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L'Ère Mariale
(2ème partie) - La Salette et Fatima: les apparitions apocalyptiques du Grand Monarque

 

Dans l’histoire des apparitions mariales, il y eut plusieurs apparitions de la Vierge, mais deux se tiennent hors norme: celles de la Salette et de Fatima. Ce furent des évènements particuliers d’une importance majeure en raison des messages secrets transmis par la Vierge… Le contenu de ces ‘graves confidences’ fut immédiatement transmis au pape et considéré s’inscrivant dans un cadre apocalyptique et prophétique. A première vue, ces apparitions paraissent d'abord éloignées, et hors contexte du mystère d'un petit prêtre du village de Rennes-le-Château. Cependant, nous allons constater, après une étude plus minutieuse du sujet, que les apparitions et le secret de Saunière peuvent se trouver sur un secteur commun.

La Salette

L'apparition de la Vierge à la Salette s’est faite le 19 septembre 1846. L'apparition se déroule en présence de deux enfants, Maximin Giraud et Mélanie Calvat, qui se connaissent seulement depuis deux jours ; Maximin a 11 ans et Mélanie en a 15. Chacun des deux petits témoins reçut un secret qu’il garda pendant cinq années, avant de le communiquer au pape Pie IX.
Après l’apparition, Maximin et Mélanie ont été très vite dirigés vers une vie religieuse. Pourtant, ni l'un ni l'autre ne se prédestinait particulièrement à une vocation religieuse et certainement pas avant l'heure de l'apparition. Maximin ne dispose d’aucune instruction et ne sait pas même les rudiments du catéchisme. Lorsque l'apparition miraculeuse communique son secret à Mélanie, le jeune garçon reste indifférent et s’amuse avec des cailloux. Pendant le reste de sa vie, étrangement, il conserve ce comportement enfantin comme si le temps s’était arrêté pour lui à ce moment là.

Le soir de l'apparition, Maximin donne son premier exposé de l'évènement devant sa famille, sans comprendre vraiment, lui-même, tout ce qu’il tente d’expliquer. Au moment d’aller dormir, il essaie de transmettre la communication qu’a donnée l’apparition… mais étrangement, il semble ne pas pouvoir rapporter le contenu du message et il se met à crier...
Bien que l'apparition ait été immédiatement classifiée comme celle de « la Vierge », les témoins eux-mêmes indiquent clairement que l'apparition ne s’est jamais identifiée elle-même en tant que telle. « J’ai vu une Madame aussi brillante que le soleil que je pense qu’elle est la Vierge bénie; mais je n'ai jamais dit que c'était la Vierge bénie. »

L'écriture du secret

Comme les deux enfants sont sans éducation, il est impératif qu’ils aillent à l'école pour au moins apprendre à écrire, car ce sera à travers cette méthode qu'ils pourront communiquer avec le pape ce qu’ils ont vécu. Lorsque Maximin sait enfin écrire correctement, il est conduit au palais de l’évêque. M. Dausse, qui l'accompagne, lui recommande de se concentrer soigneusement sur ce qu’il pense écrire. L'enfant ne semble avoir aucune inquiétude à ce propos et répond: « Je me rappelle très bien ce qu’il m’a été dit. Vous verrez, j'écrirai rapidement sans rechercher mes mots ». Ce qui s’est produit, en réalité, est très semblable à ce qu’on appellerait une ‘séance d'écriture automatique’.

Maximin & Melanie

Il est rapporté que « Maximin a pris sa tête dans ses mains, puis ensuite il a plongé son porte-plume dans le pot d'encre et l'a avec insouciance secoué au-dessus du plancher ». Les témoins, l'observant de loin, le réprimandent pour ce comportement étrange. Il reprend donc son écriture: « Le 19 septembre 1846, j'ai vu une Madame aussi brillante que le soleil que je pense être la Vierge bénie; mais je n'ai jamais dit que c'était la Vierge bénie. Il est pour l'église à juger si c'était vraiment la Vierge bénie ou une autre personne, de ce que je vais maintenant dire. Au milieu de son discours, elle s'est confiée à moi avec cette expression: les raisins se décomposeront et pourriront les noix.»
Maximin montre ceci à M. Dausse, qui trouve le texte acceptable. Pourtant, Maximin, sur son bureau, poursuit maintenant son écriture avec une extraordinaire rapidité, sans pause, comme s'il recopiait un texte. Dès qu'il a fini d’écrire, il tient à bout de bras la feuille de papier et la jette en l’air, en s’exclamant: «Je n'ai plus de secret et je suis comme les autres. Plus besoin de venir me demander plus; ils peuvent aller demander au pape; il parlera s'il veut».
Les deux témoins voient cette feuille de papier sur le plancher: ce n’est pas un travail très propre… écrit de travers et tacheté d'encre. L'adolescent est alors incité à recommencer son texte. Il hésite, mais néanmoins il finit par faire ce qu’on lui demande. On appelle alors l'évêque, qui commande à Maximin de placer ce qu'il vient d’écrire dans une enveloppe et de la sceller. M. Dausse, craignant que le contenu de la lettre soit indigne d’être envoyé à sa sainteté le pape, demande à l'évêque d’en prendre connaissance avant toute chose. L'évêque hésite avant de ne pas suivre ce conseil. Maximin ferme alors et scelle lui-même l'enveloppe avec le sceau épiscopal. M. Dausse et le vicaire de Taxis écrivent sur l'enveloppe qu’ils certifient que Maximin a écrit et signé lui-même le contenu, sans être influencé.

