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Le
couvent Sainte Cécile de Périllos (2ème partie) - Des grottes et un purgatoire |
Nous
avons pu voir dans notre première partie sur le couvent Sainte Cécile
de Périllos qu’une extension, en forme d’antique sanctuaire,
pouvait s’envisager depuis un aven ouvrant sur le site. De plus, il
est évident que cette affaire est liée au royaume des morts
ou plutôt… des mortes, devrions-nous dire. A ceci s’ajoute
la forte probabilité qu’aucun enfant ne soit enseveli dans
la crypte des seigneurs. Certes, vus de très loin, ces aspects peuvent
présenter un désagréable aspect de misogynie accentuée
ou d’élitisme de la part des maîtres de Périllos,
ce qui pourrait se concevoir assez facilement. Cette situation aurait de
quoi nous intriguer, ou nous insurger à effet rétroactif.
Les
mines inconnues de Périllos
Cependant, nous disposons d’un précédent formidable, qui plus est se trouve situé dans l’extériorisation bien connue de l’affaire qui a conduit à ce couvent totalement oublié ou plus précisément ‘occulté’. Le choix de ce terme ne ressort pas d’un hasard ou facile jeu de mot, mais est bien celui de l’utilisation d’une sorte de charnière à double sens d’ouverture. Il est admissible, et nous en avons plusieurs preuves, que certains détails majeurs, concernant le passé de Périllos et surtout de ses terres, soient définitivement oubliés. Pour exemple, nous prendrons les emplacements miniers, quand ce n’est pas la simple existence des points d’exploitations, qui disparaissent totalement des archives et de la mémoire locale. En effet, nous savons que même la mairie, qui devrait pourtant au moins disposer d’archives des anciennes activités sur ses terres, ne dispose pas de la plus petite documentation sur le sujet. Rappelons pour mémoire que c’est la Société Périllos, tant discréditée maintenant, qui a apporté cet élément, sous la risée de monsieur le maire et de son secrétariat ce jour là. Comme dit le vieux proverbe : « Rira bien qui rira le dernier »… Le rire moqueur, contenu à grand’peine, s’est tout à coup effacé devant la consternation et les documents que nous venions de retrouver, là où les services communaux auraient pu aller s’en enquérir bien avant nous… aux Archives Départementales ! Dans ce service tout ce qu’il y a de plus officiel, il est difficile d’arguer une société secrète, des voleurs d’Eglise St Michel, des mythomanes. On peut tout au plus parler de chercheurs opiniâtres ou obstinés qui finissent par remettre à jour un document incontestable car simplement administratif, signé par monsieur le sous-préfet de l’époque ! Cet archive nous met, sans mystère aucun, devant le fait accompli qu’est celui de la disparition de toute autre forme d’archives concernant les emplacements miniers. A ce stade, nous allons résumer, au plus court, ce qu’est une exploitation minière de profondeur. Nous excluons les extractions de surface en raison du fait qu’elles ne peuvent être dissimulées, même après des siècles de travaux. Il nous reste les puits ou galeries de mines. Ces sites sont alors faciles à combler ou cacher. La nature, quelques années après, fait le reste.
De
Périllos à Rennes-le-Château
Quoi
qu’il en soit, nous considérons seulement la seconde catégorie
et nous dirons que, sous quelque angle que ce soit, ces galeries ne sont
rien d’autres que des entrées vers les entrailles de la terre…
une ouverture vers ‘L’autre Monde’ disait Ramon de Périllos
à son retour du Puits St Patrick en Irlande ancienne.
Et ce modèle, nous le connaissons dans son principe, en ce qui concerne
l’aspect mortuaire de… Rennes-le-Château.
Effectivement, nous trouvons là une série de ressemblances
qui ne peuvent, par leur quantité, être considérées
comme une ou deux simples coïncidences :
- Un château local avec sa chapelle hors de la chemise castrale, comme
à Périllos.
- Une crypte sous l’église, réservée aux seigneurs,
comme à Périllos. Une église qui fut la chapelle castrale
autrefois, comme à Périllos.
- Un caveau avec un réseau souterrain permettant de circuler d’un
point à un autre ou d’évacuer la place, comme à
Périllos.
- Une entrée cachée dans l’Eglise, comme à Périllos.
- Un emplacement réservé aux dames de la famille à
l’extérieur de la crypte et dissimulé dans un cimetière
près de l’ancienne chapelle, comme à Périllos.
