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Les
énigmes du cimetière de Rennes-le-Château (3ième partie) - Les seigneurs se suivent mais ne se ressemblent pas ou… le savoir des Hautpoul |
La
cité de tous les cimetières
Nous
voici à la dernière étape de ce travail sur le cimetière
de Rennes-le-Château. Le cimetière… oui, mais lequel
? Cette question peut surprendre, car elle prend une dimension particulière
si l’on porte attention à différentes remarques.
Au mot « cimetière », tout de suite nous pensons à
l’enclos funéraire que nous connaissons aujourd’hui.
En parcourant la chronologie de ce périmètre, nous voyons
une extension récente qu’on trouve à droite… si
on peut y entrer, car l’accès est maintenant sévèrement
réglementé ! Le cimetière que connut l’abbé
Saunière est celui qui s’étend d’abord face à
nous et se poursuit ensuite à notre gauche jusqu’au bas du
mur mitoyen du domaine de la Villa Béthanie. Ici, notre imaginaire
doit s’arrêter à ce qu’il voit… et pourtant
nous sommes loin, très loin du compte ! En effet, nous nous trouvons
là sur le ‘vieux cimetière’, encore en usage,
au fond duquel Bérenger Saunière avait voulu son caveau et
celui de Marie. Ce terrain jouxte la façade nord de l’église.
C’est ici que se trouvaient les deux premières sépultures
des familiers de la famille de Hautpoul, seigneurs de Rennes-le-Château,
avec la tombe de Marie de Negri d’Ables… dont il a été
question dans le chapitre précédent.
Il reste maintenant à savoir où pouvait bien se trouver la
troisième sépulture qui était sans doute la plus ancienne
et qui n’a laissé aucune trace, sauf sous forme d’une
archive en Italie. Cette référence, sans doute primitive,
n’apporte pas de précision sur la localisation.
Primitif
et vieux cimetières
Cependant,
il ne faut peut-être pas s’arrêter à notre idée
du ‘vieux cimetière’, comme nous tentons de la concevoir.
En effet, dans l’état actuel des choses, le cimetière
primitif n’existe plus, sans doute depuis longtemps, mais pouvait
se trouver en deux endroits logiques. Avant tout, il faut rester prudent
en terme de cimetière primitif. En effet, s’il s’agit
du cimetière dans la forme que nous avions abordée au tout
début de notre travail, c’est à dire avec les tombes
et caveaux rassemblés autour du sanctuaire. En ce cas, il faut penser
que l’église primitive n’était pas celle connue
actuellement, mais bien celle de St Pierre aux Liens, au centre du village
(nous lui avons consacré tout un
article dans nos colonnes)! En échange, l’église
de Rennes-le-Château actuelle était la chapelle castrale, sous
le vocable de la vierge Marie et non sous celui de Ste Marie Madeleine.
C’est à la suite de la destruction de St Pierre (par les mercenaires
catalans) que, du statut de chapelle, elle prit celui d’église
paroissiale. Il faut donc rester méfiants quant aux tombes et sépultures
mises à proximité d’une église à Rennes-le-Château
qui ne serait pas celle que l’on pense… En effet, si celles-ci,
avant l’assaut des mercenaires d’Henri de Trastamare, vers 1362,
étaient rassemblées près d’une église,
ce ne pouvait être qu’au centre du village, à St Pierre
aux liens. Rappelons, enfin, que les mercenaires ont de précieuses
informations car ils cherchent un ‘immense trésor’ dans
cet édifice et non vers celui qui deviendra, dans la foulée,
l’église Ste Marie Madeleine. Quant à la proximité
de cette dernière, elle ne devait abriter que les caveaux destinés
aux familiers des seigneurs de Rennes.
Et
vinrent les seigneurs d’Hautpoul
Nous
avons l’habitude de penser, en terme de seigneurs, à ceux d’Hautpoul…
Pourtant, au moment de cette prise d’assaut par les mercenaires, le
seigneur en question n’est autre que Pierre III de Voisins. En effet,
les Hautpoul n’ont jamais été, depuis les origines du
site, les seuls possesseurs féodaux des lieux. Il faut donc admettre,
puisque ces derniers semblent posséder la clé de l’énigme
de Rennes, que les fameux caveaux, cryptes et domaines funéraires
cachés, et ‘codés’, ne leur appartiennent pas
au début de l’Histoire locale de la cité.