Le secret

Le pape prend connaissance du secret… bien des personnes essaient de devenir intimes avec Maximin, pour savoir ce que l’étrange apparition lui a appris de si terrible. Le père de Maximin meurt en 1849, le jeune homme se retrouve orphelin à l'âge de 14 ans. En 1850, il est placé sous la garde d’un tuteur juridique… mais il le quitte pour suivre un personnage qui lui promet son château s'il lui divulgue son secret. Plus tard, Maximin reconnaîtra: « j'étais sur le point de trahir ce secret, mais soudainement ma mémoire était vide. Je n'ai pas trouvé un seul mot à articuler… Je suis resté comme sourd et muet et j'ai, alors compris la faute que j’allais commettre». C'est un phénomène étonnant s’il est vrai qu’un message très important soit délivré à deux enfants, qui ne divulgueront jamais le secret… ou ne le pourront pas ! Leur tâche comme messagers a été parfaitement et complètement accomplie, mais il semble également que cette ‘mission’ ait été suivie de quelques sécurités et exécutée selon le plan divin.

Le secret de la Salette, un siècle avant que le troisième secret de Fatima devienne le centre d’une polémique, eut comme conséquence une énorme spéculation. En décembre 1871, un livret apparaît avec pour titre « Les secrets de la Salette et leur importance. Les dernières révélations de prochains événements. » L'auteur, un certain M. Girard, prétendait indiquer le vrai texte du secret de Maximin, le texte de sa première ébauche, celle couverte de si nombreuses taches d’ encre qu’il dut la réécrire entièrement.
Maximin n'est pas resté longtemps sans répondre: il a nié le texte dans les termes les plus vigoureux. Il a déclaré : « Mgr de Bruillard, M. Gérin et M. Rousselot m'ont assuré que le secret n'avait pas été violé dans le palais de l’évêque de Grenoble ou pendant le voyage vers Rome, et que seul le Saint Père avait cassé le scellé que moi-même avais apposé en présence de l'évêque, le vicaire de Taxis et M. Dausse. Par conséquence et à la lumière de ces preuves, le secret n'a pas été violé en ce qui me concerne; le seul à en avoir pris connaissance est le Saint Père, à moins que sa Sainteté l'ait communiqué. Lui seul est le propriétaire et maître de ce secret. Quant à moi, je serai à l'avenir ce que j’ai toujours été dans cette matière: impénétrable. Et si à un moment je me trouve commissionné à le divulguer au public, je ne le ferais pas sans consentement de mon évêque, qui lui-même se rapporterait à Rome. De nombreuses personnes me demandent si le texte cité dans le livre de M. Girard est celui de mon secret. Je ne réponds jamais à cette question pour les raisons qui sont faciles à deviner. »

Maximin n'a jamais divulgué son secret. Le Pape Pie IX a consigné les lettres de Maximin et de Mélanie (nous reviendrons à ce message plus tard) dans les archives secrètes du Vatican, avec la possibilité qu'elles seraient peut-être éditées par la suite… mais aucun de ses successeurs ne s’est avisé de le faire.
C'est Benoît XV qui, en 1915, mit fin à toutes autres polémiques: le secret devait rester un secret… point final ! Mais deux ans après, la Vierge serait apparue à Fatima, comme si elle avait décidé de sa propre initiative que le message délivré une première fois et ‘occulté’ par le Vatican, serait connu dans le monde… même contre la volonté de Rome et des papes !