- Mais aussi un ‘carré des anges’ réservé
aux enfants, comme à Périllos.
- Un réseau hydraulique drainant ou à but de condamnation
par submersion des galeries, comme à Périllos.
- Encore, ne dit-on pas qu’il y eut un couvent pour femmes dans la
périphérie immédiate, ainsi que des fours à
verre et mines ‘oubliées’… tout comme à
Périllos ?
- Enfin, n’y eut-il pas une fin de la tradition des seuls seigneurs
inhumés dans la crypte, après l’extinction de ces derniers…
comme à Périllos ?
Certes, il est évident que, pour des raisons d’ancienneté
chronologique, le ‘modèle’ ne puisse être que Périllos
et Rennes la copie. En ce cas, l’abbé Bérenger Saunière
s’est trouvé, par ses déductions ou sur ‘téléguidage’
extérieur, à propos de ces similitudes et finalités.
Il en aurait alors accentué et souligné les analogies par
le jeu de miroir d’une translation de son église, selon des
données précises (jardin, calvaire et inversions), retrouvées
inscrites à la fin de sa vie dans les détails de sa maquette
ne pouvant que correspondre au territoire de Périllos. Si tel est
le cas, le royaume des morts (et mortes) et un culte secret à effet
de ces derniers ne pouvaient que se superposer sur impulsion extérieure
et moyennant finances… Ce système pourtant tenu secret finit
par ‘transpirer’ et fut improprement identifié comme
un trafic de messes… mortuaires ! C’est ainsi que, peut-être,
les femmes eurent une importance oubliée à la fois à
Périllos comme à Rennes où, en 1705, une dame Delsol
est «inhumée le trente et un du dit mois, dans l’église
de ce lieu, au tombeau des Seigneurs qui est près du balustre».
A ce moment, au XVIIIe siècle, la tradition est perdue, dénaturée
ou totalement décadente. Il faudra le dernier sursaut de l’abbé
Bigou pour que la dame d’Opoul soit inhumée selon la règle
ancestrale des seigneurs de cette tradition… Ce sera la dernière
et Saunière, comprenant le secret, en fera disparaître les
derniers détails transmissibles autrement que par ses soins et sa
maquette. 1724 et 1726 seront les dernières dates connues de l’ensevelissement
d’hommes dans la crypte de Rennes… pendant qu’à
ces époques les nouveaux seigneurs de Périllos, les Durban
Gléon tenteront pitoyablement d’avoir leurs sépultures
dans celles des initiés masculins de Périllos. Si, à
Rennes, l’emplacement et surtout son mode d’accès restent
accessibles et praticables, en échange, l’ultime sanctuaire
funéraire de Périllos restera à jamais inviolé
ou non profané par l’ennemi héréditaire : les
barons français. Et ça, les prêtres de Rennes le savaient
fort bien jusqu’à l’abbé Saunière qui,
lui, en tira un substantiel profit. Pour en finir avec les corrélations,
nous signalerons que, par le plus pur des hasards, nous trouvons aussi dans
le dernier registre de l’église de Périllos (avant la
Révolution) des actes concernant des Delsol et De Vernet… Tout
comme nous retrouverons ces familles à Cadaquès (en Espagne),
Lyon et en Beaujolais et Pilat en ce qui concerne les De Vernet… Mais
nos grincheux de service auront tôt fait d’arguer la reprise
d’activité de notre hasard habituel.
Sur
une ligne droite sont quatre points
Mais
il nous faut, à présent, retourner sur les terres de Périllos,
dans le secteur du couvent Sainte Cécile.
La caune de Nanteil
Pour l’instant, nous consacrons cette suite à l’aspect
souterrain de ce secteur. Nous avons vu que le site se trouve dans un périmètre
riche en cavités de toutes sortes, des plus naturelles à celles
remaniées par l’homme, parfois de curieuses manières
comme nous allons le constater.
Tout d’abord, un peu de géométrie. On dit que le plus
court chemin d’un point à un autre est la ligne droite. C’est
donc cette ligne que nous allons suivre et qui se trouve axée est-ouest.
