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Société Périllos ©

Le couvent Sainte Cécile de Périllos
(1ère partie) - Le sanctuaire des dames de Périllos

 

Les de Périllos et la mort

Le territoire des seigneurs de Périllos fut toujours considéré comme un des plus arides et pauvres… pendant que, paradoxalement, la puissance de cette famille était quasiment infinie. Nous avons suffisamment montré jusqu’ici que ce pouvoir ne provenait pas vraiment d’une force guerrière ou politique mais plutôt d’un savoir, d’une connaissance avec lesquels les princes couronnés ou l’Eglise voulaient s’allier ou dont ils voulaient se… protéger.
C’est pourtant dans leur nécropole, sous le sanctuaire, de St Michel de Périllos que les seigneurs se faisaient ensevelir comme nous l’avons démontré sur ce site. Cette volonté s’est d’ailleurs prolongée jusque dans les volontés des familles ayant récupéré le titre de ‘Vicomtes de Périllos’. A propos de cette volonté, elle s’est toujours heurtée à un seul détail insurmontable en la matière… celui de savoir par où accéder au caveau, à la crypte des fameux seigneurs de Périllos. Ce dépôt mortuaire sous l’église St Michel de Périllos, ancienne chapelle castrale jusqu’au 17e siècle, était uniquement réservé aux hommes, ou ayants droit, à l’exclusion de toutes les épouses ou enfants des tenants du titre nobiliaire.
La vie étant hélas ponctuée à sa fin par le décès, chaque être humain (à d’extrêmes rares exceptions… et encore cantonnées dans le domaine biblique) ne peut se soustraire à cette loi de la nature. Cette règle s’appliquait également aux alliances féminines des Périllos. Cependant, si la mort est inéluctable, il faut bien prévoir un lieu pour ensevelir les dépouilles. A cet effet, comme le voulait la coutume, les églises, chapelles et autres lieux religieux, le plus souvent présentaient un lieu choisi pour les cimetières. La croyance voulait ainsi que soient placées sous la protection divine les dépouilles des êtres s’endormant dans l’espoir d’une paix éternelle. Aussi, n’est-il pas étonnant de trouver très souvent un nostalgique petit cimetière jouxtant les églises et chapelles romanes ou celles du début de la Renaissance. Après ces époques, les ‘champs du repos’ se sont peu à peu trouvés éloignés des bourgades pour des raisons de salubrité élémentaires. Manifestement, dans une époque éloignée, le monde des vivants et celui des morts étaient, dans l’espace, situés proche l’un de l’autre. Le temps et les Hommes évoluant, d’autres pratiques, et sans doute certaines superstitions, en décidèrent autrement.
Pour le village abandonné de Périllos, cette règle fut appliquée jusqu'à la désertification totale de ce qui n’était plus qu’un pauvre hameau oublié de tous. Le visiteur, après s’être heurté à la porte close de l’église de Périllos, en fait le tour et se retrouve au sud. De ce côté, où se prolongeait l’ancienne chapelle castrale, il suffit de descendre quelques marches difficiles pour accéder au petit cimetière. A peine plus d’une vingtaine de tombes garnit l’enclos de la paix, du silence, du respect et du souvenir. Il y a encore quinze ans, les tumuli indiquant les emplacements mortuaires étaient ornés de leurs croix de fonte et quelques uns, plus rares, d’une pierre verticale. Deux croix ont disparu ainsi que des dalles du XIXe siècle. Aujourd’hui, quelques lambeaux de métal signalent çà et là des sépultures de plus en plus invisibles… aussi, le promeneur doit-il se demander s’il est judicieux d’assouvir ici une curiosité, parfois malsaine ou involontaire, en se promenant dans ce respectable périmètre… au risque de piétiner un emplacement funéraire.

