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Aux
origines du Prieuré de Sion (5ième partie) - Encore plus d’initiés ? |
Petit
rappel des faits angéliques sous forme de mise au point préliminaire
La
Société Angélique, cette forme de confrérie
au 16ème siècle, apparaît dans la région lyonnaise…
nous dit-on habituellement. Habituellement ou traditionnellement devrions-nous
plutôt dire car cette discrète manifestation est ‘expliquée’,
à l’origine, par trois ou quatre auteurs reprenant, à
quelques détails près, les mêmes bases documentaires
disponibles à la fin de ce fameux 16ème siècle.
Dès cet instant, un petit rappel sommaire des origines bibliographiques
s’impose. Le premier écrit sur la question du langage angélique
est celui du septième chapitre de la ‘Hiérarchie angélique’
de ‘Denys’, daté de 1280 (Montpellier). Ensuite, il faut
attendre le 15ème siècle pour, de nouveau, trouver un texte
conséquent sur ce sujet, dans les écrits de Guillaume Postel
et d’Antoine… Fumée. On croit rêver ! Ce même
siècle voit naître ce qui devient l’ouvrage de base de
l’angélique : ‘le songe de Polyphile’, de Francesco
Colonna, publié en 1499 par Alde Manucce, dit ‘l’Ancien’.
Ensuite, au 16ème siècle, nous trouvons les ouvrages de François
Rabelais (1564), de Johann Valentin Andreae, et enfin ce que nous appellerons
‘le Voyage des Princes Fortunés’ de Béroalde de
Verville, en 1610. Et ce sera à peu près tout ! Précisément
au 16ème siècle, il faut bien convenir que nous assistons
aux premiers frémissements d’une importante ouverture vers
le savoir culturel à plus grande échelle que celle de quelques
bibliothèques inaccessibles au commun. Cependant, cette brèche,
qui heureusement ira en s’élargissant à l’extrême,
ne peut, comme la plus belle femme du monde, donner plus que ce qu’elle
a. C'est-à-dire que les bases de la connaissance de cette époque
sont relativement limitées aux notions emmagasinées à
la fin du siècle précédent. Les éléments
les plus riches en matière d’ésotérisme classique
sont surtout confinés dans l’ombre jalouse et secrète
des rayonnages de ce qu’on appelait alors les ‘cabinets de sciences’…
et, à ces bastions solidement verrouillés, le commun n’accédait
pas ! Néanmoins, les ‘fonds’ bibliothécaires disponibles
permettaient une approche, sinon complète, au moins suffisante pour
un survol général et précis des sujets hermétiques.
Le problème de l’Angélique est avant tout celui de la
divulgation. Comme cette dernière n’a vraiment lieu qu’au
cours de la seconde moitié du 19ème siècle, elle se
développe sur les quelques classiques, limités à la
liste vue précédemment, qui serviront eux-mêmes à
alimenter les ouvrages suivants… Et, malgré les essentiels
travaux de Grasset d’Orcet (1828 – 1900) qui réactualise
formidablement le sujet, le mal est fait sans que personne ne puisse en
prendre conscience. Par exemple, lorsque nous parlions de ces sociétés
et de leur langage, il y a une trentaine d’années, nous ne
recevions aucun écho… Sauf, c’est évident, celui
du professeur François Secret, de la Faculté de Paris, avec
qui VdS entretenait une correspondance étroite sur le sujet et sur
celui de l’honorable Polycarpe de la Rivière. A ce moment,
nous en étions réduits à la prospection des classiques
en la matière et nous étions loin de la déferlante
de ceux qui savent tout aujourd’hui sur un thème… dont
en réalité ils ne savent rien, ou si peu ! A ce constat d’impuissance
s’ajoutent les origines de cette dite société dont,
classiquement, on situe le berceau dans les propices brouillards lyonnais.
En vérité, on devrait dire plus justement que cette assemblée
s’extériorise à Lyon… et non qu’elle y est
née. Nous avons vu que le terme d’Angélique remonte
à 1280 et sans doute bien avant, selon d’autres bribes d’informations
éparses mais bien enregistrées en B.M. et B.N. Il est donc
un peu faible, pour ne pas dire incongru, de prétendre qu’une
société de ce nom voit spontanément le jour seulement
au 16ème siècle. Certes le commun se cantonne à penser
que le fondateur de cette société serait Sébastien
Greif, imprimeur lyonnais, plus connu sous le pseudo de ‘Gryphe’.
Originaire de Reitlingen en Wurtemberg, il arrive à Lyon en 1522.
