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Ca
coule de source… à Rennes-les-Bains (1ère partie) - Où on commence par des sources pour finir vers un démon |
Petite
histoire d’eau
Le
secteur englobant l’énigme de Rennes-le-Château s’étend
forcément jusqu’à Rennes-les-Bains et bien au-delà
selon les auteurs qui en proposent une étude. Il n’est pas
utile, ici, de trop revenir sur ces aspects riches en informations que le
lecteur peut consulter à sa guise, pour son plus grand profit.
Nous allons, pour notre part, reprendre notre exploration là où
nous l’avions laissée au moment où nous redécouvrions
un second fauteuil du diable, oublié, dans le secteur situé
au dessus du village des bains. C’est précisément depuis
ce premier curieux ‘fauteuil du diable’, bien répertorié,
que nous allons poursuivre notre petit périple… Cette exploration
se fera depuis quelques informations concernant les eaux minérales
de ce secteur qui fut, depuis l’Antiquité, connu pour ses sources
thermales dont la réputation devait s’étendre assez
loin… réputation qui ne se démentira pas, encore jusqu’à
nos jours.
Si à l’époque des celtes, des gaulois et enfin des romains,
les effets curatifs et bienfaisants sont largement connus jusqu’au
Moyen-âge, ils semblent ensuite s’estomper et ne plus faire
l’objet de publicité jusqu’au moment où quelques
scientifiques en proposeront des études détaillées
dans de nombreux ouvrages dès le 17e siècle. A cette époque,
un des premiers, serait Catel (du Parlement de Toulouse) vers 1633, dans
‘Mémoires sur l’Histoire du Languedoc’ qui fait
état des ‘Bains de Regnes’, et accessoirement des mines
d’or et d’argent trouvées dans ce secteur… Ces
détails, au demeurant, seront loin d’être nuisibles aux
aspects ‘trésoraires’ de l’histoire de cette région.
Ensuite, les ‘savants’ et autres, se succéderont sur
le sujet jusqu’à nos jours. On retrouvera, parmi les plus illustres,
les docteur Gourdon (1874) et plus près de nous Courrent… pour
ne citer que ceux-ci, car nous aurons à revenir sur leurs écrits
avec plus de précisions.
Toujours est-il que les effets curatifs des eaux de Rennes seront reconnus
et rendus célèbres par de nombreuses guérisons dont
certaines, particulièrement spectaculaires, se produisirent sur de
notables personnages. C’est ainsi que le Dr. Courrent explique qu’un
« document authentique rapporte que la reine de Castille, Blanche
de Bourbon, chassée en 1367 par son mari, Pierre le Cruel, se réfugie
au château de Pierre Pertuse. Blanche, reine de Castille, fut transportée
en litière, accompagnée d’une nombreuse escorte aux
Bains de Rennes. Après quelques semaines de traitement, la Reine
fut complètement guérie». On imagine aisément
que le ton ne pouvait qu’être donné quant aux facultés
de ces eaux curatives si indiscutables après ce quasi miracle sur
une reine qu’on disait atteinte des fameuses ‘écrouelles’,
plus communément appelé ‘lèpre’,…
que seuls les rois auraient eu le pouvoir de réduire le jour de leur
couronnement, ou en de rares circonstances, par simple toucher.
Certes, il est d’autant plus impossible de douter de cette rémission
formidable que d’importants témoignages des époques
antiques, en forme d’ex-voto romains, retrouvés en grandes
quantités attestent des succès de traitements sur différentes
atteintes ou maux du corps humains… On trouve des reproductions de
ces ‘remerciements aux dieux’ dans le livre de Gourdon.
Si les effets des eaux de Rennes, n’ayant jamais été
contestés par la médecine, offrent beaucoup d’intérêts,
il est temps cependant de regarder d’autres aspects peut-être
tout aussi captivants de ces particularités hydrauliques.
Une
liste de sources à rallonge
Source
du Pontet
On
trouve actuellement seulement trois sources répertoriées et
le plus souvent citées :
- Celle du Bain Fort ou des Thermes Romains (sans doute la plus chaude).
- Ensuite la source du Bain Doux dit aussi ‘de la Reine’ (celle
qui guérit Blanche de Castille, épouse du Roi d'Espagne Pierre
le Cruel).
