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Les
énigmes du cimetière de Rennes-le-Château (2ième partie) - Détour obligé par la tombe de la Dame d’Hautpoul |
Ordre
et désordre
Nous
en étions au moment où l’abbé Bigou doit quitter
sa paroisse de Rennes-le-Château en raison de ses choix lors de la
Révolution Française. Il s’en va, laissant derrière
lui la connaissance du moyen d’accès au secret des Hautpoul.
Bigou est un homme intelligent qui sait qu’il ne reviendra jamais
dans le Razès, ni même en France. Egalement, nous pouvons imaginer
que les fièvres déferlantes révolutionnaires ne se
sont pas propagées en un jour… ni qu’il n’y ait
eu aucun signe avant-coureur de ces événements redoutables
pour le clergé français. Il savait forcément, ne serait-ce
que par les évêchés et les rumeurs, que la fin d’un
temps était arrivée. En homme prudent, il dut s’aviser
et supposer (ou l’a-t-on ‘conseillé’ ?) indispensable
de laisser suffisamment d’éléments concernant ce qu’il
pouvait transmettre à l’attention de ces successeurs. Il devait
savoir encore que forcément l’un d’entre eux serait en
mesure, plus tard, d’interpréter son message, quitte à
ce que cette compréhension soit le fruit d’un téléguidage
! D’ailleurs bien malin qui pourrait affirmer, qu’après
le décès de la Dame d’Hautpoul, ‘certaines personnes’
n’aient pris contact avec l’abbé Bigou. Ces contacts
pouvaient être de plusieurs ordres :
- tout d’abord, familiaux… peut-être afin de lui demander
des détails de succession, obtenus lors de l’ultime confession
de la dernière châtelaine d’Hautpoul ?
- ensuite, d’ordre religieux… peut-être afin de lui demander
des détails concernant un savoir utile perdu, entièrement
ou partiellement, par l’Eglise ?
- pourquoi pas, ensuite, d’un ordre monétaire ou à fin
politique… peut-être afin de lui demander des détails
attenant à une énigme historique, toute ou partiellement oubliée
?
- Enfin, peut-être, les trois simultanément ou d’autres
non répertoriés dans l’immédiat.
Le
problème de la transmission du savoir de Bigou
Quoi
qu’il en soit, Bigou sut, sans doute sans le vouloir, un secret formidable
qu’il dut taire sous le sceau du secret de la confession, du moins
jusqu’au moment où lui-même remettrait son âme
à son créateur.
Sous quelle forme l’abbé Bigou pouvait-il confier, à
l’attention de qui de droit, ce dont il était devenu le dernier
destinataire, sans tomber sous le coup de l’anathème et des
châtiments de l’Enfer? Il le pouvait sous deux formes essentielles
qui ne pouvaient, en vérité, qu’être destinées
à des religieux. La première était le renvoi à
un autre prêtre de ce qu’il avait appris dans les moments où
la dame d’Hautpoul allégeait sa conscience. La seconde en établissant
un relais seulement compréhensible par un religieux.
Mémoire
de Bigou et bêtises contemporaines
En
ce qui concerne la première solution, nous savons que l’abbé
Bigou soulagea sa conscience en deux étapes. Il disposait d’un
carnet personnel auquel il confiait ses états d’âme,
remarques, espoirs et terreurs. Ce document, en trois petits volumes, ne
le quittera pas et l’accompagnera jusqu’au bout de son exil
en Espagne. Cette somme de documents, depuis plus de trente ans, est en
possession d’une petite fraternité catalane espagnole, à
tendance religieuse. Cette dernière fit une réédition
du dernier petit volume, à son compte, en très faible quantité,
à des conditions draconiennes… et surtout un prix prohibitif
(plus de deux mille euros). Cette opération, en son temps, fit évidemment
hurler les grands grincheux qui crièrent aux faux en prétendant
que ces éléments étaient, forcément, le fruit
méticuleux de mon travail… de faussaire ! C’est un grand
honneur que d’être considéré comme capable de
trouver un cahier d’époque, et de reproduire l’écriture
de l’abbé Bigou sur plusieurs dizaines de pages dont certains
passages en latin… dont je n’ai pas le moindre rudiment ! Ensuite,
comme tous les exemplaires furent vendus en moins d’un mois, j’aurais
dû, alors, me trouver à la tête d’une petite fortune.