Pour tout le petit monde des moutons de Panurge, naît à ce
moment une société, primitivement appelée ‘Le
Brouillard’, connue sous le nom d’Angélique. Curieusement,
un homme se cache derrière un pseudo pour monter une société
qui aura aussi un pseudo… Ces faits se passent dans l’indifférence
générale des ténors et sans que personne ne les souligne,
s’en intrigue, ni qu’on finisse par se demander qui est qui
et qu’est quoi… Il semblerait que Greif, sous son nom d’initié,
ait effectivement fondé une sorte de ‘compagnonnage Angélique’
-et rien d‘autre !- qui serait en réalité l’extériorisation
d’une autre fraternité, solidement fermée celle-ci,
restant dans l’ombre de sa ‘créature’ et qui agit
dorénavant sous son couvert. Ajoutons tout de suite que cette société
ne s’est surtout pas cantonnée à la seule région
lyonnaise mais disposait de ‘comptoirs’ à l’étranger,
en Italie, Espagne, Autriche et Allemagne… cela va de soit.
Evidemment, la question qui
suit nos propos sera, sans doute, de savoir comment nous avons pu nous procurer
ces informations qui seront, à l’habitude, couvertes de soupçons
et reniflées comme effet de mythomanie ou canular convulsionnaire…
parce que nous détenons ce que d’autres n’ont pas. La
réponse est simple et montre que le piège, destiné
à protéger ce qui doit l’être, a parfaitement
fonctionné une fois de plus. Pour remonter à la source de
cette ‘société’, il suffit de se tourner vers
celui par qui elle surgit subitement dans les propices brumes lyonnaises.
De là, il faut regarder quelle était sa profession et comprendre
que celle-ci détenait ce qui fut le véhicule du SAVOIR et
qui, très rapidement, deviendra le ‘pouvoir des médias’
:… l’écriture ! C’est peu dire l’immense
pouvoir de ces ‘pressuers’ (comme on les désignait).
Pour en savoir encore plus, il fallait suivre la piste de la première
guilde d’imprimeurs dont Greif était un dignitaire (ce qui
expliquera le choix de son pseudo), et non des moindres ! Si l’Angélique
se répandit, toutefois le plus discrètement possible, il faut
se demander pourquoi elle se propagea dans cette caste… Ce qui revient
à dire que pour savoir le fond, et le fin mot de cette histoire ‘angelée’
(et nous insistons sur ce mot puisque personne ne s’est décidé
à le faire avant nous !), il suffit de retrouver une imprimerie sur
le lyonnais, ayant conservé ses archives et dont le fonds remonte
le plus loin possible dans le temps… ou un collectionneur acharné
en la matière, comme ce fut le cas de Gérard Moreau de Waldan
qui cumulait l’art de l’imprimerie et la chasse aux documents
anciens! A ces détails s’ajoute aussi le fait que Greif fut,
non pas LE créateur, mais un ‘opérateur’ qui agit
sur ordre… une sorte de mélange intime de diplomate, pionnier
et initié de haute volée. Il semble également de toute
évidence que si ce mouvement se voulait ‘discret’, il
pouvait le rester au point que rien n’en ait jamais pu filtrer. Si
aujourd’hui restent des éléments suffisants pour en
retrouver assez de trace… c’est naturellement qu’il s’agissait
d’un écran de fumée, ou de brouillard, voulu et dont
le but était de protéger et masquer la réalité
d’une autre société… à laquelle appartenait
bel et bien un certain prieur chartreux de Ste Croix en Jarez ! Tout ceci
a bien entendu totalement échappé à nos ténors,
et c’en est heureux pour nous. Ceci, maintenant, explique cela aux
grognons curieux de service! C’est ainsi que vont se côtoyer,
dans ce milieu des ‘pressuers’, plusieurs sociétés
qui pourront s’alimenter à d’autres sources, puisque
les documents ‘circulaires’ de l’époque ne sont
reproduits que par le procédé d’imprimerie… même,
et surtout, s’ils sont ‘confidentiels’ ! Par ce biais,
il est facile de comprendre pourquoi une société surgit uniquement
dans ce milieu et surtout qui est derrière. Les ‘vignettes’
et ‘jetons’ de reconnaissances ne sont surtout pas ceux qui
circulent avec assez d’apparats, ou de fausse discrétion, pour
tromper le tout venant. Les règles non plus ne sont pas ce qu’il
en reste aujourd’hui. Quant aux lieux de regroupements ‘sociétaires’,
ils sont sécurisés et articulés de telles sortes qu’ils
serviront de modèles à ce qui deviendra un ou deux siècles
plus tard la fameuse Franc-Maçonnerie française. Ces petites
mises au point ne sont qu’un bref survol d’une réalité
très peu connue des ténors en angélisme et, qu’ils
s’en rassurent, que nous développerons plus profondément
dans un prochain chapitre qui lui sera consacré entièrement.