Nous partons du couvent Ste Cécile et nous la terminerons sur un
lieu du nom de ‘la Caune de la Nanteil’. Le survol, dans ce
sens, passe à l’aplomb d’une grotte, ‘la Caune
du Jaumatot’, dont le nom signifierait ‘Jacques’ ou ‘petit
Jacques’. Ensuite, nous passons sur un point d’eau du nom de
‘Font des Bibès’… Certes, plusieurs fois, nous
avons signalé notre méfiance à interpréter une
ligne droite et les sites qu’elle peut héberger. En effet,
il peut être dangereux de vouloir croire un alignement de sites comme
une volonté humaine, sans preuves rigoureuses. Dans le cas présent,
nous devons plus que jamais rester sur nos gardes car les sites de la source,
et des deux grottes, sont le seul effet de la nature et non de celui des
hommes. Cependant, il est possible que cette disposition naturelle, comme
l’aven sous la chapelle de Périllos, n’ait pas échappé
à l’Homme depuis des temps immémoriaux. De ce constat
nous pouvons suggérer que les possesseurs du territoire aient eu
conscience de cette providence, lui aient accordé un aspect sacré,
et l’aient amplifiée en lui adjoignant à son extrémité
ouest l’emplacement d’un sanctuaire antique … supplanté
ensuite par un couvent de religieuses, celui de Sainte Cécile.
Nous allons visiter les deux grottes mais, auparavant, il faut considérer
cette source en face de l’enclos ainsi que le ravin formé par
le ‘Torrent du Roboul’ sur lequel ouvrent les deux cavités.
La
source de Bibès
La
caune de Jaumatot
La
source de Bibès a t-elle donné son nom au ‘plateau de
Bibès’, ou l’inverse, ou les deux sont-ils apparus simultanément
? Il est difficile de le dire dans l’état actuel de nos travaux.
Cependant, ce nom ‘Bibès’ mérite un petit arrêt.
Pour certains anciens bergers locaux, cela signifierait ‘fontaine
d’eau vive’. Ce nom s’assimilerait à une racine
‘vive’ ou ‘vie’. Si le lien avec l’eau est
ici tout à fait logique, une déclinaison plus profonde mérite
notre attention. Ce toponyme sur les terres de Périllos se trouve
également à Laroque, Perpignan et Espira de Conflent et serait
fréquent en Catalogne du sud. En ce cas, il signifierait ‘endroit
où l’on fait vivre des animaux ou des plantes’…
définition qui correspondrait à la version des anciens bergers
de Périllos. Cependant, nous allons plus loin en apprenant que, dans
le Roussillon, ce nom serait à l’origine de deux villages -
Vivès - en Vallespir et connus pour leur passé riche en oliveraies
puisqu’il en est fait mention en 976. Cette ‘image’ de
Bibès - Vivès liée à des oliviers ne peut nous
échapper avec le Montouillé de Périllos, soit le mont
des Oliviers… lieu où, de mémoire, il n’y eut
jamais le moindre olivier ! Lien qui cependant nous ramène à
la fameuse maquette de Saunière et au secret, enfoui en ces terres
oubliées mais connu de l’Eglise… et donc au couvent des
femmes de la famille de Périllos. Une chose est sûre, l'orthographe
n'est pas catalane et se trouve sans doute francisée. La ‘version
catalane’ serait Vives (prononcer ‘bibèss’). En
racine catalane, Bibes, variante de Vives, renverrait au latin ‘vivas’
signifiant ‘que tu vives’! Ce terme s’appliquait pour
un enfant en forme de souhait de longue vie. Utilisé en nom de baptême
il était courant parmi les israélites ; Haïm = Hayîm
= vie ! Nous serions, avec cette source, dans une dualité propre
à ce genre de lieu à la fois mortuaire et de vie par le biais
de la renaissance en un seul cycle symbolisé par l’écoulement
de l’eau de vie. Cette source, encore vive il y a une trentaine d’années,
a été saccagée lors des travaux de reboisement de ce
secteur qui n’eut jamais de résineux à son origine mais
seulement une garrigue. Ces deux remarques mériteraient quelques
explications. Toujours est-il qu’à présent elle ne coule
pratiquement plus. Ajoutons qu’elle est très ancienne puisqu’on
la trouve mentionnée dans les relevés terriers du XVIIe siècle
! Ce XVIIe siècle qui précisément voit la fin du Roussillon
Catalan, le départ des derniers seigneurs de Périllos et l’abandon
du couvent… étrange hasard… étrange hasard. A
ces essais d’interprétation,
nous
ajoutons la découverte d’une bague ‘de chevalier’
retrouvée sur le site religieux. Les informations récupérées
sur ce bijou hors norme décrivent une bague massive, en or, surmontée
d’une pierre. Or, en catalan, ‘Bisbe’ signifie évêque.
