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| La seconde église de Rennes-le-Château |
Il ne doit en rester qu’une!
Chaque
fois qu’il est question ‘d’église’, dans
l’affaire de Rennes-le-Château, l’attention s’oriente
d’emblée vers l’édifice placé sous le vocable
de Ste Marie-Madeleine. De fait, rien ne manque dans ce bâtiment du
culte pour retenir notre attention dans un foisonnement d’éléments
stupéfiants évidemment réputés contenir tout
ou partie du formidable, mais profitable, secret de l’abbé
Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château.
Si cet étalage luxuriant de ‘pistes aux trésors’
n’apporta jamais le moindre résultat probant et concret, il
pourrait avoir été conçu comme un axe canalisant étroitement
toutes investigations hors du moindre sentier battu pouvant déboucher
sur une solution... plus concrète.
Notre intérêt ainsi capté on ignore souvent que la vieille
cité de Rennes-le-Château, alors Rhedae, disposait de deux
lieux de culte. Ce détail, nous allons le découvrir, peut
apporter des informations pour le moins surprenantes.
Quelques auteurs signalent brièvement l’emplacement de cette
seconde église, mais priorisent radicalement ‘l’église
de Ste Madeleine’. Admettons que si cette dernière est digne
de tenir le devant de la scène, avec le grand spectacle offert par
cette énigme, l’autre ne dispose plus d’aucun vestige
notoire capable visuellement de retenir notre curiosité. Une fois
ce constat fait nous allons tenter, faute de détails archéologiques,
de retrouver quelques commentaires méritant plus qu’un simple
devoir de mémoire.
D’autres
références pour une autre église
Chronologiquement,
Gérard de Sède semble être le premier, concernant les
ouvrages dits de ‘l’affaire RLC’, à consigner les
deux premières églises à Rennes-le-Château. Sur
un plan des propriétés de l’abbé Saunière
à Rennes-le-Château l’auteur localise précisément,
sans plus de commentaire, les “ruines de l’église St
Pierre” dans un secteur proche de la ‘tour d’eau’
et du parking. (Pages 130 - 131, “Le trésor maudit de RLC”
- J’ai lu, 1971 et idem pages 128 - 129, "signé Rose-Croix”
- Plon, 1977). On retrouvera cet élément au fil des différentes
rééditions, même sous des titres différents,
de l’ouvrage de base de Gérard de Sède, nous n’en
ferons donc pas mention.
Du même auteur nous trouvons encore dans “Rennes-le-Château
- le dossier, les impostures, les phantasmes, les Hypothèses”
aux éditions Robert Laffont, 1988 (page 88) l’information suivante:
“La cité de Rhedae possédait deux églises, l’une
sous l’invocation de la Sainte Vierge, l’autre sous le vocable
de Saint-Jean-Baptiste“. Suivent les noms des deux bastions de défense
et un autre se rapportant à un lieu religieux: “Enfin, le troisième,
désigné sous le nom de Capella, s’appelle la Capello,
et l’on y remarque les vestiges d’une ancienne église.”
G. De Sède ne donne pas de référence bibliographique
mais il semble que la phrase provienne des textes de Louis Fédié
que l’on retrouve, par contre, heureusement cité dans le livre
de Pierre Jarnac.
Jean Markale, en 1989, (“Rennes-le-Château et l’énigme
de l’or maudit” - Pygmalion - p. 86) mentionne deux châteaux
et deux églises “l’une dédiée à
St Pierre, l’autre à saint Jean, cette dernière étant
certainement la chapelle seigneuriale”. Puis il ajoute qu’il
n’est, à l’époque, pas question du vocable de
Marie-Madeleine.
En
1990 S.P. Simon publie ‘L’or du Temple et le Tombeau du Christ’
aux éditions Curandera. Il sera le seul à s’intéresser
longuement à cette seconde ‘église St Pierre’
qu’il situe près de l’entrée sud de la cité
et “totalement détruite par les terribles routiers aragonais
en 1362" (page 7). Ensuite de nombreux détails, plans et croquis,
concernant ce site, sont présentés tout au long de cet ouvrage
peu connu. Soulignons que seul cet auteur construit son hypothèse
(y incluant copieusement l’intervention des templiers et du fameux
Prieuré de Sion...) depuis l’existence de galeries souterraines
reliant plusieurs endroits de Rennes-le-Château aux sous-sols des
églises St Pierre et actuellement Marie-Madeleine...
