … pour rien, s’il agit sous la seule impulsion de son imagination.
L’ensemble de ces ‘imaginations’ est impossible. Il faut donc raisonnablement admettre que l’abbé Saunière, dès son arrivée, découvre peut-être un élément déterminant au cours des travaux dans son église. Il est donc possible alors qu’il ait appris l’existence d’un dépôt de valeur – matérielle, spirituelle, archéologique ou documentaire – et qu’il peut y accéder depuis le contenu de tombes disposées dans le cimetière de sa paroisse. L’importance de ce ‘savoir’ l’emportera sur les peurs de risques et les graves ennuis encourus. On peut même se demander si sa nomination à Rennes-le-Château ne fut pas la première partie d’un plan établi… par lui ou d’autres.

Découverte d’un tombeau… oui, mais lequel ?

Mais passée cette évidence simple et logique, la vie de Saunière, minutieusement notée, laisse dans l’ombre bien plus de zones inconnues que nous le supposerions. Par exemple, nous disposons des interminables litanies de ses divers documents, carnet journalier et comptabilité religieuse... mais quasiment rien, à notre connaissance, sur des informations concernant les différentes mises à jour potentielles… pourtant connues, et reconnues de tous. Nous disposons clairement, en tout et pour tout, dans les notes de Saunière, d’une seule laconique phrase, prise et reprise par tout un chacun: “21 - Lettre de Granes. Découverte d’un tombeau, le soir pluie.” Ceci se passe le 21 septembre 1891. Cependant, elle reste muette en informations quant à ses lieu, origine, contenu et autres détails sur la question... S’agirait-il des découvertes ‘funéraires’ ? et pourquoi pas ?
Arrivé le 1er juin 1885, après quelques ennuis, il devient réellement actif qu’à son retour de Narbonne le 1er juillet 1886… avec un don de 3000fr de la comtesse de Chambord pour les premiers travaux dans l’église. De 1886 à 1891, Saunière se livre à la réalisation d’importants travaux dans l’église délabrée. Ce serait entre 1886 et 1887 qu’il aurait fait plusieurs découvertes fortuites lors des réfections.
Dans cette période de pleine effervescence, en 1890, il débute les premiers travaux de rénovation dans le cimetière (avec ceux du presbytère). C’est également l’année qui coïncide avec cette remarque laconique dans son journal: “lettre de Granes - Découverte d’un tombeau, le soir pluie”. 1891 marque également la fin des travaux liés aux ‘découvertes’ dans l’église de Rennes-le-Château ; Saunière à ce moment doit être à propos de ce qu’il peut trouver dans le cimetière.