Mise au point sur Périllos

A propos d’affaire mortuaire, il est temps de préciser un autre détail. On voit, maintenant, à l’extérieur du cimetière côté sud, entre le chemin et le mur, une croix décorée de quelques fleurs en plastique… et tous de supposer qu’il s’agit là d’une tombe particulière. Certains ‘penduleux’ nous expliquent doctement qu’il s’agit là d’une personne enterrée hors de la terre sacrée du cimetière… D’ailleurs, ils ressentent fortement la présence d’une dépouille tourmentée et malheureuse à cet endroit !!! Alors commence à se former une légende, proférée à voix basse, à… qui veut bien l’entendre. Il s’agirait, nous murmure t-on craintivement, de la sépulture d’une personne ayant commis quelques exactions, hérésies ou monstruosité ayant entraîné son excommunication. Et le plus fort, dans cette stupidité, c’est que les pendules, ‘baguettes’ et ‘ressentis’ y vont bon train sur le terrain. Hélas, la réalité est autre. En effet, il s’agit seulement d’un acte aussi idiot, irresponsable que profanateur puisque tout simplement quelqu’un a ‘jeté’, hors du cimetière, cette croix qui finit sa triste trajectoire de l’autre côté du mur. Evidemment, il y a encore trois ans, il n’y avait rien que de l’herbe à cet emplacement… Ceci nous donne la juste mesure du ‘pouvoir’ de ces ‘penduleux’, à qui quelques gogos, qui se reconnaîtront ici, accordent du crédit au point de gober ce genre de chose. C’est dire le niveau de ce qu’affirment, doctement, ces mêmes ‘gourous’ à propos de quelques hypothétiques lignes de réseaux invisibles et souterrains aux noms aussi mystérieux que creux. Ces derniers, à en croire nos détecteurs de service, courent sous et dans l’église à l’inlassable poursuite du soleil et des émanations ‘géo-électro-magnético-telluriques’ de notre pauvre terre. Ces prétendus ‘sourciers du malentendu’, il faut bien le dire, obtiennent quand ils le désirent, et s’en vantent, la clé de l’église, ce que tout autre visiteur ou randonneur ne peut espérer… Certes, chacun est libre de croire en ce qu’il veut en notre beau pays de France !

Une histoire de sépultures de femmes

Il est temps, à présent, de revenir aux familles seigneuriales de Périllos au pénible moment de leur ensevelissement. Si, comme nous l’avons vu, les seigneurs, et ayants droit, descendent dans le caveau sous l’antique sanctuaire, il en est autrement pour leurs compagnes et enfants. Pour les raisons que nous avons expliquées dans notre chapitre concernant l’énigme de l’église, les femmes et enfants sont ensevelis par ailleurs. L’exploration des emplacements du cimetière ne peut être la solution convenable en raison du fait que ce genre de sépulture est forcément hors du commun… des mortels. Il n’existe, dans ce périmètre, aucun vestige ou emplacement à usage d’un monument digne de cette destination. Comme Périllos ne dépendait pas d’Opoul, même sur un plan relationnel, il faut bien admettre que la solution se trouve ailleurs. On ne peut supposer que cette sépulture puisse être très éloignée en raison de la mauvaise qualité des voies de communication et des transports de l’époque. A ceci s’ajoute le fait que les familles préféraient, alors, savoir leurs morts à peu de distance et au moins sur leur territoire pour des raisons de confiance et de sensibilité. Si, pourtant, un cimetière ou une église avaient servi de refuge à cet effet, il y en aurait eu une trace écrite, ou de constat, au moment des états de bâtiments. Pour toutes ces raisons, il est donc hors de question de supposer que ces cérémonies se soient déroulées ailleurs que sur le territoire de Périllos… De plus, cet emplacement sépulcral est indispensable à la logique, et son absence posait jusque là une question restée sans réponse. De toute évidence, ce dernier ne pouvait qu’être à faible distance et sur un emplacement sous le contrôle des seigneurs, au moins jusqu’à la mort de Ramon de Périllos y Roccaful. Après ce personnage, ce ne sont plus les Périllos mais les Durban qui sont maîtres du territoire. Leurs épouses ou familles restent sur les anciens emplacements mortuaires habituelles, comme la petite chapelle Saint Hippolyte, curieusement loin des murs du château. Il est donc logique que dans les archives de Périllos disparaissent toutes mentions concernant le sanctuaire des épouses.
Ceci, pourtant, ne doit pas suffire pour nous faire considérer cette recherche comme stérile. Bien au contraire, cet élément est indispensable dans la compréhension de la vie et surtout la mort des habitants du donjon de ce fief.

