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Aux
origines du Prieuré de Sion (1ère partie) - Avant le Prieuré était le message d’un ange |
1956
En
1956, Pierre Plantard fonde le Prieuré de Sion. Il précise,
alors, que son action n’indique pas une naissance, mais plutôt
une confirmation de l’existence d’une organisation « informelle
». Dans les documents de cette dernière est présentée
une liste des Grands Maîtres incluant des notables comme Léonard
Da Vinci. Pour Plantard, c’est une lignée qui prend ses origines
au début des croisades, avec le véritable « noyau »
des premiers templiers. Dans les années 1960 -donc au tout début
de la fondation- il est indiqué que Jean Cocteau est le Grand Maître
… Le problème est que les statuts stipulent un certain André
Bonhomme comme président… un personnage peu connu et qui n’a
certainement pas le charisme de Cocteau !
Dans cette affaire, on peut être formels au moins sur un point: le Prieuré de Sion de Plantard, en 1956, est une pure invention. Cependant, il reste à définir si cette ‘société’ est sa seule création, ou s’il s’agit de celle d’autres personnages tenant à rester dans l’ombre. On peut déjà apporter une remarque sur le sujet : le ‘Prieuré’ n’est pas la première organisation créée par Plantard. Sur le même thème, on retrouve une similitude avec une fondation antérieure sous le nom d’Alpha Galates. Etait-ce une sorte de ‘galop d’essai’ ou un premier jalon précédent celui du Prieuré, ou tout autre chose ?
1923
Le
4 décembre 1923, Maurice Barrès décède à
Neuilly. Barrès est un écrivain français né
à Charmes (Vosges), le 19 août 1862. Il commence son œuvre
en exaltant l’individualisme au travers des trois volumes du «
Culte du moi » (1888-1891), avant de développer un nationalisme
qui met l’accent sur l’attachement aux racines et à la
terre natale (« Les déracinés », 1897). Barrès
a aussi pratiqué une activité politique importante. Élu
député à 27 ans, il adhère à la Ligue
des patriotes de Paul Déroulède, et prend parti contre Zola
dans l’Affaire Dreyfus. Il est élu en 1906 à l’Académie
française. Le 24 juin 1920, la chambre des députés
adopte le projet de Maurice Barrès d’instituer une fête
nationale à l’intention de Jeanne d’Arc. C’est
une intention digne d’intérêt, mais ce n’est que
la première écorce d’un caractère bien plus profond.
Barrès
est les sociétés secrètes
Maurice
Barrès est ami avec Claude Debussy et Victor Hugo… les deux
soi-disant « Grand Maîtres » du Prieuré de Sion.
Mais restons sérieux et dans la réalité, car c’est
là que nous nous trouvons devant une dimension des plus intéressantes.
Barrès et l’occultiste Stanislas de Guaita sont amis d’enfance,
fréquentant le même lycée à Nantes vers 1880.
Stanislas de Guaita est issu d’une famille noble originaire de Lombardie
(Italie), établie en Lorraine depuis 1800. Il possède le titre
de Marquis.
C’est dans les écrits de Peladan que Stanislas de Guaita trouve
sa première porte d’entrée dans l’univers de la
Tradition. Par la suite, la lecture de l’œuvre d’Éliphas
Lévi, dont il se fera dès lors le commentateur et le thuriféraire,
l’initie au mysticisme chrétien; Fabre d’Olivet l’oriente
vers les grands mystères en général et vers la langue
hébraïque; Saint-Yves d’Alveydre, pour sa part, le rallie
à la cause synarchique. Papus, d’abord raillé par lui
pour le choix de son pseudonyme, puis réhabilité, devient
un de ses meilleurs amis. A cette époque, il existe un cercle de
personnages qui sont les piliers de la « France Secrète »
: Peladan, Levi, Fabre d’Olivet, Saint-Yves d’Alveydre et Papus
! C’est De Guaita qui fait adhérer Barrès au Martinisme.
La préface de l’une des éditions de « Au seuil
du mystère » est d’ailleurs signée Maurice Barrès.