Un ange féminin ?
Il
est temps à présent de revenir à notre sujet, bien
que nous ne nous en soyons pas vraiment éloignés mais au contraire
approchés.
D’un bout à l’autre de l’existence que nous lui
savons, et lors de son extériorisation à Lyon au 16ème
siècle, la Société Angélique semble se présenter
comme une communauté informelle (et c’en est d’autant
plus curieux !) d’écrivains entretenant une sorte de fascination,
ou respect démesuré, envers les anges, le monde angélique
si ce n’est envers leurs anges gardiens. Maurice Barrès et
Jean Cocteau sont peut être les deux auteurs qui ont acquis le plus
de notoriété pour leurs revendications en la matière…
mais ils n’étaient pas seuls, loin s’en faut. Georges
Sand, une autre personnalité importante de ces époques, a
sans doute également été membre ‘d’une’
Société angélique. Toutefois, son appartenance fut
nettement plus discrète ou moins évidente, peut-être
par le fait de sa fonction au sein de cette confrérie.
Cette auteure française, qui retrouve les tapisseries de la Dame
à la Licorne dans le château de Boussac (Creuse), était
une excellente amie d’Eugène Delacroix, l’homme responsable
des peintures angéliques dans la Chapelle des Anges, à l’église
Saint Sulpice de Paris. Delacroix peint Georges Sand en 1838, sept ans après
la publication de son premier roman. Ce portrait est, à l’origine,
une portion d’un plus large tableau montrant à la fois George
Sand et Frédéric Chopin, l’un des hommes avec qui elle
aurait entretenu une liaison après son divorce. Eugène Delacroix
peint divers portraits de son égérie après 1838 et
séjourne de façon répétée avec elle à
Nohant en 1842, 1843 et 1846. Son fils Maurice Sand travailla pendant un
moment dans l’atelier du maître qui lui dédia une oeuvre.
Rencontre
avec l’ange gardien selon Anatole France
Un
autre auteur, fortement suspecté ‘d’angélisme’,
plus éminent, est Anatole France, l’auteur de ‘La Révolte
des Anges’. France est un ami de Barrès, aussi bien que de
Victor-Emile Michelet, par l’intermédiaire duquel il fait la
connaissance de Papus. C’est dans ‘Le Temps’, le 1er juin
1890, qu’il écrit : « Cette antique maison [le collège
de France] a cela d’aimable qu’elle est ouverte à toutes
les nouveautés. On y enseigne tout. Je voudrais qu’on y enseigne
le reste. Je voudrais qu’on y crée une chaire de magie pour
Monsieur Papus. » Le roman d’Anatole France, ‘La Rôtisserie
de la Reine Pédauque’, fut inspiré par l’ouvrage
‘Le Comte de Gabalis’ de Montfaucon de Villars.
Cependant, c’est plus spécifiquement dans ‘La Révolte
des Anges’ que sont mis en vedette l’église de Saint
Sulpice de Paris et les anges. Le roman débute «sous l’ombre
de Saint Sulpice», dans l’ancien hôtel particulier de
la dynastie d’Esparvieu, qui contient une extraordinaire bibliothèque
de famille. Son bibliothécaire, et catalogueur, commence à
noter que, chaque nuit, un certain nombre de livres sont mystérieusement
déplacés de leurs étagères pourtant très
soigneusement ordonnées. Le phénomène incompréhensible
commence à conduire l’homme vers la folie, plus précisément
depuis qu’il est devenu incontestable qu’aucun agent humain
ne peut être responsable du méfait.
Le bibliothécaire est également une excellente relation de
Guinardon, un restaurateur de peintures, dont «le sujet favori était
la Chapelle des Anges». Dans cette dernière, où il exerce
son métier, se trouvent les peintures de Delacroix qui se dégradent
lentement (le roman se situe en 1914). C’est cette œuvre qu’il
lui est demandé de restaurer. Sur le sujet, Guinardon précise
: «Michel est mon saint patron. Et j’ai une dévotion
spéciale pour les Anges».