Les temps d’alignement du cimetière au presbytère

En 1892, les travaux se poursuivent, ou reprennent, pour le cimetière et son accès. Mais également, s’ouvrent ceux concernant la ‘grotte’ ; la citerne, avec au-dessus un bureau avec bibliothèque… jouxte le cimetière et sa nouvelle entrée fermée ‘d’une porte de fer’.
L’année 1894 marque la réalisation d’autres aménagements dans le cimetière et autour de l’église.
C’est, enfin, en 1895 que les travaux de l’abbé finissent d’irriter les habitants de la commune qui envoient deux pétitions (12 et 14 mars) en Préfecture afin que cessent les déprédations de Saunière dans le cimetière.
1898. C’est la fin des travaux concernant l’église, le presbytère et tous les aménagement extérieurs.
On note qu’avec la fin (1898) de tous les aménagements en forme de ‘nettoyage’, coïncide le début des acquisitions (qui dureront jusqu’en 1905) de l’abbé Saunière pour son ‘domaine’ à Rennes-le-Château Il a donc des disponibilités financières qui lui permettent ces achats importants. C’est également cette année là, en mai, juin et septembre, qu’il se rend à Lyon !
Nous avons vu que les gros travaux du cimetière, du bureau et de la ‘grotte’, se déroulent dans la même foulée : en 1892. Ajoutons que Saunière fait clôturer le périmètre du cimetière afin qu’il soit délimité et fermé… et muni d’une ‘porte de fer’. Ainsi, à cette date des constructions périphériques du royaume des morts, s’arrêtent probablement les explorations et les destructions funéraires de l’abbé… Mais également, cette clôture interdit toutes incursions autres que les siennes… ou du moins les place sous son contrôle, en détenant les seules clés d’accès par exemple ! Cependant, cette série semble incomplète, car nous remarquons, la même année, un autre sujet de rénovation, celui du presbytère, qui reste lié aux perspectives de réaménagements de Saunière. Le bâtiment jouxtant l’église à l’ouest est lui aussi remis en état. Certes, le lieu est dans un tel état de délabrement qu’il pourrait ne rien y avoir de curieux dans ces travaux urgents. Pourtant, à mieux y regarder, ils ne sont pas si urgents que ça, ces travaux, puisque l’abbé est installé là depuis 1886… et qu’il entame cette rénovation seulement en 1890… avec précisément le début des travaux du cimetière ! Il était temps qu’il s’aperçoive de l’état de son habitation de prêtre. Le presbytère sera fini en 1898…

L’entrée pour les vivants et les morts

Cette remarque pourrait être une louange à Saunière qui aurait priorisé l’asile des défunts au sien… Pourquoi pas ? Cependant, nous voyons plutôt un homme plus occupé à saccager certain endroit du cimetière qu’à en assurer la tranquillité. Il serait ainsi possible qu’il ait eu, depuis l’information de base qui lui permet de diriger ses recherches vers la terre des morts, une extension documentaire lui indiquant un autre point… sous le presbytère. Nous avons vu (dans notre chapitre sur le presbytère !) qu’effectivement, lors des récentes, et dernières, rénovations de ce bâtiment, une cache et un passage avaient été mis à jour… permettant de comprendre que l’endroit correspondait avec les sous-sols de l’église. Saunière savait forcément, nous l’avons démontré, ce ‘détail’ formidable. Cependant, nous avons vu aussi que le mur mitoyen entre l’église et le presbytère avait été autrefois la façade pignon qui comportait le porche principal d’entrée (des vestiges de cette architecture auraient été remis à jour lors des derniers travaux)!... et ça aussi, Bérenger Saunière le savait, au moins à l’instant de faire réparer ce mur avec ses propres deniers.
Ceci n’aurait pas vraiment une grande importance dans notre chapitre si nous ne revenions au début de ce texte. En effet, nous voyons que l’église primitive, dans quasiment tous les villages médiévaux, est entourée de sépultures en attente de la dernière rédemption. Celle de Rennes-le-Château n’a pas fait exception et le cimetière qui reste aujourd’hui est l’ultime vestige de la ‘terre sacrée’ primitivement réservée aux défunts. Ce qui signifie que devant la première chapelle castrale (à son porche) des seigneurs de Rhedae… il y avait également des tombeaux serrés devant l’entrée principale. Mais ceci signifie aussi, et surtout, que le presbytère se trouve construit… sur le cimetière primitif.

