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Les
énigmes du cimetière de Rennes-le-Château (4ième partie) - « Jésus de Galilée nest point icy » ? |
Derniers
rappels des faits
Nous
reviendrons, plus complètement, sur l’église primitive
de Rennes, son quartier, son héraldisme, son passé oublié
et quelques unes de ses conséquences délaissées. Pour
l’instant, nous rejoignons une dernière fois Antoine Bigou,
avant qu’il ne se dirige à jamais vers son exil en Espagne.
Nous ne reviendrons pas sur le fait incontestable qu’il ait eu connaissance
de l’emplacement des deux tombes des familles d’Hautpoul et
du calvaire… en raison de sa fonction de prêtre de sa paroisse.
Il est certain qu’il ne dut pas se méfier ou imaginer ce qu’il
venait d’apprendre après la confession de la Marquise d’Hautpoul.
Ni même qu’il ne dut prêter attention à cette anomalie
dans l’écriture du nom des seigneurs donateurs de la fameuse
croix disparue. Cependant, depuis le décès de sa féodale
paroissienne, il disposait quasiment en résumé (le temps de
la confession est relativement compté vu les circonstances extrêmes)
de ce savoir qui devait déboucher sur l’affaire que nous connaissons
tous. Il est certain qu’à cet instant, certains détails
durent le choquer ou l’abasourdir, et que seul l’élément
majeur pouvait le hanter au point de lui faire commettre certains actes
dans la fièvre des circonstances. D’abord, nous retiendrons
ce que nous connaissons tous : la gravure toujours énigmatique de
la stèle mortuaire de la dame d’Hautpoul. Nous avons vu précédemment
qu’il ne pouvait s’agir là que d’un message mûrement
réfléchi, et non d’un vague texte, trop vite ébauché
et non rectifié par manque de moyens financiers, comme certains le
prétendent trop vite. A cet instant, il faut bien convenir que pour
un simple curé de campagne, son œuvre de cryptage d’un
texte, d’apparence banale, tient toujours nos ténors en échec
!
Pour résumer les éléments précédents,
nous dirons qu’il existe sous l’église un caveau ayant
servi aux dépouilles des seigneurs locaux. Ses derniers usèrent,
à leur avantage, du réseau et ses courtes ramifications dont
une au moins ouvrait sur le caveau ‘oublié’ jouxtant
le mur nord de l’église. Observons l’emplacement de cette
tombe. Nous voyons qu’elle se trouve exactement à l’emplacement
où s’arrêtait la chapelle castrale et où commencera
ensuite le presbytère. Voilà un curieux hasard si l’on
sait que la cave de ce dernier se trouvait juste de l’autre côté
des fondations ... et qu’elle existe toujours sous le plancher, comme
nous l’avons prouvé dans un autre texte (Presbytère).
Ainsi, des sous-sols de ce bâtiment uniquement réservé
à l’usage des curés de la paroisse (sous la volonté
des seigneurs), partaient au moins deux galeries. Si l’une conduisait
à la crypte des seigneurs, l’autre aboutissait dehors par le
biais d’une fausse tombe… et peut-être vers un réseau
secondaire pouvant éventuellement avoir fonction de dépôt
discret. N’imaginons pas que Bigou savait par le détail tous
ces éléments souterrains, mais c’est sans doute ce qu’il
apprit en confessant sa noble paroissienne… et, c’est ce qui
sera retrouvé par Saunière près d’un siècle
plus tard. Il y a tout lieu de croire que, depuis la crypte, il était
possible d’accéder également à un autre réseau
dirigé celui-ci vers un autre point. Nous avons également
abordé le fait que ce monde des morts pouvait dater de temps immémoriaux,
et qu’un culte y avait forcément lieu en l’honneur d’obscures
divinités oubliées. Cependant, ce ‘savoir’ ramenait
à chaque fois à l’idée d’une impressionnante
nécropole appréciée de tous temps par ceux qui accédaient
à sa connaissance, ses avantages et ses félicités.
Cependant, si Rennes abritait cette connaissance bénéfique
mais funéraire, il ne s’agissait là que d’une
sorte d’annexe d’une autre nécropole bien plus importante
sinon en quantité qu’en ‘qualité’ extrême.