La
colline inspirée
La
basilique de Sion-Vaudemont
Barrès
n’est pas essentiellement perçu en tant qu’« initié
» ; tout au plus est-il présenté comme un « admirateur
» de De Guaita, qui sous-estime leur lien… et l’intelligence
de Barrès. Peut-être ce dernier ne semble t’il pas ‘mériter’
ce qualificatif, pour avoir dans ses ouvrages présenter une connaissance
plus subtile que visible. Toutefois, à leur lecture, ses livres illustrent
bien son intérêt marqué pour le sujet.
En 1913, Barrès publie « La colline inspirée ».
Ce roman est partiellement issu de sa connaissance du milieu « occulte
». Le roman s’ouvre sur l’expulsion d’une fraternité
religieuse, les « Oblats de Sion », de la ‘montagne de
Sion-Vaudemont’, en Lorraine. Cet ordre de Sion-Vaudemont est une
organisation fondée par les frères Léopold, François
et Quirin Baillard, dans les années 1830. Cette petite fraternité
d’exclus du premier ‘Ordre’ tente de reconstituer leur
milieu d’origine en utilisant son « jumeau » géographique
: le Mont Sainte-Odile en Alsace. Les trois frères deviennent, ensuite,
des adeptes de l’abbé Boullan et d’Eugène Vintras,
fondateur du culte de « L’Eglise du Carmel ». Ce sera
la cause de leur expulsion du premier sanctuaire, et de l’Eglise.
A ce stade, on trouve un lien avec l’idée du Prieuré de Sion de Plantard. Ce dernier argumente autour de ‘sa’ montagne sacrée de Sion, ainsi que du pèlerinage de son association, qui n’est certainement pas loin d’une fraternité religieuse. Ne doit-on pas voir également un lien entre la colline de Sion près de Annemasse -si cher à Plantard- et une autre colline ? Dans ce cas, de quelle colline s’agirait-il?
Le
Mystère en pleine lumière
Après
le décès de Barrès, en 1926, paraît « Le
Mystère en pleine lumière », aux éditions Plon.
C’est chez ce même éditeur que sera publié, des
décennies plus tard, le livre de Gérard de Sède ; mais
cela n’est qu’un simple hasard. Quoi qu’il en soit, Barrès
rédige cet ouvrage apparemment autour de certains épisodes
clefs de sa vie (comme par exemple la vie de Jeanne d’Arc) qui provoquèrent,
pour lui, une sorte de véritable initiation.
Dans ce livre, il est question d’une confrérie mystique qui
se laisse deviner discrètement à travers les siècles
durant lesquels certains artistes semblent obnubilés par le thème
des anges. Leur intérêt artistique, caractérisé
par une prépondérance ‘angélique’ retrouvée
dans leurs œuvres, implique qu’ils se montrent, parfois profondément,
inspirés ou influencés par ce monde impalpable. Il est également
question d’une sorte de code par lequel le milieu artistique s’identifie
et se reconnaît dans une sorte de devise qui pourrait être :
« il doit toujours être fait de telle manière que nous
arrangions dans un certain coin de notre travail une pierre tombale contenant
l’inscription célèbre :’ ET IN ARCADIA EGO’.
»
Pour Barrès, il était question de quelques individus privilégiés qui pouvaient exceptionnellement « posséder la puissance d’entrer en contact avec Dieu »... Comment une telle chose se pouvait-elle ? Il l’expliquait par l’abondance d’écrits sur ce thème... écrits trop nombreux pour que ce ne soit pas une réalité ! Cependant, après ce constat ‘d’harmonie avec le divin’, il s’en éloigne pourtant pour se concentrer sur ceux qui ont eu des contacts avec des anges. Dans cette série, il inclut Eugène Delacroix, qui devint un élément essentiel dans l’affaire du Prieuré, à cause de sa peinture décorant la célèbre chapelle des Anges à St Sulpice… Ceci est une information clef contenue dans le Serpent Rouge, un texte devenu célèbre dans le sillage du Prieuré de Sion.
St
Sulpice, le centre du culte des anges ?