L’ennui pour ces personnes, quelques peu hargneuses, pour ne pas dire
plus, réside dans le fait que mes conditions financières n’augmentèrent
jamais, même au contraire ! Sans doute ne savais-je plus où
j’avais déposé ce pactole important, ou avais-je eu
la sottise d’acquérir une tonne de caramels mous??? Bref…
ces ténors de l’absurde devaient sans doute être plus
furieux de ne pas pouvoir se payer un exemplaire, et surtout de ne pas pouvoir
prendre connaissance des dernières pages écrites par l’abbé
Bigou, que de vouloir supposer que j’en sois l’auteur.
Un des acquéreurs nous a finalement remis les messages échangés
sur les propos, et les insinuations diffamantes à mon égard,
dont il fut l’un des deux destinataires. Nous en ferons état,
avec son accord, dans un prochain travail, afin que personne n’ignore
jusqu’où peut aller la calomnie et le dépit de ne pas
avoir la primeur en ce genre de matière.
Détour
autour de la mort de la Dame d’Hautpoul
Mais
revenons plutôt à la conduite inquiète de l’abbé
Bigou comprenant que l’état critique de la situation du pays
de France allait, sous peu, tout faire basculer dans une frénétique
déferlante de destruction religieuse et nobiliaire ‘annoncée’.
A ceci, ajoutons que le décès de la marquise d’Hautpoul
se produit peu avant les convulsions qui agiteront la France entière.
Tout ceci fait beaucoup pour le prêtre d’un petit village perdu
aux confins du Razès. Alors, maintenant, observons quelques détails
du comportement de ce prêtre sans doute mis, par le fait de la confession,
en possession d’un secret qui le dépassera et le rongera jusqu’à
la fin de ses jours. Et cette réflexion nous ramène au sujet
qui nous préoccupe : le cimetière de Rennes-le-Château.
C’est en 1781, au mois de janvier, que meurt Marie de Negri d’Ables,
dame de Hautpoul. A cette date, la Révolution Française, et
ses conséquences, ne sont pas encore ouvertement engagées
dans leurs violentes actions. Il faut encore attendre jusqu’à
l’an 1789…
Penchons-nous, respectueusement, sur cette sépulture et relevons
quelques constats, qui cependant ne prendront pas en compte, pour l’instant,
les fameuses gravures et textes qui en chargent les pierres. Nous nous contenterons
d’une petite chronologie sommaire, suivie de certains détails
et de quelques faits concernant le sujet.
1781. décès de la Dame d’Hautpoul.
1789. Révolution Française.
1792. L’abbé Bigou fuit vers l’Espagne, via Durban et
Périllos.
1793. mort de Bigou en exil.
1885. Arrivée de l’abbé Bérenger Saunière
à Rennes-le-Château.
Tombe,
sépultures, caveau et cimetière en trompe-l’œil
Voyons
maintenant quelques éléments peu retenus mais plus importants
qu’ils ne peuvent le paraître.
- La dame d’Hautpoul n’est pas ensevelie dans le caveau des
seigneurs sous l’église du village de Rennes, qui n’est
autre que l’ancienne chapelle castrale du château. Selon l’ancienne
coutume, elle a sa sépulture avec celles des Dames, et des personnes
hors la lignée directe des seigneurs, dans l’ancien cimetière.