C’est sans doute ce qu’apprit Bigou en se dirigeant, non sans
nostalgie, vers son exil, en se détournant vers Durban et Périllos
avant de fuir vers l’Espagne hospitalière à son désespoir.
«
Jésus de Galilée nest point icy »
Supposons
un scénario depuis les éléments dont nous disposons
avec certitude.
Maintenant l’abbé Bigou sait… Devant l’énormité
de ce qu’il vient d’apprendre, il pense peut-être un instant
à tout effacer des détails de cette inconcevable confidence.
Il se reprend et décide de laisser un témoignage qui ne contredira
en rien le secret de la confession, ne serait-ce, peut-être, que pour
partager ce fardeau avec ses collègues qui le remplaceront à
Rennes. Il court le risque que d’autres personnes que des religieux
comprennent son message ou retrouvent les éléments utiles
à sa reconstruction… et c’est ainsi qu’une inscription
sera composée et laissée à la vue de tous et de celui
surtout qui saura la lire. Sans doute sa conscience est alors partiellement
apaisée. Mais cette mesure ne semble pas suffisante. On peut dire
qu’il semble littéralement obsédé, hanté
par cette révélation dont il est maintenant le dernier dépositaire.
Alors, il va écrire avant de quitter sa paroisse… Mais, est-ce
vraiment lui qui écrit fiévreusement un autre message -ou
le fait-il écrire ?- lancinant celui-ci, laissé à l’attention
des seules personnes qu’il pense capables de comprendre : les prêtres
qui lui succéderont à Rennes ? Cette fois, il s’agit
d’un avertissement, une remarque impossible, répétée
une dizaine de fois comme une litanie… ou une supplique. S’il
ne s’agissait pas de sa main, ce serait encore plus grave car il faudrait
alors admettre un ’complice’ et supposer notre abbé entouré
de gens capables d’écrire correctement… donc sachant
lire !... Un autre prêtre ?
La teneur de ce message est telle, et surtout le livre dans lequel il se
trouve, que seul un religieux pouvait l’inscrire en page de garde
du registre paroissial de Rennes... depuis Bigou. Ainsi, aucun prêtre
ne peut manquer de lire cet appel ultime, à charge, pour le lecteur
ecclésiastique, de le négliger ou de chercher la raison de
ces lignées répétées. Il ne peut faire aucun
doute que l’abbé Saunière, près d’un siècle
plus tard, ait vu, lu et cherché le fondement de ces lignes.
La feuille est en mauvais état mais encore reliée, ce qui
interdit toute supercherie ou mauvaise direction, et le haut en est déchiré.
On devine qu’il manque deux lignes de la même hauteur d’écriture.
A lire le feuillet directement, on distingue parfaitement le premier mot
de chaque ligne.
On
peut donc dire que la phrase est répétée dix fois avec
cet énoncé: « Jésus de Galilée nest
point icy ». Nous serions déjà devant une phrase peu
anodine en elle-même. Alors que dire maintenant que nous pouvons la
regarder placée dans l’extraordinaire contexte que nous lui
savons à présent ?… D’ailleurs, nous retrouvons
cette situation, de manière identique, à propos des textes
inscrits sur la maquette de Saunière. Cette dernière, au demeurant,
pourrait tout à fait répondre à cette remarque sur
la non présence ‘icy’ de ‘Jésus de Galilée’
en lui répliquant… « non, il n’est point ici puisqu’il
est ailleurs, en un lieu ici désigné à Périllos
! ».
Tout
doit disparaître !
Le
lecteur peut penser que nous sommes complètement hors du sujet concernant
le cimetière de Rennes. Au contraire, nous pensons que nous sommes,
plus que jamais, au cœur du problème. Effectivement, il s’agit
là du lien fragile entre des éléments mortuaires déposés
à la vue de tous -mais seulement perceptibles par celui qui sait-
dans le cimetière de Rennes, par un abbé, aux instants convulsifs
de la Révolution… une croix calvaire disparue et retrouvée…
et des éléments contenus retrouvés par un autre abbé
: Bérenger Saunière. Ce dernier à son tour retransmettra
le message sous une autre forme, à la fois plus volumineuse qu’un
écrit et moins que plusieurs pierres tombales et une croix calvaire…
une maquette géographique faisant réponse à la litanie
de Bigou dans le registre d’église de Rennes. Deux curés
oeuvrèrent dans le cimetière sur un sujet oublié. L’un,
à l’instant où il apprend involontairement un secret
qu’il ne peut imaginer. Le second, lui, part en chasse de ce secret
et le trouve également. Les deux modifieront le cimetière,
les tombes et ce qu’elles abritent. Les deux mourront sans avoir rien
dit du mystère du royaume des morts réparti entre Rennes et
Périllos, l’un étant le cheminement et l’autre
l’aboutissement.