Le
Prieuré - mais aussi, plus tardivement, le Code Da Vinci - s’intéresse
de près à l’église de St Sulpice… et Barrès
tout autant : « Depuis vingt ou trente ans, je n’ai guère
passé de mois sans visiter à Saint-Sulpice, dans la chapelle
des Anges, la fresque fameuse d’Eugène Delacroix, Jacob luttant
avec l’ange ». Cette chapelle est sans doute un point ‘crucial’
pour les inconditionnels du royaume des anges. Delacroix aurait-il vu des
anges au point d’en illustrer cette chapelle ?... et c’est ce
lieu que Barrès admet visiter très fréquemment. Pourquoi
cette étrange fréquentation particulièrement opiniâtre?
Si Barrès est quelqu’un admirant ceux qui ont pu avoir des
‘rencontres’ avec des anges… ne peut-on pas se demander
si lui-même n’aurait pas eu le privilège d’une
telle rencontre ? Et si oui, pour aller plus loin, n’est-il pas enfin
temps de se demander s’il n’était pas membre de la fameuse
« Société Angélique » ?
Pour Maurice Barrès, Delacroix était, comme lui, également
attentif à « nos rapports avec ces grands êtres mystérieux
qui relient le ciel à la terre. » Le 2 octobre 1849, fête
des anges, Delacroix commence sa série d’œuvre sur le
thème angélique : « la lutte de Jacob avec l’ange
», « Héliodore chassé du Temple par les anges
», et pour le plafond, « l’archange Michel qui terrasse
Lucifer ». Son travail prendra 12 années.
Vers la fin de son exposé, Barrès explique que « La
suprême grandeur est en effet de vaincre l’ange, de lui arracher
son secret. L’ange veut nous ouvrir la porte de l’invisible,
c’est sa mission, mais il ne l’ouvre pas sans un combat ; il
ne l’ouvre pas aux indolents, aux tièdes, mais seulement à
ceux qui, pour se frayer un passage, ne craignent pas de foncer sur lui
».
La
lutte contre l’ange
La
lutte de Jacob contre l’ange n’est pas une lutte pugilistique…
C’est bien d’une lutte spirituelle dont il s’agit. Jacob
adresse ses prières à un ange qui ne semble pas vraiment enclin
à accorder la rémission aux maux que Jacob a commis envers
son frère. Cette étrange lutte illustre la persistance de
Jacob à demander, et redemander, le pardon pour cette faute grave.
Il ne prie pas pour un instant, ni durant un très long moment…
mais il continue obstinément d’implorer durant toute la nuit…
pendant que l’ange ne peut s’éloigner tant il doit rester
‘captivé’ par les prières qui lui sont adressées.
Et Jacob intensifie encore sa supplique, à tel point que l’ange
n’a plus d’autres solutions que d’utiliser, en dernier
recours, ses pouvoirs surnaturels : touchant alors la cuisse de Jacob, ce
dernier aurait dû, sur l’instant, se trouver ‘hors de
combat’. Mais il n’en est rien, et Jacob, malgré la douleur
de la plaie, ne renonce pas à ses efforts… la lutte se poursuivra
donc. Au moment où le soleil va se lever, l’ange, n’ayant
plus d’autre alternative, propose à Jacob de cesser cette lutte
obstinée. Contre toute attente, Jacob souligne encore une fois son
intention d’obtenir l’angélique bénédiction
avant de renoncer à ce combat.
L'ange s'enquiert alors : « - Donne-moi ton nom », « -Jacob
» lui dit son antagoniste. L’ange alors lui répond :
« -ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël, car tu as la puissance
d’un prince avec Dieu et avec les hommes, et tu as régné.
» A ce moment, Jacob, demandant son nom à l’ange, le
donne à l’endroit où il est entré en lutte serrée
avec… ‘Peniel’.
Un
arrêt angélique
Nous
avons vu Barrès avoir une dévotion particulière pour
Ste Jeanne d’Arc et le peintre Delacroix. Ce sont deux êtres
guidés par des anges. Jeanne était profondément convaincue
que ses visions lui provenaient de Dieu. A cet effet, elle identifie Ste
Marguerite, Ste Catherine et St Michel comme les seules sources de ses révélations.