Fatima

Il semble que Fatima ait été une autre tentative du divin pour contacter l'Humanité et qu’elle se soit montrée plus efficace et convaincante que celle de la Salette.
A Fatima, nous sommes en présence de trois enfants, instruits dans leur religion, formant un trio inséparable quand ils sortent garder les animaux. A Fatima, c’est tout d’abord un ange qui annonce l'arrivée de la « Reine du Ciel »… même s’il n'y a aucune identification claire et précise que ce soit réellement la Vierge… c'est une constatation, car apparemment, il ne peut que s’agir d’elle. Les deux apparitions se font sous la forme d’un phénomène de lumière d’une telle force que la vision de Fatima est plus intense que le soleil. Beaucoup ont comparé ces miracles visuels à la vision de la « femme vêtue de soleil » du 12ème chapitre de l'Apocalypse.
Considérant que la Salette est un évènement unique, à Fatima, il y aurait un total de six apparitions, commençant le 13 mai 1917. Le 13 juillet, les trois enfants étant les seuls témoins, personne d’autre qu’eux ne reçoit le secret de la Vierge…. Les apparitions finissent le 13 octobre 1917, à l’issue d’un grand miracle de telle sorte « que tous puissent croire ce qu’ils ont vu ».
Deux des témoins, Jacinta et Francisco Marto, mourront encore enfants, mais la troisième personne, Lucia de Jésus Santos, vivra jusqu’au 13 février 2005. C’est elle qui communiquera le contenu des secrets.
Le premier secret était une vision d'enfer et la prévision de la mort imminente de deux des cousins de Lucia… ce qui s’est effectivement produit le 20 février.

Lucia l'a décrit comme ceci : « La Madame nous a montré une grande mer du feu qui nous a semblé être sous la terre. Dans ce feu étaient plongés des démons et des âmes de forme humaine comme les braises brûlantes transparentes, tout le bronze noirci ou poli, semblant flotter dans cet environnement dont l’amalgame, augmenté par les flammes engendre dans son sein de grands nuages de fumée, tombant maintenant en arrière de chaque côté comme des étincelles dans un feu énorme, sans poids ou équilibre, et parmi des cris perçants et des gémissements de douleur et de désespoir, qui nous ont horrifiés et nous ont fait trembler avec crainte. Les démons pouvaient ressembler par leur similarité terrifiante et repoussante aux animaux épouvantables et inconnus, tout noirs et transparents. Cette vision n’a duré qu’un instant ».
Cette image terrifiante est semblable aux nombreuses visions de l'enfer ou du purgatoire, que beaucoup de mystiques ont vues et qui ne peuvent reposer, l’un ou l’autre, dans une mythologie chrétienne pure.
Lucia révèle le deuxième secret au Vatican en juillet 1941, après l'invasion de l’Union Soviétique par les Nazis. Le secret contenait entre autres éléments l'affirmation que si la Russie se reconvertissait au christianisme, beaucoup d'années de guerre et de persécution pourraient être évitées…
Le troisième secret est au centre de beaucoup de spéculations. Lucia a informé le Vatican en juin 1943. Elle était dans un état de santé très faible et a seulement écrit le texte en janvier 1944. Contre toute attente et curieusement le Vatican refuse de l'accepter. Lucia énonce que le secret doit être révélé à sa mort, ou peu après l’année 1960. Le document a été placé dans les archives secrètes du Vatican, le 4 avril 1957 et il est périodiquement consulté par divers papes. Chacun a gardé le contenu du document comme secret et Lucia elle-même n’a jamais rien révélé, même après 1960. L'enveloppe a été apportée au pape Jean XXIII le 17 août 1959. Après hésitation, sa Sainteté a indiqué: « Nous attendrons. Je prierai. Je vous ferai savoir ce que je décide ».

Paul VI l’a lu le 27 mars 1965 et a également renvoyé l'enveloppe aux archives secrètes, décidant également de ne pas éditer le texte. Jean Paul II demande l'enveloppe après la tentative de son assassinat le 13 mai 1981. De nouveau, le document est retourné aux archives. Mais il est clair que cette tentative d'assassinat a été un moment important dans les évènements entourant le troisième secret. Le Pape Jean Paul II, ainsi que son agresseur, crut sa dernière heure arrivée. Les deux hommes pensèrent qu’il s’était alors produit une intervention divine ayant suffisamment détourné la balle pour sauvegarder la vie du pape. À l'occasion d'une visite à Rome par l'évêque de Leiria-Fatima, le pape a décidé de lui donner la balle qui avait été retrouvée dans la Jeep après la tentative d'assassinat, de sorte qu'elle pourrait être maintenue dans le sanctuaire à Fatima. Par la décision de l'évêque, la balle a été placée dans la couronne de la statue de Notre Dame de Fatima.
Un lien a été fait entre le secret et cet assassinat… il est devenu le sujet d'un livre par Nigel West, édité en 2000. Ensuite, le pape Jean Paul II, après des discussions avec Lucia elle-même, autorise la révélation du troisième secret : « Si ce que je dis à vous est fait, beaucoup d'âmes seront sauvées et il y aura la paix. La guerre va finir. Mais si les gens ne cessent pas d'offenser Dieu, une plus mauvaise éclatera pendant le Pontificat de Pie XI [...] pour empêcher ceci, je viendrai pour demander la consécration de la Russie à mon coeur immaculé, et la Communion de la réparation chaque premier samedi. Si mes demandes sont observées, la Russie sera convertie, et il y aura la paix; sinon, ses erreurs se répandront dans le monde entier, entraînant des guerres et des persécutions de l'Eglise. Le Saint Père aura beaucoup à souffrir et diverses nations seront annihilées. En fin de compte, mon coeur immaculé triomphera. On accordera la consécration de la Russie et elle sera convertie. Une période de paix se répandra alors dans le monde».