- Et enfin les Bains Doux (ou des ladres) qui, pollués par les nappes
de surface, ne sont plus en exploitation.
Ces trois sources sont considérées comme ‘chaudes’
en raison de leurs températures (variant cependant parfois d’un
ouvrage à l’autre) qu’on peut évaluer d’environ
50° à 35°, selon les auteurs. Et c’est à peu
près tout en ce qui concerne celles communément citées
pour les traitements.
C’est un peu mince en vérité car on trouve encore d’autres
sources, sans doute aux débits plus modestes, mais toutes aussi minéralisées.
Effectivement, dans la catégorie des eaux chaudes on peut ajouter
également :
- La source de Gieulles (environ 38°C)
- La source ou ‘puits’ Marie (donnée pour 39,5°C)
- Et enfin un forage, du nom d’Ycroux, captant les eaux en grande
profondeur à la nappe d’origine afin d’éviter
toutes pollutions de l’aquifère de surface au niveau du village.
On peut estimer que ce forage descend dans les formations minérales
du Dévonien (-400 à -362 millions d'années, aussi surnommé
l'Âge des poissons)… pour une température de sortie de
33,1°C.
Ce qui nous fait, pour cette seule catégorie, un total de six sources
thermales chaudes incontestables.
Il
reste à présent à regarder d’autres résurgences
dites… froides qui, au nombre de quatre jaillissent de la terre de
RLB.
- La source du Pontet
- La source du Cercle
- la source de la Madeleine
- Et enfin la source des Amours.
Ceci nous porte à compter dix sources répertoriées
sur cette commune… On peut même dire, tout d’abord, qu’il
y en aurait une de plus (donc onze) si on tient compte d’une petite
résurgence sans nom toute proche de celle de la Madeleine, et même
ensuite en compter douze avec la fontaine ferrugineuse de l’Oule très
peu citée et qui disparaît bien vite du registre, comme nous
allons le voir après une rapide approche des noms de ces fontaines.
Une
toponymie en forme de mémoire oubliée
Gode-Madeleine
Les
noms désignant ces eaux thermales ont, à l’évidence,
une consonance relativement récente et, en tous cas, pas grand-chose
à voir avec une origine ancienne, voire antique. On peut déplorer
cette réalité car elle n’aurait su nuire à l’efficacité
thérapeutique reconnue de tous temps. Ensuite ce genre de tradition
aurait pu suggérer le souvenir de quelques divinités maîtresses
des lieux, ou des vertus médicinales, propres à établir
des relations ‘folkloriques’ au sens noble du terme. De ces
‘balises’ de mémoires populaires ou superstitieuses,
nous pourrions facilement deviner des emplacements de temples ou lieux de
cultes à ces divinités oubliées… ce qui ne devait
pas manquer en la circonstance au regard des nombreux vestiges romains retrouvés
et qui durent supplanter en leur temps ceux des celtes ou des gaulois…
voire plus anciens encore probablement.
Ce regret, nous le partageons avec l’abbé Boudet qui, dans
son livre ‘La vraie langue celtique’, écrit judicieusement
sur le sujet : « Il est déplorable que les noms celtiques des
sources minérales, chaudes ou froides, ne soient pas arrivés
jusqu’à nous par la tradition. Un seul a été
conservé, et il s’applique à une des sources ferrugineuses
froides du cromleck. Cette fontaine, placée sur la rive droite de
la Blanque, se trouve à la distance d’un kilomètre à
peu près au sud de la station thermale. On la désigne depuis
peu d‘années sous le nom de la Madeleine ; mais son nom celtique
reproduit dans le cadastre, est celui de la fontaine de la Gode. L’eau
de cette source, émergeant avec abondance de la faille inférieure
d’une grande roche de grés, est très ferrugineuse, et
d’un goût atramentaire fortement prononcé.
A quelques mètres de cette fontaine, sur le même plan, coule
une seconde source peu abondante et saturée d’un sel de fer
qui est le sulfate de peroxyde de fer». (ndlr : ‘atramentaire’
signifie avec un goût d’encre, mine de crayon… de graphite).
