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Société Périllos ©

Le couvent Sainte Cécile de Périllos
(2ème partie) - Des grottes et un purgatoire

 

Nous avons pu voir dans notre première partie sur le couvent Sainte Cécile de Périllos qu’une extension, en forme d’antique sanctuaire, pouvait s’envisager depuis un aven ouvrant sur le site. De plus, il est évident que cette affaire est liée au royaume des morts ou plutôt… des mortes, devrions-nous dire. A ceci s’ajoute la forte probabilité qu’aucun enfant ne soit enseveli dans la crypte des seigneurs. Certes, vus de très loin, ces aspects peuvent présenter un désagréable aspect de misogynie accentuée ou d’élitisme de la part des maîtres de Périllos, ce qui pourrait se concevoir assez facilement. Cette situation aurait de quoi nous intriguer, ou nous insurger à effet rétroactif.

Les mines inconnues de Périllos

Cependant, nous disposons d’un précédent formidable, qui plus est se trouve situé dans l’extériorisation bien connue de l’affaire qui a conduit à ce couvent totalement oublié ou plus précisément ‘occulté’. Le choix de ce terme ne ressort pas d’un hasard ou facile jeu de mot, mais est bien celui de l’utilisation d’une sorte de charnière à double sens d’ouverture. Il est admissible, et nous en avons plusieurs preuves, que certains détails majeurs, concernant le passé de Périllos et surtout de ses terres, soient définitivement oubliés. Pour exemple, nous prendrons les emplacements miniers, quand ce n’est pas la simple existence des points d’exploitations, qui disparaissent totalement des archives et de la mémoire locale. En effet, nous savons que même la mairie, qui devrait pourtant au moins disposer d’archives des anciennes activités sur ses terres, ne dispose pas de la plus petite documentation sur le sujet. Rappelons pour mémoire que c’est la Société Périllos, tant discréditée maintenant, qui a apporté cet élément, sous la risée de monsieur le maire et de son secrétariat ce jour là. Comme dit le vieux proverbe : « Rira bien qui rira le dernier »… Le rire moqueur, contenu à grand’peine, s’est tout à coup effacé devant la consternation et les documents que nous venions de retrouver, là où les services communaux auraient pu aller s’en enquérir bien avant nous… aux Archives Départementales ! Dans ce service tout ce qu’il y a de plus officiel, il est difficile d’arguer une société secrète, des voleurs d’Eglise St Michel, des mythomanes. On peut tout au plus parler de chercheurs opiniâtres ou obstinés qui finissent par remettre à jour un document incontestable car simplement administratif, signé par monsieur le sous-préfet de l’époque ! Cet archive nous met, sans mystère aucun, devant le fait accompli qu’est celui de la disparition de toute autre forme d’archives concernant les emplacements miniers. A ce stade, nous allons résumer, au plus court, ce qu’est une exploitation minière de profondeur. Nous excluons les extractions de surface en raison du fait qu’elles ne peuvent être dissimulées, même après des siècles de travaux. Il nous reste les puits ou galeries de mines. Ces sites sont alors faciles à combler ou cacher. La nature, quelques années après, fait le reste.

