Nous
ouvrons une nouvelle page sur notre site Société Périllos, qui sera consacrée à
tout ce qui a décédé ou disparu sans laisser de traces dans les affaires des
deux Rennes, Périllos et autres régions comme le lyonnais. Ceci peut prêter à
sourire, certes, mais sera d’un rire jaune que nous lirons ces avis de décès ou
de disparitions bien plus nombreux et étonnant, mais aussi révoltant, que vous
ne le pensez. C’est donc sur ce sujet et celui d’une stèle bien connue que nous
ouvrons cette colonne. REQUIESCAT IN PACE !!!
Un beau jour de 1905
Nous
sommes à Rennes et, ce beau jour du 25 juin 1905, monsieur Elie
Tisseyre, érudit amateur d’archéologie locale, membre de l’honorable
Société d'Études Scientifiques de l'Aude, raconte que 'Une
visite au cimetière nous fait découvrir dans un coin une large dalle,
brisée dans son milieu, où l'on peut lire une inscription gravée très
grossièrement. Cette dalle mesure 1m60 sur 0m65'.
Il ne sait pas encore qu’il vient de faire entrer, par la grande porte,
cet élément nécrologique dans l’affaire qui devient 60 ans plus tard
l’énigme la plus galvaudée de l’histoire insolite de notre pays.
Dans cette attente, il est penché sur cette pierre et studieusement, et
Elie il lit, il lit et transcrit un texte gravé sur cette dalle ainsi
rédigé :
"Ci git Noble Marie de Nègre d'Ables Dame d'Haupoul de Blanchefort, âgée de soixante sept ans, décédée le XVII janvier 1781.
Requiescat in pace"
En réalité le texte se compose ainsi :
CT GIT NOBLe M
ARIE DE NEGR e
DARLES DAME
DHAUPOUL D e
BLANCHEFORT
AGEE DE SOIX
ANTE SEPT ANS
DECEDE LE
XVII JANVIER
MDCOLXXXI
REQUIES CATIN
PACE
Délice, désespoir et malheurs
Ce texte, en forme d’épitaphe, fera le délice, mais aussi le désespoir
de tous ceux et celles que fascine cette énigme et qui aiment le
chiffrage et les solutions apportées, tant bien que mal, en principe
pour tenter de réduire le problème à sa plus simple expression et bien
entendu nous conduire tambour battant jusqu’au trésor. Tambour qui au
demeurant bat de plus en plus faiblement car de trésor, grâce à cette
composition, il n’y a pas plus que de beurre au ‘mess troupe’ de RLC…
sauf bien sûr dans les assiettes que se réservent les ténors nous
proposant des solutions par treize à la douzaine et qui laissent sur sa
faim le gogo qui mordra à cet hameçon seulement fait pour remplir les
poches de ces peu reluisants personnages sans le plus petit scrupule
montrant par là que, pour ces derniers, le trésor est bel et bien là.
Ensuite les malheurs de cette dalle se poursuivront sans relâche. Ce
serait d’abord le bon abbé Saunière qui se serait attaché, nuitamment,
à commencer le massacre en besognant afin d’effacer la moindre trace de
ces lettres qui l’auraient mené à sa fortune… Non content de ce
‘gommage’, il aurait fini par fracasser la dalle afin que rien n’en
reste. C’est en tous cas ce qu’on nous assure doctement.
Et puis, horreur et chagrin, car à la visite du site en 1909 par la
même société savante, il n’est plus fait mention de cette curiosité. De
ce vide de constat, il est vite fait état que la pierre ait été brisée.
Bien entendu pour épaissir le mystère on prétend que ce serait encore
un coup de Saunière qui, non content de ce ‘gommage’, aurait fini par
fracasser la dalle afin que rien n’en reste. Mais cette parodie de mise
à mort ouvre sur un premier phénomène d’ubiquité car on la trouve
cassée, là, et puis ici et encore dans ce coin et même parfois on nous
affirmera qu’elle est intacte et mais qu’il est impossible de la
visiter dans sa salvatrice et sécurisante retraite. Ben voyons !
De plus nous avons certaines perplexités à propos de commentaires d’Elie.
En effet il nous indique que 'Une visite au cimetière nous fait
découvrir dans un coin une large dalle, brisée dans son milieu, où l'on
peut lire une inscription gravée très grossièrement. Cette dalle mesure
1m60 sur 0m65'. On sait donc qu’elle est lisible dans son texte mais
que déjà elle est cassée en deux et sortie de son emplacement
d’origine, donc sur la sépulture de la marquise d’Hautpoul. On sait
aussi qu’elle est donc ‘gravée très grossièrement’.