C’est ensuite dans le N°11 des “Cahiers de Rennes-le-Château”
- éditions Bélisane - de 1996, que l’on trouve une autre
mention sur le sujet. L’auteur préfère au nom ‘d’église’
celui de ‘chapelle’pour les deux édifices religieux primitifs.
Pour nous l’important est seulement la confirmation de l’existence
d’un second lieu de culte dans l’ancienne cité. Cet article
montre la photographie d’un édifice construit sur l’emplacement
de cette ‘chapelle de St-Pierre aux liens’. Des détails
de construction, des pierres de chaînages et tableaux d’ouvertures
probables vestiges de réemploi, confirmeraient effectivement l’endroit
où se dressait le vieux bâtiment en question.
Pierre Jarnac apporte enfin, dans son “Histoire du trésor de
Rennes-le-Château” éd. Belisane 1998, plus de détails
en reprenant texto des écrits de Louis Fédié: “La
cité de Rhedae possédait deux églises, l’une
sous l’invocation de la Sainte Vierge, l’autre sous le vocable
de St Jean-Baptiste”. Fédié mentionne dans ce même
chapitre: “...un couvent de moines qui était garni de moyens
de défenses, s’élevait près de l’entrée
de la ville, du côté du Levant.”
L’assaut
désastreux contre la cité de Rhedae
A
l’époque de Pierre de Voisins, le site de Rhedae voit ses défenses
renforcées et maintenues en état de service. Ensuite Pierre
III de Voisins afit d’un bastion défensif (‘donjon de
Salasse’) la nouvelle soute à poudre de la place forte. Cette
modification guerrière pourtant signera la chute de la cité.
En effet, venues de Castille, les troupes d’Henri de Trastamare ravageant
les régions de Fenouillède et Peyrepertuse assiègent,
en 1362, la cité de Rhedae. Louis Fédié commente cette
bataille mémorable: “... La ville opposa une vive résistance,
mais elle finit par succomber devant un ennemi disposant de forces supérieures
et muni d’artillerie. La poudrière de la Salasse ayant été
incendiée, une large brèche fut pratiquée dans les
murs de la cité qui offrit alors un accès facile aux assaillants.
Ceux-ci maîtres de la place, rasèrent les fortifications, détruisirent
l’église de Saint Jean-Baptiste et firent de Rhedae un monceau
de ruines. Le manoir seigneurial, l’église Sainte Marie-Madeleine
et quelques habitations survécurent à ce désastre.”
Il est possible que d’autre écrits plus détaillés
reprennent ce thème, cependant nous n’en avons pas connaissance.
Dans cet ensemble d’écrits consultés nous observons
que chaque fois (sauf pour ceux de J. Markale) le thème de la prise
d’assaut des mercenaires aragonais soit à l’origine de
la disparition de ce second lieu de culte. Cependant nous pouvons nous interroger
sur les causes d’une telle rage destructrice qui se concentra seulement
sur ce bâtiment, tout en épargnant l’église ‘de
la Sainte Vierge’ bientôt connue sous le vocable de Ste Marie-Madeleine,
élément majeur de l’énigme de Rennes-le-Château.
Trois
saints patrons pour une église?
Maintenant,
à ce stade de notre sujet, nous pouvons retenir un premier constat.
Les auteurs ci-dessus, s’ils sont d’accord sur l’existence
de cet édifice, curieusement donnent des appellations différentes
de cette église... ou chapelle.
Pour Gérard de Sède il est question de ‘l’église
St Pierre’.
Jean Markale utilise ‘St Pierre et St Jean’ sans distinction
précise.
Pierre Simon se range également au vocable de ‘l’église
St Pierre’.
Pierre Jarnac, ne le mettant pas en doute, semble accréditer le vocable
donné par Louis Fédié c’est à dire, ‘l’église
de St Jean Baptiste’ .