De Périllos à Rennes-le-Château

Quoi qu’il en soit, nous considérons seulement la seconde catégorie et nous dirons que, sous quelque angle que ce soit, ces galeries ne sont rien d’autres que des entrées vers les entrailles de la terre… une ouverture vers ‘L’autre Monde’ disait Ramon de Périllos à son retour du Puits St Patrick en Irlande ancienne.
Et ce modèle, nous le connaissons dans son principe, en ce qui concerne l’aspect mortuaire de… Rennes-le-Château.
Effectivement, nous trouvons là une série de ressemblances qui ne peuvent, par leur quantité, être considérées comme une ou deux simples coïncidences :
- Un château local avec sa chapelle hors de la chemise castrale, comme à Périllos.
- Une crypte sous l’église, réservée aux seigneurs, comme à Périllos. Une église qui fut la chapelle castrale autrefois, comme à Périllos.
- Un caveau avec un réseau souterrain permettant de circuler d’un point à un autre ou d’évacuer la place, comme à Périllos.
- Une entrée cachée dans l’Eglise, comme à Périllos.
- Un emplacement réservé aux dames de la famille à l’extérieur de la crypte et dissimulé dans un cimetière près de l’ancienne chapelle, comme à Périllos.
- Mais aussi un ‘carré des anges’ réservé aux enfants, comme à Périllos.
- Un réseau hydraulique drainant ou à but de condamnation par submersion des galeries, comme à Périllos.
- Encore, ne dit-on pas qu’il y eut un couvent pour femmes dans la périphérie immédiate, ainsi que des fours à verre et mines ‘oubliées’… tout comme à Périllos ?
- Enfin, n’y eut-il pas une fin de la tradition des seuls seigneurs inhumés dans la crypte, après l’extinction de ces derniers… comme à Périllos ?
Certes, il est évident que, pour des raisons d’ancienneté chronologique, le ‘modèle’ ne puisse être que Périllos et Rennes la copie. En ce cas, l’abbé Bérenger Saunière s’est trouvé, par ses déductions ou sur ‘téléguidage’ extérieur, à propos de ces similitudes et finalités. Il en aurait alors accentué et souligné les analogies par le jeu de miroir d’une translation de son église, selon des données précises (jardin, calvaire et inversions), retrouvées inscrites à la fin de sa vie dans les détails de sa maquette ne pouvant que correspondre au territoire de Périllos. Si tel est le cas, le royaume des morts (et mortes) et un culte secret à effet de ces derniers ne pouvaient que se superposer sur impulsion extérieure et moyennant finances… Ce système pourtant tenu secret finit par ‘transpirer’ et fut improprement identifié comme un trafic de messes… mortuaires ! C’est ainsi que, peut-être, les femmes eurent une importance oubliée à la fois à Périllos comme à Rennes où, en 1705, une dame Delsol est «inhumée le trente et un du dit mois, dans l’église de ce lieu, au tombeau des Seigneurs qui est près du balustre». A ce moment, au XVIIIe siècle, la tradition est perdue, dénaturée ou totalement décadente. Il faudra le dernier sursaut de l’abbé Bigou pour que la dame d’Opoul soit inhumée selon la règle ancestrale des seigneurs de cette tradition… Ce sera la dernière et Saunière, comprenant le secret, en fera disparaître les derniers détails transmissibles autrement que par ses soins et sa maquette. 1724 et 1726 seront les dernières dates connues de l’ensevelissement d’hommes dans la crypte de Rennes… pendant qu’à ces époques les nouveaux seigneurs de Périllos, les Durban Gléon tenteront pitoyablement d’avoir leurs sépultures dans celles des initiés masculins de Périllos. Si, à Rennes, l’emplacement et surtout son mode d’accès restent accessibles et praticables, en échange, l’ultime sanctuaire funéraire de Périllos restera à jamais inviolé ou non profané par l’ennemi héréditaire : les barons français. Et ça, les prêtres de Rennes le savaient fort bien jusqu’à l’abbé Saunière qui, lui, en tira un substantiel profit. Pour en finir avec les corrélations, nous signalerons que, par le plus pur des hasards, nous trouvons aussi dans le dernier registre de l’église de Périllos (avant la Révolution) des actes concernant des Delsol et De Vernet… Tout comme nous retrouverons ces familles à Cadaquès (en Espagne), Lyon et en Beaujolais et Pilat en ce qui concerne les De Vernet… Mais nos grincheux de service auront tôt fait d’arguer la reprise d’activité de notre hasard habituel.

Sur une ligne droite sont quatre points

Mais il nous faut, à présent, retourner sur les terres de Périllos, dans le secteur du couvent Sainte Cécile.