Mais les mesures sont également données dans ce texte on a d’abord une
hauteur de 1m60 pour ensuite passée, sur le commentaire établi par
l’imprimeur, à seulement 1m30, et pire encore une ‘coquille’ nous
indique à peine 38cm ! Si on exclut forcément la ‘coquille’ il nous
reste le choix entre 1m60 et 1m30 et, sur ce point, il est à craindre
que nous n’aurons avant longtemps la bonne réponse. La copie semble
donc, bon an, mal an, correspondre à ces indications.
Résurrection !
Enfin voici qu’un jour béni se produit la résurrection de cette stèle.
Elle nous revient sous la magie des doigts et de l’habileté d’un Alain
Feral, maître incontesté en maquettes et travaux de reconstitution
RLCéennes. Alain en fait une copie qui est, sans doute, bien proche de
la réalité : un dalle modeste, aux lettres effectivement d’un tracé
frustre composant une épitaphe aux surprenants détails. Une stèle
(puisque verticale) sans tape à l’œil ronflant ni imposante, pouvant
passer quasiment inaperçue dans un cimetière comme celui du village de
Rennes à cette époque où quoi qu’on ne dise, pas grand monde sait lire
couramment. Ce fac-similé est sans doute ce qui fut fait de plus
fidèle, même si les dimensions sont peut-être légèrement inférieures à
la réalité comme le soupçonne avec raison Thierry Garnier de Mercure
de Gaillon. Cependant, malgré de légères incertitudes dans les
cotes elle est dans sa rustique présentation extrêmement proche de
l’authentique et présente cet aspect à la fois nostalgique,
anecdotique, presque sentimentale pour ce qui est la question de cette
image attachée à la tradition contenue dans ce mystère.
Sous cette forme que nous lui savons elle entre, de fait, dans le
sanctuaire de la mémoire et de la conservation de ce qui lié au passé
de cette paroisse aux racines si secrètes. Elle y fait sa place avec
discrétion et simplicité et sait offrir, à tous et toutes, son contenu
gravé relevé par monsieur Elie Tisseyre. Cette reproduction était un
jalon, discutable ou non, d’un des épisodes les plus féconds de cette
église… Et la pierre assurait fidèlement sa tâche à la plus grande
satisfaction de tous et toutes car tout était bien dans le meilleur des
mondes. Oui tout est bien, bien du moins jusqu’à un certain moment.
Oui mais cette copie de pierre funéraire est atteinte d’un mal
incurable. Et un beau jour celle qui durant près de deux siècles avait
humblement annoncé la mort de ‘Noble Marie de Nègre d'Ables Dame
d'Haupoul de Blanchefort’ tombait fauchée dans sa 231ème année de bons
et loyaux services funéraires. Frappé à mort par des mains impies et
sans respecte, le corps fut enlevé sans veillée funèbre ni avis
nécrologique dans les journaux locaux et encore moins dans le bulletin
de TdR (Tas de Rien), qui pourtant lui doit tant.
Certes, on pouvait penser que la fidèle balise du décès de marquise
d’Hautpoul partait pour une intervention chirurgicale et la maison de
repos des dalles du royaume des morts… ou mieux encore qu’elle prenait
une retraite bien méritée dans la villa Béthanie du Domaine. Vous ne
voyez pas ? Mais si allons, faites un petit effort. Il s’agit de ce
bâtiment prétendu renaissance dans lequel l’abbé Bérenger Saunière
(vache à lait de TdR) disait vouloir héberger les vieux religieux. Une
maison de retraite en quelque sorte dans laquelle notre stèle aurait pu
finir de couler des jours heureux. Hélas il n’en fut rien.
Mais les meurtriers de la dalle ayant prémédité cet assassinat, avec
disparation du cadavre de leur pauvre victime, ils pensaient bien que
ce crime passe inaperçu en raison du fait que lors de cet attentat des
plus lâches (la victime n’ayant pu se défendre) ils mirent une autre
pierre en pensant que la substitution ne se remarquerait pas tant que
ça. Toujours est-il qu’une autre pierre funéraire prit la place de
l’ancienne mais sans son attrait ou sa plus proche ressemblance, loin
s’en faut et de loin.
