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Aux origines du Prieuré de Sion
(3ième partie) - Cocteau, grand-maître de la Société Angélique ?

 

« L’Hypnerotomachia est devenu la bible d’une secte sans maître » concluait Joscelyn Godwin... Barrès, quant à lui, nous explique que la Société Angélique est une organisation regroupant des personnes qui semblent avoir eu des liens avec des anges… ou des apparitions de ce genre. La Société Angélique et le Songe de Poliphile, à l’étude, laissent la sensation d’un lien entre eux et l’affaire de Rennes-le-Château… et même le Prieuré de Sion. Nous pouvons, tout autant, nous poser la question avec Jean Cocteau ? On sait que ce dernier a rencontré Maurice Barrès, car il raconte une de ses visites lors de la première guerre mondiale… époque où l’affaire de Sion-Vaudemont commence à se faire connaître. Simple hasard ? Divine providence ? Ou peut-il s’agir d’autres interventions plus ‘concrètes’ ?

Grand-maître ou grand faux ?

C’est par les dossiers Lobineau que nous « connaissons » la liste des grands-maîtres du Prieuré de Sion. Cependant, c’est par le tandem Pierre Plantard / Gérard de Sède que nous découvrons le chemin vers ces fameux documents qui, sans eux, seraient restés dans l’oubli poussiéreux de la Bibliothèque Nationale. Et c’est justement dans ces dossiers étranges que nous trouvons le nom de Jean Cocteau dans la fonction de grand-maître du Prieuré de Sion. Faut-il en sourire ?
Il existe pourtant un curieux lien entre Cocteau et un de ses supposés prédécesseurs à la timonerie du Prieuré de Sion. Cocteau, en effet, contribue, en 1959, à l’élaboration d’un ouvrage sur Léonard de Vinci, dans lequel il recommande de se reporter à un de ses poèmes : Hommage à Léonard. Ces oeuvres expriment « mieux que ce bref morceau (la contribution de Cocteau à l’ouvrage publié) ce que Léonard inspire en moi et l’amour fraternel que je ressens pour lui ». L’amour fraternel… n’est-ce pas, également, ce qui relie entre eux les membres de certaines sociétés initiatiques ? Dans ce cas, pourquoi la règle qui vaut pour la Franc-Maçonnerie ne s’appliquerait-elle pas au Prieuré de Sion, ou à quelque confrérie désignée au public sous ce titre?

Mourir pour vivre

Selon une formule extraite d’un rituel maçonnique, « s’initier, c’est apprendre à mourir ». La phrase existe déjà, au moins, à l’époque de la Grèce antique. Effectivement, ce ‘mystère’ signifiait qu’il était nécessaire de « mourir pendant la vie », à savoir subir une initiation signifiant l’admission au sein d’un groupe de personnes qui elles-mêmes sont déjà « mortes »… ou plutôt, qui ne craignent pas l’épreuve de la mort… car elles connaissent le secret de cette frontière. Plusieurs organisations, comme les francs-maçons et les rosicruciens, placent un cercueil et des tombeaux au centre de leurs rites d’initiation. On dit également, depuis l’Antiquité, de ceux qui sont initiés dans des cultes comme ceux d’Eleusis, qu’ils « reçoivent » leurs ailes, pour accéder au ciel… des ailes comme celles des anges, qui descendent du ciel pour parler avec ces initiés !
On note que dans le culte d’Eleusis, c’est aux enfers, le Royaume des morts, que Perséphone descend, pour en ressortir avec le privilège de devenir la mère d’un fils divin.

Heurtebise et le secret

‘La descente aux enfers’ est un des films les plus étonnants de Jean Cocteau. Si cette œuvre cinématographique est connue des ‘initiés’, ce réalisateur a fait d’autres productions toutes aussi symboliques. Déjà, dans ‘le Sang d’un Poète’, on voit se dessiner le thème qu’il va développer plus largement dans le fameux ‘Orphée’, et plus tard dans son célèbre ‘Testament d’Orphée’. Cocteau ne se prive pas de faire prononcer par l’ange Heurtebise cette révélation peu soulignée: « Je vous livre le secret des secrets. Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va. Du reste, regardez toute votre vie dans un miroir et vous verrez la mort travailler, comme des abeilles dans une ruche de verre ». D’où Jean Cocteau tenait-il cette connaissance ? L’avait-il « régulièrement » reçue d’un ordre initiatique… tel que, par exemple, un « vrai » Prieuré de Sion ? Ou encore lui avait-on, au contraire, confié les rênes d’une organisation en raison du fait qu’il possédait des qualités psychiques et spirituelles hors du commun ?