Pénitence! Pénitence!

Le pape Jean Paul II a immédiatement pensé à consacrer le monde au coeur immaculé de Marie après l'assassinat et il compose lui-même une prière, qui devait être célébrée dans le Basilique de la Vierge le 7 juin 1981. Il a mis l'église sous la protection du " coeur immaculé" en lui demandant de l’aider dans sa mission. Dans une lettre datée le 8 novembre 1989, Lucia a confirmé que cet acte solennel et universel de consécration correspondait à ce que ‘la Madame’ avait souhaité: « oui, il a été fait juste comme notre Madame demandait». C'était l'année où le Communisme s'effondrait... Le communisme avait été au centre du deuxième secret, et se trouvait également au centre du troisième. Après tout, l'apparition en 1917 était l'année où la Russie, une nation normalement très religieuse, se tournait vers le Communisme.

La soeur Lucia avait déjà donné une indication pour interpréter la troisième partie du "secret" dans une lettre au Saint Père, datée du 12 mai 1982: « la troisième partie du secret se rapporte aux mots de ‘notre Madame: ‘si la Russie ne s’écarte pas de ses erreurs, elle entraînera, dans le monde entier, des guerres et des persécutions de l'église. La bonne volonté sera martyrisée; le Saint Père aura beaucoup à souffrir; diverses nations seront annihilées».
C'est une réalité historique que le pape, après l’échec de tentative d'assassinat, rassemble, à la fin des années 80, les chefs du monde, dans un effort de mettre fin à toutes les guerres froides. Mais il est clair également que le pape ait exprimé sa gratitude et ait espéré de la « reine des conseils divins du ciel ». Le message de Fatima était un appel pressant à la conversion et à la ‘pénitence’. Mais pour le pape, c'était également une question de croyance.
La troisième partie du secret est une révélation symbolique, se rapportant à la présente partie du message, conditionnée si nous acceptons ou pas ce que le message lui-même demande de nous: « si mes demandes sont observées, la Russie sera convertie, et il y aura la paix; sinon elle répandra ses erreurs dans le monde entier, etc. » Bien que prophétique, le message réel de la Vierge, répété par Lucia et le pape, était un appel à la ‘pénitence générale’. « Nous avons vu un ange avec une épée flamboyante dans sa main gauche; cette arme donnait et lançait des flammes comme si elles allaient mettre le monde en feu; mais tout s’est éteint au contact de la splendeur que notre Madame rayonnait en tendant sa main droite vers l’ange et en la dirigeant vers la terre, l'ange s’est mis à pleurer et s’écrier d’une une voix forte: 'Pénitence, pénitence, pénitence ! ».

Vincent Ferrer visionnaire ?

On trouve dans cette affaire d’étranges analogies avec certains épisodes de la vie de Vincent Ferrer, qui reçut la vision de sa mission quand il était sur le point de décéder. C'était une expérience personnelle et quoiqu'il fût un allié intime du pape, la nature de sa ‘vision’ est toutefois différente des apparitions mariales.
Première observation : si la Vierge voulait donner un message au pape, pourquoi ne lui est-elle pas apparue directement? Pourquoi employer deux jeunes enfants comme intermédiaires? D’abord, en se manifestant directement au pape, le ‘miracle’ peut être ‘étouffé’ ou dénaturé… car, qui mettrait les affirmations du pape en doute s’il prenait l’initiative de ‘modifier’, ‘tronquer’ ou ‘minimiser à l’extrême l’évènement ?... Ensuite, La réponse la plus logique semble être que, dans le cas d’une apparition à des ‘innocents’, le monde entier apprend l'existence du message, et la confirmation qu'une puissance surnaturelle peut se manifester dans ce royaume en exprimant un désir spécifique. A Fatima, le spectacle du 13 octobre était d’un tel type que tous ceux présents purent voir et croire au miracle du soleil tourbillonnant.
Deuxièmement, tandis que Ferrer devint un saint et fut béni avec les grâces spécifiques, Mélanie et Maximin ont constamment énoncé qu'ils étaient simplement des messagers: ils n'avaient pas été bénis. Quant à leur existence, il est clair que, bien qu'elle soit liée à une grande dévotion à la Salette, elle est demeurée en grande partie ordinaire. Plus tard dans la vie, Maximin explique: « nous n’étions qu’un canal… comme les perroquets qui répètent ce qu'ils ont entendu. Nous étions stupides avant l'apparition, nous étions stupides après l'apparition et nous serons stupides toutes nos vies ».