Se pourrait-il qu’un prélat soit décédé
sur le secteur de la source pour une obscure raison et ait été
enseveli dans le couvent… puis sa sépulture retrouvée
et saccagée, à l’époque de la Révolution
par exemple ? Ou ne peut-on pas supposer la sépulture d’un
évêque catalan, violée et pillée au moment où
le secteur passe à la couronne de France et à ses gros barons…
qui n’en étaient pas à une exaction sacrilège
près ?!
Quant au ‘ravin de Roboul’, passant à proximité de cette source, il sert d’écoulement au torrent du même nom. Certes, en période de sécheresse, ce lit est à sec et on peut s’y déplacer sans problème. Cependant, ce qui nous intéresse, c’est précisément que l’eau de ce torrent, symbolisant le cycle infini de mort, de renaissance et de vie, prend sa source dans l’enclos du couvent Sainte Cécile ! Et c’est sur ce ravin que veillent deux grottes aménagées par l’homme depuis des temps lointains.
La
Caune du Jaumatot
De ces dernières, la première, du nom de ‘Jaumatot’, est à moins de 400 mètres des bâtiments religieux. Il s’agit là d’une profonde cavité défendue par un mur extérieur percé d’un tableau de porte. Traditionnellement, ce genre d’aménagement serait une bergerie dans ce secteur. Si ceci est possible, les difficultés d’accès et la nature environnante ne laissent place qu’à un élevage de chèvres, le seul animal capable de se déplacer sur un sol si pentu et accidenté. Ajoutons que, dans cette cavité, on ne trouve aucun aménagement secondaire au passage, aucune ouverture de fenêtre ou d’équipement à l’intérieur. Il est donc envisageable qu’il s’agisse d’un simple abri abandonné.
La
Caune de Nanteil
La
seconde cavité est plus importante ; cependant, sans faire d’escalade,
on ne peut y accéder que depuis le lit sec du torrent. On peut se
demander quelle utilité pouvait avoir ce genre d’aménagement
à cet endroit difficile d’accès, et quasiment impossible
si le ravin est en eau. L’abri pour animaux, ici, n’est guère
possible. Cette fois, seule une occupation humaine est plausible. Un mur
épais protège l’ouverture naturelle ; cependant, à
l’inverse de celui de ‘Jaumatot’ peu large et quasiment
à l’intérieur du porche, celui-ci avance résolument
et comportait un toit dont on distingue encore les ancrages de solives dans
la falaise. Des ouvertures en meurtrière percent les trois façades
de ce qu’on peut supposer comme étant un rez-de-jardin, un
étage et un comble. A l’intérieur des vestiges, des
réserves dans la paroi appareillée confirment l’existence
d’un plancher pour les étages. Une première partie s’étend
du premier mur à un second reposant sur une belle arche de pierres.
Là encore, on peut voir une fenêtre et un tableau de passage
d’un côté à l’autre.
De toute évidence, cet endroit a été installé
pour que plusieurs hommes puissent y vivre, et visiblement pour surveiller
facilement les trois côtés extérieurs en toute sécurité.
Ces détails ont de quoi provoquer notre étonnement car aucun
animal domestique ne peut arriver ici en troupeau. De plus, les grottes
à usage de bergerie ne sont pas aménagées avec un tel
luxe de détails faits pour y vivre avec un minimum de confort et
autant de possibilités de s’y retrancher en force. C’est
ainsi qu’une petite construction en maçonnerie se trouve à
l’intérieur comme une sorte de forge, de fourneau ou de plan
de travail ou de rangement surélevé. Cette sorte de ‘redoute’
ne peut surveiller que la falaise opposée, elle aussi tout aussi
difficile d’accès… et le ravin du Roboul qui, en eau,
interdit tout déplacement et, à sec, ne peut se pratiquer
discrètement ou rapidement. La seule idée se dégageant
de cet endroit est une inutilité proportionnellement inversée
à la finition défensive de la construction…. Que pouvait
surveiller, abriter ou défendre cette installation ? De l’intérieur
de la cavité partent plusieurs galeries naturelles. Visiblement,
ceux qui tentèrent de les explorer laissèrent pour compte
de nombreux tessons de poteries de type médiéval et…
plusieurs morceaux de verre coloré dont un comporte un rebord finement
décoré de pâte de verre. Un silex noir (grattoir ?)
est la découverte la plus récente ainsi que des éclats
d’os et des dents. Ce dernier ensemble a été trouvé
éparpillé, probablement après les récentes prospections
anarchiques. Quelques monnaies ont également été récupérées.