A la recherche d’un couvent

Nous avons durant des années fait des recherches en archives et sur le terrain afin de trouver une trace pouvant nous éclairer sur le sujet. Rien dans le périmètre du castel ne peut laisser présager l’existence d’un tel lieu. Le sommet de la colline, à cet emplacement, laisse la roche à nu et ne montre aucun appareillage à usage funéraire. De plus, l’espace sommitale est des plus réduits. Il reste, certes, la supposition d’un lieu souterrain à cet effet, comme le caveau des hommes sous l’église St Michel. Concernant les cavités du périmètre fortifié, nous savons celles des citernes au nombre de deux, et deux autres qui n’étaient que des caves ou réserves. Une autre, un peu plus bas, pouvait être une sorte de glacière mais elle se trouve hors de l’enceinte castrale. Puisqu’il s’agit essentiellement d’un cimetière réservé à l’usage des femmes, il fallait envisager également un milieu à l’écart des hommes… surtout au Moyen-Âge.
En recherchant dans les anciens documents de l’église, en notre possession (précisons qu’il s’agit là des originaux), nous voyons encore au tout début du 18e siècle qu’il persistait de rares insinuations, à propos de messes et visites en forme de procession, à un certain « Couven de Saynte Cécyle ». Ces mentions n’en disent pas plus mais prouvent qu’il existait sur les terres de Périllos un couvent. Ceci a de curieux qu’il ne reste rien dans la mémoire populaire, ni de ces périples, ni de cet endroit et encore moins d’un couvent. Cependant, comme pour les mines de ce territoire, si la mémoire et l’archive sont vides de traces, certaines cartes anciennes, et d’autres récentes, mentionnent l’endroit avec tellement de discrétion que personne n’y prend garde. Certes, les ‘pisteurs’ lancés sur nos traces ne donnent guère d’attention à ce que nous ne signalons pas… ce serait trop fatigant ! C’est ce qui explique que nous sommes les seuls à avoir pris garde au résultat d’un sérieux ‘épluchage’ documentaire. Il faut donc convenir que les cartes de Cassini mentionnaient le site, et notre moderne carte d’Etat Major en fait toujours état en inscrivant le lieu sous le symbole ‘ruines’.
C’est donc ce vestige que nous avons passé plusieurs mois à rechercher… puis à retrouver. Aujourd’hui, il semble que cet emplacement soit sur le territoire de Vingrau, ou à son extrême limite avec celui de Périllos. Nos errances sans résultat du début proviennent du fait que l’emplacement inscrit sur la carte I.G.N. n’est pas précisément là où il devrait dans la réalité. Sans doute cette erreur a servi ces vestiges en les protégeant des curieux et pillards habituels.
Nous trouvons des écrits sur ce sujet dans un superbe document de 1947 à propos d’un ‘fief de Fontfroide’. On y retrouve que les Périllos possédaient jusqu’au « mas Génégal » et tout autant le lieu de « Vaillauriola » que nous connaissons bien sous le nom de ‘Val Oriole’.
L’ouvrage relate des archives notariées expliquant que le territoire de Périllos contenait la source de Génégal, et les « anciennes bâtisses dites Paret de Sainte-Cécile ». Ces éléments sont extraits d’un acte de vente de Fontfroide de 1260 qui fait mention des points de limite. Ces mêmes détails resserviront en 1810 pour un nouveau bornage en faveur de Vingrau.
L’existence du couvent n’est donc plus contestable. Le tout, ensuite, était de voir ce qui reste des vestiges des ‘anciennes bâtisses’. C’est donc ce que nous avons recherché et trouvé, sur le terrain, sans avoir ici à rendre le moindre compte à la commune d’Opoul… qui, de toutes façons, n’accorde que peu d’intérêt au lointain passé de son territoire et surtout à celui de Périllos. Le site se situe très près d’un ravin et quasiment en face de la ‘Caune du Jaumatol’ (petit Jacques)… cette grotte dans laquelle un prêtre fouilla durant des mois en solitaire sans que personne n’ait pu savoir ce qu’il cherchait ni… ce qu’il trouva, encore que nous ayons une petite idée sur la question !