Enfin, concernant l’auteur de l’article du N°11 des ‘Cahiers
de RLC’ (Claude Boumendil?), il est le seul à utiliser le nom
de: ‘la chapelle de St-Pierre aux liens’.
Les
étranges liens de St Pierre
A
notre avis il est certain que chacun de ces écrivains prenait connaissance
des travaux de ses collègues... Il peut être étonnant
qu’aucun n’ait songé à reprendre ce détail
en argumentant sur les différences de vocable. De même nous
ne trouvons aucune référence précise (sauf chez Louis
Fédié) pouvant appuyer ou expliquer la version concernée.
Nous devrons donc, jusqu’à plus amples informations, nous contenter
de cet étrange panachage des versions... tout en le considérant
pour le moins insolite. Nous retiendrons particulièrement le nom
de ‘Chapelle de St Pierre aux liens’ dont l’origine bibliographique
n’est pas donnée et semblerait utile à retrouver. Nous
noterons toutefois que la fête de St Pierre aux liens se célébrait
la dernière nuit de juillet et le 1er août, mais aussi le...
18 janvier!.. Elle fut instaurée, à l’origine, en superposition
de la fête des morts le jour des ‘Macchabées’.
C’est sans doute, n’en doutons pas, un pur hasard si B. Saunière,
à Lyon, était hébergé... rue des Macchabées
dans le vieux quartier au-dessus des catacombes?
Où
l’on devine les lettres P et S
L’appellation
de ‘St Pierre’ pour ce lieu semble faire la majorité
des écrits retrouvés. Cependant la version donnée (St
Jean le Baptiste) par Louis Fédié, bien qu’unique, peut
être considérée comme sérieuse en raison de la
personnalité de cet auteur reconnu...S’il s’avérait
que ‘St Pierre’ soit le bon vocable de cette église,
il pourrait s’inscrire comme un élément à porter
au dossier ‘stèle funéraire’ de la dame d’Hautpoul...
si toutefois nous pouvions être certains de la justesse des inscriptions
prétendues s’y trouver rassemblées. En effet en haut
de la flèche centrale de cette pierre se trouvent les lettres P et
S reliées par une sorte d’amorce en spirale senestrogyre. En
admettant que plusieurs éléments de l’affaire Rennes-le-Château
soient réellement inversés les lettres P et S pourraient,
certes, à l’endroit signifier les initiales de ‘Prieuré
de Sion’... mais, inverser, vouloir surtout signaler les initiales
de l’église ‘St Pierre’ de Rennes-le-Château...
celle au ‘précieux dépôt’ !
Il y aura également de petites variantes concernant l’église
de Marie-Madeleine, le ‘couvent de moines’et les différents
bastions ou forteresses de la cité. Nous n’en ferons pas état
car ce travail sera ultérieurement repris en détail.
Chronique
d’une destruction annoncée
Revenons
à présent sur les motifs invoqués pour justifier la
destruction complète de ce bâtiment religieux. Certes on peut
aujourd’hui supposer qu’une seule église pour la population
de Rennes-le-Château était largement suffisante. Possible,
après le saccage, que les habitants aient eu d’autres soucis
vitaux que d’envisager de rebâtir cette chapelle... ou encore
que l’assaut fut si violent et meurtrier qu’il n’y ait
plus eu assez de rescapés pour envisager pratiquement la reconstruction.
On imagine encore que par crainte de voir les ruines s’effondrer sur
les habitants on ait décidé de raser et désaffecter
le lieu... Toutes ses suggestions sont raisonnables, mais pas forcément
les seules ou les bonnes.
Cependant nous reprendrons encore une fois les écrits de Gérard
de Sède et de Louis Fédié (ces derniers acceptés
de fait par Pierre Jarnac) afin de constater un détail pouvant expliquer
différemment la fureur du saccage complet de cette église.