Révélation d’un secret

L'apocalypse pénitentiale se repose également au coeur de la révélation de Maximin. Malgré le fait que le message de Maximin demeure inconnu, on sait que le noyau du message était au sujet du futur et du désir du monde de Dieu pour ce futur. L'effort semble avoir été mis sur un mouvement mondial, pour que le monde se tourne encore vers Dieu avec dévotion, et vive un style de vie pénitente, qui aurait comme conséquence l'Apocalypse, par lequel le monde malheureux serait substitué par un meilleur, comme le paradis, en beaucoup mieux...
Interrogé par le Père Giraud, le général supérieur des missionnaires de la Salette, au sujet de la teneur de ces secrets, Pie IX a répondu: « vous souhaitez savoir le secret de la Salette? Bien, il est ceci: ‘si vous ne faites pas la pénitence, vous périrez tous’ ». L'appel pour la pénitence a été également, à plusieurs reprises, donné par les deux témoins.
Le message de la Salette n’est donc plus une nouveauté. Vincent Ferrer aurait voyagé dans les pays formant l'Europe au 15ème siècle. Lors de ces ‘visites’, il prêche en réclamant de ‘faire pénitence’… Il convertit, lors de ses périples, des milliers de personnes à travers le continent, dans un effort tel que la conversion en masse des personnes mènerait à l'arrivée d’un « nouveau monde », par l'intermédiaire de l'Apocalypse.
Il y a peu de différence entre Ferrer prêchant, avec l’entier soutien du pape Benoît XIII, et le comportement du pape Jean-Paul II. Tous les deux ont également leur origine dans des révélations divines, car Ferrer était également un mystique.

Mélanie Calvat et la teneur d’un secret

Mélanie Calvat eut une passion pour certaines écritures des révélations mystiques.
Selon Mgr de Bruillard, la première personne qui a lu le secret de Maximin, donné par l'apparition, explique globalement qu’il met en garde à propos des maux spirituels et temporels sérieux qui ont menacé le monde.
Ce mal semble avoir été en grande partie identifié comme le matérialisme et le Communisme (à l’époque)… systèmes par lesquels d’importantes masses de populations vécurent sans croyance en Dieu. Cette absence de croyance en Dieu a été apparemment vue comme un inhibiteur important pour la fin des temps. En 1871, de Bruillard explique à une délégation française présidée par Mgr Forcade de Nevers: « Il y aura une grande merveille qui étonnera le monde entier. Cette merveille, cependant, doit être précédée par le triomphe d’une révolution. L'église aura beaucoup à souffrir: elle, ses ministres et son premier chef (le pape ?) seront déshonorés, persécutés et martyrisés».
Mélanie aurait pu dire son secret en 1858… ce qui aurait été considéré, évidemment, comme le second miracle de l'année, avec l'apparition de Lourdes.
Lourdes est un emplacement bien plus populaire que Fatima et La Salette. Ce lieu miraculeux fut visité par le pape Jean-Paul II, en août 2004. C'est le message positif de l'apparition qui a incité beaucoup de gens - et surtout l'église - à préférer Lourdes, au détriment de la Salette.

Quand Mélanie finit par indiquer le contenu de son secret, les plus hautes autorités de l’Eglise ne sont pas très satisfaites de ces révélations. L’apparition de la Vierge s’est toujours montrée favorable au Pape -comme Mélanie- et n’a jamais prononcé de propos négatif contre le Saint Père. Cependant, il ne semble pas en avoir été de même contre certains curés ou évêques ne s’appliquant guère à la qualité de leur sacerdoce. En 1903, Mélanie a répété le message de son secret: « les évêques, ceux qui se sont considérés visés par ce secret, sont les ennemis de ce secret, justement comme les hauts prêtres condamnaient le sauveur divin à la mort !...Et puis la mère de Dieu, et de tous les chrétiens par adoption, au pied de la croix, recommande que son message, dans sa totalité, soit connu de tous. Alors qu’attendons-nous pour obéir à la Vierge, voyant que chaque jour les punitions annoncées par le secret ont lieu ? ».

