Plan du site | Recherche | Forums | Publications | Actualités
La
Rabary et l’étrange… « retour à la terre de Ste Croix » |

La
ferme numéro 13
La Rabary... et la fenêtre de vue sur Jurieu et Marlin
Si
l’étrange ferme de la Rabary entrait dans l’histoire
insolite de Ste Croix et de ses mystères, elle nous semblait, après
ses avatars, s’endormir à jamais sur ses secrets. Le temps
s’est écoulé depuis le 17ème siècle et
les travaux de Polycarpe de la Rivière. La ferme numéro treize
des chartreux de Ste Croix, peu à peu délaissée…
s’assoupit lentement dans l’oubli habituel des choses. Trop
éloignée des routes, mal desservie, elle est passée
au rang de grange, de bergerie, puis de ruines. Complètement abandonnée,
c’est dans un triste état qu’elle se trouve aujourd’hui.
Le 29 juillet 1676, ce domaine est mentionné, dans l'aveu et le dénombrement
de rentes de la Chartreuse de Ste Croix, sous le titre de "grange".
Nous retrouvons d'autres écrits et actes antérieurs à
cette date, dont des documents de fermages, signés de Polycarpe de
la Rivière et du Prieur Duplessis...
Les heures sombres de la Révolution n’arrangent rien à
la situation des bâtiments et du lot de terres attenantes, implantés
en cours de pente de la montagne. Cependant, très curieusement, à
cette époque, se déroule un événement qui aurait
pu avoir des conséquences dramatiques. Au dessus, en amont de la
ferme, se trouvait une sorte de plateau apparemment artificiel. Ce curieux
aménagement, visiblement de main d’homme, semblait remonter
à des temps immémoriaux. Cette avancée de terre constituait
la retenue d’eau d’une sorte de lagune alimentée par
une source captée plus haut dans la forêt.
Que
d’eau !
Cette
installation semblait toutefois incongrue par le fait que la source était
à grand débit alors que plus bas, la ferme de la Rabary disposait
de deux puits profonds et d’un bief qui, de mémoire d’homme,
ne semblait jamais se tarir. Ajoutons sur le sujet que cette région
est extrêmement riche en eau… au point que le barrage de Couzon,
en contre-bas de la Rabary, alimente la vallée du Gier depuis la
conquête romaine à nos jours sans défaillance.
Apparemment, cette retenue d’eau, bien construite et renforcée
par un épais muret de pierres (dont on retrouve quelques vestiges
dans les fourrés), ne semblait pas sujette au délabrement
ou à une faiblesse quelconque en raison de sa largeur importante
et arc-boutée. L’usage de cette lagune n’apparaît
pas clairement et on peut supposer, peut-être, une sorte de vivier…
inutile, tant la rivière de la vallée était poissonneuse.
Certes, les écrits mentionnent, sur la retenue, l’existence
d’un four et d’une remise qui, là encore, font double
usage avec le four dans la cour intérieure de la ferme forte.
Chronique
d’une catastrophe annoncée
Quelques
mois avant l’embrasement révolutionnaire, toute une partie
des terres de cette butte artificielle a été emportée
dans un glissement de terrain avec le four et la remise. Le flot de terre,
de ruines et d’eau boueuse s’écrasa contre les murs arrières
de la ferme de la Rabary… faisant plus de peur que de mal.
La seule dégradation remarquée fut l’encombrement des
terres sous la ferme et la disparition irrémédiable de la
réserve d’eau. Certaines personnes dirent que cette catastrophe
aurait pu être volontaire, car dans ce qui restait de la remise et
du four, aurait été retrouvés les vestiges d’une
sorte de vanne pouvant libérer l’eau… dans l’épaisseur
du remblais et des murs de soutien. Un tel mécanisme ne pouvait qu’avoir
un effet dévastateur, assez lent cependant, sur une large portion
de la retenue. Certes, ce qu’il restait encore vers 1960 permettait
d’admettre cette hypothèse de sabordage volontaire. Cependant,
si le système engageait inexorablement la destruction des lagunes,
le torrent de boue ne pouvait être suffisamment puissant pour emporter
aussi la ferme de la Rabary. Si toutefois il s’agit d’un acte
réfléchi et volontaire, on peut se demander quelles pouvaient
en être les raisons. Il n’y eut jamais de réponse…
Cependant, une rumeur devenue légendaire expliquait que les chartreux
avaient compris que la Révolution signifiait la fin de toute une
longue histoire de la France. L’un d’entre eux, après
concertation, aurait eu l’ordre d’activer l’antique système
permettant de noyer, ou détruire, à jamais (ou presque) un
ou plusieurs éléments devant restés dans l’ombre
de l’oubli et du secret… En attendant, peut-être, une
récupération discrète par un ou deux pères chartreux
? Hypothèse audacieuse et peu probable si , en effet, un ou deux
chartreux n’étaient pas restés, en toute clandestinité,
cachés dans ce secteur un certain temps… avant de s’en
aller plusieurs mois après. ‘On’ prétend doctement,
pour répondre à cette théorie, immédiatement
et vertement, qualifiée de romanesque, que ces ‘pauvres chartreux’
ne sachant plus où aller seraient restés à errer tristement
dans le secteur jusqu’à disparaître sans que l’on
en sache plus…
La
lente dégradation
Le
1 juillet 1791, « La Rabary » est vendue en même temps
que les domaines de la Croix du Sud, et de la Chapey...