A ceci ajoutons que rien ne prouve, indéniablement, que la marquise
de Blanchefort ait trouvé sa dernière demeure dans l’enclos
des morts que nous connaissons. La fameuse pierre tombale, dite ‘stèle’,
est peut-être une forme réduite à sa plus simple expression
d’un mausolée qui n’est pas forcément l’ultime
réceptacle d’une dépouille… comme par exemple
le mausolée de Ramon de Périllos, Grand Maître de l’Ordre
de Malte… qui n’est pas son tombeau ! En ce cas, pour Rennes-le-Château,
il sera indispensable de poser cette question inquiétante : mais
alors a-t-on perdu la tombe en question ? Où pourrait-elle être
? Se trouvait-elle dans le cimetière… ou ailleurs ?
- L’observation suivante est qu’il s’agit tout de même,
ici, d’une sépulture nobiliaire réservée aux
épouses des seigneurs locaux… et que ce monument funéraire
ne peut s’envisager comme n’importe quel autre, en raison du
rang à tenir, même, et surtout, dans la mort. Egalement, il
doit forcément être question d’un caveau capable de recevoir
plusieurs dépouilles, et non de simples emplacements ponctuels empilés
en pleine terre au même endroit, comme il est habituel pour le commun
des mortels. Un tel édifice souterrain, même rudimentaire,
n’est pas un simple sarcophage en pierre, mais une construction souterraine
complète qui, même détruite, laisse encore des traces
importantes. Admettons tout de suite que malgré les modifications
et travaux de terrassement dans le cimetière, aucune construction
ou vestiges de ce genre n’ont été retrouvés…
du moins officiellement ou au grand jour ! Alors ? Alors, nous répondrons
à cette question plus loin.
«
Une inscription gravée très grossièrement »
-
En ce qui concerne cette tombe, voyons les éléments dont nous
disposons en matière de description acceptable. Ce sera très
simple, car il s’agit du seul compte rendu, rédigé par
Elie Tisseyre en 1905, sur les colonnes de la Société d’Etudes
Scientifiques de l’Aude, paru dans son bulletin n° XVII de 1906.
Ce vestige nous est décrit ainsi : « une large dalle, brisée
dans son milieu, où on peut lire une inscription gravée très
grossièrement ». Nous avons ici une pierre tombale d’apparence
très anodine, modeste, voire « gravée très grossièrement »…
Cet aspect surprenant est sans commune mesure avec ce que nous attendrions
au minimum d’une tombe seigneuriale même modeste !… Est-ce
là le résultat d’un manque de moyens financiers, comme
certains chercheurs le soutiennent ?… Ou est-ce par souci de discrétion,
et en ce cas, serait-ce en signe d’humilité… ou dans
le but de ne pas dénoter ou attirer trop d’attention sur le
point de cette sépulture ?
Bigou
joue la carte ‘temps et détails’
-
A ces questions, il pourrait être répondu que Bigou, n’ayant
que très peu de temps avant de s’exiler pour l’Espagne,
soit obligé d’intervenir ‘avec les moyens du bord’
et en catastrophe. Il rédige rapidement un texte et en confie la
gravure à un tailleur de pierre, si inexpérimenté qu’il
truffe le résultat d’erreurs incroyables, allant jusqu’à
produire le mot ‘catin’ dans l’énoncé de
l’épitaphe. Ceci vaut pour le texte. Quant à la pierre,
dite ‘stèle’, l’abbé Bigou en aurait peut-être
tracé vaguement un contour approximatif. Une hypothèse voudrait
même que le prêtre ait utilisé pour cette ‘stèle’
une pierre trouvée vers Serres… en 1789. Il est difficile d’imaginer
que ce prêtre ait attendu 7 ans pour faire dresser ce monument mortuaire,
en étant pressé par l’arrivée de la tornade révolutionnaire.
Quoi qu’il en soit, il semble important que cet abbé soit impliqué
dans le texte mortuaire, dans le choix de la pierre et enfin dans un troisième
élément oublié: celui de l’emplacement de cette
tombe. On pourrait admettre le scénario d’un travail de tailleur
de pierre bâclé en raison d’un délai trop court.