Quand le clergé n’apprécie pas vraiment le secret

En bref, Mélanie déclarait que « Madame » avait été fortement peinée par la corruption du sacerdoce. Il est clair que le comportement du clergé a contribué de manière importante aux évènements du 20ème siècle, impliquant que le Communisme et le matérialisme aient réagi fortement contre l'attitude de certains prêtres.
Mais au 19ème siècle, le message de «Madame» fut une surprise totale. Beaucoup de personnes, en entendant le contenu du secret de Mélanie, ont été convaincues que l’enfant l'avait composé de toutes pièces… en raison du fait qu’elles étaient persuadées que jamais Notre Dame n’aurait proféré des paroles aussi terribles au sujet du clergé. Mélanie leur répondit: « non, non, le siège de la sagesse n'a jamais parlé de la défectuosité des ministres de l'autel! [elle] a précisé les maladies infectant les âmes des pasteurs des personnes de Dieu. Ceux qui ont oublié la prière et la pénitence et ont rempli leurs coeurs avec affection pour des choses transitoires ont vu leur foi se refroidir. Au lieu de se rebeller, ils devraient se repentir, rétablir leur foi, leur charité, réglant sagement leur conduite selon les exemples de Jésus, notre maître divin et modèle. »
Le message de Mélanie, on le comprend bien, n'a pas été apprécié par les prêtres. Un schisme est apparu entre le clergé et l’entourage de Mélanie et le pape.

Comte de Chambord

Pie IX et son successeur Léon XIII se sont toujours montrés bienveillants pour elle. Pie IX l’a même délivrée de ses voeux religieux… de telle sorte qu’elle a pu poursuivre sa mission. Mais elle dut se cacher en Italie, où elle pouvait révéler son secret. La colère des évêques français était au delà de ce qui serait considéré comme normal. Ils ont même poursuivi Mélanie en Italie, appliquant une forte pression sur Rome pour connaître le secret non dévoilé... Ils n'y sont pas parvenus.

Le retour d’une monarchie ?

Les apparitions de la Salette et le retour au monarchisme ont été étroitement liés. Certains ont cru que l'épisode entier avait été orchestré (une sorte de complot) pour favoriser la cause d'un prétendant au trône français.
Confronté avec ces prétendus successeurs, Maximin les élimina rapidement. Cependant, malgré ce rejet, beaucoup ont observé qu'il fut souvent admis dans des cercles royalistes, sans jamais aborder le sujet du secret. Les observateurs ont noté que « sans indiquer jamais quoi que ce soit du secret, mais, par son attitude, laissant sous entendre que le ‘ciel’ était intéressé par la restauration de la monarchie la plus chrétienne».
Dans une lettre datée du 24 juillet 1874, Maximin lui-même écrit: « je suis encore confiant que notre roi viendra...». La Salette et Fatima ont indiqué clairement que l'apparition était spécifiquement intéressée par des affaires mondiales: des ordres du jour politiques. Les apparitions ont clairement considéré le Communisme et le matérialisme comme une absence de Dieu, et qu’une République devait être vue comme une aberration, particulièrement en France où l’espérance d’un monarque était toujours vivace.

Le comte de Chambord ?

Après la mort de son père, Maximin est adopté par les de Jourdain, une famille de commerçants retraités. Il eut d'autres bienfaiteurs, y compris le Comte espagnol de Penlaver et la Marquise de Pignerolles. Cette dernière lui offre une très grosse somme d'argent s'il accepte de se rendre à Frohsdorf, en Autriche, pour rencontrer le Comte de Chambord. La tutelle de Maximin déclare que « Maximin était un défenseur fidèle de Comte de Chambord. Nous avons deux preuves de ceci. Après l'exemple des Chartreux qui apposent leur ‘blason’ sur leurs propriétés, actes et productions… Maximin aura ses propres armoiries. Elles ont été suggérées à lui par la Comtesse de Chambord, puis peintes par M. de Grammont, qui en donne la signification le 2 février 1869: trois lys marquant le symbole de l'attachement à notre Madame de La Salette, au pape et au roi. »