La caune de Nanteil

Pour l’instant, nous consacrons cette suite à l’aspect souterrain de ce secteur. Nous avons vu que le site se trouve dans un périmètre riche en cavités de toutes sortes, des plus naturelles à celles remaniées par l’homme, parfois de curieuses manières comme nous allons le constater.
Tout d’abord, un peu de géométrie. On dit que le plus court chemin d’un point à un autre est la ligne droite. C’est donc cette ligne que nous allons suivre et qui se trouve axée est-ouest. Nous partons du couvent Ste Cécile et nous la terminerons sur un lieu du nom de ‘la Caune de la Nanteil’. Le survol, dans ce sens, passe à l’aplomb d’une grotte, ‘la Caune du Jaumatot’, dont le nom signifierait ‘Jacques’ ou ‘petit Jacques’. Ensuite, nous passons sur un point d’eau du nom de ‘Font des Bibès’… Certes, plusieurs fois, nous avons signalé notre méfiance à interpréter une ligne droite et les sites qu’elle peut héberger. En effet, il peut être dangereux de vouloir croire un alignement de sites comme une volonté humaine, sans preuves rigoureuses. Dans le cas présent, nous devons plus que jamais rester sur nos gardes car les sites de la source, et des deux grottes, sont le seul effet de la nature et non de celui des hommes. Cependant, il est possible que cette disposition naturelle, comme l’aven sous la chapelle de Périllos, n’ait pas échappé à l’Homme depuis des temps immémoriaux. De ce constat nous pouvons suggérer que les possesseurs du territoire aient eu conscience de cette providence, lui aient accordé un aspect sacré, et l’aient amplifiée en lui adjoignant à son extrémité ouest l’emplacement d’un sanctuaire antique … supplanté ensuite par un couvent de religieuses, celui de Sainte Cécile.
Nous allons visiter les deux grottes mais, auparavant, il faut considérer cette source en face de l’enclos ainsi que le ravin formé par le ‘Torrent du Roboul’ sur lequel ouvrent les deux cavités.

La source de Bibès

La caune de Jaumatot

La source de Bibès a t-elle donné son nom au ‘plateau de Bibès’, ou l’inverse, ou les deux sont-ils apparus simultanément ? Il est difficile de le dire dans l’état actuel de nos travaux. Cependant, ce nom ‘Bibès’ mérite un petit arrêt. Pour certains anciens bergers locaux, cela signifierait ‘fontaine d’eau vive’. Ce nom s’assimilerait à une racine ‘vive’ ou ‘vie’. Si le lien avec l’eau est ici tout à fait logique, une déclinaison plus profonde mérite notre attention. Ce toponyme sur les terres de Périllos se trouve également à Laroque, Perpignan et Espira de Conflent et serait fréquent en Catalogne du sud. En ce cas, il signifierait ‘endroit où l’on fait vivre des animaux ou des plantes’… définition qui correspondrait à la version des anciens bergers de Périllos. Cependant, nous allons plus loin en apprenant que, dans le Roussillon, ce nom serait à l’origine de deux villages - Vivès - en Vallespir et connus pour leur passé riche en oliveraies puisqu’il en est fait mention en 976. Cette ‘image’ de Bibès - Vivès liée à des oliviers ne peut nous échapper avec le Montouillé de Périllos, soit le mont des Oliviers… lieu où, de mémoire, il n’y eut jamais le moindre olivier ! Lien qui cependant nous ramène à la fameuse maquette de Saunière et au secret, enfoui en ces terres oubliées mais connu de l’Eglise… et donc au couvent des femmes de la famille de Périllos. Une chose est sûre, l'orthographe n'est pas catalane et se trouve sans doute francisée. La ‘version catalane’ serait Vives (prononcer ‘bibèss’). En racine catalane, Bibes, variante de Vives, renverrait au latin ‘vivas’ signifiant ‘que tu vives’! Ce terme s’appliquait pour un enfant en forme de souhait de longue vie. Utilisé en nom de baptême il était courant parmi les israélites ; Haïm = Hayîm = vie ! Nous serions, avec cette source, dans une dualité propre à ce genre de lieu à la fois mortuaire et de vie par le biais de la renaissance en un seul cycle symbolisé par l’écoulement de l’eau de vie. Cette source, encore vive il y a une trentaine d’années, a été saccagée lors des travaux de reboisement de ce secteur qui n’eut jamais de résineux à son origine mais seulement une garrigue. Ces deux remarques mériteraient quelques explications. Toujours est-il qu’à présent elle ne coule pratiquement plus. Ajoutons qu’elle est très ancienne puisqu’on la trouve mentionnée dans les relevés terriers du XVIIe siècle ! Ce XVIIe siècle qui précisément voit la fin du Roussillon Catalan, le départ des derniers seigneurs de Périllos et l’abandon du couvent… étrange hasard… étrange hasard. A ces essais d’interprétation, nous ajoutons la découverte d’une bague ‘de chevalier’ retrouvée sur le site religieux. Les informations récupérées sur ce bijou hors norme décrivent une bague massive, en or, surmontée d’une pierre. Or, en catalan, ‘Bisbe’ signifie évêque. Se pourrait-il qu’un prélat soit décédé sur le secteur de la source pour une obscure raison et ait été enseveli dans le couvent… puis sa sépulture retrouvée et saccagée, à l’époque de la Révolution par exemple ? Ou ne peut-on pas supposer la sépulture d’un évêque catalan, violée et pillée au moment où le secteur passe à la couronne de France et à ses gros barons… qui n’en étaient pas à une exaction sacrilège près ?!