Bérenger Saunière se chargera d’effacer les derniers
éléments du cimetière. Pourquoi n’a-t-il pas
fait disparaître la page du registre, puisque forcément il
n’a pas pu faire autrement que de la voir? On ne le sait pas.
Peut-être
gardait-il cette dernière balise comme une sorte de relique…
pourquoi pas? Toujours est-il que, par un curieux hasard, le vieux registre
ne se trouve plus dans les archives paroissiales… mais failleurs,
chez un particulier bien connu dans l’affaire de Rennes-le-Château.
Si une piste oubliée ne s’était présentée
à nous en Italie, jamais nous n’aurions été à
propos des tombes. Tout comme en l’absence de ce journaliste nous
ayant pilotés vers le dépôt de la ‘Croix des Hautpoul’,
nous n’aurions jamais pu même deviner son existence. En vérité,
tout a été fait à plusieurs moments pour que tout…
tout disparaisse irrémédiablement… mais c’est
‘diablement’ que nous avons pu reconstituer une partie de ce
puzzle ouvert dans le cimetière de Rennes-le-Château. Mais
alors… au moment de quitter l’abbé Bigou définitivement,
nous pouvons nous demander quelle réalité effarante il voulut
transmettre ainsi : « Jésus de Galilée nest point icy
». Cette phrase dans sa négation est une affirmation. Cette
dernière s’adresserait-elle au site de l’église,
du cimetière, qui ne contiendrait pas… Jésus de Galilée
? Quel serait cet étrange secret qui « nest point icy »,
et sur quoi l’auteur put-il s’appuyer pour répéter
dix fois un tel cri de dépit ? De dépit ou pire car nous sommes
ici une fois encore dans une situation qui se déploie entièrement
dans un milieu uniquement religieux, entre ecclésiastiques, et dans
le royaume de la mort !
Au moment de quitter aussi les Hautpoul et leurs secrètes sépultures
truquées… nous ne pouvons que nous demander ce qu’ils
eurent à cacher et, sans doute, comment ils ‘savaient’
que l’homme dieu n’était « point icy ». Une
fois encore, la réponse se trouve peut-être dans la réplique
imaginable lancée, en un volume lui aussi chiffré, par Saunière,
sur le secteur d’Opoul … et de Périllos ! Cette hypothèse,
certes, ne fait guère plaisir aux habituels grincheux, mais en ce
cas, bien malin qui peut dire ce que contenait le secret des Hautpoul au
point que même un notaire se fasse complice du silence… comme,
plus d’un siècle avant, un autre notaire, royal celui-ci, du
nom de Courtade, assurait aussi d’un secret sépulcral près
d’Opoul !…
L’étrange
translation d’un ossuaire trop plein
Il
nous reste cependant à terminer notre visite dans cet enclos des
défunts de Rennes. Nous garderons l’abbé Saunière
pour nous guider vers un point important mais insolite, celui de l’ossuaire.
Décidément, notre curé aura un comportement bien peu
orthodoxe dans ce terrain du silence. On dit que c’est durant plusieurs
jours qu’il se serait livré à une besogne assez étrange
: déplacer ce fameux ossuaire qu’il estime trop exigu. D’ailleurs,
c’est le moment où Saunière bouleverse quelques tombes
et en déplace d’autres. Ces opérations intempestives
se déroulent entre 1890 et 1895. Cette année là, nous
le savons, deux plaintes sont portées devant le préfet afin
d’obliger l’arrêt de ces exactions pour le moins étranges…
On peut souligner quelques observations : Bien que cet acte soit difficilement
acceptable, nous entendons qu’effectivement l’abbé déplace
des sépultures… pour faire de la place dans le cimetière.