Le docteur Kosciakiewiez rachète cette propriété en
1869...revendue en 1894 à Monsieur Mêliez.
Ce qui reste des bâtiments et des terres, bien plus tard, appartiendra
à Madame Veuve Miallon... La Rabary est toujours restée à
usage de fermage.

Le
choix étrange d’un camp retranché
Pourtant,
dans les années 1940, tout peut basculer dans la tragédie...
La France est occupée et la Résistance s’active. A Rive-de-Gier
comme ailleurs on s'oppose à l'envahisseur.
Le réseau local reçoit l’ordre, de Londres, de recevoir,
puis d'héberger un groupe de hauts responsables recherchés
pour leurs activités de Résistants aussi héroïques
que discrètes…
Ils sont quatre: deux frères, leur soeur et leur mère. Visiblement
plusieurs caches très efficaces sont proposées. Pourtant,
curieusement, ils choisissent de s'installer à la Rabary. Sur eux,
sur leurs activités, nous sommes bien documentés; cependant,
dans un souci de respect de leur anonymat, leurs souvenirs et leurs épreuves
vécues, nous tairons jusqu'à leurs patronymes de Résistants...
Certains habitants de Rive-de-Gier, sans doute, reconnaîtront les
faits et leur véracité. Ce que nous pouvons dire, c'est qu'il
est curieux que leur choix se soit porté sur ce site pour se dissimuler:
bâtiments dégagés et bien visibles depuis la route sur
l’autre versant de la vallée. De plus, un chemin aménagé,
d'accès facile, permet d’approcher tranquillement jusqu’au
bâtiment pris dans un cul de sac ! Lorsqu’on connaît le
palmarès de ces Résistants, leur expérience, leurs
actions, leur intelligence et leur niveau culturel, on ne peut que rester
interloqué devant une telle décision suicidaire !
Résistance
et ésotérisme dans une ferme oubliée
Certes,
la vue est étendue tout autant depuis la ferme. Il est donc, en cas
de problèmes, facile de "décrocher" par les bois
derrière la ferme… Mais, à l’inverse, on peut
également se faire surprendre, en embuscade, depuis cette même
forêt touffue. Cependant, bien qu’il y ait eu d'autres points
de repli, nettement plus discrets et sûrs dans le massif du Pilat,
et les monts du Lyonnais... ces chefs de Résistance resteront ici
durant près de deux ans, terrés dans l'habitation de la ferme
transformée en un ultime camp retranché.
Ceux, et celles, qui les ravitaillent, finissent par mieux les connaître
et savent qu'ils sont résolus à rester ici jusqu'au sacrifice
de leurs vies.
Ces quatre Résistants sont-ils vraiment venus chercher ici un seul
refuge inexpugnable? Si ce fut, selon les ordres, le but avoué, il
semble toutefois qu'autre chose ait pu guider leur choix. Il s’agit
de personnes indiscutablement cultivées, instruites et même
très érudites. L'un ou l'une d'entre eux est professeur de
philosophie.
L’étrange
sujet de la chapelle des Fous et des roches de Marlin
On attend de ces ‘soldats de l’ombre’, une vision guerrière du retranchement et de leur action. Pourtant, contre toute attente, souvent en lieu et places d’armements et matériels de guerre… ils reçoivent du matériel de dessin ou de peinture à l'huile. De plus, ils se font expédier des ouvrages qui ne sont pas d'instruction militaire ou de maniement d'explosifs, mais... de symbolisme, accompagnés de plusieurs bulletins de liaison d'un mouvement de fraternité hermétique… que nous détenons aujourd'hui.