Elles datent de Napoléon Ier pour les plus récentes et du
13e siècle pour les plus anciennes. Actuellement, nous relevons différents
graffiti, gravures et décors ornant les galeries. La profondeur où
certaines de ces marques subsistent montre, à l’évidence,
que ce ne sont ni des brebis ni des chèvres qui s’aventurèrent
si loin dans les débuts de réseaux. Une suite de marques verticales
disposées au début de la caverne se retrouve en décroissant
à différents niveaux, essentiellement au moment de bifurcation.
Il peut s’agir là d’un système de guidage simple
pour suivre un cheminement et pas un autre. L’appareillage défensif
servirait-il à protéger une galerie, un réseau, un
sanctuaire oublié ? La suite de nos travaux de prospection nous le
dira prochainement. La longueur des réseaux découverts récemment
dans ce secteur souterrain permet de supposer un boyau naturel se déployant
facilement sur près de cinq cents ou six cents mètres.
En
ce cas, selon la profondeur, cette distance permet de se trouver sous le
secteur du couvent de Sainte Cécile… tout comme la galerie
sous l’église St Michel de Périllos permet de circuler
sur une distance suffisante pour échapper à la fureur d’assaillants
ou de personnages mal intentionnés ou trop curieux. Ajoutons qu’il
pourrait y avoir un étroit chemin d’accès par la droite
du bâtiment. Enfin, il y a dans cette cavité une intense activité
‘de déblaiement’. Il y a encore quelques années,
seule la première salle (depuis l’arche) était visible,
alors qu’aujourd’hui un énorme travail de terrassement
et de nettoyage est encore en cours comme le montrent certains détails
sur place.
Avant
le couvent… un purgatoire antique ?
On peut estimer, selon les documents de Vingrau, que le couvent des Périllos date au moins du XIIIe siècle. C’est à la fin du siècle suivant que Ramon de Périllos accomplit, en Irlande, son pèlerinage au puits St Patrick pour y retrouver l’âme de son roi Juan 1er, mort dans d’étranges circonstances. C’est un véritable événement pour l’époque et, depuis celui-ci, nous allons poser une question.
Le site, formant le but d’un pèlerinage long et pénible, a pour nom ‘Purgatoire’… Même si ce sanctuaire est placé sous l’autorité d’un évêque (comme celui de Sainte Cécile ?), il est géré essentiellement par des femmes jusqu’avant l’installation d’un rite chrétien avec l’arrivée de Saint Patrick sur ce… ‘Bout du monde’ ou ‘gueule de l’Enfer’! Notons que la présence féminine sur site sacré, comme celui-ci, est un lien direct avec les antiques oracles païens connus sous le nom ‘d’Initiation du Purgatoire’. Pour ce dernier, le rituel est assuré par des prêtresses, des religieuses, accomplissant les célèbres oracles. On trouve ce même schéma en Grèce mais aussi à Cuma, où le récipiendaire reste dans les entrailles du sanctuaire durant trois jours… comme à St Patrick ! Dans cet ermitage, le culte à usage des pèlerins est assuré par neuf ‘vierges’ réparties en une veuve et huit jeunes femmes. En Irlande et Ecosse, les ‘prêtresses’ occupent un sanctuaire qui doit se trouver à la fois proche et éloigné du roi, c'est-à-dire dans le pays où siège le monarque mais sur une île par exemple. Cette situation est exactement celle du couvent des Périllos. Et la similitude est accentuée par la présence d’une veuve, celle du seigneur défunt, ou de jeunes femmes, peut-être les filles de ce même seigneur. Le reste des ermites féminins du couvent est sans doute formé de religieuses ayant fait leurs vœux perpétuels sur place. Restant ainsi attachées à jamais à ce lieu, ces femmes peuvent tout y voir sans le moindre risque… même ce qui leur serait interdit en tout autre circonstance. Certains rites funéraires particuliers se déroulent obligatoirement sous terre, dans des cryptes ou caveaux… Avouons que le territoire de Périllos, particulièrement riche en cavités souterraines naturelles, se prête tout particulièrement à ce genre de cérémonies et à leurs obligations.
L’ouverture
vers L’autre Monde ?