Saunière le monarchiste

Que la vie de Saunière s'adapte d'une manière ordonnée dans le cadre de l'apparition de la Vierge est évident. D’abord, il est très attentif, voire fasciné, par les miracles, et accomplit un pèlerinage à Lourdes. Ensuite, il est présenté souvent comme un ardent monarchiste. La statue mariale qu’il fait installer dans un jardin près de l’entrée de son église réclame avec fermeté la « pénitence » par ce mot écrit deux fois comme une injonction. Bien que la statue soit celle de la Vierge de Lourdes, on peut surtout convenir que la référence aux bienfaits de la ‘pénitence’ est très probablement dérivée de la Salette. Son alliance à la cause des monarchistes est notoirement connue et se situe au-delà de n'importe quel conflit. En effet, dès le début de sa carrière, cette dévotion lui a causé des problèmes, des suspensions et mises à l’index par le Préfet de l’Aude. Certains chercheurs suggèrent que ce serait ce raccordement passionné à la monarchie qui lui aurait permis de trouver là une source importante de revenus supplémentaires. Et, c’est incontestable, comme Maximin, Saunière sera favorisé par la famille de Chambord.
Il est donc certain, maintenant, que Saunière est à la fois monarchiste et intéressé par les apparitions mariales. Mais se situe t’il dans la moyenne de la mouvance de ce monde… ou en est-il déjà à certaines extrémités? Guy Patton souligne les tendances du monarchisme de Saunière en écrivant: «quand Vintras est mort en 1875, l'Abbé Boullan, un prêtre défroqué, un vif défenseur de Naundorff, est devenu son successeur à Lyon»… C’est dans cette ville que Bérenger Saunière est venu plusieurs fois et s’est trouvé ‘invité’ dans des ‘milieux’ au sein desquels Boullan et Vintras circulaient également. Et cet auteur (Guy Patton) continue ainsi: « précédemment, à La Salette, il [ Boullan ] rencontre une religieuse du nom d’Adèle Chevalier, une amie de la visionnaire Mélanie Calvat. Boullan aurait eu un rapprochement d’une telle intensité avec Adèle qu’ils furent soupçonnés de partager d’étranges activités sexuelles. Il est dit, également, que Mélanie aurait confié le secret de La Salette à Adèle, avec qui, par ailleurs, elle fonde ‘l'Ordre de la Mère de Dieu’. La religieuse et Boullan ont mis en place cette société avec pour but avoué « la réparation des âmes en vue de traiter des maladies diaboliques ». Condamné par l'église catholique, Boullan est emprisonné pendant trois années, mais, dès sa désincarcération, il se consacre à l’écriture d’ouvrages concernant sa ‘mission’».

Les lieux de convergence où tous se retrouvent

Ce qui est très intrigant, dans cette affaire, est que la mythologie qui entoure l’abbé Saunière est récupérée et amplifiée par Pierre Plantard. Ce dernier emploie, à son profit, certaines informations qui soulignent, maintes et maintes fois, le raccordement du secret de RLC aux événements de la Salette.
L'histoire de la découverte alléguée d'un parchemin dans l'église de Rennes-le-Château, aurait fait aller le prêtre à Paris, à St Sulpice, pour y faire authentifier l’étrange document… Ce ‘voyage’ lui aurait également permis de faire la connaissance d’Emma Calvé, la célèbre chanteuse d'opéra. Cet événement – vrai ou faux - pourrait avoir plusieurs raccordements directs avec le miracle de La Salette. On voit également Maximin se déplacer à Paris, où il erre d'un endroit à l'autre durant plusieurs mois. Quelques mauvais ‘conseillers’ essayèrent bien de le leurrer en l’envoyant dans des endroits ne pouvant que lui être négatifs, mais il aurait chaque fois déjoué leurs intrigues. Curieusement, Maximin fréquentait souvent l'église de Saint Sulpice où siégeait une statue de la Vierge… lieu qui deviendra son fidèle sanctuaire.
Nous avions, dans un dossier présenté sur cette actrice, mis en évidence qu'Emma Calvé, dont c’est le nom ‘de scène’, aurait eu un lien familial avec Mélanie Calvat. Même si ce lien est de parenté éloignée, il est clair que Mélanie était plus prédisposée pour partager un secret avec une familière que des étrangers...

