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Aux
origines du Prieuré de Sion (4ième partie) - Les miroirs |
L’attraction
de Rennes-le-Château
Le
village de Rennes-le-Château voit arriver Alain Féral qui serait,
ni plus ni moins, l’héritier spirituel de Jean Cocteau. On
peut tout croire à propos de l’affaire du Prieuré de
Sion, même et surtout ce qui n’existe pas… mais pourtant
Jean Cocteau existe… et Rennes-le-Château aussi ! Gérard
de Sède, Pierre Plantard, et plusieurs autres, s’emparèrent
de ces trois ingrédients pour créer la fameuse affaire de
Rennes-le-Château.
Alain Féral, admettait-il comme tangibles les éléments
constituant ce nouveau mystère, ou a-t-il eu accès à
d’autres ‘raisons’ obligeant un tel déploiement
?
Inversions…
tout n’est qu’inversions

Il
est notoire que Jean Cocteau vouait un grand respect aux miroirs qui étaient,
pour lui, des portes de communication vers d’autres dimensions…
vers un autre monde, vers un monde angélique. Le miroir en tant qu’accès
vers une autre dimension est une chose qui existe depuis fort longtemps;
les Celtes d’Irlande voient, en certains lacs, des ouvertures possible
vers l’au-delà, car le soleil se reflétant dans leurs
eaux donne l’apparence d’un miroir magique. L’abbé
Saunière aussi avait une passion pour certaines inversions. Nous
en prendrons comme preuve flagrante la maquette qu’il commande à
la fin de sa vie, peut-être en forme de « testament… d’Orphée
»? Dans le cas de ce moulage, nous sommes face, non pas à de
l’eau, mais à un paysage, qui est l’inverse – le
miroir – d’un lieu géographique très précis
du territoire de Périllos. Il existe aussi une seconde preuve de
cet engouement pour ‘l’envers du décor’ : l’église
de Rennes-le-Château. En étudiant les remarquables travaux
de Féral lui-même concernant le domaine religieux de Saunière,
nous savons qu’à côté de l’église
visible du village, se situe une église ‘invisible’ qui
nous faut imaginer. Le tracé de cette église invisible se
déploie dans le « jardin du calvaire ».
Les allées latérales de cet emplacement reproduisent les murs
de l’église et de l’abside. L’allée centrale
de ce ‘jardin’, représente, bien sûr, le juste
reflet de l’allée centrale de l’église. Peut-être
n’est-ce ici qu’un simple hasard; cependant, les travaux d’Alain
Féral notent que l’autel est identique au calvaire… tout
comme le pilier de la Vierge l’est également avec le confessionnal.
Le meuble du confessionnal est dédié aux pêcheurs, tandis
que le pilier porte les mots « pénitence - pénitence
». A ces visions de l’envers, nous ne pouvons pas omettre de
faire mention du chemin de croix, dans la nef de l’église de
Rennes-le-Château, qui se déroule ostensiblement dans le sens
inverse… Enfin, nous ajouterons qu’un des vitraux du sanctuaire
comporte un mot inversé… et non des moindres puisqu’on
y trouve le mot SION…
«
Terribilis Est Locus Iste »
Selon
l’écrivain Christian Doumergue, il y aurait « une
église en Pierre », celle de Pierre, donc le Vatican, mais
une autre église « invisible » lui servirait de pendant.
Elle existerait dans la seule mesure où sa présence serait
divinisée… et seulement discernable par ceux qui auraient des
yeux pour apercevoir cette… réalité de l’Esprit.
Mais on peut aller encore plus loin : le démon visible dès
l’entrée de l’église -Asmodée- n’indiquerait-il
pas un ange présent dans l’ombre de l’église invisible
? « Terribilis Est Locus Iste » : « Ce lieu est terrible
» nous dit cette phrase, cependant elle se poursuit habituellement
par : « hic domus Dei est, et porta caeli », qui signifie «
Ceci est la maison de Dieu, et la porte au ciel ». Saunière
veut-il nous indiquer par cette suite non dite que l’Eglise invisible
est la seule véritable Eglise de Dieu… et une porte ouvrant
sur le Ciel ? Si cette interprétation est la bonne, l’église
invisible est alors étroitement liée avec le monde des anges
et un passage angélique vers le ciel. Cet aspect est-il à
connotation spéculative ?... Pourquoi pas, si on considère
que la phrase prononcée par Jacob ne l’est qu’au moment
où il dort avec la tête posée sur une pierre (faut-il
entendre ici le prénom de Pierre ?)… C’est dans ce profond
sommeil qu’il a un « songe » durant lequel il voit apparaître
des anges – bien entendu – qui accèdent et descendent
de cet endroit situé entre la terre et le ciel. Peut-on toujours
conclure à l’effet d’un simple hasard ?