L’ennui est que Bigou a disposé de tout son temps pour faire
réaliser le profil de la stèle, l’épitaphe, sa
gravure, et s’être assuré que le résultat correspondait
bien à ce qu’il avait demandé. En effet, n’oublions
pas que le décès en question se passe en 1781… que la
Révolution Française commence vers mai 1789… et que
l’abbé Bigou s’enfuit en 1792. On peut dire que notre
abbé eut près de 10 ans pour faire exécuter les travaux,
les vérifier et les accepter ! On peut ajouter qu’en cas de
désaccord, il avait tout le temps nécessaire pour tout faire
recommencer. Alors que s’est-il vraiment passé ?
Bigou
joue à cache-cache et gagne
Et
bien, il pourrait s’être passé que Bigou, ayant accédé,
sous le sceau de la confession, à un incroyable secret, décide
non seulement de tenter d’en assurer la transmission à un autre
prêtre futur, mais donne à cet impossible savoir toutes les
chances de disparaître aux yeux des profanes et… profanateurs.
Depuis tous ces éléments, pourquoi ne serait-il pas envisageable
que ce prêtre ait tout simplement orchestré plusieurs manoeuvres
de camouflage dans le cimetière de sa paroisse ?
Forcément, il sait où se trouve l’entrée du caveau
destiné aux dames de la famille Hautpoul… puisqu’il est
présent au moment de l’inhumation de Marie de Negri d’Ables.
Il sait aussi que les jeux sont faits en France et que la Révolution,
sous peu, viendra jusqu’aux confins du Razès semer la désolation
dans les milieux religieux et nobiliaires. Ensuite, les scènes de
pillage suivront, et les tombes d’aristocrates seront des cibles choisies…
Alors simplement, pour protéger ce qui lui semble indispensable,
il fait réaliser une stèle d’apparence ‘grossière’,
comportant un texte incertain qui ridiculise sa propriétaire. Mais
il ira plus loin encore. Avec l’accord, ou sur ‘conseil’,
d’une branche de la famille, la stèle sera posée en
un lieu qui n’est pas celui du vrai caveau. Et Bigou poursuivra le
‘maquillage’ de cette ‘opération survie’
en ajustant l’épitaphe jusqu’à y inclure le moyen
de comprendre où est le vrai tombeau féminin de la famille
des Hautpoul ! Et les jeux sont faits… il ne reste de tout ça
qu’une dérisoire stèle, incompréhensible, perdue
au milieu d’autres pierres tombales dans l’extension déjà
engagée du cimetière de Rennes. Bigou, sa mission accomplie,
dissimulera, dans son église, quelques dépôts de valeur
confiés par de riches royalistes prenant la fuite. Ces dépôts
auront plusieurs fonctions dont, entre autres, celle de permettre d’entamer
‘certains travaux’ par celui qui aura compris le message laissé
sur la stèle.
Jeu
de mots… jeu de religieux !
Ce texte, il l’a composé de telle sorte qu’un simple prêtre local, quelque peu féru de certains ‘jeux de mots religieux’, puisse le déchiffrer et en faire ce qu’exigerait l’Eglise… c’est du moins ce qu’il espérait. Pouvait-il savoir que ce serait un prêtre de la trempe de Saunière qui découvrirait le moyen d’accéder au secret, et de s’en tirer un solide bénéfice ? Un auteur, Franck Daffos, soulève de pertinentes remarques sur le secret de la tombe de la dame d’Hautpoul, qui pourrait être tout autre que ce qu’il affiche à son premier degré… Il ira plus loin en demandant qui aura l’idée d’enquêter sur l’identité de la seule personne qui rendra crédible l’inscription sur la stèle: Elie Tisseyre en 1905 ! C’est une excellente réaction, car ce personnage est, ne l’oublions pas, celui qui crédibilise toute l’affaire liée à ce texte, sur lequel tant de ‘décrypteurs, et non des moindres, se sont penchés à en tomber. Elie Tisseyre pouvait-il être dupe de ce qu’il voyait, ou agissait-il pour tierce personne lors d’une excursion impossible?