Les anges de Paris

Affirmer que Cocteau est grand-maître du Prieuré de Sion, à partir de 1918 (à l’âge de 29 ans !), témoigne en tout cas d’une connaissance parfaite des événements qui marquèrent sa vie. Car, dans les années qui précèdent cette époque, le poète semble avoir vécu un véritable bouleversement intérieur. Tout commence en 1910 : « Le premier son de cloche, qui ne se terminera qu’avec ma mort, me fut donné par Diaghilev, une nuit, place de la Concorde (…) Comme je l’interrogeais sur sa réserve (j’étais habitué aux éloges), il s’arrêta, ajusta son monocle et me dit : ‘Etonne-moi’. (…) Cette phrase me sauva d’une carrière de brio. Je devinai qu’on n’étonne pas un Diaghilev. De cette minute, je décidai de mourir et de revivre. Le travail fut long et atroce. » Les amateurs de géographie sacrée et de mystères antiques apprécieront l’emplacement de cette révélation, au pied de l’obélisque de Louxor, au Louvre…

En 1919, Cocteau publie un ouvrage sur lequel il travaillait depuis 1913, Le Potomak. Une durée ‘d’accouchement’ de plusieurs années pour une œuvre déconcertante qui se présente comme un mélange de roman, de poésie et d’éléments autobiographiques, le tout entrecoupé de dessins qui, à première lecture du moins, ne semblent pas forcément en rapport avec le texte. Telle est la forme générale ‘imposée’ par les « parlementaires de l’inconnu » qui ont dicté l’œuvre à l’écrivain. Et de quoi ces mystérieux inspirateurs ont-ils voulu parler, quel message voulaient-ils transmettre ? Le Potomak parle d’un monstre visqueux vivant dans un aquarium situé, devinez où ?… sous la place de la Madeleine !... Et quand ce monstre devient invisible, il continue d’envoyer des ondes, seul moyen pour lui de manifester alors son existence. Que faut-il comprendre ? S’agit-il d’un simple divertissement, d’un bel exercice de l’imaginaire, ou convient-il de dépasser les apparences de cette histoire qui mêle donc Marie-Madeleine à une créature informe confinée dans un monde à la fois souterrain, liquide et sacré ?

La préparation d’un initié

Si la rencontre de la place de la Concorde a provoqué chez Cocteau une prise de conscience pouvant éventuellement constituer les prémices d’une initiation, la publication du Potomak correspond sans aucun doute à une véritable seconde naissance, telle que peut l’être l’Initiation.
« Depuis le Potomak je cherche ma route et je la chercherai jusqu’à la mort »
Changement radical, donc, qui a emporté les certitudes que Cocteau pouvait avoir jusqu’alors. A partir de ce moment, il pourrait bien avoir mené une double vie : celle de l’écrivain et celle de l’initié, profitant des libertés du premier pour faire passer, l’air de rien, les messages du second.

Cocteau appartenait à ces personnages qui semblent bénéficier d’une protection occulte. Tandis que certains artistes luttent de toutes leurs forces, durant toute une vie, pour obtenir un peu de reconnaissance dans un seul domaine d’activité, ce poète en échange connut très tôt, et très facilement, le succès… succès qui l’accompagna, par la suite, dans tout ce qu’il entreprit: poésie, théâtre, roman, peinture et cinéma. Béni par les fées sur son berceau, il fut accompagné jusqu’à la mort par un ange.

Peut-être est-ce par ce biais que Cocteau en vint à réfléchir sur la célèbre aventure survenue à deux anglaises, Charlotte Moberly et Eleanor Jourdain, dans les jardins de Trianon à Versailles. Ces deux dames, dont le sérieux ne fut jamais remis en cause, vécurent en ces lieux une expérience « hors du temps ». Elles se retrouvèrent trois siècles en arrière, et croisèrent des personnages qui, pour certains, leur adressèrent même la parole. Cette affaire survenue en 1901 fut très sérieusement étudiée par les amateurs de surnaturel. Cocteau, qui s’était un jour défini comme « le premier poète parapsychologue », ne pouvait bien sûr pas y rester indifférent. Il s’agissait là, selon lui, de « l’expérience la plus importante de notre temps ».