Pour
en finir provisoirement avec les inversions d’églises, retenons
que Bérenger Saunière utilise son jardin du calvaire (qu’il
demande à la Mairie) pour établir tranquillement une parfaite
inversion de son église. Soulignons que l’abbé Saunière
utilise « le jardin de Gethsémani » et les grands thèmes
topographiques majeurs (Golgotha – Mont du Calvaire, Tombeau de J.
D’Arimatie et de Jésus) de la passion pour établir sa
maquette… Il est clair que ce thème est particulièrement
cher à l’abbé B. Saunière. Mais, à ce
moment, nous devons aussi surtout souligner que c’est d’un jardin
dont il s’agit de nouveau… et que ce genre d’endroit semble
cher aux fidèles de la Société Angélique, et
de Maurice Barrès, en raison du Songe de Poliphile. S’agit-il
une fois de plus d’un simple hasard ? Si oui, il devient de plus en
plus difficile de croire qu’un tel faisceau d’indices convergents
soit le seul fruit d’une providence fortuite.
La
colline inspirée
Mont
Sion de Jérusalem
Pour
revenir plus précisément à la Société
Angélique, Patrick Berlier précise « Tous les écrits
font référence à une notion de colline ou de montagne,
où il est nécessaire de monter. » Cette remarque est
non seulement applicable au site de Sion-Vaudemont, si cher à Maurice
Barrès, mais tout autant à celui du « Mont Sion
», si cher à Plantard… mais aussi applicable à
Rennes-le-Château… et encore plus au secteur de Périllos
! Avec ce constat, nous devons nous demander si l’abbé Saunière
était au courant de l’idéologie de la Société
Angélique, et s’il a utilisé leur symbolisme dans la
transformation de « sa colline » en un… « jardin
angélique ».
On note que Patrick Berlier retrouve des ressemblances avec le fameux Mont
Parnasse, à Delphes, où le contact avec le divin s’opère
avec le concours de la Pythie… Ce mont, indispensable pour la Société
Angélique, est le symbole de la montagne « inspirée
». Quant à P. Berlier, il souligne un « parallèle
entre ce ‘Parnasse’ ou ces ‘hauteurs sereines’ et
le Mont Sion de Jérusalem, qualifié par le Psaume 48, 3 de
‘montagne sainte’, ‘belle colline’ ou ‘beau
belvédère’. ».
Cependant, à propos de Lyon, si le point ‘commun’ de
certaines assemblées de la Société Angélique
se déroulait en un lieu relativement connu vers le Gourguillon…
D’autres de ces réunions, que nous qualifierions de ‘certaines’,
et réservées à l’autorité, se déroulaient
en un autre endroit qui visiblement n’est que rarement cité…
à l’adresse d’une rue appelée aujourd’hui
: ‘rue Sœur Bouvier’. C’est dans une propriété
qui appartenait aux frères LAP (juste après l’hôpital
Debrousse) que les réunions les plus fermées se déroulaient.
Cette propriété, alors du nom de « Montcalm »,
se situait sur le tracé souterrain de l’aqueduc romain à
proximité du Siphon à boule.