C’est cependant Maurice d’Esparvieu (dont l’hôtel
de famille contient la fameuse bibliothèque) qui prend peu à
peu le premier rôle. Cet homme, à l’évidence,
est destiné à stagner médiocrement au long de sa vie
sans éclat ni envergure. Contre toute attente, c’est à
lui que l’ange gardien lui-même choisit de se manifester. Tout
d’abord, l’ange mythique lui raconte qu’il est le seul
responsable des désordres ayant lieu dans sa bibliothèque,
dont il étudie minutieusement le contenu. Il ajoute qu’il a
choisi de se matérialiser à Paris pour préparer la
fameuse Révolte des Anges. L’insurrection n’est pas tournée
contre Dieu, mais en opposition à un démiurge usurpateur,
Ialdabaoth. Cette fonction de combattant fait que la divine créature
ne peut plus être l’ange gardien de Maurice… en raison
du fait que tout son esprit se trouve capté pour cette périlleuse
mission qu’il ne peut que conduire à bonne fin.
Des
Anges rebelles
Déjà,
dans ce roman, il est intriguant de noter que l’ange gardien se nomme
Arcade. On remarque immédiatement qu’il y a là plusieurs
‘orientations’ se dirigeant toutes dans les directions qui nous
sont chères. On retient d’abord le terme architectural désignant
l’appareillage soutenant une voûte (‘en voûtant’!),
ensuite le fait qu’une voûte relie deux points bas… comme
un ARC-en-ciel transmet les messages divins (comme la mission des anges
?) aux hommes et surtout, enfin, ce terme qui nous suggère l’Arcadie…
qui est le thème si vénérable et cher à la Société
Angélique. Ce nom, nous explique le roman, est celui de l’être
divin dans la société des hommes, alors que dans celle des
anges son nom est Abdiel. Abdiel signifie, en hébreu, ‘Serviteur
de Dieu’, comme on le voit dans la Bible (1 chroniques 5 :15). Il
s’agissait en vérité, dans le SepherRaziel, d’un
Séraphin qui s’illustre particulièrement dans le Paradis
Perdu de John Milton. Il est vraisemblable que c’est là qu’Anatole
France aura puisé son inspiration.
Cependant, dans le Paradis Perdu, Abdiel dénonce le démon
après l’avoir entendu, parmi les anges, inciter à la
révolte. A la suite de quoi, il abandonne Lucifer pour porter la
nouvelle de sa défection au mal et sa fidélité à
Dieu. En échange, dans la Révolte des Anges, la dévotion
pour Lucifer de l’ange lecteur ne fait aucun doute, son ennemi est
bien le démiurge… et son armée d’anges fidèles,
menés au combat par Michel.
Au fil de la lecture de cette œuvre, il devient évident qu’Arcade n’est pas le seul ange à s’être matérialisé dans Paris. Peu à peu, dans les quelques semaines qui suivent la rencontre de Maurice d’Esparvieu avec Arcade, d’autres anges rejoignent les rangs des combattants ailés afin de planifier la manœuvre qui abattra le démiurge de son trône… afin d’y placer Lucifer. Trois longs chapitres du livre sont en fait une ‘leçon d’histoire’ des anges. Cette étude angélique inclut un compte rendu détaillé de leur première attaque, avant que ce ne soit ‘le Temps’, engagé pour renverser de son trône, Ialdabaoth … qui fut l’auteur de la chute de Lucifer. Une fois tous les préparatifs en place, Arcade et ses ailés camarades conspirateurs rejoignent Lucifer dans son lieu d’exil sur Terre et l’informent que sa nouvelle armée est en ordre de combat pour la suprématie et le trône. En dernière analyse, Lucifer fait un rêve dans lequel son armée est effectivement capable de vaincre le démiurge et de l’expulser du paradis… mais il se réveille, et expose sa décision de refuser l’affrontement devant pourtant tourner à son avantage. Il choisit de ne pas se battre et préfère croire que c’est aux humains de combattre et vaincre Ialdabaoth à l’intérieur d’eux-mêmes !
Un
homme derrière les anges
Cet
ouvrage insolite est quelque peu autobiographique. Anatole France était
le fils d’un libraire (quel hasard !) qui, après avoir travaillé
pour son père, sécurisa sa situation en qualité de
catalogueur pour Bacheline-Deflorenne et Lemerre, quand, en 1876, il fut
nommé bibliothécaire du Sénat français. ‘La
Révolte des Anges’ fut écrit en 1914 et reste considéré
comme son œuvre majeure après ‘Les Dieux ont soif’.
En effet, il pourrait être affirmé que c’était
le livre qui lui permit d’obtenir le prix Nobel de littérature
en 1921. Mais en dehors de ce prix Nobel, dans les années 20, les
écrits de France furent relégués dans l’équivalent
de « l’Enfer » de la B.N., l’Index Librorum Prohibitorum
(« Liste des livres interdits »), où se trouve la liste
des publications que l’Eglise Catholique censurait pour être
un danger pour elle-même et l’âme de ses membres. (John
Milton et George Sand figurent aussi sur cette liste !). Le style d’écriture
d’Anatole France est lumineux et entraînant et, en fait, ‘La
Révolte des Anges’, par certaines scènes, rappelle l’Orphéus
de Cocteau, présentant une approche légèrement moins
tendu, voire plus humaine, du sujet.