Gérard de Sède, sans citer ses sources, explique que lors
de l’assaut suivant la destruction de la poudrière: “...
l’explosion ouvre dans les remparts une brèche où ils
s’engouffrent; ils entreprennent alors de démolir pierre par
pierre l’église Saint-Jean Baptiste. La tradition veut qu’ils
aient cherché là un dépôt précieux; elle
ajoute que l’église était piégée et qu’une
dalle basculante précipita quinze des trop curieux assaillants dans
un souterrain où ils se rompirent les os.” (Page 88 - “Signé
Rose-Croix”. Éd. PLON, 1977). Cette affirmation est identique,
à quelques mots près, à celle de Louis Fédié:
“La tradition veut que ces mécréants aient cherché
dans l’église Saint Jean-Baptiste un dépôt précieux.
Elle ajoute que l’église était piégée
et qu’une dalle basculante précipita quinze des trop curieux
assaillants dans un cul de basse fosse où ils se rompirent les os”...La
chronologie des auteurs nous autorise à considérer que l’écrit
de Fédié est le plus ancien.
Cinq
ans avant l’arrivée de monsieur le curé!
On
peut supposer que cette ‘tradition’ soit assez ancienne pour
être admise comme ayant un fond de réalité. De plus
Louis Fédié n’a pas une réputation de farceur
ou falsificateur de l’histoire locale. Ajoutons que son ouvrage ‘Le
Comté du Razès et le diocèse d’Alet’, servant
de référence à de nombreux auteurs, est publié
en 1880.
Or, à cette date, Bérenger Saunière prêtre depuis
1879, alors vicaire à Alet-les-Bains, doit encore attendre 5 ans
pour être nommé à la cure de Rennes-le-Château,
petit village encore bien paisible à cette date. Fédié,
de fait, ne peut en aucun cas avoir été inspiré ou
influencé, lors de l’écriture de son livre, par des
faits que personne ne saurait envisager ou deviner alors. Il est donc facile
d’admettre que la ‘tradition’ liée à la
seconde église de RLC ne doit rien à ce qui deviendra ‘l’affaire
de Rennes-le-Château’ par le biais de l’abbé Saunière.
D’ailleurs personne ne retiendra ce ‘détail de la Tradition’
et ne cherchera à l’approfondir. C’est sans doute assez
regrettable car de cette destruction sauvage se dégagent plusieurs
éléments pouvant par la suite s’avérer des plus
intéressants pour l’énigme qui nous concerne.
La
fureur ne frappe qu’une fois
D’abord
le récit du saccage est très clair. Il ne s’agit pas
d’une rage aveugle des mercenaires aragonais s’abattant sur
le premier édifice religieux venu, lors de l’assaut de la cité,
mais bien d’une action ponctuelle et préméditée.
Le texte est formel: “La tradition veut qu’ils aient (les assaillants)
cherché là un dépôt précieux”. En
effet on retient qu’ils se dirigent là pour le pillage en première
instance. Il est admissible qu’ils aient eu un ordre précis,
une information ou tout autre élément révélateur
sur ce ‘Dépôt précieux’ ‘là’
et pas ailleurs... en tous cas pas dans l’église qui deviendra
celle sous le vocable de Marie-Madeleine... qui d’ailleurs sera épargnée...
ou négligée car inintéressante?
Ensuite les pillards ne savaient pas qu’un piège s’ouvrirait
sous leurs pas: “l’église était piégée
et précipita quinze des trop curieux assaillants dans un cul de basse
fosse où ils se rompirent les os.” Fatale erreur par ignorance
ou méconnaissance du mécanisme pour ces ‘mécréants’!
Quant aux rescapés, sans doute fous de colère, “ils
entreprennent alors de démolir pierre par pierre l’église
Saint-Jean Baptiste”... Ils dévastent si bien l’endroit
que jamais l’édifice ne sera reconstruit.
L’autre
scénario
De ces faits simples on pourrait tirer un autre scénario sensiblement
différent.
‘On’ doit, dans le Razès, dissimuler un ‘dépôt
précieux’ à une époque très reculée...
celle de l’opulente puissance de Rhedae. Un ‘dépôt’
qu’on ne peut utiliser ou déplacer sans raison impérieuse.