Le motif serait compréhensible si les familles et les autorités
municipales étaient d’accord sur le principe. Admettons encore
que, pour ce genre de sinistre besogne, il soit nécessaire de déposer
les ossements en surnombre dans l’emplacement prévu à
cet effet dans chaque cimetière : l’ossuaire. Jusqu’à
ce stade, dans la mesure où tout se passe avec l’accord de
tous et en toute clarté, il n’y a rien à dire. Pourtant,
nous pourrions ajouter que l’ossuaire existe et qu’il suffit,
au pire, de l’agrandir s’il avère… un peu étroit.
Rien, dans aucune note, ne dit que celui de Rennes soit saturé au
point de nécessiter d’en ouvrir un autre. Même Bérenger
Saunière ne justifie pas ainsi son action sacrilège…
d’ailleurs, il ne cherche pas même à s’en excuser.
Donc aucune raison n’impose que ce dépôt soit déplacé
là où nous le situons encore aujourd’hui : sur le côté
nord du cimetière, juste face à l’entrée reconstruite
(‘porte de fer’) par Saunière ! Le changement d’emplacement
ne peut être douteux car le mur contre lequel s’appuie l’ossuaire
est, lui aussi, un effet de la générosité du curé.
Il est donc envisageable qu’il ait été installé
au moment de ces travaux… En échange, il est également
certain que ce dépôt se trouvait en un autre emplacement du
cimetière… près de la tombe ‘Rougé’
proche de la tour de l’église par exemple !
Il est curieux de constater que ce lieu de repos éternel ait été
le théâtre de plusieurs disparitions étranges dont nous
notons les essentielles :
- Plusieurs tombes ‘supprimées’
- Les deux sépultures ‘Hautpoul’
- La Croix du calvaire des Hautpoul
- L’ossuaire du cimetière
Pour ce dernier, il s’agit d’un déplacement non motivé
qui peut entrer dans le cadre d’une ‘disparition’ notoire.
Ajoutons également que sur les éléments de cette petite
liste peu exhaustive, trois sont du ressort de l’abbé Saunière
(tombes supprimées, sépultures Hautpoul, ossuaire). Le calvaire
dans le cimetière est une disparition plus ancienne (sans doute peu
après le départ de Bigou), dont cependant ce prêtre
ne pouvait ignorer les détails. On a la sensation que tout ce qui
se trouve dans un certain périmètre ‘Hautpoulien’
doit systématiquement disparaître des mémoires et de
la surface du terrain. Saunière semble s’en être chargé
avec l’efficacité que nous savons. Une fois de plus, il est
difficile de refuser l’évidence que tous ces détails
sont directement mêlés au royaume des morts…
Nous pourrions poursuivre cette réflexion en nous interrogeant sur
les vrais motifs de ces ‘effacements’, car s’il n’y
avait pas de raison majeure à de tels actes… ils n’auraient
pas lieu d’être ! En ce qui concerne la ‘dalle’
funéraire, et surtout les écrits qu’elle comprend, il
est notoire que l’abbé s’en soit chargé seul ou
avec l’aide de sa servante…. Ne serait-ce que pour lui tenir
la lanterne permettant d’accomplir la nocturne mission de destruction,
cette dernière ne pouvant se faire au grand jour en raison des questions
qui n’auraient pas manqué de fuser… Cependant, si ‘gratter’
un texte peut être fait sans trop de problème par un seul homme,
il n’en est pas de même pour déplacer la pierre tombale
en question, qui doit représenter un poids supérieur à
ce qu’un homme seul peut porter ou tirer. Il a donc fallu à
ce moment utiliser l’aide de quelqu’un qui sut rester aussi
discret que le fut Saunière… un ami fidèle ? un confrère
de toute confiance ? un complice ?… ou un commanditaire tenant au
silence sur l’opération ? En tous cas, cette dernière
fut menée à bien et personne dans le village n’en sut
rien.

La
dernière ‘pièce’ du puzzle funéraire ?
Si
jusque là ces réalisations sont à peu près jouables,
sans trop d’aide extérieure, il en est tout autrement en ce
qui concerne l’ossuaire. Cette fois, il est évident que ce
ne dut pas être un mince travail que de déplacer ce genre d’appareillage,
et surtout son contenu, en un autre point du cimetière. Forcément,
cette fois, Saunière n’a pas pu s’acquitter nuitamment
d’un tel terrassement… avec sa fidèle Marie pour seul
ouvrier. Il a donc bien fallu qu’un homme ou deux soient appelés
à la rescousse ainsi qu’une charrette pour le transport des
os épars… bien des choses qui ne peuvent passer inaperçues.