Bérenger
Saunière à l’école de Bigou
Quoi
qu’il en soit, nous voici au moment où Saunière arrive
à Rennes-le-Château. Il ne reste pas longtemps dans sa paroisse
car il est contraint, suite à son pamphlet contre la République,
de partir quelques temps à Narbonne. Il revient très vite,
et nanti d’un don substantiel de la comtesse de Chambord afin d’entamer
les travaux les plus urgents. Le terme de ‘travaux les plus urgents’
est aussi anodin que bien appliqué à un état d’urgence
qui n’a jamais été clairement défini ! Agit-il
seul ou en ‘service commandé’… toujours est-il
qu’il rend une visite, selon son sacerdoce, aux tombes du vieux cimetière…
Sans doute déjà à cet instant sait-il ce qu’il
cherche ! Toujours est-il qu’il trouve cette vieille pierre tombale
oubliée… Avec son raisonnement de prêtre, ou avec les
moyens de décryptage qu’on a pu lui donner, il devine que derrière
les incohérences du texte s’en trouve un autre plus discret…
Bigou a bien fait les choses et Saunière les a bien comprises ! Ce
dernier ira droit au but sans perdre plus de temps et conduira à
terme sa recherche engagée: la découverte de la vraie tombe
de la dame d’Hautpoul. C’est celle-ci qu’il dépouillera
de son secret, et sans doute d’objets anciens de grande valeur. Mais
ne pouvant se permettre d’être découvert dans ce qui
est un viol de sépulture, il doit effacer à jamais les indications
chiffrées par Bigou sous la forme d’ « une inscription
gravée très grossièrement ». C’est la besogne
qu’il devra s’imposer jusqu’au bout en grattant les écrits
et les signes. Cette mesure ne suffira pas car il ne peut non plus laisser
l’indication du lieu de la fausse sépulture qui, découverte,
dévoilerait la supercherie orchestrée par l’abbé
Bigou. Saunière devra briser la fameuse ‘stèle’
et déplacer les restes de la fausse pierre tombale sous le prétexte
de « faire de la place dans le cimetière » ! Et de la
place, il en fera !
Saunière
au royaume des morts
Pour
ce faire, l’abbé Saunière s’occupe simultanément
de son presbytère et du cimetière… Nous le voyons faire
clore ce champ des morts, le munir d’une solide ‘porte de fer’
(fabriquée par le père de Marie Dénarnaud), et financer
l’édification d’un mur… côté de l’ancien
rempart ! Personne ne s’est jamais non plus trop inquiété
de se demander pourquoi tant de largesse pour ce royaume des morts…
Tous voient Saunière vouer une véritable attirance pour ce
lieu assez peu charmant au demeurant. On le voit s’y rendre de nuit,
accompagné parfois par sa jeune servante Marie Denarnaud. S’agit-il
pour ce prêtre de rendre quelques hommages religieux aux morts oubliés
?... pensent ses paroissiens. Ou encore certains supposeraient, dans ces
‘promenades’ insolites, un fantasme de religieux nécrophile
ou… nécromancien? Mais en général, nombreux sont
ceux qui commencent à appréhender une recherche inavouable
ne pouvant s’achever que par un viol de sépulture ? C’est
ce que penseront les habitants qui s’insurgeront contre ces incursions…
peu orthodoxes, et en demanderont l’arrêt immédiat.
Mais, à cet instant, il est trop tard, car l’abbé Bérenger
Saunière a, non seulement trouvé ce qu’il cherche (ou
qu’on lui fait chercher), mais il a eu le temps, à son tour,
d’effacer le cheminement conduisant au savoir oublié!
Saunière,
élève appliqué de Bigou… et la maquette ?
Après
tout ceci, les événements iront très vite pour Saunière.
Il deviendra riche, cependant généreux, sans que jamais personne
ne sache vraiment la source de cette richesse. Mais il se brûlera
sans doute un peu l’âme à ce secret, et à l’image
de son vieux prédécesseur, l’abbé Bigou, il se
lancera à son tour dans un incertain voyage vers un nouveau relais.