Il y a deux églises à Rhedae. Une conséquente, probablement
réservée aux maîtres des lieux, et une secondaire située
parmi les habitations. En effet ‘la cité de Rhedae possédait
deux églises, l’une sous l’invocation de la Sainte Vierge,
l’autre sous le vocable de St Jean-Baptiste”. ‘On’
choisit la seconde, St Jean-Baptiste, dans le bourg, car d’aspect
modeste elle ne devrait pas retenir l’attention de pillards. Cependant
l’importance capitale du si ‘précieux dépôt’
est telle que l’endroit est protégé par un ingénieux
système commandant, en cas de tentative de violation, ‘une
dalle basculante’ chargée de ‘précipiter de trop
curieux assaillants dans un cul de basse fosse’. La première
sous le nom de Ste Vierge abrite un caveau antique dans une crypte avec
des tombes seigneuriales. Par quelques intrigues le secret parvient à
se savoir partiellement. L’information toutefois incomplète,
le mécanisme restera inconnu ainsi que d’autres détails.
Par exemple il sera ignoré que la cité est implantée
sur un plateau parcouru de failles géologiques naturelles qu’‘on
s’ingénia à aménager pour y pratiquer une communication
souterraine entre les sous-sols du château principal, les deux églises,
deux citernes et un accès conduisant à l’extérieur
de l’enceinte...
Un
choix trop précis pour un saccage
Souvent un détail échappe lors de la lecture de cette ‘tradition’ noyée dans tant d’autres nettement plus alléchantes. 1362, Pierre III de Voisins après avoir tenté de s’opposer aux troupes d’Henri de Trastamarre et subi une lourde défaite, se réfugie en hâte dans la citadelle de Rhedae, dont les mercenaires aragonais décident la prise d’assaut. A l’issue d’un siège catastrophique la cité tombe aux mains des assaillants puis est mise à sac... elle ne s’en relèvera jamais. Cependant rien n’est dit à propos du seigneur de Voisins qui, capturé, pouvait représenter une rançon importante. Curieusement, le château, son seigneur et son église (Ste Vierge) ne subissent aucun dommage au vu du sort réservé à l’église St Jean-Baptiste! Pourquoi ne pourrait-on pas envisager, tout simplement, que Pierre de Voisins comprenant que l’assaut est irrémédiable se soit enfui par un passage connu des seuls maîtres des lieux? Le passage des failles... par exemple? Rien de bien farfelu dans ce fait car, d’une part effectivement Pierre de Voisins échappe au carnage, et d’autre part pratiquement toutes les cités de cette époque disposaient d’échappatoires secrètes en cas de danger. Pourquoi Redhae aurait-il fait exception à ce genre de solution habituelle?
Un
oublie peut-être indispensable?
Quant à ‘l’église St Pierre’ elle sombrera dans l’oubli. Personne ne saura vraiment pourquoi elle ne fut pas reconstruite. Certes, la cité quasiment anéantie, le reste de population se contentera de ‘l’église de la Ste Vierge’. Pourtant un mémorial, un détail, un calvaire aurait pu rappeler l’ancien lieu de culte. Ce silence, cet effacement rapide de la mémoire, ont-ils pour seule raison le découragement et une démographie tombée au plus bas après ce désastre guerrier? Ne pourrait-on pas envisager que si ‘précieux dépôt’ il y avait, sous cette église ‘discrète’, il était devenu impératif d’en effacer les possibles accès? Surtout qu’il y a lieu de penser, suite à l’échec des ‘mécréants’, que ce ‘dépôt’ y était toujours après les combats. Relever l’édifice aurait impliqué de gros travaux de maçonnerie pouvant, par nécessité technique, imposer d’importantes reprises en sous-oeuvres et... la mise à jour des systèmes de défenses et, pire encore, la révélation des passages et du ‘précieux dépôt’!!!