Il faut donc définir, une fois pour toutes, si leur savoir secret
est exclusivement lié à leur famille, ou s’ils finissent
par l’acquérir au fil de leur occupation du site.
S’ils ont découvert quelque chose dans le domaine religieux
de Rennes, force est d’admettre qu’ils s’en sont accaparés
et qu’ils l’ont fait leur… S’ils l’ont apporté
avec eux, c’est encore pire, car cela signifierait que ce ‘savoir’
n’a rigoureusement rien à voir avec le site de cette cité
et de son passé ! Il semble, jusqu’à preuve du contraire,
que nous devions choisir la seconde formule, en raison du fait que si ce
secret était connu des seigneurs précédents…
il serait difficile de supposer que ces hypothétiques ‘possesseurs’,
d’abord ne s’en soient pas préoccupés, et qu’ensuite,
à leur départ, ils ne l’aient pas emporté avec
eux… Ce serait impossible ou alors il faudrait les penser fous à
lier d’un tel désintérêt! Or, nous constatons
que les premiers seigneurs de Rennes, une fois partis, disparaissent de
la scène, sans plus rien de particulier avec cette affaire…
Au
commencement étaient les Hautpoul…
Ces
détails nous amènent à l’hypothèse que
le secret a bien été apporté par les Hautpoul…
et qu’il leur a appartenu de tous temps ou par quelques alliances.
Ce qui signifierait, par conséquence, que le site de Rennes n’ait
jamais été en rapport direct avec cette affaire ! A mieux
y regarder, cette théorie se dessine encore plus fermement si on
considère d’autres détails indiscutables. Le village,
l’église et le site ont toujours été d’une
pauvreté indiscutable. Ensuite, les prêtres précédant
‘l’équipage Boudet-Saunière’, ne se sont
jamais distingués par des débordements de fortunes ou comportements
remarquables… Il en est de même pour le village qui se montre
assez misérable et encore moins pour l’église qui menace
ruine à l’arrivée de l’abbé Saunière.
Ajoutons les interminables constats de délabrement du presbytère,
réclamant sans arrêt des travaux de consolidation, aussi loin
que les archives locales permettent de remonter. Comment nous faire croire
que si un secret colossal était lié à cette église,
les curés successifs n’en aient jamais eu le moindre soupçon
ou une connaissance même partielle ?... et n’en aient pas profité
un peu ou ne s’en soient pas servis pour tenir, au mieux, le sanctuaire
dans un état minimum ? C’est impossible à imaginer !
Des
trésors réduits à néant
D’ailleurs,
les archives de l’église, encore accessibles à l’époque
de l’abbé Bigou, à aucun moment ne font état
d’un détail anormal ou révélateur. La surprise
et l’action de ce curé en sont une nouvelle preuve. Il se trouve
confronté, par l’ultime confession de la dame d’Hautpoul,
à une situation que visiblement il ne devine à aucun moment.
Ensuite, cette situation lui demande un temps de réaction relativement
long, qui plus est compte tenu de l’orage révolutionnaire qui
s’annonce au loin… Hélas, pour les amateurs de trésors
faciles, ces faits réduisent à néant les innombrables
mirages ‘trésoraires’ royaux, sacrés et mythiques
qui hantent le passé de cette pauvre petite cité… du
moins en ce qui concerne le légendaire ‘madeleinien’,
et ses dérives, tel que de nombreux chercheurs le conçoivent
et le concevront certainement encore longtemps. Ceci explique sans doute
que jamais personne ne trouva rien, malgré les avalanches d’hypothèses
déferlant ici. Les seuls éléments directement liés
au site lui-même et ses origines, dont on puisse être certains,
pourraient être :
- Les découvertes lors du démontage de certaines parties mobilières
et immobilières de l’église.
- L’histoire des mercenaires catalans qui savent avec certitude ce
qu’ils viennent chercher… et où le prendre.
Et c’est tout ! Ce qui, hélas, réduit à néant
l’hypothèse des multiples trésors royaux et autres ‘miroirs
aux alouettes’.
Place
aux nouveaux arrivants !