L’initiation de Cocteau

Nous sommes en 1925. Cocteau, allant visiter un ami, se trouve dans un ascenseur. Soudain, il ressent violemment la présence, à ses côtés et en lui, de « quelque chose de terrible et d’éternel ». La « chose » s’identifie : « Mon nom se trouve sur la plaque » De plaque il n’y en a qu’une, et c’est celle sur laquelle figure la marque de l’ascenseur : « Heurtebise »

L’inconnu qui, depuis des années, envoyait ses « parlementaires » à Cocteau a donc décidé de se faire connaître. Désormais, Heurtebise accompagnera le poète dans chacun de ses actes. Ou plutôt lui montrera la route à suivre et fera en sorte que l’histoire vécue par Cocteau soit bien conforme à celle écrite pour lui. Car s’il bénéficie maintenant de l’aide « officielle » et déclarée de l’invisible, il n’est en échange plus libre de faire n’importe quoi. « Election oblige », pourrait-on dire, comme « Noblesse oblige » !...

« Ange, soldat des neuf sœurs
Tu sais quel est sur la carte
Mon mystérieux chemin
Et dès que je m’en écarte
Tu m’empoignes par la main. »

L’ange Heurtebise sera présent sous plusieurs formes dans l’œuvre de Cocteau. Vitrier dans la pièce de théâtre Orphée, chauffeur de la princesse dans le film Orphée aux Enfers, il sera même le juge d’Orphée dans Le testament d’Orphée. Si les fonctions de chauffeur (celui qui connaît le chemin, qui sait où aller) et de juge (celui qui fixe la « règle du jeu ») conviennent bien à un être supérieur, le métier de vitrier paraît en revanche plus étonnant. A moins qu’il n’y ait là une allusion au saint patron qui s’y rattache. Ce saint, qui protège également les miroitiers, maîtres du double inversé, s’appelle Saint-Clair. Un nom sans doute si porteur de message que Pierre Plantard crut bon de l’ajouter au sien.
D’ailleurs, si c’est à l’idée de miroir qu’il s’agit de faire allusion, on se rapproche tout à coup d’un certain abbé Saunière, qui a tant de fois souligné l’importance du double et de l’inversion dans les divers aménagements effectués à Rennes-le-Château. S’interroger ainsi, est-ce vouloir absolument rapprocher des choses qui finalement n’ont peut-être rien à voir entre elles ? Cocteau lui-même invitait lecteurs et spectateurs à chercher plus loin que l’apparence des choses. « Le Testament, expliqua t-il, n’est qu’une machine à fabriquer des significations. Le film propose au spectateur des hiéroglyphes qu’il peut interpréter à sa guise. »

Les deux mondes

A partir du moment où l’ange s’est manifesté, toute l’œuvre de Cocteau s’installe dans un univers ambigu, une sorte d’entre-deux-mondes, où les dieux croisent les hommes, les morts fréquentent les vivants (parmi lesquels on trouve des imposteurs et des êtres à double personnalité), le tout avec l’idée toujours présente que la réalité est moins close qu’on ne le croit et qu’il existe, pour qui sait les trouver, des points de passage. Cette connaissance de la « porte étroite » est cependant du domaine de la transgression. Aussi, le juge Heurtebise reproche à Orphée de «vouloir sans cesse pénétrer en fraude dans un monde qui n’est pas le vôtre ».

Orphée, Cocteau… et Périllos ?