L’enclos du vieux couvent

Ce couvent, donc, s’étend dans une garrigue maintenant épaisse et difficile. Cependant, une fois cette frontière broussailleuse franchie, le périmètre apparaît relativement accessible sur son ensemble, avec la sensation que la nature a conservé l’empreinte d’un hameau hors du temps, pour une raison qui échappe au chercheur. Une enceinte se délimite par une muraille dont il reste des parties encore entièrement construites. A l’intérieur de celle-ci, il est clair que le sol a été aplani soigneusement en opposition à l’extérieur où la déclivité redevient anarchique, naturelle et touffue. L’enclos disposait de deux accès, au sud et au nord. On distingue encore l’emprise de deux importants bâtiments dont l’un comprend encore une partie de dallage en pierres. Il est difficile dans l’état des ruines de deviner la fonction de ces deux constructions. Cependant, leur appareillage en pierres est solidement maçonné et avec des chaînages d’angle soigneusement taillés. A l’ouest, se dessinent les fondations d’un petit édifice qui pouvait être la chapelle du site car il se trouve accolé à un petit enclos ayant pu avoir fonction de cimetière. En effet, on y distingue encore de petits tumulus pouvant être ce qu’il reste de quelques tombes oubliées. Ajoutons que si ces témoins sont ceux d’une chapelle, elle serait la quatrième du territoire de Périllos à se trouver orientée nord sud ! Il se pourrait également que le sanctuaire se soit trouvé dans une des deux autres constructions retrouvées… où en un autre endroit que nous verrons plus loin. Dans ce cas, et selon ce que nous avons pu observer, la seule partie plus soigneusement finie, au dallage fait de pierres planes, se trouve également orientée au nord.
Sur l’ensemble de l’enclos, on trouve encore d’étranges constructions méritant toute notre attention. Il s’agit de sortes d’importantes ‘cabanes’, en pierres minutieusement assemblées, de forme quasiment circulaire ou à pans. Une d’entre elles est en parfait état et donne une idée fidèle du mode de construction. A part une entrée basse fermée par une porte (on distingue le chanfrein et les prises de gonds), il n’y a pas d’autres ouvertures. A l’intérieur, l’empierrage est agencé pour paraître plus ‘doux’. Un banc de pierre pouvant également avoir fonction de couchette et, dans un angle, une ou deux larges pierres planes forment un rayonnage rudimentaire mais astucieux. On distingue également ce qui peut être les restes d’un foyer. Ces constructions pourraient fort bien être celles de bergers ou de vignerons. Or, l’enceinte est bien trop réduite pour être l’enclos d’une bergerie et, de plus, on imagine mal six bergers pour un tout petit troupeau. Il en sera de même pour les vignerons qui d’habitude élèvent un petit abri pour une vigne et non cinq ou six pour une minuscule exploitation viticole. En réalité, nous sommes bel et bien sur les vestiges du couvent de Sainte Cécile. Les bâtiments abritaient-ils une activité ou des locaux communs ? Il sera difficile de le dire. Cependant, nous dirions qu’il pourrait s’agir non pas d’un lieu de vie monacale mais plutôt d’un ermitage destiné à plusieurs personnes ayant choisi de se retirer du monde à cet endroit. Ce serait à cet effet de vie solitaire que ces ‘cabanes’ pouvaient être utilisées et les grandes constructions réservées à des repas communs ou à des fins hospitalières.

La vie érémitique à Périllos ?

De fait, voici maintenant rassemblées les certitudes de l’existence d’un couvent mentionné déjà comme « anciennes bâtisses dites Paret de Sainte-Cécile » au 13e siècle. Ce constat montre qu’à ce siècle il y a là un ‘hameau’, sous ce vocable, dont l’ancienneté est incontestable. Nous avons, sur site, la certitude qu’il ne s’agit pas là d’un mas ou d’un corral mais bien d’un petit monastère ou d’un couvent, comme le rapportent les écrits. Ensuite, nous sommes sur un des vieux chemins antiques de Périllos au pas de l’Echelle et Vingrau puis Tautavel où, rappelons-le, les Périllos ont été seigneurs. Le trajet par cette voie oubliée se fait encore aujourd’hui en moins de deux heures à pied. On observe que l’endroit, des plus discrets et retiré, se prête tout à fait à la vocation d’un ermitage. Enfin, et surtout, nous avons le nom de la patronne à qui est voué le périmètre : Sainte Cécile. Or, cette dernière est une femme, et il y a de fortes chances qu’elle fût patronne, ou protectrice, d’une communauté de femmes… une toute petite communauté qui se voue à une vie de silence et même à une forme de pratique ‘d’emmurement volontaire’… en tous cas un retrait profond de la vie active et profane. Ce retrait serait allé jusqu’à l’effacement du lieu de méditation de toutes archives ou mémoire. La fin de cette vie érémitique se soldant, comme pour tout être Humain, par la mort, il devait bien falloir ensevelir ces personnes en terre sacrée. Une petite chapelle, un minuscule cimetière, un sanctuaire oublié de tous, pour une petite poignée de femmes ayant sans doute fait abandon de tous biens terrestres, ne peut intéresser personne pour exercer un pillage ou le moindre intérêt financier… La tranquillité assurée pour ces recluses !