Plusieurs saints, et saintes, ont été canonisés sous
chacun de ces noms; il reste toutefois une certaine ambiguïté
autour de l’identité spécifique des saints auxquels
il est fait référence. Par exemple, on peut soupçonner
que ‘St Michel’ soit en réalité… l’archange
St Michel, main droite de Dieu. St Michel, l’Archange, se trouve également
au centre de l’œuvre de Delacroix peinte sur le plafond de la
chapelle des Anges, dans l’église de Saint Sulpice. Cette chapelle,
pour Delacroix, était le summum de son œuvre et de toute sa
vie de peintre. Delacroix peint 42 toiles pour l’Exposition Universelle
de 1855, et fut admis ensuite parmi les ‘immortels’ de l’Académie
Française, le 10 janvier 1857. Il consacre sa vie presque uniquement
à la décoration de l’église St Sulpice. La lutte
de Jacob contre l’ange est vue comme son testament spirituel. Il meurt
à l’âge de 65 ans, dans son appartement de la Place Furstenberg,
non loin de l’église ‘dépôt’ de son
art.
Delacroix et Jeanne d’Arc sont deux personnages qui prirent une position
prépondérante dans le testament spirituel de Barrès.
On peut, à juste titre, se demander si Barrès n’est
pas finalement devenu membre dans cette étrange ‘fraternité
des Anges’… une sorte d’assemblée d’hommes
ayant reçu le Secret par application du pouvoir de ces fameux anges…
des hommes se réunissant, en raison de leur vie ‘guidée’
et inspirée par ces êtres surnaturels? Mais, à la fin
du compte, ne pourrions-nous dire que ces personnes se retrouvant au sein
d’une ‘société secrète’ fréquentaient
alors une… « Société Angélique »
?
Les
anges messagers
Les
anges sont des messagers, mais certains saints, comme Augustin et Grégoire,
soulignent qu’un ange, même s’il est une créature
de Dieu supérieure à nous, est avant tout une fonction dans
la hiérarchie sacrée. Le titre d’ ‘ange’
n'exprime ni leur nature ni leur fonction essentielle. Ces dernières
restent celles des préposés autour du trône de Dieu
dans cette cour céleste. Cette fonction de serveur auprès
du divin, s’exprime par le mot « aide » (Job 1:6 ; 2:1)…
« et que Dieu se rapporte à cette sagesse ‘conseillère’
dans la perpétuité des temps » (Matthieu 18:10).
Plus d'une fois, il nous est montré que sept anges ont pour fonction
spécifique de devoir «se tenir devant le trône de Dieu
» (Tobit 12:15 ; Révélation 8:2-5).
Cependant, admettons que ces aperçus de la vie ‘angélique’,
au- delà du voile céleste, sont seulement très occasionnels.
Les anges de la bible apparaissent généralement dans un rôle
de messagers de Dieu à l'humanité. Ils sont les divins instruments
par qui le divin communique ses volontés aux hommes. Dans la vision
de Jacob, ils sont dépeints montant et descendant de l'échelle
déployée entre le ciel et la terre. On note que, dans cette
image très symbolique, la présence d’une pierre, vue
comme « pierre de fondation », a des caractéristiques
qu’on retrouve aussi dans le Parzifal, de Wolfram von Eschenbach,
où celui-ci identifie le Graal à une pierre, placée
sur terre, sur laquelle les anges descendent et montent.
Dans le Nouveau testament, ce sont encore les anges qui annoncent la naissance
de St Jean le Baptiste… et de Jésus, aux bergers (Luc 2:9)…
Mais, surtout, ces anges, selon la tradition, auront la plus glorieuse de
toutes les missions, celle de réconforter le ‘roi des anges’
dans son agonie (Luc 22:43).
Dans tous les cas, l’ange apparaît brièvement pour délivrer
son message, ou pour entendre la supplique de Jacob. On ajoute également
que le monde angélique est réputé ‘garder’
certains territoires ou pays. On note cette particularité dans ‘Exodus’
(Exodus 14:19; Baruch 6:6), mais aussi dans d’autres écrits
bibliques, comme le ‘Deutéronome’ (32:8)…où
la division des pays s’est accomplie selon le nombre d'anges de Dieu
!