Les malheurs de Mélanie

Les problèmes de la vie de Mélanie avec les autorités étaient semblables à Maximin: un impact constant sur des personnes essayant, de différentes manières, de lui soutirer son secret… ou, faute d’obtenir cette importante confidence, de la contenir ‘enfermée’, sans contacts avec l’extérieur, afin qu’elle ne puisse communiquer à d’autres le miraculeux message.
Les sections du clergé français, et c’est curieux, où Saunière eut clairement des protecteurs, mais également des adversaires, sont sans doute les mêmes qui pourchassèrent Mélanie. Elle fut probablement prise sous la protection de ceux qui se trouvaient en désaccord avec le haut clergé de l’époque. Il serait quasiment certain que c’est dans cette ‘mouvance’ qu’évolua, volontairement ou forcé, l’abbé Bérenger Saunière… c’est ainsi que l’on retrouve plusieurs personnages impliqués dans ‘l’affaire’ de ce curé, l’étant tout autant dans celles de La Salette et ensuite celle de Fatima.
Après l'apparition miraculeuse, Maximin passe les vacances d'été à la Grande Chartreuse. Etrangement, on retrouve ce lien avec les chartreux chez Vincent Ferrer (dont le frère était secrétaire général de cet ordre) et l’abbé Saunière lui-même. Les témoins féminins ont été surtout récupérés par l’ordre des Carmélites. Le 10 octobre 1850, Mélanie entre en tant que postulante chez les ‘soeurs de la Providence’, au couvent de Corenc. Elle prend l'habit en 1851, sous le nom de ‘Soeur Marie de la Croix’. Mais, lorsque le temps vient, pour elle, de prononcer ses voeux, Mgr Ginoulhiac estime qu’il est mieux de les remettre à plus tard. Mélanie refuse d'accepter l'épreuve d’attendre une année de plus… en raison du fait qu’un prélat anglais, Mgr Newsham, évêque de Hexham, propose de l’emmener en Angleterre. Mélanie déçoit rapidement l'espérance de l'évêque anglais d’en savoir davantage… Ce dernier ne lui trouvant plus d’intérêt, nous la trouvons ensuite dans un autre couvent de Carmélites, dans Darlington, au nord de York (Angleterre).
Il y aurait une autre version de l’entrée de Mélanie au Carmel. Cette fois, on nous la présente avec un certain désir d’y entrer et d’y rester… elle reçoit l'habit le 23 février 1855. Cependant, du fait qu’elle estime avoir à s’acquitter d’une ‘mission’ au nom de la Vierge, elle refuse de faire sa profession de foi imposée par ses supérieurs. Elle ajoutera, plus tard, qu’étant quasiment contrainte à ses vœux, elle en avait laissé deviner la volonté mais qu’au fond d’elle-même, elle refusait d’être cloîtrée à vie dans un Carmel… ce qui lui défendait irrémédiablement de poursuivre sa mission ‘mariale’. Lorsqu’elle voulut quitter la communauté et l’enceinte des carmélites, il y eut de telles pressions pour la retenir qu’elle dut lancer par-dessus le mur du cloître des lettres expliquant sa situation et son séquestre… Afin d’éviter tous scandales, Mgr Hogarth reprit Mélanie à Marseille.
Après le miracle de Fatima, où la ‘Reine du Ciel’ apparaît à Lucia, cette dernière elle aussi demande à retourner dans l'ordre des Carmélites… où elle restera jusqu'à sa mort, en 2005.

Le Grand Monarque ?

Ainsi, en quoi consisterait la particularité du secret de Maximin? Principalement, il semble proclamer le triomphe de l'Eglise et surtout il semblerait indiquer l’arrivée d’un sauveur politique, annoncée par de nombreuses prophéties sous le nom populaire de ‘Grand Monarque’. Maximin est censé avoir indiqué que de Chambord ne monterait jamais sur le trône d’une France rénovée, mais qu’ « il est la volonté de Dieu que nous gardions le secret. Le rétablissement de ce droit seul est réservé à Dieu, lui-même ». C’est peut-être cet aspect qui expliquerait l'attitude hésitante du prince en 1873.
Est-ce dans ce secteur que nous devons rechercher le rôle de Saunière?... ou dans cette ligne des visionnaires dans laquelle nous pouvons placer Salvador Dali, qui voyait la région de Périllos comme endroit central pour « l'avènement de l'Europe ». L’écrivain Guy Patton, en la matière, souligne avec justesse la corrélation possible du rôle du Prieuré de Sion et du nouveau mouvement spirituel européen attendu et prophétisé… Mais Patton n'est pas le seul à aborder ce sujet, car nous trouvons cette même approche chez d’autres auteurs importants, comme Jean Robin. Ce dernier laisse également entendre la possibilité que la « Madame » de la Salette ait quasiment suggéré, dans son message, qu’une partie du clergé français soit rassemblée en un groupe secret… formé, par exemple, de prêtres travaillant pour une cause qui pourrait remonter à l’époque de Vincent Ferrer lui-même.
Cette cause était proche de celle du pape français Pedro de Luna, allié de la famille de Périllos, qu’il aurait fort bien pu propulser dans le milieu du clergé français. Mais est-ce vraiment une autre histoire ?...

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Filip Coppens