Sainte Cécile… sainte patronne de l’harmonie

Il faut également se demander les raisons de ce choix de protectrice pour ce lieu. La sainte est honorée le 22 novembre et est devenue la patronne de la musique et des chants. Elle se voue à la chasteté et s’en confie à son promis, Valérien, en lui expliquant qu’un ange l’encourage dans sa virginité. Ce dernier doutant de ce propos exige de rencontrer l’ange. Le miracle se produit et le futur époux se convertit à son tour, ainsi que son frère, et demande au pape Urbain de célébrer cette noce ‘blanche’. Cette triple conversion se sait et le préfet de Rome, Almachius, exige que tous trois soient exécutés. Cécile fut mise dans une chaudière un jour et une nuit… mais son ange apparut, la rafraîchit et la sauva. Elle fut alors condamnée à être décapitée. Le bourreau s’y repris à trois fois, de manière extrêmement violente, mais ne put que la blesser. La loi romaine interdisant un quatrième coup de hache, elle fut emportée chez elle et agonisa trois jours et trois nuits avant que son âme soit conduite aux cieux par l’ange qui la protégeait. Elle serait patronne de la musique… de l’harmonie, dirons-nous, en raison du fait qu’elle serait allée à son martyre en chantant et accompagnée par l’hydraule, qui était une sorte d’orgue romain accompagnant habituellement les jeux de l’amphithéâtre et les combats de gladiateurs. On dit aussi qu’elle chanta les trois jours de son agonie, accompagnée du chant des anges et d’une céleste musique. Si elle est célébrée le 22 novembre, trois jours plus tard c’est la Sainte Catherine, représentée dans l’église St Michel de Périllos. Le proverbe allant avec cette dernière nous dit qu’à sa fête tout bois prend racine… un clin d’œil au fameux bois de la croix dont les seigneurs de Périllos auraient détenu le plus gros morceau d’Europe dans leur caveau ?
Nous retiendrons pour cette martyre, en résumé, une accentuation du refus du mariage au profit d’une chasteté et d’un refus des bruits de la vie… remplacés par ceux de l’harmonie. Notons également que les anges interviennent tout au long de la vie de la sainte et plus intensément lors de son supplice. A ceci, nous ajoutons la persistance du chiffre trois dans cette histoire : trois anges, trois martyrs, trois coups de hache, trois jours d’agonie au son de l’orgue (comme celui de la ‘Dame à la Licorne’ ?)… ce trois qui revient, aussi intense, dans la ‘chasse au Babaos’ du seigneur de Périllos. Ces images collent bien avec le symbolisme voulu pour ce couvent. Des femmes recluses fuyant (volontairement ou de force !) les rumeurs de la vie profane au bénéfice d’un retrait dans celle érémitique. Des femmes se consacrant aux louanges de Dieu. Des anges comme ceux, sans doute, sous le commandement de celui qui est leur chef céleste : St Michel… et ce trois cher aux légendaires de Périllos. La distance et l’oubli font le reste.