Ensuite, Boudet expose longuement qu’on peut constater, en ce lieu,
de nombreux dépôts sur place de sulfure de fer et du sulfate
de ce métal, l’un de couleur verte et l’autre d’un
blanc cristallisé. Il revient plus loin sur sa déception de
l’absence de toponymie des lieux et en explique les raisons : «
Ces deux sources ferrugineuses froides ont reçu des Celtes le nom
de Gode, -to goad (gôd), aiguillonner exciter, animer-. Lorsqu’on
donne à une eau minéralisée par le fer, un nom pareil,
c’est que les propriétés en sont parfaitement connues,
et que l’on sait à n’en pas douter, dans quels cas précis
de maladie, on doit faire usage de cette eau pour aiguillonner, exciter,
animer l’économie tout entière.
On ne peut assez regretter que les noms des sources du Pont, du Cercle,
et des eaux chaudes, soient complètement perdus : ils nous auraient
sûrement renseignés sur le degré de science médicale
des Druides, en ce qui concerne l’action thérapeutique des
eaux minérales dont ils faisaient usage. Les eaux des deux fontaines
de la Madeleine ou de la Gode n’ont point encore été
analysées. Elles doivent se rapprocher beaucoup de la nature de celles
du Cercle et du Pont, dont suit l’analyse faite à l’Académie
de médecine de Paris en 1839 ».
On
change et on continue ?
Bains
forts
Nous
n’aurions pu, mieux que l’abbé Boudet, résumer
le dommage de la perte de ces noms de sources à jamais effacés
et oubliés… sauf celui de l’actuelle source de la Madeleine,
ce qui en reste pour le moins curieux admettons le bien. A ce sujet, on
peut observer plusieurs choses qui, jusque là, ne semblent pas avoir
trop perturbé les chercheurs de l’énigme des deux Rennes.
D’abord, on constate que toutes les autres sources minérales,
à des époques inconnues changèrent de nom ou, du moins,
ne présentent plus de résonance antique, voire médiévale,
ou significative sur le plan vocable sacralisé ou superstitieux.
S’il n’y a pas là de quoi discerner un grand mystère
on peut cependant s’en interroger puisque, comme le précise
Henry Boudet curé de Rennes-les-Bains, il est coutume de dire que
« Les Celtes avaient les fontaines en grande estime…Quelle croyance,
quel symbolisme secret voilaient ces eaux jaillissantes… ».
Toutes… sauf celle de la Gode ! Mal ou bien lui en prit car elle subit
à son tour une modification, et non des moindres. Ce sera notre interrogation
suivante, car on observe que la majorité des autres s’identifient
par leurs qualités (Bains forts ou doux), les endroits où
elles surgissent (Pontet) ou des patronymes… Sauf celle de la Gode,
la dernière à avoir conservé son identité celte
selon Boudet, pourquoi en douterions-nous. Pour notre part nous ajoutons
que le terme de ‘bains’ n’est pas uniquement propre à
ceux de Rennes, mais appliqué également aux eaux curatives
des sources d’Escouloubre (Dr Gourdon) sous les mêmes noms de
bains fort et doux. Ceci montre à l’évidence que cette
appellation pour Rennes n’est significative que du genre de soins
par immersion et rien d‘autre de toponymique… et s’en
est bien dommage car ces eaux devaient forcément avoir été
placées sous quelques vocables nettement plus… suggestifs !
L’arrivée
de Madeleine
Bains
doux
Selon
l’abbé Boudet « Cette fontaine, placée sur
la rive droite de la Blanque… on la désigne depuis peu d’années
sous le nom de la Madeleine ; mais son nom celtique reproduit dans le cadastre,
est celui de Fontaine de la Gode… » (pages 273 et 274 - La vraie
langue celtique)
Ce nom de la Gode… on peut se demander pour quelle importante raison
il fut le seul à avoir survécu si longtemps après l’effacement
des autres, puisque raisonnablement s’il n’y avait pas eu d’impératif
motif rien n’aurait empêché qu’il disparaisse également…
Mais on s’interroge sur le fait que ce changement de nom s’opère
vers le 19e siècle pour avancer le vocable de la Madeleine…
Cette succession de modifications s’est faite dans la plus complète
indifférence de tous au point que plus personne ne sait à
qui et pourquoi on doit ce changement, car rien d’officiel n’est
apporté, du moins à notre connaissance. Encore que le cadastre
communal aurait conservé l’ancien toponyme au détriment
du nouveau… En est-il encore ainsi, nous ne l’avons pas vérifié
et c’est un tort de notre part.