L’ange, non seulement garde un pays, mais également un seul
individu. Ainsi, Abraham, en envoyant son administrateur pour chercher une
épouse pour Isaac, dit : « il enverra son ange avant vous »
(genèse 24:7). St Jérôme, dans son commentaire sur Tobit,
indique : « la dignité d'une âme est si grande, que chacune
a un ange gardien dès sa naissance. » La bible représente
les anges non seulement en tant que nos gardiens, mais également
comme de réels intervenants dans notre vie, même pour nous
représenter auprès du divin… comme l'ange Raphaël
(Tob., XII, 12) qui indique : « j'ai offert votre prière au
seigneur » (cf. Job, v, 1 (Septuaginte), et 33:23 (Vulgate) ; Apocalypse
8:4).
Le
culte des Anges
La
littérature chrétienne, comme l'art chrétien, contient
peu de références aux anges dans les premiers siècles
de son existence. Ce fait est facilement explicable en raison des circonstances
de ces époques au long desquelles la croyance populaire disposait
encore d’une multitude de déités… et qu’il
était indispensable de souligner la particulière unité
de Dieu. Un culte officiel en l'honneur des anges, aux premiers siècles
du christianisme, aurait engendré le danger potentiel de les voir,
superstitieusement, considérés en tant que divinités
inférieures. Cependant, il est toujours possible de trouver assez
d'évidences prouvant que les relations des anges avec Dieu n'ont
pas été entièrement exclues de l'enseignement chrétien.
Au quatrième siècle, nous trouvons Eusèbe de Césarée
distinguer exactement le culte rendu aux anges de celui du culte à
Dieu (Demonstratio évang., III, 3)… Sur ce même sujet,
nous trouvons St Ambroise recommandant de leur adresser des prières.
Au cinquième siècle, nous trouvons des églises fréquemment
consacrées aux saints anges; la région d'Ombrie a été
particulièrement riche à cet égard; de nombreuses églises
étaient érigées en l'honneur de St Michel Archange.
Dans les litanies les plus anciennes, les Archanges Michel et Gabriel sont
invoqués après les personnages de la Trinité…
et juste avant la Vierge !
Barrès
et l’énigme des jardins
Il
est difficile de synthétiser Barrès et souvent on l’imagine
comme un homme d’extrême droite. Cependant, ses biographes concluent
que la doctrine politique de Barrès n’est pas l’essentiel
du personnage, « ou du moins, pour comprendre pleinement cette doctrine,
il faut la situer dans l’ensemble de son œuvre»…
et de montrer curieusement un Barrès hanté par la mort : «
Rien de plus traditionnel que le thème de ‘la terre et les
morts’, mais ce thème apparemment banal a pour Barrès
une signification intime et profonde. La terre est la terre lorraine, la
terre d’une province déchirée, la terre dans laquelle
s’enracinent les arbres et les hommes. De même, le sentiment
de la mort emplit toute l’œuvre de Barrès: ‘La Mort
de Venise’, Du Sang, de la volupté et de la mort, l’inscription
dans la cathédrale de Tolède: Hic jacet pulvis, cinis et nihil
(poussière, cendre et néant), la mort de sa mère, de
son ami Stanislas de Guaita, de son neveu Charles Demange, les morts de
la guerre et ceux du cimetière de Charmes, et cette petite phrase:
‘Sur la campagne, en toutes saisons, pour moi s’élève
le chant des morts. »
Mais, surtout, Maurice Barrès porte un étrange regard vers une ‘vision paysagée’ et … d’insolites jardins « Sans doute y a-t-il deux paysages chez Barrès: un paysage de jardin exotique et luxuriant, jardin de Bérénice ou jardin sur l’Oronte, et un paysage dépouillé comme celui de la colline de Sion-Vaudémont, un paysage ‘solide, orgueilleux, entier’. Il y a ainsi chez Barrès une constante attirance de ces deux paysages, un dialogue constant entre une âme masculine et une âme féminine, entre Taine et Renan, entre Roemerspacher et Sturel, entre la chapelle et la prairie, pour évoquer le passage célèbre de ‘La Colline inspirée’. Ce dialogue est le ‘chant profond’ de Barrès. » Ces jardins… ces paysages sont-ils des emplacements qu’il juge sacrés ?... ou des lieux de mort ou contenant un message angélique ? Mais, en ce cas, comment des jardins pourraient-ils nous conduire vers une révélation ?
Filip Coppens