Depuis
ces petits constats, d’autres apparaissent bien plus fiables. La première
est que depuis les prémices du Moyen-Âge il y eut un castel,
sa lice, sa chemise, sa chapelle castrale, une église et le domaine
des morts. Sur le principe des tombeaux seigneuriaux, nous avons tous la
certitude d’une crypte… ou caveau, sous ce qui fut la chapelle
du château. Forcément, ce lieu funéraire fut ‘fréquenté’
par les multiples propriétaires qui se succédèrent
en maîtres des lieux. Il est facile d’imaginer dans cette ‘crypte’
la présence de sarcophages très anciens, voire forcément
wisigoths. Ceux-ci sont parfois assez volumineux et massifs, aussi, le caveau
n’étant sans doute pas très ‘extensible’,
il ne fut pas possible de rajouter un tombeau pour chaque nouveau seigneur.
Sinon, on peut imaginer facilement l’encombrement dans ce sous-sol
‘surpeuplé’… Il n’est donc pas inimaginable
qu’on ait dû ‘faire de la place’ au fur et à
mesure des nouveaux arrivants. A cet effet, il reste la solution de dresser
un ossuaire, et de vider les cuves tombales en place pour les réoccuper…
ou de bousculer les emplacements pour en créer d’autres. Quoi
qu’il en soit, est-il raisonnable de croire qu’au fil des ‘réaménagements’
personne n’ait eu la curiosité « d’aller voir »
ce que contenaient les tombes en place… surtout si les sarcophages
étaient de facture luxueuse, et donc prometteurs d’un joli
butin, facile à s’accaparer dans le secret des morts ? Car,
ne l’oublions pas, le savoir de ce monde souterrain était l’apanage
des seigneurs et des prêtres qui se succédèrent ici.
Qui peut croire qu’il n’y eut jamais cette tentation, et son
passage à l’acte ? C’est ainsi qu’on peut supposer
qu’il ne restait rien à prendre « d’un fabuleux
secret » enseveli sous la chapelle devenue au 14e siècle l’église
Ste Marie Madeleine… Et surtout rien qui puisse concerner quelques
liens avec cette sainte puisque son ‘patronat’ ne date que de
cette époque tardive!
Les
avantages du passé
On
peut donc, à présent, penser aux derniers nobles propriétaires
des lieux… et ‘sous-lieux’. Les seigneurs d’Hautpoul
arrivent et s’installent. De leur vivant, ils occupent le château,
tandis qu’au moment du trépas, ils prennent possession des
caveaux souterrains… comme tous leurs prédécesseurs.
L’importance du réseau souterrain ne dut jamais laisser indifférents
les maîtres de ces lieux. Aussi, comme les précédents,
ils durent en utiliser les avantages et opportunités naturels: accès
depuis le château, accès à l’eau, fuite vers l’extérieur,
dépôt sécurisé pour leurs valeurs ou entrepôt
de matériel de survie: armes, nourritures ou divers.
C’est ainsi que nous pouvons avoir la certitude que les seigneurs
d’Hautpoul comprennent vite tous les avantages de la situation. Il
y a tous lieux de croire qu’ils apportent avec eux armes, bagages
et biens… mais également, et surtout, autre chose… un
savoir ! Les temps changent ; si un château pouvait résister
autrefois à un long siège, il n’en est plus de même
avec les nouvelles armes. De plus, le château de Rennes est, à
présent, dérisoire. Il ne se prête pas à une
défense intensive et ne peut rien contre une attaque en règle.
La seule chose qui ne change pas, c’est la crainte et le respect des
morts car, tôt ou tard, chacun y sera confronté. Aussi, la
cache désignée des ‘valeurs’, d’un dépôt
ou savoir (documents) très précieux se trouve t-elle naturellement
dans le royaume des morts !
Nous pouvons encore avoir la certitude que ce qui dort secrètement
dans les méandres du sous-sol de l’église ne s’y
trouve pas depuis trop longtemps. Car, nous le répétons, comment
croire que tous ceux passés avant auraient laissé ici de quoi
constituer leur pouvoir ou leur fortune ? Ceci s’entend, une fois
encore pour les seigneurs et les prêtres… ou quelques initiés
!
Une chose cependant est également possible en matière de culte
oublié. Il ne faut pas seulement envisager le lieu depuis le Moyen-Âge
sur le plan cultuel, sacré et mortuaire. Il est tout à fait
admissible que depuis l’Antiquité, et même plus loin
encore, l’endroit se soit prêté admirablement à
certains cultes. La forme du plateau, l’eau y ‘montant’,
un réseau naturel souterrain impressionnant… Toute la nature
se prête, ici, à ce genre d’installation, comme on le
voit en de si nombreux autres endroits. Il se peut donc que l’emplacement,
sur lequel était la chapelle castrale, ait été imposé
en raison d’un aven qui autrefois fut utilisé comme un temple
antique voué à quelques divinités obscures et oubliées…
tout comme ce fut le cas à Périllos, avec la chapelle puis
l’église St Michel !