Saunière choisira aussi la transmission de ce secret qu’il
lèguera à qui de droit, doit-il supposer en son temps, sous
la forme de deux tombeaux dont un est le cheminement vers l’autre,
le vrai… sur un terrain en forme de champ sacré des morts.
L’abbé Bérenger Saunière finit sa vie lui aussi,
en quelque sorte, en exil, emporté par une révolution échouée…
rongé par le dépit, l’amertume et le désespoir,
en emportant, après une ultime confession, le secret dans la mort…
un 22 janvier de 1917. Tout était considéré comme dit.
…
aujourd’hui dans le cimetière de Rennes-le-Château
Le temps miséricordieux
s’est écoulé sur ces épisodes et sur les cimetières
de Rennes-le-Château. Il faut attendre l’ouvrage de Gérard
de Sède pour que tout ressurgisse sous des formes étranges
et parfois largement faussées. Le cimetière assoupi du village
se réveille de nouveau avec ses fantômes oubliés. Ce
ne sont plus l’abbé Saunière et sa jeune servante qui
s’attaquent à certaines tombes. Ces deux derniers étaient
faciles à stopper et avaient, de toutes manières, accompli
leur mission en temps voulu. Ceux qui arrivaient maintenant représentaient
le véritable danger. Rien ne les arrêtait, ni la crainte de
la profanation, ni celle des autorités, ni la colère des villageois.
La terre des morts était à nouveau remuée pour une
soif incroyable de richesse ou d’un terrible secret. Mais pour l’essentiel,
il était trop tard. Le piège, mis en place par l’abbé
Bigou, ou ses commanditaires, et maintenu par Saunière, fonctionnait
encore à merveille : jamais personne ne retrouva la tombe, le caveau,
où repose Marie de Negri d’Ables, Dame d’Hautpoul de
Blanchefort.
Peut-être y a-t-il lieu de supposer qu’un employé communal,
Pierrot Alquier, ponctuellement employé à creuser les sépultures,
se serait approché, par pur hasard, très près de la
clé de l’énigme… Dans le cimetière de Rennes-le-Château,
en préparant une fosse, il tombe dans un souterrain où «
3 hommes à cheval pouvaient se tenir »… Discret, l’homme
n’en dit rien et continue à travailler pendant 3 semaines à
l’issue desquelles il démissionne et achète un bar-restaurant
avec ce qu’il a trouvé et remonté du souterrain…
(il avait, selon ses dires, rempli «ses poches et sa ‘biret’
(son béret) avec ce qu’il avait trouvé en pièces
d’or dans le caveau). Ce témoignage est-il crédible
?... probablement, car en effet, cet homme aux moyens plus que modestes
put s’offrir d’un coup un commerce et l’exploiter.
Le
monde souterrain funéraire de Rennes-le-Château
On peut dire que tous les chercheurs croient en l’énigme de la tombe de la Dame d’Hautpoul et de son secret; même les plus crédibles, comme monsieur René Descadillas, autrefois conservateur de la bibliothèque municipale de Carcassonne. Cependant, une chose étonne vraiment : le fait que personne n’ait recherché l’emplacement de cette sépulture qui pourtant apporterait de nombreuses réponses dans cette affaire. Sa découverte, par exemple, répondrait au fait de se demander si elle était occupée par plusieurs dépouilles ou par une seule et unique. Mais surtout, nous en aurions la localisation qui permettrait de savoir avec précision si elle se trouvait près, contre ou éloignée de l’église. Enfin, si nous étions en présence d’un caveau, sans parler de crypte, il serait possible d’envisager que, depuis une construction antique et solide, il puisse y avoir une possible communication avec le caveau des seigneurs sous l’église, le réseau naturel conduisant sous le vieux château, et d’autres lieux comme… le presbytère que Saunière ne quittera plus jusqu’à sa mort ! Les grincheux hausseront les épaules, bien sûr ! Mais que diront-ils si on leur démontre que le cimetière primitif n’était pas du tout là où est ‘l’ancien’, à savoir dans la partie où se trouve la ‘porte en fer’ commandée par Saunière… vers la nef de l’église. Nous reviendrons sur ces… trois cimetières de Rennes, la tombe de Saunière et quelques autres, dans la dernière partie de notre travail.