Quant au ‘ravin de Roboul’, passant à proximité de cette source, il sert d’écoulement au torrent du même nom. Certes, en période de sécheresse, ce lit est à sec et on peut s’y déplacer sans problème. Cependant, ce qui nous intéresse, c’est précisément que l’eau de ce torrent, symbolisant le cycle infini de mort, de renaissance et de vie, prend sa source dans l’enclos du couvent Sainte Cécile ! Et c’est sur ce ravin que veillent deux grottes aménagées par l’homme depuis des temps lointains.

La Caune du Jaumatot

De ces dernières, la première, du nom de ‘Jaumatot’, est à moins de 400 mètres des bâtiments religieux. Il s’agit là d’une profonde cavité défendue par un mur extérieur percé d’un tableau de porte. Traditionnellement, ce genre d’aménagement serait une bergerie dans ce secteur. Si ceci est possible, les difficultés d’accès et la nature environnante ne laissent place qu’à un élevage de chèvres, le seul animal capable de se déplacer sur un sol si pentu et accidenté. Ajoutons que, dans cette cavité, on ne trouve aucun aménagement secondaire au passage, aucune ouverture de fenêtre ou d’équipement à l’intérieur. Il est donc envisageable qu’il s’agisse d’un simple abri abandonné.

La Caune de Nanteil

La seconde cavité est plus importante ; cependant, sans faire d’escalade, on ne peut y accéder que depuis le lit sec du torrent. On peut se demander quelle utilité pouvait avoir ce genre d’aménagement à cet endroit difficile d’accès, et quasiment impossible si le ravin est en eau. L’abri pour animaux, ici, n’est guère possible. Cette fois, seule une occupation humaine est plausible. Un mur épais protège l’ouverture naturelle ; cependant, à l’inverse de celui de ‘Jaumatot’ peu large et quasiment à l’intérieur du porche, celui-ci avance résolument et comportait un toit dont on distingue encore les ancrages de solives dans la falaise. Des ouvertures en meurtrière percent les trois façades de ce qu’on peut supposer comme étant un rez-de-jardin, un étage et un comble. A l’intérieur des vestiges, des réserves dans la paroi appareillée confirment l’existence d’un plancher pour les étages. Une première partie s’étend du premier mur à un second reposant sur une belle arche de pierres. Là encore, on peut voir une fenêtre et un tableau de passage d’un côté à l’autre.
De toute évidence, cet endroit a été installé pour que plusieurs hommes puissent y vivre, et visiblement pour surveiller facilement les trois côtés extérieurs en toute sécurité. Ces détails ont de quoi provoquer notre étonnement car aucun animal domestique ne peut arriver ici en troupeau. De plus, les grottes à usage de bergerie ne sont pas aménagées avec un tel luxe de détails faits pour y vivre avec un minimum de confort et autant de possibilités de s’y retrancher en force. C’est ainsi qu’une petite construction en maçonnerie se trouve à l’intérieur comme une sorte de forge, de fourneau ou de plan de travail ou de rangement surélevé. Cette sorte de ‘redoute’ ne peut surveiller que la falaise opposée, elle aussi tout aussi difficile d’accès… et le ravin du Roboul qui, en eau, interdit tout déplacement et, à sec, ne peut se pratiquer discrètement ou rapidement. La seule idée se dégageant de cet endroit est une inutilité proportionnellement inversée à la finition défensive de la construction…. Que pouvait surveiller, abriter ou défendre cette installation ? De l’intérieur de la cavité partent plusieurs galeries naturelles. Visiblement, ceux qui tentèrent de les explorer laissèrent pour compte de nombreux tessons de poteries de type médiéval et… plusieurs morceaux de verre coloré dont un comporte un rebord finement décoré de pâte de verre. Un silex noir (grattoir ?) est la découverte la plus récente ainsi que des éclats d’os et des dents. Ce dernier ensemble a été trouvé éparpillé, probablement après les récentes prospections anarchiques. Quelques monnaies ont également été récupérées. Elles datent de Napoléon Ier pour les plus récentes et du 13e siècle pour les plus anciennes. Actuellement, nous relevons différents graffiti, gravures et décors ornant les galeries. La profondeur où certaines de ces marques subsistent montre, à l’évidence, que ce ne sont ni des brebis ni des chèvres qui s’aventurèrent si loin dans les débuts de réseaux. Une suite de marques verticales disposées au début de la caverne se retrouve en décroissant à différents niveaux, essentiellement au moment de bifurcation. Il peut s’agir là d’un système de guidage simple pour suivre un cheminement et pas un autre. L’appareillage défensif servirait-il à protéger une galerie, un réseau, un sanctuaire oublié ? La suite de nos travaux de prospection nous le dira prochainement. La longueur des réseaux découverts récemment dans ce secteur souterrain permet de supposer un boyau naturel se déployant facilement sur près de cinq cents ou six cents mètres. En ce cas, selon la profondeur, cette distance permet de se trouver sous le secteur du couvent de Sainte Cécile… tout comme la galerie sous l’église St Michel de Périllos permet de circuler sur une distance suffisante pour échapper à la fureur d’assaillants ou de personnages mal intentionnés ou trop curieux. Ajoutons qu’il pourrait y avoir un étroit chemin d’accès par la droite du bâtiment. Enfin, il y a dans cette cavité une intense activité ‘de déblaiement’. Il y a encore quelques années, seule la première salle (depuis l’arche) était visible, alors qu’aujourd’hui un énorme travail de terrassement et de nettoyage est encore en cours comme le montrent certains détails sur place.