Où
il est question, en Italie, d’une « Croix des Hautpoul »
Emplacement
de la tombe 'Hautpoul' 1
On
peut maintenant conclure qu’il y eut plusieurs cimetières successifs
; un premier très ancien remontant à l’aube de la religion,
près de l’église de St Pierre aux Liens, un autre près
de la chapelle, un ‘vieux’ qui serait à l’emplacement
que nous connaissons et un récent en extension à droite en
entrant.
Nous nous contenterons de suivre les abbés Bigou et Saunière
dans leurs démarches… funéraires auprès des défunts
de la famille d’Hautpoul. Cette dernière prend possession des
lieux par l’alliance, le 3 juin 1422, entre Pierre Raymond d’Hautpoul
et Jeanne de Montesquieu, fille de Jacques, baron de Rennes. Nous remarquons
facilement qu’ils sont loin, de fait, d’être les premiers
seigneurs des lieux… Cependant, du 15ème siècle à
la fin du 18ème, ils eurent largement le temps d’entreposer
et sécuriser sur site ce qui leur semblait indispensable.
Emplacement du calvaire avec la 'Croix des Hautpoul'
Le document italien des Hautpoul est intéressant dans la mesure où, grâce à son contenu, nous constatons qu’il y avait trois tombes ‘Hautpoul’, hormis le caveau ou crypte. Le problème est que la plus ancienne semble dater d’avant le 15ème siècle, donc avant leur arrivée officielle à Rennes. Cependant, à mieux comprendre la traduction, il se pourrait qu’il s’agisse d’une sépulture ‘récupérée’ à leur compte, peut-être à leur arrivée, et qui n’apparaît qu’une seule fois sur les archives italiennes. Ensuite, il n’y a plus que deux ‘concessions’ dont les emplacements méritent que nous nous arrêtions sur leur sujet. Il s’agit d’une archive de propriété familiale, avec inclusion d’une mention ‘perpétuelle’ sur une des deux tombes. Ce qui est le plus intéressant, dans cette notice, est une localisation de superficie, brièvement mais clairement notée. Ceci peut nous permettre de situer les deux emplacements avec précision. Et ce détail est très important car, en plus, cette localisation se fait depuis un troisième élément dont personne ne fait mention nulle part. Il s’agit de la croix de calvaire qui se trouvait dans le cimetière, sous le nom de… « Croix des Hautpoul » !
Emplacement
de la tombe 'Hautpoul' 2
C’est ce monument qui sert en quelques mots à ‘regarder’ les deux sépultures et à en retrouver le lieu. Nous reproduirons, dans un prochain travail sur le sujet, la page de texte en question avec son petit terrier. La première tombe (marquée A sur le plan) avec ‘concession perpétuelle’ se trouvait contre le mur de l’église, à peu de distance du clocher et face à la croix en ‘regardant’ au nord. La seconde (marquée B sur le plan) se situe dans le cimetière lui-même, tout simplement à l’aplomb de la croix et l’angle ouest de la tour… soit à angle droit de la première sépulture. Les trois points - la croix des Hautpoul et les deux tombes - forment quasiment un triangle isocèle, ayant le calvaire pour sommet, facile à restituer et à tracer à son origine sur le terrain.

Le
départ de Bigou et l’énigme du calvaire disparu
Partant
de ce constat très simple, pour celui qui aurait des démarches
administratives funéraires à accomplir, nous avons pourtant
d’autres remarques à formuler. En effet, on peut dire que ce
triangle mortuaire des Hautpoul a totalement disparu… Il ne reste
aucune trace, ni des tombes et encore moins du calvaire ! Cette remarque
se place sur le plan administratif (cadastre et recensement des places sur
le cimetière) et sur le terrain, où tous les chercheurs éprouvent
la même impossibilité à retrouver quoi que ce soit de
ces pistes, au point d’en faire un mythe insoluble.
Nous distinguons deux étapes dans ces éléments…
disparus.