Le thème d’Orphée est populaire. Orphée, c’est la descente aux enfers. C’est surtout le thème central de toutes les initiations : la descente dans le Royaume des Morts, d’où on doit essayer de sortir… vivant. Cette mission est celle des prêtres anciens, des chamans… c’est une mission dangereuse… qui demande une sérieuse préparation…
En effet, pour la plupart des gens, Orphée n’est « qu’une » légende parmi beaucoup. Mais pour Jean Cocteau, il est clair que ce n’est pas le cas. De plus, on note que Delacroix, Poussin… ainsi que d’autres « hommes angéliques » peignirent cette forme légendaire. A cette observation, nous pouvons aussi ajouter un autre personnage ayant réalisé ce difficile parcours… initiatique et réel à la fois : un certain Ramon de Périllos. Ce dernier, en 1397, se rendit dans le royaume souterrain des morts (au puits St Patrick en Irlande) pour y retrouver l’âme de son défunt roi… Il en revint avec cette phrase remarquable « et maintenant je sais l’ouverture de l’autre monde »… Le hasard ? La providence ? Ou un indice notoire pour une suite annoncée ?

L’affaire Prieuré de Sion à l’époque de Cocteau

André Malraux aurait t-il profité des pouvoirs d’Etat pour faire entreprendre des fouilles directement inspirées par les informations dont disposait Pierre Plantard ? On sait en tout cas que ce dernier, sous le nom de « Capitaine Way », fut, entre 1956 et 1958, responsable de ces Comités de Salut Public qui oeuvrèrent pour préparer la venue au pouvoir du général de Gaulle… dont André Malraux était un grand intime. Une ambiance qui facilite les conversations discrètes, surtout à l’ombre d’un général qui, entouré de ses « compagnons secrets, travaillait selon une certaine idée de la France ». Par ailleurs, André Malraux connaissait également très bien Jean Cocteau depuis les années 20. Les deux hommes, effectivement, étaient issus du milieu littéraire le plus en vue avant la seconde guerre mondiale. Une rencontre entre Pierre Plantard et le peut-être grand-maître de l’hypothétique Prieuré de Sion, apparaît donc comme tout à fait plausible, et ce dans un contexte où l’on s’éloigne nettement des seules préoccupations artistiques.

Jean Marais

Il est intéressant à cet égard de se reporter à une interview accordée par Pierre Plantard à Jean-Luc Chaumeil et publiée dans la revue Pégase en novembre 1973. Pierre Plantard y tient des propos qui laissent perplexe. Alors que Jean-Luc Chaumeil l’interroge sur l’éventualité d’un contrôle du Prieuré de Sion, par un groupe très influent, Pierre Plantard se contente d’une réponse laconique: « Vous êtes très bien renseigné ». Et, à la fin de l’interview, il recommande à Jean-Luc Chaumeil de «lire l’ouvrage de Lobineau, car, à l’avant-dernière page, vous trouverez une belle liste. Connaissez-vous Jean Marais ? » Jean-Luc Chaumeil : « Non ». Pierre Plantard : « Téléphonez-lui, c’est un grand ami de Lobineau ». Il y a de quoi rester très perplexe !

Ainsi donc, Jean Marais, le compagnon de Cocteau (c’est très officiellement, qu’après la guerre, ils avaient acheté cette maison de Milly-la-Forêt où Cocteau termina sa vie) aurait été un grand ami de Lobineau! Quand on sait que Lobineau est le pseudonyme sous lequel ont été publiés les fameux Dossiers secrets utilisés par Gérard de Sède, pour écrire L’Or de Rennes, on voit qu’on se trouve là aux sources mêmes de l’affaire du Prieuré de Sion. Alors, qui Pierre Plantard veut-il désigner lorsqu’il parle d’un Lobineau « grand ami » de Jean Marais ? L’acteur, très célèbre, fréquentait bien sûr beaucoup de monde, mais il est tout de même étrange de voir se profiler, derrière lui, l’ombre de Jean Cocteau. Que Pierre Plantard ait fait allusion à lui dans le seul but de donner de la noblesse à son Prieuré de Sion est fort possible; cependant, il faut admettre que l’idée n’était pas mauvaise. Qu’il ait ou non précédé Pierre Plantard dans le rôle de grand-maître, Jean Cocteau semble, en tout état de cause, avoir bien connu quelques personnages-clés de l’affaire.