Le silence des Périllos sur leur royaume des morts

Cependant, pour revenir à notre sujet, on reste étonné que les Périllos aient accueilli ce genre de discrète communauté sur leur territoire sans jamais la mentionner ouvertement. Ils n’en feront jamais allusion dans leurs actes. Curieusement, nous savons cette existence par les actes de territoire des seigneurs de Vingrau et quelques autres textes notariés, comme ceux de Bernard Taillefer notamment. Ajoutons que la réciproque n’apparaît pas. On pourrait supposer, de fait, que les actes territoriaux des Périllos, s’ils mentionnent la source de ‘Génégal’ et ‘Lavallauriol’ sur ce secteur, évitent chaque fois de citer ce lieu. Cet étonnement peut aller grandissant car il ne devait y avoir aucune honte à abriter un couvent d’ermites féminins sur ses terres. A moins que ce frileux mais répété oubli n’ait une autre raison que ces seigneurs tiennent à occulter prudemment.
Tout simplement, nous pouvons envisager que ce choix d’occulter le lieu corresponde à une ultime marque de respect et de sécurité car nous avons toutes raisons de penser que les Périllos protégeaient, par ce silence… le sanctuaire des femmes de cette famille ! Ainsi, le choix de ces seigneurs s’était naturellement porté, pour abriter la mémoire féminine et enfantine des leurs, vers un couvent instauré sur leurs terres. Un couvent peu éloigné du donjon castral… un couvent cependant caché et sans activité ouverte au public… un couvent de religieuses recluses et érémitiques pouvant prier sans interruption pour les âmes de ces êtres ne pouvant trouver le grand sommeil dans le caveau des seigneurs sous l’église St Michel de Périllos.
Certes… on peut penser que ces éléments avancés ne peuvent permettre une affirmation sur ce sujet. Alors, il nous reste une ou deux choses à ajouter sur ce site. Par exemple, nous savons qu’une très belle bague a été retrouvée, par hasard, sur l’emplacement du sanctuaire. Ceux qui ont vu cette bague disent qu’il s’agit d’un anneau de seigneur… et l’ouvrage de François Roque en fait aussi mention en confirmant la description, en 1948 ! Sur le périmètre se trouve également un aven dans lequel nous avons commencé à descendre. Au bout de plusieurs mètres, le goulet est obstrué. Cependant, à mieux y regarder, nous voyons parfaitement que ce passage ne s’est pas bouché naturellement mais artificiellement. L’ouverture est, par contre, peu visible et nous l’avons trouvée par le plus pur des hasards. Nous pouvons admettre que si le passage a été comblé, ce n’est certainement pas par sécurité pour les animaux ou les humains… De plus, cet aven s’ouvre près des vestiges du petit bâtiment que nous pouvons supposer avoir été la chapelle ou un grand oratoire. Serions-nous là sur une nécropole ensevelie… confiée au domaine de la terre souterraine ? Notons que tous les détails correspondent au secret de la chapelle des seigneurs de Périllos dans le village : un aven, l’orientation au nord, une nécropole de la famille, un lieu de prière ou de recueillement… Mais ce n’est peut-être pas encore tout ! Plusieurs grottes se trouvent à flan du talweg longeant le couvent… comme autour de Périllos même. On sait que de nombreux vestiges s’y trouvent encore… comme des mobiliers funéraires anciens et moins anciens !

Du couvent Ste Cécile au pèlerinage de Ramon au Puits St Patrick ?

Mais il reste un ultime détail concernant, cette fois, les constructions de pierre en forme de ‘capitelles’ ou mieux encore… de cellules individuelles. Si leur toiture, sommet ou plafond, s’achève comme celle restant quasiment intacte, et pourquoi en douter, la forme globale qu’elles inspirent en rappelle à s’y méprendre une autre que nous connaissons un peu mieux. Il s’agit de la comparaison avec les masures représentées sur une très ancienne gravure d’un autre site réservé à des ermites… un autre site qu’a bien connu Ramon de Périllos lors de son pèlerinage au site Saint Patrick en Irlande, pour craintivement s’inquiéter du sort réservé à l’âme de son roi, Juan 1er ! Ce fameux pèlerinage dont il revient en affirmant que maintenant il sait sur ses terres « l’ouverture vers L’autre monde »… Là encore, il s’agissait d’un royaume des morts dont le sanctuaire de Périllos pouvait être une sorte de reflet des plus fidèles.
Pour conclure, depuis le début de nos travaux sur cette région, nous détenons, dans le registre de l’église St Michel, l’écrit d’un prêtre faisant mention d’une sorte de procession ponctuelle se rendant dans une grotte « Oursu » ou « Oursv ». Dans cette grotte se trouve une gravure dont le religieux trace un croquis malhabile : un calice d’où surgissent des points en forme de constellation de la Grande Ourse. Cette Grande Ourse qui, depuis des temps immémoriaux, montre par prolongement l’étoile Polaire… cette Polaire qui désespérément nous indique le point fixe… le Nord… le culte au nord, comme le montrait peut-être l’orientation voulue par les seigneurs de Périllos maintenant pour les quatre sanctuaires dont ils étaient les maîtres ! Nous aurions ici l’opposé féminin et sacré du caveau des hommes de cette famille… comme Marie la Magdaléenne fut cet opposé complémentaire en son temps. Mais, en ce cas, nous pourrions également nous demander si ce qu’avait découvert notre amie Mary Reid sur ‘l’interdit’ de l’ermitage de St Patrick n’avait pas un lien direct avec ce sanctuaire oublié !!!??? Ceci est-il une autre histoire ou une partie occultée de l’Histoire ? Nous espérons en faire part prochainement.

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André Douzet et Jean-Louis Moner