Or, curieusement, la rémunération de ce genre de travail ne
semble pas apparaître dans les fameux carnets retrouvés et
annoncés, à grands cris, comme contenant TOUTES (et très
loin s’en faut !!!) les opérations financières de l’abbé…
même les plus insignifiantes. Un oubli comme celui des trajets vers
Lyon, Durban et Périllos, sans doute ? Hormis cet aspect pécuniaire,
il faut bien avouer que personne ne s’étonne de l’absence
d’éléments sur ces ‘travaux anormaux’ que
personne pourtant ne conteste. Si cet ossuaire n’avait rien de plus
gênant que d’être supposé trop plein, on est en
droit de se demander quel autre motif pouvait justifier de le déplacer…
à moins que, dans le contexte de cette affaire, la raison en soit
que cette fosse de dépôt puisse dissimuler quelques détails
inhabituels. Admettons que le contenu de ce lieu est suffisant, à
lui seul, pour rebuter toute curiosité malsaine. De plus, il pose
un sérieux problème de discrétion en cas de ‘fouilles’
qui obligeraient à dégager les os et les déposer au
bord de l’orifice, et ceci à la vue de tous ! En échange,
l’opération peut se faire en toute tranquillité si,
au lieu de l’étiquette ‘fouilles discrètes’,
elle se nomme ‘déplacement d’un ossuaire pour raison
de saturation’. C’est sans doute ce qu’a dû faire
Saunière qui, en tant que curé, pouvait parfaitement accomplir
la tâche, d’autant plus qu’il la finance de ses deniers
! N’oublions pas qu’il se montre d’une grande générosité
vis-à-vis du cimetière dont il finance la porte ‘de
fer’ pour le fermer, le mur au nord pour le clôturer, et le
nouvel ossuaire qui s’appuie justement sur ce nouveau mur… ‘d’une
pierre deux, ou trois, coups’ ! Enfin, l’emplacement d’origine
de cet ossuaire primitif se situait très près (pour ne pas
dire au-dessus) de l’endroit où Pierrot Alquier et son collègue
(que nous avons rencontré en seconde partie de ce travail), ponctuellement
employés à creuser les sépultures, seraient tombés
dans une cavité où « 3 hommes à cheval pouvaient
se tenir », et d’où nous le savons être remonté
avec une petite fortune et une peur panique de la mort… Et si c’était
ceci que Saunière, sur ordre ou de son propre chef, avait voulu garder
pour lui seul ou dissimuler à jamais de ses confrères, commanditaires
ou curieux pressants ?
Avec l’ossuaire déplacé, qui datait de très longue
date, pour ne pas dire de l’époque du ‘vieux cimetière
wisigoth’, disparaissait la dernière des pièces du puzzle
encore en place dans l’enclos des morts…
Dernière
halte obligée avant la sortie : le carré des Anges
En
nous dirigeant, pensifs et perplexes, vers la sortie du cimetière,
nous nous arrêterons pour une dernière halte dans ce monde
du recueillement et du respect imposé.
Au moment de sortir, nous voyons à notre gauche un emplacement vide
de tout. On nous dit qu’à cet endroit se trouve le ‘carré
des enfants non baptisés’. Ce terme laconique signifie qu’ici
reposent les dépouilles de nouveaux-nés morts à leur
naissance. Rien ne signale cet emplacement, ni fleurs, ni inscription…
comme si on devait taire ce lieu. Il n’y a rien à ajouter sur
ce principe qui exige la dignité et la discrétion. Nous ajouterons
simplement qu’il semble que depuis longtemps ce lieu n’ait plus
été utilisé. Souhaitons surtout que ceci signale qu’il
n’y a pas de décès de cette sorte depuis des décennies…
Cependant, est-ce vraiment le cas ? Malheureusement, selon les statistiques
démographiques, nous craignons qu’il n’en soit rien.