Rennes-le-Château et l’ombre de Cocteau

Beaucoup de mensonges ont été racontés dans cette histoire, ainsi que circulent encore de nombreux faux documents. Toutefois, s’il y a encore tant de gens sérieux qui réfléchissent sur le sujet, c’est qu’à côté de ces supercheries avérées, on trouve aussi des éléments troublants. Par exemple, ces sortes de vrais faux documents fabriqués de toute pièce, comme sortis d’un chapeau de magicien, mais donnant des pistes réelles, ou bien l’arrivée, un jour déjà lointain, d’un certain Alain Féral à Rennes-le-Château. Les touristes qui s’arrêtaient à la librairie dans les années 1980 ne se doutaient pas que ce monsieur, qui les conseillait avec autant d’efficacité, avait fort bien connu Jean Cocteau. Auparavant membre d’un groupe de musique qui portait le nom d’une de ses œuvres, Les Enfants Terribles, Alain Féral possédait en outre de réels talents dans d’autres domaines artistiques. Aussi, Cocteau s’était intéressé à lui, le considérant comme un de ses élèves. De son côté, Alain Féral voyait en Cocteau plus qu’un guide artistique : pour lui, il s’agissait plutôt d’une sorte de mentor, d’un guide philosophique et spirituel. On a beau savoir que le hasard fait parfois des miracles… trouver dans un village aussi peu peuplé que Rennes-le-Château quelqu’un qui fut un intime de celui que le Prieuré de Sion présente comme un de ses grands-maîtres: Cocteau !… les chances statistiques étaient vraiment minces! Surtout qu’Alain Féral n’a pas fait que passer des vacances de temps à autre dans ce village du mystère. Contre toute attente, il a passé plus de vingt années sur place, habitant même le presbytère à une certaine époque. Pourquoi ? Quand on le rencontre aujourd’hui dans la région (il ne l’a toujours pas quittée) et qu’on lui demande si, selon lui, Jean Cocteau a pu être à la tête de ce mystérieux Prieuré dont l’histoire est indissociable de celle de Rennes-le-Château, il répond que « non », que tout cela relève de la pure fantaisie. Et à l’en croire, c’est bien sans raison que lui, le parisien, est venu, et resté dans le Razès. Remercions alors le hasard, car on doit à Alain Féral une étude extrêmement détaillée, sans doute la meilleure, de l’église et du domaine de Saunière, ainsi qu’une spectaculaire maquette qui fit l’admiration de tous. Et l’on découvre, grâce à son énorme travail, quelques passages souterrains, ainsi que d’autres choses dont les touristes ne peuvent soupçonner l’existence. Mais chacun ne sait-il pas que le propre des artistes est d’avoir de l’imagination…

« Et il est là, mort »

Les restes mortuaires de Jean Cocteau se trouvent à Milly-la-Forêt, dans une chapelle dont les murs sont peints par le maître lui-même. Un mur de cette oeuvre est entièrement consacré à un sujet religieux : une résurrection du Christ... Toujours cette idée de résurrection si chère à Cocteau! Bien sûr, le thème est fondement même de l’église catholique, pour ainsi dire sa raison d’être. Mais à observer cette fresque de plus près, on remarque qu’elle est loin d’être orthodoxe. Pourquoi deux couronnes d’épines ? Seuls éléments en métal (matière) dans une composition picturale (image), il est tout à fait impossible de ne pas les voir très distinctement. Sont-elles si importantes pour être à ce point mises en valeur ? On ne peut s’empêcher de songer à l’église décorée par l’abbé Saunière avec ses deux enfants Jésus, eux aussi placés en évidence dans le chœur… Où encore à ces deux croix mêlées que l’on peut observer tout près de Rennes-le-Château, dans l’église de Serres… village « double » dont le nom, en parfait palindrome, se lit aussi bien dans l’un et l’autre sens. Cocteau souhaite t-il nous amener à réfléchir à l’idée d’un double du Christ ? La seconde couronne, celle de droite, semble davantage relever du surnaturel que la première. C’est en effet un ange qui la découvre en soulevant un voile, tandis que la niche où est placée l’autre sert ‘trivialement’ d’accoudoir à un soldat romain. Le Christ, debout, a comme il se doit une auréole. Autour de la tête ? Non, autour de la main ! Impossible donc de ne pas remarquer son index tendu vers le ciel. Ainsi, le Christ peint par Cocteau fait le signe qui, dans la sculpture comme dans la peinture, est systématiquement associé à Saint-Jean-Baptiste. Mais les temps ont changé !… A son époque, Léonard de Vinci n’aurait jamais osé être aussi clair !

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