Bien entendu, il y a ce nom chargé des lourdes effluves du mystère
de RLC et qui arrive tout à coup, au bon ou mauvais moment, pour
notre plus grande surprise. Se pourrait-il qu’il y ait là la
manifestation d’une cause à effet ? Pourquoi pas après
tout, si on considère que certaines choses ont dans cette histoire
‘rennesque’ la curieuse habitude de changer de patronyme pour
se retrouver sous celui de Madeleine… Prenons pour simple exemple
l’église de RLC qui du vocable de la Vierge Marie se retrouve
sous celui de Ste Marie Madeleine, certes il y a sans doute bien plus longtemps.
Si ces particularités sont remarquables il faut toutefois bien admettre
que Bérenger Saunière, pour une fois, semble n’y être
pour rien et Boudet non plus. Mais alors, faut-il admettre une intervention
extérieure à ces deux personnages devenus des clés
d’accès à certains niveaux de compréhension dans
cette énigme du Razès ? Si c’était le cas, serait-ce
l’effet d’autres personnages tirant certaines ficelles invisibles,
mais efficaces ou indispensables, ou cet effet mystérieux laisserait-il
également supposer une intervention moins… humaine ? Ces réflexions
sont sans doute un peu délicates, mais après tout il nous
faut admettre une certaine réalité des faits pour ne pas dire
des réalités certaines ! Toujours est-il que l’image
de Marie-Madeleine après avoir laissé de profondes empreintes
vers les domaines de l’abbé Saunière en laisse au moins
une, pouvant suggérer bien d’autres choses plus obscures, vers
ceux de l’abbé Boudet.
Plusieurs auteurs, sur ce sujet, nous proposent diverses solutions parmi
lesquelles nous retenons celle de H. Elie (A la gloire de Jésus-Christ,
le St Graal, Révélations des mystères du haut Razès
-1983). Pour Lui, il y aurait un lien voulu par Le curé de Rennes
d’en haut, sous la forme de sa statuaire à répétition
d’une Madeleine dont le fait de tenir son vase, au contenu précieux
et de grand prix, suggérerait l’antique source de la Gode répandant,
elle, un contenu venant des profondeurs… un contenu d’eau vive,
vitale d’une valeur… sans prix ! Pourquoi serait-ce si ridicule
que ça après tout ? Surtout qu’à ceci un certain
Grasset d’Orcet nous aurait fait remarquer le fait que ‘Gode’
en phonétique pourrait laisser penser à ‘God’
= Dieu, dont l’analogie laisserait sous-entendre le lien avec un Jésus
si proche de la représentation de Madeleine la ‘pècheresse
repentie’. Cette insinuation pourrait également… s’entendre…
pour des personnes tenues de se comprendre rapidement, verbalement et à
demi-mots selon des circonstances bien précises ou à l’hermétisme
‘prononcé’ comme dans l’usage difficile de la langue
oiselée. Nier formellement qu’en ce cas nos deux curés
auraient fort bien pu s’accommoder d’une telle éventualité,
serait peut-être assez risqué pour ne pas s’y aventurer
aussi rapidement que ça. Ensuite ajoutons que la source de l’ancienne
Gode est à environ un kilomètre de celle… des Amours,
ce qui se passe de plus de commentaires en la circonstance.
Sources…
de liquidité ?