D’abord, nous pouvons penser que le problème des sépultures,
et leurs décors, a été ‘réglé’
par l’abbé Bigou avant son départ pour l’exil.
Apprenant le secret lors de l’ultime confession de la marquise d’Hautpoul,
il choisit de laisser un texte, de ce savoir qu’il veut significatif
(au moins pour certains ‘initiés’), sur la stèle
(verticale) funéraire de la tombe « B ». Nous avons vu
la possibilité qu’il eut de faire déplacer la dalle
(horizontale) « A », située près de l’église,
et la joindre à la première. Qui, à cette époque,
aurait vu une anomalie à amener sur une seule tombe la pierre de
la seconde sépulture, inutilisée depuis longtemps, d’une
même famille ? L’ancienneté de cette dalle ‘rapportée’
la rend sans doute moins nette et moins… attractive pour le commun.
Voilà, d’un seul coup joué par l’abbé Bigou,
le problème réglé en ce qui concerne les tombes réduites
à une tombe. Ainsi, cet emplacement (« A »), dont Bigou
apprend l’importance et le danger, d’une part n’existe
plus, et d’autre part, de fait, le risque d’une mise à
jour non plus !
Cependant, il reste un élément important, et c’est maintenant
la seconde étape de nos remarques. Même si la dalle est enlevée
de sa place d’origine, il reste, sur un document ‘terrier’
de l’époque, un moyen de retrouver l’emplacement : le
calvaire, dit « Croix des Hautpoul ». Ce dernier sert de balise
aux places mortuaires du cimetière… donc de ces deux tombes
‘Hautpouliennes’. Nous ne disons pas que l’abbé
Bigou le fait détruire, car il n’y aurait aucune preuve de
cette grave affirmation. Cependant, nous formulons ce constat : entre le
moment où Bigou laisse son message sur la tombe et quitte à
jamais sa paroisse, et l’abbé Bérenger Saunière
qui en découvre le détail… le calvaire du cimetière
a disparu ! Sinon, nous en aurions retrouvé trace dans la mémoire
locale, et l’expédition de la Société d’Etudes
Scientifiques de l’Aude. Elie Tisseyre, en 1905, n’aurait pas
manqué d’en faire état sur les colonnes du bulletin
n° XVII de 1906. Or, il n’existe aucun témoignage, de l’époque
de Saunière, de ce calvaire. C’est dire qu’il n’existe
effectivement plus ! Il a donc été supprimé entre le
temps de Bigou et celui de Saunière.
Saunière
et la fragilité des « bouteilles à la mer »
Cependant,
si l’abbé Bigou laisse un élément gravé
sur une tombe à l’attention de qui saura le lire correctement,
il sait la fragilité de ce genre de ‘bouteille à la
mer’, surtout aux moments dévastateurs de la Révolution
qui s’installe. Donc, en prêtre minutieux qu’il est, il
doit peut-être en avoir laissé un autre élément
accessible à ses seuls successeurs… dans un registre de l’église
par exemple. C’est peut-être là que l’abbé
Saunière découvre… le ‘pot aux roses’ et
en comprend le recollement. Et, à ce moment, il n’a plus besoin
de l’existence du calvaire… puisque qu’il sait exactement
où il était. De ce point que lui seul sait maintenant, (peut-être
est-ce là un des documents retrouvés ? et qui aurait, de fait,
une immense valeur pour reconstituer la piste de Rennes !) il lui est parfaitement
possible de poursuivre avec certitude les travaux sur le terrain…
puis sous le terrain des morts ! De plus, l’emplacement « A
» se trouvant adossé à l’église côté
nord, personne, de nuit, ne peut voir ou deviner la moindre activité
douteuse ou de terrassement. Et puis quoi de plus normal qu’en plein
jour un curé s’enquiert de… faire de la place dans le
cimetière ? Car… c’est bien ce que Saunière prétend
lorsqu’il est pris en flagrant délit de déplacer certaines
tombes ? Certes, si les paroissiens s’en émeuvent, c’est
seulement en raison du repos perturbé de leurs ancêtres et
non d’une hypothétique recherche dont ils ignorent tout…
et puis notre abbé donne un prétexte qui, s’il n’est
pas approuvé, est au moins acceptable.
Si cet empilage des faits est raisonnable, il n’explique pas pour
autant ce qu’il est advenu du calvaire.
On pourrait le penser détruit au moment de la Révolution,
de ses conséquences fiévreuses, et perdu à jamais.