En terme populaire, ce genre d’endroit émotionnel a pour nom
‘Carré des Anges’ ou des ‘limbes’. Effectivement,
un nouveau-né décédé à sa naissance,
ou peu après, en tous cas avant d’avoir eu le temps de recevoir
le sacrement du baptême, est appelé… un ange ! L’Eglise
dit clairement qu’une âme dans cette situation se retrouverait
à errer éternellement dans les ‘limbes’. Mais
encore ce terme de limbes viendrait du mot latin ‘limbus’ signifiant
bordure ou lisière. Bien entendu, cette morne région, ni infernale
ni négative mais plutôt passive, se situerait au bord du paradis
et… des Enfers. Cependant, une sorte de ‘no man’s land’
la sépare des deux… les âmes hébergées
ici ne sont donc ni blanches, ni noires, ni grises. Avec tout le respect
imposé ici, nous apportons quelques remarques sur cet endroit. Regardons
d’abord qu’il se trouve adossé au mur sud… ce mur
justement reconstruit par Saunière et agrémenté de
la fameuse porte de fer toujours en place aujourd’hui. Ce qui signifie
que ce mur n’existait pas avant notre fameux abbé bienfaiteur
du cimetière. Comment peut-on croire que ce ‘carré des
anges’ put se trouver là auparavant ? Et bien, si nous regardons
les rares documents sur cet endroit, antérieurs à Saunière…
nous constatons que ce lot n’existait pas, ou du moins pas à
cet endroit extrême du terrain des morts. On le situerait précisément
contre le mur de l’église dans le fameux secteur ‘épuré’.
Certes, l’aspect des circonstances religieuses expliquerait qu’il
se trouvait très proche du sanctuaire… afin également
de consoler ou conforter les parents dont un enfant avait trépassé
dans les circonstances requises. Ce choix semble tout ce qu’il a de
plus logique et ‘humaniste’. Alors, comment se fait-il, qu’une
fois de plus, il y ait eu une modification d’un emplacement funéraire
qu’on imaginerait plus intouchable encore que les autres en raison
de l’innocence des petites victimes ?
La
logique des forces de l’innocence ?
Cette
fois, rien ne dit que Saunière en soit le seul auteur. Cependant,
dans cette foulée, nous devons souligner un autre élément
notoire et vérifiable. Ce mur sud, supportant la porte, édifié
par l’abbé Saunière, est simplement celui mitoyen avec
ce petit bâtiment qu’il appellera
son bureau - bibliothèque et qui a fait l’objet détaillé
d’un autre de nos travaux.
Cette succession d’éléments montre qu’il y eut
une logique entre eux dans les projets de l’abbé Saunière
dans ce secteur. En effet, nous avons démontré qu’il
était peu aisé pour l’abbé de se rendre de son
presbytère à son bureau, les jours de pluie et de grand froid,
par exemple. On peut donc dire que cet ensemble est le fruit d’une
réflexion volontaire. Nous savons également que ce petit local,
pour le moins curieux, se trouve sur une citerne qui dissimulait sans doute
quelque chose sur laquelle Saunière voulait veiller comme bon lui
semblait.
Mais si cette bâtisse se trouve sur de l’eau, il est fort possible
qu’elle se trouve aussi sur un accès oublié à
un autre réseau pouvant se diriger vers le château de Rennes.
Ce n’est pas tout… Effectivement, si l’on admet que l’abbé
se soit intéressé de très près, de bien plus
près que le permet sa fonction de prêtre, à certains
aspects magiques d’une situation liée au culte des morts…
ou de seulement un ou deux morts bien particuliers, l’eau, les mondes
souterrains, les sanctuaires nécromanciens ne pouvaient que le fasciner
et l’attirer. Si ce fameux bureau s’avérait être
un petit sanctuaire réservé à un culte très
précis, au seul usage de Bérenger Saunière (peut-être
sur ordre de commanditaires ou demandeurs secrets), il fallait matière
à certaines invocations. En limite, en frange, en lisière
de ce sanctuaire bien particulier se trouvait une réserve ‘d’énergie’
appropriée à ce genre de rituel : celle de la limite du royaume
des… limbes où erraient esprits purs, neufs, non souillés,
libres de tout, même des contingences catholiques habituelles…
celle des anges, voire d’archanges, si près des forces de l’innocence…
précisément !
Le
rite des morts selon Saunière
Saunière
(nous ne dirons pas ‘abbé’) avait-il prémédité
qu’il utiliserait à la fois un mur, un lieu rituel situé
sur de l’eau sacralisée et près d’une réserve
d’esprits innocents ?… pourquoi pas, si l’on en croit
certains éléments de ‘The Rise’…
et qui se reporteront sur le secteur géographique de Périllos.