Avant le couvent… un purgatoire antique ?

On peut estimer, selon les documents de Vingrau, que le couvent des Périllos date au moins du XIIIe siècle. C’est à la fin du siècle suivant que Ramon de Périllos accomplit, en Irlande, son pèlerinage au puits St Patrick pour y retrouver l’âme de son roi Juan 1er, mort dans d’étranges circonstances. C’est un véritable événement pour l’époque et, depuis celui-ci, nous allons poser une question.

Le site, formant le but d’un pèlerinage long et pénible, a pour nom ‘Purgatoire’… Même si ce sanctuaire est placé sous l’autorité d’un évêque (comme celui de Sainte Cécile ?), il est géré essentiellement par des femmes jusqu’avant l’installation d’un rite chrétien avec l’arrivée de Saint Patrick sur ce… ‘Bout du monde’ ou ‘gueule de l’Enfer’! Notons que la présence féminine sur site sacré, comme celui-ci, est un lien direct avec les antiques oracles païens connus sous le nom ‘d’Initiation du Purgatoire’. Pour ce dernier, le rituel est assuré par des prêtresses, des religieuses, accomplissant les célèbres oracles. On trouve ce même schéma en Grèce mais aussi à Cuma, où le récipiendaire reste dans les entrailles du sanctuaire durant trois jours… comme à St Patrick ! Dans cet ermitage, le culte à usage des pèlerins est assuré par neuf ‘vierges’ réparties en une veuve et huit jeunes femmes. En Irlande et Ecosse, les ‘prêtresses’ occupent un sanctuaire qui doit se trouver à la fois proche et éloigné du roi, c'est-à-dire dans le pays où siège le monarque mais sur une île par exemple. Cette situation est exactement celle du couvent des Périllos. Et la similitude est accentuée par la présence d’une veuve, celle du seigneur défunt, ou de jeunes femmes, peut-être les filles de ce même seigneur. Le reste des ermites féminins du couvent est sans doute formé de religieuses ayant fait leurs vœux perpétuels sur place. Restant ainsi attachées à jamais à ce lieu, ces femmes peuvent tout y voir sans le moindre risque… même ce qui leur serait interdit en tout autre circonstance. Certains rites funéraires particuliers se déroulent obligatoirement sous terre, dans des cryptes ou caveaux… Avouons que le territoire de Périllos, particulièrement riche en cavités souterraines naturelles, se prête tout particulièrement à ce genre de cérémonies et à leurs obligations.

L’ouverture vers L’autre Monde ?