Au centre de la vue... les Roches de Marlin vues de la Rabary
Quant à la peinture, le sujet favori, reproduit plusieurs fois, est le paysage qu'ils ont dans l'axe de la fenêtre de leur retraite: Jurieu et la montagne de Marlin... Jurieu, dont nous avons déjà fait une approche avec les origines de la fondation de la chartreuse de Ste Croix-en-Jarez. Jurieu dont la vieille chapelle romane est appelée… « chapelle des Fous » sans que l’on ne sache trop pourquoi. Jurieu d’où part un antique chemin balisé de hautes pierres plantées conduisant au sommet de la montagne de Marlin. Le sommet de ce mont où s’achève le fameux chemin se trouve sous le vocable des ‘Roches de Marlin ou Merlin’… dont la pierre principale a pour nom ‘Pierre qui chante’ et sur laquelle nous reviendrons forcément dans un autre chapitre. Le thème à peindre est austère et sombre… peu réjouissant s’il est répété à l’infini. Que cherchaient dans cette démarche depuis la peinture ces quatre personnages de plus en plus étranges et armés ? Qu’espéraient-ils trouver comme action ou apaisement dans ce lourd paysage ? Nous ne le saurons sans doute jamais.
Une
inscription étrange
De
tous leurs travaux picturaux, heureusement, il resta un vestige.
En effet, l'un d'eux réalise une curieuse peinture murale sur tout
un mur de la cuisine de la ferme. Il s’agit d’une oeuvre insolite,
par le sujet et sa traduction à la verticale, dans cette ferme numéro
13 oubliée et discrète des anciens Pères Chartreux...
Le thème de ce travail important (trois mètres de long pour
plus de deux mètres de haut) semble précisé par un
court texte encore lisible, il y a quinze ans, à gauche de la scène:
« TRAVAUX MULTIPLES DU RETOUR A LA TERRE DE STE CROIX ». Des
personnages évoluent à l'intérieur de formes géométriques,
aux couleurs enchevêtrées tenues dans un cercle où évoluent
humains, animaux et végétaux...
Quels sont ces « travaux multiples du retour à la terre de
Ste Croix »? En quoi consistent-ils? Sont-ils "nombreux"
ou « multiples »? Et s'ils sont multiples, vis à vis
de quoi, de qui, pourquoi le sont -ils?
Revenons au contexte du moment... ces hommes et femmes traqués n'avaient-ils
pas autre chose dans leurs esprits, après leurs actions exceptionnelles?
Lorsqu'on regarde les lieux où ont vécu des Résistants
retranchés, on retrouve souvent des prénoms, des dates, des
gravures simples, des sentences, des emblèmes... en face desquels
on comprend les états d'âme de ces êtres humains confrontés
à des situations très éprouvantes, parfois sans autre
issue que la mort... Il semble émaner de la peinture de la Rabary
une impression tout autre que celle d'un groupe sur la défensive
et en danger constant... Ce retour à la terre ne semble pas être
à vocation agricole, écologique ou bucolique. Alors de quel
retour s'agit-il, pour, ou sur cette terre de Ste Croix? On peut admettre
une lassitude bien compréhensible après des actes héroïques
un peu trop répétés… On peut fort bien admettre,
en effet, que ces personnes, saturées de violences et d’horreurs,
aspirent à un peu de paix avec un… « retour à
la terre ».

Ce qu'il reste des peintures aujourd'hui
L’éternel
retour à Ste Croix ?
On
admettra, tout à fait, qu’il faille quelques travaux pour ce
retour. Peut-être des travaux sur soi-même ou des situations
précises au moment de la libération de notre pays. Dans un
tel contexte, il est parfaitement possible d’admettre ces ‘remarques’
en plusieurs morceaux isolés les uns des autres…
Mais il reste Sainte Croix à expliquer. Peut-être, effectivement,
dans un instant de nostalgie on peut supposer l’envie, après
les combats, de revenir à la terre de Ste Croix et d’en supposer
les contraintes, donc les travaux nécessaires. C’est bien admissible.
Seulement, ces quatre personnes viennent de très loin… de l’autre
bout de la France, et ont fait le choix de se ‘terrer’ ici.
Ils ne reviennent donc pas à Ste Croix… tout au plus ils y
viennent ! Il reste l’hypothèse qu’ils souhaitent, la
guerre finie, revenir à Ste Croix pour y faire de la culture, de
l’élevage… y vivre de la terre.
Dès l’armistice appris, ils resteront encore quelques jours
et repartiront sans bruits dans leur région d’origine, très
loin des confins du Jarez… Alors pourquoi ce choix souligné
de Ste Croix? De quel retour voulaient-ils faire état ? Quelle terre
de Ste Croix honoraient-ils par ces symboles et ces mots ? Et tout simplement
pourquoi ce choix de la ferme de la Rabary pour contenir ce message à
propos de Ste Croix ?
Ste Croix, Rabary, Kasary, Muse, Retour à la terre, les terres des
Pères Chartreux… où ont peut-être été
cachés, l'an 1788, certains dépôts ou des dépôts
certains ! Que nous reste t-il qui nous permette encore d'appréhender
un début d'hypothèse ??? Tout le travail est devant nous…
car un ultime détail a échappé à toutes recherches
et nous en disposons depuis peu.