Ajoutons que c’est dans cette même rue que se trouvait la dernière
des constructions ayant également appartenu à Gryphe et qui
existait encore il y a une dizaine d’années. Il s’agissait
d’un petit domaine (« La Pierre d’angle » en
raison du dernier vestige de la tourelle de visite de l’aqueduc formée
d’une colossale pierre de chaînage d’angle) ! Nous reviendrons
sur cet autre emplacement plus… ‘fermé’ dans un
autre chapitre, avec une série de photographies des ‘bretagnes’
aux symboles armoriées remarquables, et aux sculptures des porches
de réceptions… dont des chartreux de Lyon au 17e siècle
! De cet ancien quartier, la vue sur Lyon est tout aussi impressionnante,
mais nettement plus discrète et élevée, que depuis
Fourvière… Dernière petite précision : c’est
dans ce secteur qu’habitait l’orfèvre Soulier ainsi que
la généreuse personne qui ‘aidait’ Saunière
lors de ses visites à Lyon… C’est également cette
personne qui aurait financé une grande partie du tableau, maintenant
volé, de la chapelle de Madeleine dans le Pilat !
Saunière,
membre de la S.A. ?
La
Société Angélique voit le jour, en France, accrochée
à la colline de Fourvière, qui aurait servi de lieu « inspiré
», où la Société eut – bien sûr –
son jardin sacré, nommé « l’Angélique »,
de Nicolas de Langes, grand-maître de l’organisation.
Peut-on parler de simple hasard si on retrouve les traces de Saunière
dans cette ville et particulièrement dans ces ‘quartiers hauts’
? On peut d’autant plus facilement douter d’un nouveau et «
simple hasard », que ce dernier semble trahir d’autres
activités discrètes. On voit surtout que les visites de Saunière
dans cette cité sont liées à des visites au sein d’autres
sociétés secrètes, comme l’Ordre Martiniste,
par exemple.
Cet ordre est lié avec Martines de Pasqually, qui fonde l’Ordre
des Elus Cohens en 1761. Les pratiques magiques de cette organisation incorporent
alors des rites d’initiation et de réception en communication
avec les anges… qui sont pour ces initiés un lien indispensable
au rétablissement de la liaison entre notre monde et Dieu. Martines
de Pasqually séjourne à Lyon en 1766, où il se lie
avec Jean-Baptiste Willermoz et son adepte Louis-Claude de Saint-Martin,
fondateur de la doctrine « martiniste ». On note, alors, que
le Martinisme peut être une pratique « spécifique »
des pratiques de la Société Angélique, surtout intéressée
à établir des liens avec le milieu angélique. Est-ce
encore un autre hasard si l’abbé Saunière est invité
à participer à plusieurs tenues ‘blanches’ de
ce groupe ?
Patrick Berlier ajoute, dans son ouvrage sur la question, que « les
adeptes une fois initiés n’étaient pas obligés
d’habiter Lyon ou sa région, certains pouvaient être
très éloignés et communiquer par courrier avec la loge
mère ou avec d’autres membres. » Mais, bien sûr,
si ces ‘tenues’ n’avaient pas un caractère « impératif »,
en échange, il devait être de bon ton de s’y rendre le
plus souvent possible.
La
Société Angélique à Périllos ?
Depuis
toutes ces collines, nous en voyons une autre facile à parcourir
: celle de Périllos. Au XVIIe siècle, se dessinent les premiers
contours de la Société Angélique, avec Poussin et Cassini.
On a déjà constaté, avec surprise, que Cassini éprouve
un très vif intérêt spécifique pour la ‘géographie’
d’Opoul… et plus particulièrement le secteur qui sera
délimité plus tard sur la maquette de Bérenger Saunière.
De Cassini délibérément refuse de dresser le relevé
de tout ce secteur qu’il laisse en blanc sur ses cartes. Nous savons,
par ses descendants, que pour ce relevé ‘blanc’, il séjourne
plus de deux ans au village d’Opoul, sous prétexte de relevés
(où il n’y a alors aucune famille de son niveau pouvant l’accueillir
avec les honneurs dus à son rang)… Sans autres commentaires,
on peut toutefois dire que c’est un peu long pour… un résultat
nul ! A moins, bien entendu, qu’il n’y ait eu à la fois
une raison de ne pas donner le détail topographique d’un lieu
et une autre raison de rester sur place… pour d’autres relevés
ou repérages ou travaux dont nul ne saura rien. A moins évidemment
qu’un certain poème du type des textes de Grasset d’Orcet,
et dont nous avons eu copie, écrit par Cassini lui-même, n’en
donne selon le codage habituel de la langue verte, la véritable raison…
On sait que de Cassini, invité par le roi de France sous l’influence
de Colbert, est réticent à venir vivre en France pour accomplir
les travaux de cartographie. L’offre finale de la couronne de France
atteint de telles sommes que de Cassini ne peut plus refuser… mais
s’agissait-il seulement d’une somme ahurissante… ou d’une
autre chose ? Car nous observons, avec une certaine surprise, que le roi
ne veut pour cette cartographie que le concours de Cassini, et de personne
d’autre… Alors que la France dispose de savants tout aussi capables,
sinon plus, d’accomplir avec succès cette mission unique pour
notre territoire.