Oui… c’est ce que nous pensions jusqu’à il y a
quelques années. A ce moment, grâce à un journaliste
narbonnais de renom, nous entrions en relation avec un avocat à la
retraite qui, pour des raisons familiales, s’était intéressé
de très près à l’affaire de Saunière.
C’est ainsi qu’il avait appris que le calvaire avait été
enlevé effectivement à l’époque révolutionnaire…
et soustrait par de pieuses mains, ou d’autres, plus particulièrement
attentives à certains éléments que nous qualifierons
prudemment… de ‘mémoire’.
Une
archiconfrérie à la rescousse
De
ce détail, les ténors habituels ne savent mot, et les grincheux
revenus de vacances de glapir qu’il s’agit là d’une
pure invention ‘douzetologique’ !… comme le diraient certains
malins sans grand air. Mais ne pas savoir ne signifie toujours pas qu’on
puisse nier. Et c’est ainsi qu’il y a plusieurs années,
à l’époque des efforts grandiloquents de prétendues
restaurations et sauvegarde de la tombe de Saunière, nous avions
entrepris de suivre les indications de cet informateur. Grâce à
ses éléments, en quelques mois, nous avons pu, non pas reconstituer
les détails de la fuite du calvaire, mais au moins son point d’arrivée
! Quelques hésitations et tractations plus tard, nous finissions
par avoir la possibilité de voir ce qui restait de cet important
vestige : le fût et la croix sommitale. Peu importe que nous ne puissions
dire par quelle ‘confrérie’ religieuse elle avait été
détournée et emportée à l’abri d’une
propriété cossue narbonnaise… car ceux qui suivent de
près cette affaire reconnaîtront qu’il s’agit surtout
là de l’action d’une archiconfrérie de renom régionale.
Certes, toute cette histoire pourrait n’être qu’une pâle
copie d’un épisode des aventures d’Arsène Lupin…
Le problème est que nous avons pu négocier la récupération
de ce qui reste de ce vestige appelé « Croix des Hautpoul
». Mais nos détracteurs diront qu’il n’y a aucune
preuve de tout cela. Qu’ils se rassurent car nous produirons dans
un autre chapitre, entièrement consacré à cette remise
à jour, une série de photos des plus intéressantes
et nous annoncerons peut-être un événement plus heureux
encore : la possible récupération de ce témoignage.
Ceux
qui savent et qui taisent le savoir narbonnais
Dès
ce contact confirmé, nous avions, de notre côté, informé
une instance communale de cette affaire. Ainsi, après deux ou trois
échanges, il était envisagé que si nous récupérions
les morceaux du calvaire, nous les remettrions à la municipalité
pour en faire ce que de droit. Cette tractation est restée sans suite,
comme habituellement beaucoup de choses à Rennes. Cette fin de non
recevoir ne nous a pas empêché de poursuivre le contact et,
actuellement, le dernier obstacle n’est que bassement financier. Ce
qui, en cas d’impossibilité de conclure pour cette raison,
nous dédouanerait des conditions de discrétion prévues,
et nous autoriserait à produire une série de photos sur cet
objet plus que vénérable. Bien entendu, à ce stade,
il n’y a aucune preuve de l’existence de cette croix dont personne
n’entendit jamais parler. L’ennui est, dirons-nous, que pour
en entendre parler, il faut aller à la bonne source. Par exemple,
pourquoi ne pas demander à quelqu’un qui, sur Carcassonne,
posséderait le plus grand nombre de documents, archives et informations
sur Rennes… s’il n’a jamais entendu, ou lu, quelque chose
sur ce sujet oublié ? Faut-il vraiment en dire plus ? Ce serait si
édifiant, mais désolant pour nos ténors d’opérette,
que puissent se confirmer nos dires, sans pour autant savoir où se
trouve ce petit trésor.
N’oublions pas que certains événements se sont déroulés
à Narbonne plutôt qu’ailleurs.
C’est dans un collège religieux de cette ville que Saunière
trouve de quoi attendre sa remise de suspension après sa disgrâce
préfectorale… et il passe ses longues soirées d’ennui
dans quelques cercles familiaux et… autres.