Nous savons que Jean Cocteau était très impliqué avec
la vision de son ange gardien avec qui il ne semblait pas toujours d’accord…
au point de dire qu’il le combattait. Depuis ce propos, nous pouvons
nous demander si la lutte de Maurice d’Esparvieu avec son ange gardien
(notons d’ailleurs au passage que la lutte avec un ange gardien représentait
le cœur de la Société Angélique et le message
des peintures de Delacroix dans Saint Sulpice) ne voulait pas signifier
que c’était en fait le reflet de la lutte d’Anatole France
avec le sien. Le saurons-nous jamais ? Ne vaut-il pas mieux laisser au hasard
de l’apprendre un jour ? Cette probabilité est sans doute la
meilleure puisque l’auteur sur le sujet disait : « Le hasard
est le pseudonyme de Dieu lorsqu'il ne voulait pas signer »…
Le
Jardinier
Qu’essayait
de provoquer la Révolte des anges selon l’auteur? L’un
des messages clef du roman et de cette révolte est un retour à
la philosophie initiatique grecque, dans laquelle les hommes étaient
libres et non limités par les règles de l’Eglise. L’espoir
de la Révolte ‘angélienne’ (ce mot n’est
pas une erreur mais bien volontairement choisi) n’est pas seulement
de renverser le pouvoir du démiurge, mais plutôt de provoquer
un retour à la règle de pensée des anciens grecs. Le
personnage principal identifiant ce principe antique est un ange connu sous
le nom de Nectaire. Ce dernier, comme Pan, joue de la flûte. Cet ange
oublié est, en fait, dépeint comme ayant été
le dieu grec Pan lui-même. Ce détail est intrigant car on fait
normalement référence à ce dieu en le nommant « le
jardinier ». Il se pourrait que ce petit lien ne soit pas le fruit
d’une errance si on admet une connection inattendue avec le jardin.
Coïncidence ou autre évidence, les jardins ont une importance
remarquable pour les chartreux et la Société Angélique.
Si on trouve un jardin sur les coteaux de la colline de Fourvière
qui appartenait à un membre notoire de l’angélique lyonnaise,
il y a également lieu de regarder d’autres détails sur
ce secteur des hauteurs de Mirelingue la brumeuse. En effet, le bijoutier
orfèvre Soulier, avec qui Saunière eut à faire à
Lyon, disposait dans sa propriété d’un très beau
jardin intérieur… avec une grotte. Tout comme, vers St Irénée,
la superbe propriété d’une dame recevant ce prêtre
disposait d’un autre jardin… à étages, pourvus
chacun d’une grotte identique à celle de l’honorable
orfèvre membre d’une société des plus captivantes.
Pour finir, c’est en face de l’hôpital Debrousse, encore
dans ce secteur, mais proche de Sainte Foy lès Lyon, que se trouvait
le véritable sanctuaire de l’Angélique, avec un jardin
en forme de labyrinthe dont le centre était formé d’une
grotte artificielle ouvrant sur une autre, souterraine celle-ci… On
y voyait, il y a encore une solide vingtaine d’années, un superbe
griffon de bronze gardant l’entrée basse. Il semble que les
affiliés (affiliées) à cette société
se plaisaient dans l’occupation, très saine au demeurant, de
la fréquentation de leurs petits jardins intérieurs…
En ce cas, celui qui s’occupe d’un jardin, qu’il puisse
être antique vers Jérusalem ou ailleurs en Lugdunum, Razès
ou Roussillon, porte le nom de jardinier. Il semble que ce soit l’image
qu’une certaine Madeleine crut reconnaître un beau matin de
Pâques… dans un jardin et près d’une grotte en
forme de tombeau... de ce tombeau où également elle crut reconnaître
un ou deux anges selon les chroniques de l’époque. A moins,
bien sûr, qu’il ne s’agisse de cet autre petit jardin,
si cher aux initiés, qui rappelle sans doute celui de l’Eden,
du Paradis, où se joua justement la tragédie d’un ange
déchu, du nom de Lucifer, qui par le plus pur des hasards se trouve
au cœur de notre histoire. Une coïncidence sans doute, ou peut-être
mieux encore, un hasard, qui comme l’expliquait précisément
Anatole France était « le pseudonyme de Dieu lorsqu'il ne voulait
pas signer »…
Filip
Coppens & André Douzet