Nous
terminerons ce détour par la tombe mystérieuse de Marie de
Negri d’Ables en apportant un élément intéressant.
Il existe en Italie une branche oubliée de la famille d’Hautpoul.
C’est dans la tourmente révolutionnaire que certains documents
rejoindront cette ramification, dont plusieurs écrits concernant
les légitimités mortuaires de la famille. A ce jour, vit encore
un descendant de cette dernière. L’intention de cette personne,
et de son entourage, n’est pas de réclamer le moindre droit
sur des ‘concessions perpétuelles’ qui, de toutes façons,
n’ont plus la moindre valeur juridique à présent. Il
n’est pas question, non plus, pour eux, de s’impliquer de quelque
manière que ce soit dans l’affaire qui nous intéresse
aujourd’hui. Cependant, c’est courtoisement qu’ils nous
donnent l’opportunité de consulter leurs archives familiales
en ce qui concerne, pour eux, le bref épisode des emplacements mortuaires
de leurs ancêtres par extension. C’est donc en quelques pages
d’un vieil acte de ‘perpétuité funéraire’
que nous apprenons la confirmation des doutes sous entendus plus haut. En
effet, sur le propos, il n’est pas question d’un emplacement
dans le cimetière… mais de trois !!! L’un est l’application
d’un droit féodal réactualisé vers le 15ème
siècle et jamais annulé. L’autre d’une sorte de
concession éternelle en un autre point du cimetière ! Quant
au troisième, il se situait au plus près de l’église
primitive… et non près de la chapelle castrale qui deviendra
plus tard l’église Sainte Marie-Madeleine… où
se situent les deux premiers. Le premier fait mention de ce que nous appellerons
plus facilement un ‘caveau’, et le second d’une simple
‘place’ d’inhumation en terre. Quant au dernier, il n’y
a pas lieu d’en donner plus d’indications pour l’instant,
en raison des recherches entreprises dès cet automne par la SP. Le
premier se trouvait sur le cimetière primitif et l’autre dans
celui du prolongement vers les 14 et 16ème siècles…
selon les documents italiens. Lorsque nous aurons terminé nos travaux,
nous donnerons copie d’une partie de ces documents à toutes
fins utiles.
A la réflexion, il se pourrait que la source de l’ambiguïté
des deux pierres de la tombe de la Marquise de Blanchefort soit ici. En
effet, il se peut très bien que la ‘dalle’ et la ‘stèle’
ne soient pas du même tombeau… mais que l’une -la dalle-
provienne du premier, et l’autre -la stèle- soit du second.
La pierre de ce dernier serait la fameuse stèle ‘où
on peut lire une inscription gravée très grossièrement’.
Nous serions là en présence de la ‘fausse’ tombe,
qui était le dernier piège tendu par l’abbé Bigou
voulant épargner, ainsi, le vrai caveau dont la dernière occupante
fut la marquise de Blanchefort ! Ceci expliquerait également que
les deux ‘pierres’ ne soient pas de même facture…
ni de même époque et encore moins du même auteur. Il
va donc de soit que la fonction des deux textes soit différente,
mais sans doute complémentaire, pourquoi pas ? Toujours est-il que
ces tombes, et les documents italiens, nous permettront de comprendre d’autres
aspects concernant le curieux cimetière de Rennes-le-Château.
André
Douzet
Un merci particulier à Vincenzo. Nous
remercions aussi Jean BRUNELIN à qui nous devons certains photographies
inédites qui illustrent notre texte. Toutes reproductions interdites.