Sinon, comment expliquer encore une fois cette ligne de conduite adoptée
par ce prêtre et certains de ces collègues depuis les secrets
du cimetière de Rennes ?
Enfin, pour revenir à ce carré des ‘anges’, nous
ne pouvons imaginer qu’un tel emplacement ait été placé
si près (à toucher dirions-nous) d’un point d’eau,
d’une citerne ou simplement d’un réseau naturel hydraulique
réservé à la consommation des habitants de la cité.
En effet, ce réseau naturel existe depuis sans doute la nuit des
temps… Forcément, cette galerie ne pouvait qu’être
mise à jour au moment de l’aménagement du périmètre
funéraire à l’usage de petits défunts. Ceci engageait
des travaux de maçonnerie et d’étanchéité
exceptionnels, disproportionnés par rapport au résultat. Peut-on
croire raisonnablement que personne n’ait fait cette remarque au moment
de cette édification défiant toutes logiques élémentaires ?
Pourtant, à mieux regarder l’ancien tracé concernant
le CR ‘Marcot’, on trouve effectivement une galerie ‘sèche’
parallèle à celle qui conduit l’eau aux citernes de
Rennes. Le ‘carré des Anges’ voulu par Saunière
se trouve exactement à la verticale de ce passage… sec. Si
ce n’était pas voulu pour d’obscures raisons, c’est
en tous cas ce qu’il s’est passé. Si ces travaux furent
exécutés tout de même, ce fut sur ordre express de l’abbé
Bérenger Saunière ! En ce cas, il savait parfaitement ce qu’il
voulait… ou ce qu’on attendait de lui, et tout fut fait selon
un programme bien défini!
Tu
seras puni par où tu as péché…
Pour
conclure provisoirement cette petite visite insolite dans le cimetière
de Rennes, nous soulignerons qu’en fin de compte les éléments
supprimés, donc majeurs, se trouvaient dans un périmètre
relativement réduit et près de la nef de l’église,
dans la partie sud du vieux cimetière… Quant à ceux
qui représentent les éléments nouveaux, dans l’axe
des perspectives de Saunière, ils se situent à l’est
et dans un axe défini par l’entrée modifiée du
cimetière. En échange, on est surpris du choix de l’abbé
pour sa tombe personnelle, et celle de Marie, qu’il choisit d’installer
à l’extrémité ouest, contre le mur de soutien
de son domaine. Cette tombe est un caveau, donc une partie souterraine profonde
qui à la rigueur peut s’étendre sous le mur mitoyen…
Ce choix est-il étonnant ou simplement le fruit d’un hasard
en fonction des places disponibles ? Ce n’est guère envisageable
si on se souvient que précisément Saunière avait déplacé
bien des choses dans le cimetière pour « faire de la place
»…Cependant, le hasard se sera montré bon enfant dans
ce choix puisqu’il met les tombes de Saunière et Marie dans
l’axe est-ouest précis de l’emplacement du calvaire de
la « Croix des Hautpoul ». L’abbé Bérenger
Saunière voulut-il ainsi se montrer, jusque dans la mort, le vigilant
gardien d’un secret enfoui dans le royaume des morts où il
repose maintenant… pourquoi pas ? Certes, on peut ajouter qu’il
y eut le déplacement des restes de l’abbé du cimetière
jusqu’à une nouvelle belle tombe dans son ancien domaine…
suite à l’intervention des ayant droits et de la municipalité
de Rennes. Est-ce le juste retour des choses qu’après presque
un siècle, celui qui avait effacé et modifié plusieurs
emplacements de ce qui avait existé un siècle avant lui se
retrouve dans la même situation ? Encore une des facéties du
hasard, pourrions-nous dire… oui, sans doute, et à un autre
titre d’ailleurs puisque la nouvelle superbe sépulture se trouve
exactement sur le tracé de l’axe ‘Marcot’ matérialisé
par les deux puits signalés sur cet ancien compte rendu prérévolutionnaire.
Mais, sans doute, cet enclos de la mémoire n’a-t-il pas encore
fini de tout révéler de ses secrets, donc…
André
Douzet
Nos remerciements à Jean Brunelin pour ses photos inédites
et anciennes sur le cimetière de Rennes.