Quand Saunière finit par posséder le secret

Il serait très étonnant, qu’au fil des premières restructurations, on ait pris le soin de déplacer toutes les tombes en place… Tout comme il est étonnant qu’on ait supprimé un porche d’entrée principale au bénéfice d’un petit presbytère, alors qu’à cette époque le seigneur dispose d’un chapelain résident au plus près : dans le château lui-même, par exemple. Nous avions, dans notre étude sur ce bâtiment destiné aux anciens prêtres de Rennes, mis en évidence l’acharnement avec lequel ‘on’ avait maintenu coûte que coûte cet édifice collé à l’ancien pignon principal… Peut-être ne tenait-on pas trop à ce que soit découvert à cet endroit un passage bas ouvrant vers les sous-sols de l’église ? Mais encore ne tenait-on pas à ce que… certaines tombes soient sues… sous le presbytère ! Ainsi les prêtres s’étant succédés ici ne savaient-ils pas tous qu’ils veillaient pieusement sur le … royaume de ‘certains’ morts ! Peut-être même ce ‘secret’ s’est-il perdu, ou fut-il volontairement occulté, afin que plus personne d’autres que ceux ‘autorisés’, ne dispose du savoir et de l’accès ? Qui peut le nier ?
Le comportement de l’abbé Saunière pourrait bien montrer qu’il avait fini par accéder à beaucoup de choses… y compris concernant son logement de curé de la paroisse. On ajoutera aussi qu’il réside là jusqu’à son décès, au lieu d’habiter la villa Béthanie, but final de sa vie et où pourtant il aurait eu le luxe qu’il a toujours voulu. Cette volonté était-elle celle de veiller jusqu’au bout sur ce qu’il avait découvert ? Avait-il peur de voir un autre ‘locataire’ arriver et découvrir le secret sur lequel il veillait ? Mais en ce cas, quelle importance extraordinaire pouvait représenter la connaissance de quelques obscures tombes oubliées et ensevelies sous, et devant, le porche oublié de l’ancienne chapelle castrale du château ? Certes, seuls les premiers anciens seigneurs pouvaient savoir, avec exactitude, ce que cachait cette partie ensevelie maintenant sous le presbytère.

Bigou ou… la scrupuleuse transmission du secret

Cependant, il y eut une scrupuleuse transmission de cette connaissance au fil des seigneurs successeurs des premiers… même en cas de changement de famille, de sang, de blason… et ce, jusqu’aux derniers, ou plutôt la dernière : Marie de Négri d’Ables, décédée un 17 janvier 1781. Comment supposer que le chapelain, qui est à la fois le confesseur, le conseiller et l’homme de confiance le plus proche du dernier seigneur en cours, ne soit pas à propos de tout ou au moins d’une partie de ce… secret ? Cette éventualité semble impossible. De fait, le dernier à avoir eu ces fonctions de haute confiance serait tout simplement l’abbé Bigou, confesseur de la Dame d’Hautpoul. Ce prêtre qui, refusant d’être ‘conventionné’, s’enfuira en Espagne en passant par Durban et Périllos… Il mourra après avoir à son tour ‘confessé’ le secret à un autre prêtre espagnol… et confié certains détails à son carnet personnel qui sera retrouvé en Espagne… et aujourd’hui entre les mains d’une fraternité.
Cependant, l’abbé Bigou n’aurait pas manqué sans doute, de laisser quelques éléments à l’attention de ses confrères à venir, d’une façon ou d’une autre. Parmi ces possibilités, nous trouvons celle des dalles funéraires des tombes attribuées à Marie de Négri d’Ables… et montrées, avec erreur, sous le seul nom de la marquise d’Hautpoul. Nous disons bien ‘LES’ dalles et non ‘LA’ dalle... au sens où l’on entend le mot ‘dalle’ en tant que pierre à l’horizontale, en opposition au mot stèle que nous comprenons comme une pierre verticale. Ce qui revient à affirmer, et le lecteur l’aura deviné, qu’il n’y avait pas qu’une pierre horizontale mais au moins deux … et donc au moins deux tombes au titre des Hautpoul dans le cimetière de Rennes-le-Château, et non une seule comme il est supposé habituellement. Nous tenons cette information du descendant de la famille de Hautpoul italienne… Les explications sur ce sujet, qui nous ont été données, deviennent logiques et éclaireront autrement l’énigme de la stèle si contestée, comme nous le verrons dans les suites de ce chapitre.

suite>>

André Douzet
Nous remercions particulièrement Jean BRUNELIN à qui nous devons certains photographies inédites qui illustrent notre texte. Toutes reproductions interdites.