Supposons qu’il y ait eu là un emboitage de petits éléments faits pour en suggérer un autre plus important… coulant de source. En ce cas, il y aurait eu alors pour nos curés une sorte de message sous-entendant peut-être un secret de grande valeur matériel ou non, permettant dans certaines circonstances d’en obtenir une sorte de … liquidité depuis des éléments concernant précisément Madeleine ou annexes. Et nos grincheux de service de s’esclaffer devant une réflexion tirée par tant de beaux et longs cheveux roux comme l’oxyde fer. Pourtant, à ces ricanements, bien compréhensibles, nous répondrons par une question amusante à propos de cette phrase anodine laissée par l’abbé Boudet dans sa ‘Vraie Langue Celtique’. Dans cette phrase, il parle précisément de la Gode en ces terme : « Lorsqu’on donne à une eau minéralisée par le fer, un nom pareil, c’est que les propriétés en sont parfaitement connues, et que l’on sait à n’en pas douter, dans quels cas précis de maladie, on doit faire usage de cette eau pour aiguillonner, exciter, animer l’économie tout entière ». Jusque là rien de bien surprenant puisqu’il y est anodinement question de propriétés médicinales remarquables. Mais alors, dans cette pharmacopée en forme de galère que vient faire la fin de cette phrase « … animer l’économie tout entière » ? On peut se poser la question, car tout à coup Boudet saute d’un coq thermal, ayant toute sa place dans le sujet de son exposé à… un âne financier sans en souligner une existence que seul l’initié pourra entendre, lire et en saisir tout le sens ! Sinon, pourquoi cet auteur nous aurait-il glissé, sans en avoir l’air, ce banal détail ‘économique’ dans une tirade dédiée aux soins hydro-thermiques où l’économie arrive comme un cheveu sur la soupe de Boudet… Celui-ci, admettons le, n’a pas la réputation d’être pingre ou étroitement intéressé aux finances de sa commune… s’il n’y avait eu justement une raison pour laisser cette discrète mais intéressante balise pour qui de droit. Car… à propos de valeur, la première qui fut reconnue en ces lieux, depuis la plus haute antiquité, n’est pas forcément celle des eaux curatives, puisqu’alors un don des dieux non négociable par définition, mais bel et bien l’existence d’ambre en grande quantité de la région qui deviendra Les Bains de Rennes jusqu’à la montagne de Bugarach et la contrée de Sougraigne. A cette richesse à la fois magique et superbe, pour nos ancêtres, s’ajoutera l’exploitation précoce d’une profusion de gisements de cuivre, fer, plomb, argent et or dont les envahisseurs romains laissèrent tant de traces d’exploitations minières abandonnées mais visibles parfois depuis le bord de la route.
Souffre
et sel…
Fontaine
des Amours
Il
faut bien admettre que certains pourront penser que cette série d’éléments
en forme de début d’hypothèse ne manque pas de sel ni
d’odeur de souffre sous-entendu… Et ils auront entièrement
raison, car n’oublions pas que cette source de la Madeleine est particulièrement
riche en souffre, pendant que le sel se trouve en si grande quantité
dans ‘celle’ naissant sur le territoire de Sougraigne que son
exploitation en fut longtemps commercialisée sous le contrôle
des ‘Gabelous’ royaux… Cette source donne naissance à
la rivière Sals qui traverse de ses eaux saumâtres Rennes-les-Bains
où elle récupère son affluent, la Blanque, pour aller
se jeter dans l’Aude à Couiza.
On ajoutera que ces sources de la Sals, des Amours, de l’antique Gode
devenue Madeleine, du Cercle et enfin du Pontet sont toutes celles réputées
‘froide’ par opposition aux trois ‘chaudes’ appelées…
‘bains’. Certes la réunion des rivières de la
Sals et de la Blanque entre dans la légende dite ‘du bénitier’
porté par le pauvre Asmodée écrasé sous le fatidique
poids de la conque ornée en front de deux salamandres encadrant un
médaillon ovale frappé des deux lettres B et S. Selon les
hypothèses, de la plus alchimique à la plus hermétique,
ces initiales pourront signifier Bérenger Saunière, sceller
ensemble les destins de messieurs les curés Boudet et Saunière,
mais aussi célébrer ceux des rivières Blanque et Sals…
Pourquoi, présentement, ne prendrions nous pas cette dernière
solution puisque de plus dans l’église de Saunière ce
bénitier, et son démoniaque porteur, sont surmontés
des quatre anges symbolisant, chacun, un des gestes formant le signe de
la croix… Serait-ce si ridicule quant on pense que le village de Rennes-les-Bains
s’appelait primitivement… Les Croix (La croix qui au demeurant
se trouve dans les armes héraldiques de ce village) !