La
métamorphose selon les saintes Maries
Notons encore que c’est au moment où Rhedae ne dispose donc plus que d’une seule église que celle-ci passe sous le vocable définitif de... ‘Ste Marie-Madeleine’ sans la moindre explication, ou cérémonie notoire! Car si tel avait été le cas, l’évènement se déroulant au 14è siècle nous en aurions forcément des témoignages. Difficile en effet d’admettre, à présent, cette affirmation dans l’affaire dite ‘de Rennes-le-Château’ consistant à expliquer que depuis son origine cette église fut sous le seul vocable qui y est le sien aujourd’hui... Pour vérification nous observons quelques actes médiévaux des Archives de Haute-Garonne: 1185, ‘territorium Beate Maria de Reddis’ - 1246, ‘Beata Maria de Reddas’ - 1255 ‘Sancta Maria de Reddis’. Pour transformer le vocable de Ste Marie en Ste Marie-Madeleine... il suffisait de rajouter Madeleine au premier prénom Marie... mais on aurait tout aussi bien pu ajouter un autre prénom à celui, majeur, de Marie... Si l’on regarde à présent que la plus conséquente partie de ‘l’affaire de RLC’ est générée par ce prénom combien biblique, et ses dérives, on peut se demander si ce second prénom n’était pas devenu incontournable par ce simple glissement de Marie vers Marie-Madeleine? Ce ‘jeu de prénoms’ne servait-il pas, à l’attention de certains ‘connaissants’, de système de repérage résumant que dorénavant à Rhedae, si ‘précieux dépôt’ il y avait encore, il ne pouvait plus se révéler que par la dernière église... celle de Ste Marie-Madeleine! Il serait possible d’ajouter même que cette progression pourrait être un véritable ‘glissement’ promotionnel pour Madeleine qui fut bien longtemps considérée avec un certaine méfiance.
Les
failles profondes de ce récit
Il
est également utile de faire un bref rappel à propos des failles
géologiques naturelles sous le plateau de RLC. Il est indéniable
qu’elles existent et que l’on peut en observer des extériorisations
connues. Le plateau minéral des lieux est nettement surélevé.
Or, le village dispose de points d’eau naturels sourdants sur cette
hauteur. Il faut bien admettre que l’eau (sous sa forme liquide!)
subissant habituellement la pression atmosphérique ne peut que suivre
un trajet descendant... sauf si elle est ponctuellement poussée artificiellement,
ou naturellement, par une pression nettement supérieure à
la moyenne. En ce cas le liquide indispensable à la vie peut suivre
un trajet ascendant facilité par quelques failles géologiques
agrandies, érodées, au fil des temps immémoriaux. C’est
ce que l’on constate en visitant la citerne actuelle de Rennes-le-Château.
On se trouve dans une fissure naturelle considérablement aménagée
par la main de l’homme...
Mais cette promenade souterraine et hydrologique permet aussi de constater
que cette fracture très importante s’ouvre sous le fameux château
du lieu (dans lequel justement il existe bel et bien un puits, ‘pile’
sur cette ligne naturelle) et ‘file’ en direction du sous-sol
de l’église... S’il a pu y avoir aménagement d’une
faille souterraine pour raison de captage vital des eaux, il n’est
pas impossible (techniquement s’entend!) d’admettre sur cette
même défaillance géologique, des travaux, sous le château
d’abord, puis enfin sous l’église.
Où
tout s’arrange avec les vides du sous-sol
Cependant nous dirons que ces derniers aménagements des sous-sols furent réservés à d’autres usages plus... discrets. En ce cas on se trouve sur une sorte de passage qui n’exigeait pas, pour sa réalisation pratique, de travaux miniers difficiles et trop importants pour l’époque antique par exemple. Mais ce constat ne pourrait concerner qu’une seule possibilité naturelle sur ce secteur du plateau, et l’on pourrait contester la même curiosité sous ce qui fut la fameuse église oubliée de St Pierre. Pourtant il en est rigoureusement de même pour ce lieu maintenant légendaire. Prononcer une telle affirmation serait ridicule sans au moins un début d’argument que nous tentons à présent de fournir. On trouvait autrefois un puits sur le secteur où se trouve actuellement le parking en haut du village près du château d’eau. S’il y avait captage ici c’était forcément pour rejoindre une nappe ou un point d’eau naturel et souterrain, qui d’ailleurs n’est de fait pas très éloigné de la falaise, renforçant ainsi l’hypothèse de l’existence de failles profondes sous la superficie du plateau de Rennes-le-Château. Si l’on regarde notre plan des lieux, on constate que la distance entre l’ancienne et l’actuelle église n’est pas très importante.