Que pouvait motiver une telle réticence pour l’astronome et
topographe italien? On note bien que quelques années auparavant,
Nicolas Fouquet est arrêté par ordre du roi lui-même.
Les raisons officielles de jalousie, ou de vol dans les caisses du trésor
de la France, ne tiennent pas longtemps à l’étude, et
les chercheurs de l’affaire Rennes-le-Château supposent que
la véritable raison peut être un lien avec la fameuse lettre
entre Poussin et Fouquet… On retiendra avec profit, sur ce chapitre,
une pareille correspondance ‘poético-hermétique’
de Cassini, retrouvée dans les archives de la famille de Cassini...
dont deux lignes identiques se trouvent dans le registre de l’église
de… Périllos ! On note, avec autant de surprise, qu’avant
tous ces épisodes, Poussin est lui aussi « invité »
– visiblement contre sa volonté et avec une certaine appréhension
– à revenir de Rome, toutes affaires cessantes, pour travailler
pour le roi de France. Nous verrons que dès qu’il le lui sera
possible, Nicolas Poussin quittera la France pour repartir à Rome.
Poussin et Cassini pouvaient avoir une raison commune de craindre un sourd
danger à accomplir un travail dont visiblement ils étaient
les seuls à savoir l’importance ?… Que penser de toute
cette affaire, peu abordée par les ténors, lorsqu’on
sait que ces deux hommes appartenaient au ‘Brouillard’ du Savoir…
en sachant qu’on oublie tout aussi souvent que ces personnages, aptes
tous deux au dessin… et à l’accomplissement d’un
dessein brumeux… se sont rendus à Lyon dans la plus grande
discrétion, et surtout l’indifférence des grands chercheurs
en la matière ? Est-il utile de dire dans quel quartier ils séjournèrent
?
N’oublions
pas L’abbé Bérenger Saunière qui, avec discrétion,
s’intéresse à son tour à ce même secteur
topographique de Périllos, au point de le transcrire dans la composition
d’une maquette faite « d’astucieuses inversions »
géographiques… n’en déplaise aux habituels et
de moins en moins nombreux grincheux de services ! Sur ce registre, notons
qu’avant, ou simultanément aux recherches de Saunière,
son ami l’abbé Boudet est vicaire à Durban (où
se trouvent toutes les archives religieuses de l’église de
Périllos)… Puis ce sera le tour de l’abbé Gélis,
son si proche collègue, à avoir la charge de vicaire à
Durban, avant d’être nommé à Coustaussa. Charge
qui, pour lui, sera la dernière car il sera retrouvé assassiné
lors d’un crime horrible, dans son presbytère, avec apparemment
un avertissement ou une signature énigmatique : « Viva Angeline
»… Serait-ce un salut pour le moins ‘brumeux’ ou
une intention carrément… angélique, mais pourquoi pas,
après tout?
Au moment de conclure la quatrième partie de ce travail, retournons un instant vers Jean Cocteau… qui voit dans les miroirs des entrées, des passages, des ouvertures, vers une autre dimension – un autre monde, celui des morts. Que penser, alors, de l’expression de Ramon de Périllos, qui, à son retour initiatique et mortuaire du Puits de St Patrick en Irlande, affirme que sur son territoire, il existe une entrée vers « un autre monde » ? Simple hasard ? Non ! Sans doute pas, car la manière dont cette phrase est écrite (par un homme d’une culture et d’une intelligence exceptionnelles) et les termes choisis expriment que, finalement, Ramon de Périllos avait compris, ou appris, le formidable et profond mystère déposé sur le domaine géographique de sa famille.
Filip
Coppens