A ceci nous ajoutons, avant de quitter provisoirement l’église
Ste Marie-Madeleine, que ce même étrange démon gardien
du seuil voulu par Saunière montre de sa main droite un cercle formé
par la position de ses pouce et index. Certes, ce cercle sur lequel on a
tant dit de choses serait simplement le fait que cette main se refermait
autrefois sur un trident qui fut enlevé pour ne pas blesser le visiteur…
Est-ce là vraiment la seule raison, ou devait-il former effectivement
de ses doigts crochus un cercle à l’attention, une fois de
plus, de l’initié capable d’en comprendre le tracé…
de là, cela pourrait correspondre à un détail «
cerclé » de cette région dont la géographie est
tout autant sacrée que…sulfureuse. S’il s’agit
d’un renvoi vers un lieu, un secteur, il pourrait alors prendre la
place du cercle… Si ce dernier est grand, il trace dans la nature
environnante le fameux Cromleck raconté et décrit par l’abbé
Boudet dans son livre classé comme une œuvre burlesque et délirante…
par ceux qui sans doute eurent une peur panique que ne soit découvert
sa vraie signification… et qui, s’il est petit, prend la place
du centre !
Le
cercle du secret
En
ce cas, ce cercle se refermerait, se bouclerait sur une dernière
source, celle du Cercle jaillissant, paisiblement, tout à côté
du fameux fauteuil du Diable… peut-être prévu pour que
puisse siéger ce pauvre Asmodée fatigué d’une
posture esquissant celle où il serait quasiment assis. Tout se rejoindrait
alors ici… Un cercle très grand, arrosé de chaud et
de froid par onze sources salées, sulfureuses, ferrugineuses, sacrées,
ambigües, divines ou maudites. Un grand cercle-cromleck sous-entendu
et décrit par ce qui fut pris pour le délire d’un prêtre
initié moqué et ridiculisé. Un grand cercle de pierres
aussi, peut-être faites de la même pierre sur laquelle fut construite
une église… Un grand cercle dont le centre jaillit dans les
doigts d’un démon porteur d’une eau divine marquée
de la croix en quatre geste sur un BS gardé par quelques salamandres
d’eau, dragons de feu ou encore de chimères veillant l’inaccessible
secret… scellant celui d’une religion à la limite du
concevable… S’il est réduit, ce cercle, il se montre
étroit, fermé mais tout autant ouvert, bien que scellé
lui aussi sur un sel qui le marque du silence hurlant de la langue d’héraldique
ou de celle plus hermétique des armes parlantes… ou plutôt
murmurante si doucement. Ce pourrait-être un cercle marquant de roux,
de rouge, d’or, une source d’où tout peut naître
et s’amplifier du fait même que précisément seuls
les petits ruisseaux font les grandes rivières.
Et le tout, évidemment considéré comme ‘trésoraire’,
serait sous la vigilance d’un démon… un démon
assis, donc soumis et veilleur désigné, près du cercle
d’une eau ‘roussillante de fer’ à moins que ce
ne soit ‘roussillante de faire’ !… un démon dont
le noble argot le fait souvent tendre et… rouquin. Rouquin, certes,
mais porteur, au seuil d’une église en forme de palais alchimique
fermé, dans son aile d’un mot inversé signifiant…
JESU! Quoi de plus normal pour toutes ces remarques que puisse se supposer
ici le savoir d’une alliance avec une femme, à chevelure rousse
et longue, porteuse d’un vase de vie d’où s’écoule,
aux pieds de Dieu, le destin des humain… D’une femme qui peut-être
engendra des enfants roux… qui une fois adultes seront marqués
d’une toison rousse et drue qu’ils porteront longue en signe
d’une royauté au sang bleu dont ils seraient fiers en étant
le Sicambre roi des Francs… ou déchu et maudit si on les tond
et ‘énerve’ en signe d’infamie !
Nous serions ici, dans ce sanctuaire naturel et farouche, en présence
d’un cercle restreint… Nous pourrions dire un cercle privé
d’où naissent quelques seigneurs au totem aussi roux que puisse
l’être l’ours solaire pyrénéen (ou sa femelle
quand à deux elles retiennent un Graal lumineux dans les armes des
Sabarthès !!!), et porteurs du sceau scellant le secret de leurs
descendances et de leurs tombeaux en Roussillon. De ce Roussillon antique
d’où partirent quelques rejetons qui purent s’implanter,
en forme d’avant-poste, aux confins d’un Razès refermé
sur d’imprononçables secrets retrouvés près de
1800 ans plus tard par de besogneux prêtres initiés à
ce savoir… coulant de source !...
André
Douzet
crédit photo: remerciements à mesdames Dominique Soumeillan
et Juliette Goudin