C’est à Narbonne que se déroulent de nombreux événements
pour quelques évêques locaux…
C’est à Narbonne qu’une ou deux sociétés
‘discrètes’ se fourbissent et s’éveillent
de l’obscurité…
C’est à Narbonne que l’on retrouve, ou trouve, certains
documents soigneusement cachés sitôt retrouvés…
C’est de Narbonne que Saunière repart avec les certitudes d’arrivée
d’une manne providentielle et sans doute le savoir de ce qu’il
faut ‘déplacer’ pour trouver ce qu’il cherche ou
ce qu’on l’envoie chercher…
C’est à Narbonne que se trouve un certain Fouquet, frère
d’un grand intendant dont la fin sera épouvantable…
C’est près de Narbonne que les Chefdebien (si bien connus des
frères Saunière) ont leurs possessions, instruisent une loge
F.M. ou… trouvent leur Mausolée près des routes.
Bref, c’est à Narbonne que personne ne cherche ce qui serait
intéressant de trouver ! Oui... de trouver ! Car, par exemple, c’est
à Narbonne qu’ont été démontés
les éléments, collés au plomb (et pourquoi au plomb
sinon pour assurer l’étanchéité ?), du calvaire
de cimetière qui s’est avéré creux. Un creux
si profond et conséquent qu’il n’est pas celui attendu
pour lier les pièces détachées de la croix… mais
d’une capacité telle qu’un document bien roulé
puisse y tenir à l’aise. On a déjà entendu ceci
pour certains autres ‘parchemins’ sans pourtant qu’un
volume suffisant y soit raisonnablement disponible. Et si ces fameux documents
‘cachés’ provenaient, non pas d’un pilier ‘wisigoth’,
mais bel et bien de cavités successives pratiquées dans les
pierres d’un calvaire sauvegardé… et que Bérenger
Saunière y ait eu accès -ou qu’on les lui ait remis
sous certains conditions- à Narbonne, et non pas lors d’une
démolition dans l’église, ne donnant qu’une petite
ampoule ou étui incapables d’abriter techniquement un parchemin
comme ceux prétendus habituellement dans cette affaire ? Nous aurions
pu nous contenter de ces éléments peu usités. Cependant,
il en est un autre que nous ne pouvons passer sous silence. La « Croix
des Hautpoul » porte sur sa face nord (ce qui est surprenant car la
moins en vue) une sorte de dédicace faite d’une sentence religieuse,
d’une date et du nom de la famille donatrice… Du moins peut-on
supposer que ce nom fut prononçable phonétiquement, mais mal
orthographié, ou estropié comme le texte de la dalle funéraire
de la marquise d’Hautpoul. On lit sur cette courte dédicace
le nom des Hautpoul écrit ainsi : OTPOUL. Certes… on prononce
justement le nom, mais hélas, à mieux regarder cette façon
d’écrire, elle semble plus proche d’ OPOUL (près
de Périllos et donc de nos travaux) que d’HAUTPOUL… n’en
déplaise encore à ceux qui n’apprécieront pas
du tout ce détail!!!
Au
moment de finir cette troisième partie, il nous semble opportun de
préciser deux réflexions.
La première est que nous ne savons pas à ce jour d’où
les Hautpoul tenaient ce savoir secret qu’ils enterrèrent à
Rennes et qui concerne Périllos dans sa finalité. Nous commençons
seulement à en entrevoir un début d’hypothèse,
depuis les lignes généalogiques des derniers Hautpoul d’Italie.
Ensuite, à propos de l’église primitive de Rennes, St
Pierre aux Liens, il est important de revenir brièvement sur les
propriétés achetées par Saunière sur la commune
de Rennes. Elles sont toutes essentiellement groupées vers le bout
du plateau, pour former le ‘domaine’. Une parcelle se trouve
complètement isolée de ce lot… Il s’agit précisément
d’une parcelle située sur l’emplacement de cette première
église ! Comme Saunière ne fit jamais rien de ce lot, peut-on
supposer qu’il se soit agi d’un caprice… ou d’une
idée précise sur l’emplacement possible du cimetière
de cette église ? Qui peut le dire ou expliquer cet achat inconsidéré
de Saunière et ignoré de tous les chercheurs ?
André
Douzet
Nos remerciements à tous ceux qui nous aidèrent dans cette
recherche et particulièrement à Narbonne: René M. journaliste.
Jean-Marie Menoz et Monsieur Christophe B.
- Jean Brunelin pour ses photos inédites et anciennes sur le cimetière
de Rennes.
- En Italie: Vincenzo et Monsieur Lorenzo D.P.