Un monolithe en glace aux marrons…
Jugez-en
par vous-même. On nous colle un monstre monolithique d’une taille bien
supérieure aux indications du seul témoin restant de cette stèle, Elie
Tisseyre, mais qui s’en préoccupera ? Qui se préoccupera que la couleur
de ce monolithe écrasant est d’une couleur d’excrément et montre, en
excroissance, d’un bloc faussement dégrossi une partie lisse comme une
glace à la crème de marron sur laquelle stagnent pitoyablement les
lettres formant ce texte sur lequel nous avons, tous et toutes, quelque
peu rêvé. Autrefois ces lettres, sur l’ancienne reproduction,
présentaient cette attachante hésitation ou légère malhabileté
prétextant les erreurs sur lesquelles s’ouvraient les possibles
chiffrages. En effet nous lisons Elie nous dire que sur celle-ci "où
l'on peut lire une inscription gravée très grossièrement". Il semble
donc que les commanditaires de la reproduction sur crème de marron
aient pris l’initiative de ne pas tenir compte du seul témoignage,
digne de foi, celui d’Elie. Et si supposait faux et usage de faux ? ça
ferait salement désordre dans le monde ouaté des ténors du musée, non ?
Là, le rêve devient cauchemar car ce ne sont plus rien d’autres que des
rangées de lettres régulières, froides, sans âme et d’une rigidité
cadavérique, qui si elle cadre avec la mort, en échange n’offre
maintenant plus rien d’autre que le désintérêt et une distante
indifférence. Nous avons même des personnes nous écrivant en demandant
où voir l’ancienne pierre mortuaire… Nous leur répondons qu’elle a
disparue mais peut-être pas pour tout le monde.
Demain une dalle des chevaliers gonflable ?
Enfin… autre temps autre mœurs, comme dit le poète. Et peu à peu le
domaine de l’abbé Saunière se vide de sa substance au profit d’éléments
aseptisés et bien bon chic bon genre. Il se vide de l’esprit du lieu et
de cet homme qui se fit happer et finalement détruire par son destin,
tout simplement.
Enfin, il nous reste la dalle des chevaliers pour rêver encore un peu.
Profitons-en bien pendant que nous le pouvons encore car bientôt elle
risque de tomber à son tour sous les coups fous de quelques ‘serial
killer’ en mal de se montrer encore moins compétents qu’ils le sont
déjà. Peut-être un jour cette dalle sera en moutarde solidifiée ou en
structure gonflable sur laquelle les enfants, se faisant littéralement
chier durant la visite pourrons enfin trouver là un intérêt des plus
dérisoires.
Hé oui car pour les adultes, nous vous proposons un petit jeu amusant.
Il consiste à compter combien il reste d’éléments originaux aux vouloir
et choix de l’abbé Saunière… rassurez-vous car une seule main devrait
vous suffire plus que largement. Et puis vous pourrez vous consoler en
visitant, gratis, l’église qu’on vous expliquera, doctement et avec le
sérieux d’un âne qui pète, comme étant la réplique exacte d’un atelier
ou loge maçonnique selon le rite du chevalier Tartenpion de Guignol.
Les gens que vous verrez partir de là en vomissant, morts de rire ou de
chagrin, sont probablement ceux et celles qui, appartenant à cette
respectable société discrète, ne peuvent en supporter plus.
De profondis noble copie de dalle…
Puisque personne ne semble inquiet de perpétrer la mémoire de
l’ancienne stèle de ‘Noble Marie de Nègre d'Ables Dame d'Haupoul de
Blanchefort, âgée de soixante sept ans, décédée le XVII janvier 1781’
qui soit dit en passant doit gémir dans sa tombe en sachant de quoi on
a affublée sa personnalité déjà quelque peu tourmentée par un jeu de
mot à base de ‘catin’ nous organiserons donc un rite mortuaire afin
d’honorer dignement ce que ressemblait la pierre funéraire en question.
Aussi à cette fin :
« Vous êtes informés que se déroulera le convoi, le service et l’enterrement de la mémoire de
LA STELE MORTUAIRE DE LA DAME D’HAUTPOUL
PIERRE ORPHELINE DE LA MEME DAME
Décédée dans le musée de monsieur l’abbé Saunière
Sans les sacrements rituels ni la moindre considération, dans sa 231ème année.
L’inhumation
aura lieu dans l’intimité de ceux et celles laissés dans l’expectative,
sans la famille, les charognards, les ténors.
De PROFONDIS
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André Douzet
le 3 juin 2012