Derniers
éléments connus. Une cavité profonde sous le pressoir.
A présent, concernant le lieu de l’église St Pierre oubliée, on le situe sous un bâtiment existant (Voir notre plan). Celui-ci est à présent utilisé comme entrepôt communal dans lequel se trouve un énorme pressoir à raisins. Les personnes qui utilisèrent ce pressoir affirmaient que l’eau utilisée pour le nettoyage et les besoins des travaux vinicoles s’écoulait dans une cavité qui jamais n’avait débordé. Celle-ci doit être d’une grande capacité car ils ajoutaient que dans cet orifice était précipités également les déchets des vendanges et des travaux domestiques sans que la moindre odeur n’en remonte... Nos informations provenant d’Antoine Captier (dont les renseignements sont au-dessus de tous soupçons) force est de reconnaître que ces détails renforcent les arguments accréditant l’existence de cavités profondes et importantes sous tous ces lieux liés ensemble, non seulement par leurs sous-sols, mais par la légende, la tradition et... surtout la rumeur médiatique.
Les
‘bouches de pression’
Signalons
encore qu’un chercheur narbonnais détenait une sorte de plan
ancien, concernant Rennes-le-Château. On y lisait un relevé
de plusieurs sous-sols du village, sur lesquels nous reviendrons dans un
autre article. Ce travail serait la copie d’une pièce jointe
au fameux ‘rapport Cholet’... Il est vrai qu’une partie
du texte tenu sur ce document semble provenir d’une machine à
écrire munie d’un type de caractères mécanographiques
assez ancien, mais différent de celui du ‘rapport’ proposé
habituellement. La seconde partie des indications, contenues sur ce tracé,
correspond à ce que nous savons aujourd’hui des failles géologiques
sous la commune de Rennes-le-Château. Le relevé précise
encore ‘d’étroites ouvertures profondes’ ayant
eu fonction de ‘bouches de pressions’. Ces ‘prises’,
selon l’auteur, ventilaient ou dépressurisaient des galeries
peut-être en raison de circulation d’eau équipée
d’une sorte de siphon.
Sur le registre des sous-sols oubliés du village nous pourrions ajouter
l’incident survenu dernièrement lors de travaux de terrassement
pour les locaux communaux. A cette occasion une ouverture profonde fut mise
à jour. Elle débouchait sur une cavité au fond de laquelle
on aurait distingué une ‘grande dalle de pierre’... Avant
que l’investigation n’aille plus loin l’orifice fut immédiatement
comblé condamnant, sans doute à jamais, une piste intéressante.
Enfin en dernière indication nous précisons que Bérenger
Saunière avait acquis, au nom de Marie Dénarnaud, une propriété
jouxtant les parcelles concernées par les vestiges de cette étrange
seconde église oubliée. Facéties capricieuses ou...
calcul mesuré d’un homme disposant d’éléments
propres à, sinon résoudre une énigme dont il commence
à comprendre les étapes, au moins à approcher, sur
site, le plus près possible de sa solution?
Mais
où est donc la solution?
Mais, à propos de solution, si notre attention est toujours captée par l’église surchargée de Ste Madeleine, peut-on réellement affirmer que tout commence et finit, par, dans, ou sous cette dernière?... que la solution ou ses éléments prépondérants ne se trouvent pas en d’autres lieux, comme nous venons de le supposer pour ce second édifice religieux à Rennes-le-Château? Retour des choses? Reconnaissance d’un fait oublié? Logique ésotérique? Pur hasard des événements? Divine providence? Erreur d’écriture notariée? Aménagement obligé pour un terrible secret? Qui pourrait le dire sinon les abbés Bigou, Saunière et peut-être Boudet, Gélis ou tant d’autres encore... Bien entendu il est important de préciser ici que notre raisonnement est soumis à caution et ne représente qu’une possibilité parmi tant d’autres... depuis des éléments qui, à leur origine, ne sont pas forcément tous influencés par la fameuse ‘énigme’ du passé de cette formidable région. Mais ceci est sans doute une autre histoire.
André
Douzet