Nous
voici donc à la question à nous poser. Il est tout à
fait possible que les Périllos aient toujours su l’existence
d’une sorte d’ermitage sur leur territoire. Un lieu dont ils
avaient fait un sanctuaire pour les dépouilles des dames et enfants
de leurs familles. Ce site très ancien qui, à l’origine,
était un antique oracle… un Purgatoire avant la lettre. Et
c’est peut-être cette suggestion qui pousse Ramon à initialiser
définitivement la réactivation, ou création, d’un
véritable Purgatoire sur ses terres, pour le seul et secret usage
des siens. En ce cas, il faut supposer des officiants à cet effet…
ce qui multiplie considérablement les risques de fuites vers l’extérieur,
à moins qu’aient été sélectionnées
des religieuses ‘recluses’ ou volontaires pour une vie érémitique.
Et c’est sans doute ce qui dut se produire ici, en joignant l’utile
(le cimetière des femmes et enfants) et, si on peut dire, l’agréable,
sous la forme d’un Purgatoire initiatique à haut niveau. Peut-être
est-ce à ce secteur que Ramon pensait en revenant de son long pèlerinage
en disant « et maintenant je sais l’ouverture vers L’autre
Monde ». Si cette hypothèse reste encore fragile, on ne peut
pas cependant la rejeter entièrement. Nous retiendrons, pour mémoire,
que les seigneurs de Périllos restent muets, ainsi que leurs archives,
sur ce Couvent dont cependant les relevés topographiques garderont
la mémoire ainsi que quelques actes concernant le territoire voisin
de Vingrau. Il n’y avait rien de délicat ou d’inavouable,
bien au contraire, dans le fait d’héberger un couvent de religieuses
sur son territoire… A moins évidemment qu’une raison
impérative impose cette conduite, une raison impérative comme
l’aveu d’un rite qui plongerait ses obscures racines dans l’Antiquité
païenne d’un oracle devenu… un Purgatoire ! Il est vrai
également que les éléments disponibles expliquant le
déroulement du rituel de l’un ou l’autre des deux cas…
manquent cruellement de détails… tout comme le couvent de Sainte
Cécile et ce que l’on abritait ou pratiquait !
Du
Styx au roux sillon ?
Le
torrent de Roboul prenant naissance sous le couvent et peut-être dans
un des trois avens qui s’y trouvent peut également symboliser
la rivière, le fleuve des morts, une sorte de Styx conduisant du
Purgatoire au monde meilleur d’un Paradis ou mieux encore… L’autre
Monde dont Ramon semble heureux et rassuré de savoir l’accès
sur son territoire.
Pour conclure, nous ajoutons que cet ensemble, de plus en plus complexe
(et nous ne sommes pas encore au bout de nos découvertes), se trouve
à proximité du four à verre et d’un autre appareillage
en forme de four, que nous avons retrouvé. Puisqu’il est question
de four et d’un appareillage de fonderie peut-être destiné
à un autre usage, nous signalerons que, sur le site du couvent, on
ne trouve pas de minerai particulier parmi le calcaire d’origine.
Par contre, on trouve de gros blocs de minerai de fer natif d’une
inhabituelle épaisseur dans la construction des ‘cabanes’
érémitiques. Si l’aspect brun des veines ferreuses n’offre
pas un effet décoratif des plus agréables, il perturbe une
boussole au point où… elle perd le Nord. Cet effet était-il
celui recherché pour influer d’une manière particulière
sur ces femmes ? Etait-ce cette couleur rouille qui pouvait présenter
un intérêt dont nous ignorons tout ?… Sauf que, sur certaines
roches, le minerai de surface donne - comme on en trouve un très
beau spécimen face à la Commanderie de Capoulet et Junac (visitée
par Ramon de Périllos, grand maître de l’Ordre de Malte)
- une sorte de sillon roux du plus bel effet rappelant à s’y
méprendre la somptueuse chevelure rousse de Marie Madeleine dans
l’église de RLC… ce modèle féminin par
excellence de l’abnégation sans limite pour un seigneur dont
elle sera témoin du retour d’un… bref purgatoire, ou
autre monde, et dont l’issue de l’histoire s’est écrite
au sein des cavités oubliées des terres de Périllos.
A suivre…
André
Douzet et Jean-Louis Moner
Remerciement à Christian pour les photos des Caunes.
Nous remercions aussi ‘Gellone’ pour son aide sur les subtilités
du parler catalan, et les personnes nous ayant éclairé sur
ces mêmes déclinaisons.