Nous voici donc à la question à nous poser. Il est tout à fait possible que les Périllos aient toujours su l’existence d’une sorte d’ermitage sur leur territoire. Un lieu dont ils avaient fait un sanctuaire pour les dépouilles des dames et enfants de leurs familles. Ce site très ancien qui, à l’origine, était un antique oracle… un Purgatoire avant la lettre. Et c’est peut-être cette suggestion qui pousse Ramon à initialiser définitivement la réactivation, ou création, d’un véritable Purgatoire sur ses terres, pour le seul et secret usage des siens. En ce cas, il faut supposer des officiants à cet effet… ce qui multiplie considérablement les risques de fuites vers l’extérieur, à moins qu’aient été sélectionnées des religieuses ‘recluses’ ou volontaires pour une vie érémitique. Et c’est sans doute ce qui dut se produire ici, en joignant l’utile (le cimetière des femmes et enfants) et, si on peut dire, l’agréable, sous la forme d’un Purgatoire initiatique à haut niveau. Peut-être est-ce à ce secteur que Ramon pensait en revenant de son long pèlerinage en disant « et maintenant je sais l’ouverture vers L’autre Monde ». Si cette hypothèse reste encore fragile, on ne peut pas cependant la rejeter entièrement. Nous retiendrons, pour mémoire, que les seigneurs de Périllos restent muets, ainsi que leurs archives, sur ce Couvent dont cependant les relevés topographiques garderont la mémoire ainsi que quelques actes concernant le territoire voisin de Vingrau. Il n’y avait rien de délicat ou d’inavouable, bien au contraire, dans le fait d’héberger un couvent de religieuses sur son territoire… A moins évidemment qu’une raison impérative impose cette conduite, une raison impérative comme l’aveu d’un rite qui plongerait ses obscures racines dans l’Antiquité païenne d’un oracle devenu… un Purgatoire ! Il est vrai également que les éléments disponibles expliquant le déroulement du rituel de l’un ou l’autre des deux cas… manquent cruellement de détails… tout comme le couvent de Sainte Cécile et ce que l’on abritait ou pratiquait !

Du Styx au roux sillon ?

Le torrent de Roboul prenant naissance sous le couvent et peut-être dans un des trois avens qui s’y trouvent peut également symboliser la rivière, le fleuve des morts, une sorte de Styx conduisant du Purgatoire au monde meilleur d’un Paradis ou mieux encore… L’autre Monde dont Ramon semble heureux et rassuré de savoir l’accès sur son territoire.
Pour conclure, nous ajoutons que cet ensemble, de plus en plus complexe (et nous ne sommes pas encore au bout de nos découvertes), se trouve à proximité du four à verre et d’un autre appareillage en forme de four, que nous avons retrouvé. Puisqu’il est question de four et d’un appareillage de fonderie peut-être destiné à un autre usage, nous signalerons que, sur le site du couvent, on ne trouve pas de minerai particulier parmi le calcaire d’origine. Par contre, on trouve de gros blocs de minerai de fer natif d’une inhabituelle épaisseur dans la construction des ‘cabanes’ érémitiques. Si l’aspect brun des veines ferreuses n’offre pas un effet décoratif des plus agréables, il perturbe une boussole au point où… elle perd le Nord. Cet effet était-il celui recherché pour influer d’une manière particulière sur ces femmes ? Etait-ce cette couleur rouille qui pouvait présenter un intérêt dont nous ignorons tout ?… Sauf que, sur certaines roches, le minerai de surface donne - comme on en trouve un très beau spécimen face à la Commanderie de Capoulet et Junac (visitée par Ramon de Périllos, grand maître de l’Ordre de Malte) - une sorte de sillon roux du plus bel effet rappelant à s’y méprendre la somptueuse chevelure rousse de Marie Madeleine dans l’église de RLC… ce modèle féminin par excellence de l’abnégation sans limite pour un seigneur dont elle sera témoin du retour d’un… bref purgatoire, ou autre monde, et dont l’issue de l’histoire s’est écrite au sein des cavités oubliées des terres de Périllos.

A suivre…

André Douzet
Remerciement à Christian pour les photos des Caunes.
Nous remercions aussi ‘Gellone’ pour son aide sur les subtilités du parler catalan, et les personnes nous ayant éclairé sur ces mêmes déclinaisons.