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| Saint Félix Lauragais… l’alpha et l’oméga? |
Racines
cathares
Il
existe dans le département de la Haute Garonne, à la frontière
de l'Aude, une commune, certes touristique, peu connue (voire inconnue)
des chercheurs ‘RLCéens’, qui vaut un détour quasiment
obligé tant certains détails y fourmillent étonnamment
aux limites de l’énigme qui nous intéresse.
Il s’agit de St Félix de Lauragais dont le nom proviendrait
de St Félix, martyr espagnol du IIIe siècle. A la révolution,
le village sera arbitrairement rebaptisé Mont Félix, ou encore
‘Bellevue’… Un peu plus tard, après les fièvres
révolutionnaires, la commune retrouve son ancien toponyme. C’est
pourtant sous celui de St Félix de Caraman que cette importante bastide
commence son histoire médiévale pour, en 1921, devenir définitivement
St Félix-Lauragais. De tous temps, l’emplacement intéressa
l’homme qui depuis ses lointaines origines put contempler, comme nous
à présent, un impressionnant panorama embrassant le Canigou,
le Pic du Midi d’Ossau, le Sidobre et le mont Bugarach. Rien d’étonnant
si les troupes romaines puis wisigothes y établissent seigneurie
et bastide (ville fortifiée édifiée dans le sud de
la France du XIIe au XIVe siècle). Plus tard, cette région
a son heure d’opulence avec la production du pastel, à un point
tel que le secteur prend le nom de ‘pays de Cocagne’ ou encore
‘Triangle du Pastel’. Nous sommes ici aux portes du Haut Languedoc
parcouru par le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et au cœur du
système alimentant en eaux le célèbre Canal du Midi…
C’est cependant ce castel qui reçoit, en 1167, le premier concile
des Cathares qui se réunissent en un synode des plus importants.
L’événement fut suivi par de nombreux notables locaux
et présidé par le pape Bogomile Nicetas de l’église
dualiste de Constantinople, assisté par l’évêque
cathare de la France (du nord) et un chef des Cathares de Lombardie. Le
sujet principal de ce remarquable événement consistait sur
la façon de diviser le Sud de la France en évêchés,
nommer des évêques, et garantir que des Parfaits itinérants
s’occupent correctement de la région en répandant le
message cathare. « Après les Balkans, le Sud de la France »
est rapporté comme ayant été leur cri de ralliement.
La ville, donc, marque la première tentative de propagation structurée
de la foi cathare pour le Sud de la France. C’est hélas cette
entreprise qui est le premier prélude à la croisade albigeoise.
En 1244, le Catharisme pourtant bien organisé reçoit un coup
décisif et fatal après que de nombreux Parfaits soient arrêtés
suite au siège de Montségur. L’espoir de l’église
dualiste de convertir la France a donc irrémédiablement été
écrasé en moins d’un siècle.
Petite
visite d’un agréable village
Si
le point de vue est exceptionnel, le village lui-même est un remarquable
site touristique connu, certes, mais pas encore pris d’assaut par
les hordes de ‘recordmen’ du nombre de lieux à visiter
dans la journée sans plus d’attention que celle pour le…
‘timing’. Ce bourg, en échange d’un minimum d’attention,
offre un véritable voyage dans le temps, loin de tous les ‘Salveterra’
des Pyrénées Orientales. On laisse son véhicule sur
le parking en bas du village et on engage une promenade dans le passé
des lieux. Au cours de celle-ci, on imagine aisément les étapes
d’évolution architecturales du Moyen-âge à nos
jours, des moments de grande insécurité guerrière à
l’époque de la Renaissance où surgissent de plus grandes
ouvertures dans les constructions. La municipalité a visiblement
fait de gros efforts pour sauvegarder un style ‘à colombage’
d’origine, conférant au bourg son image ancienne et véritable
qui est également le berceau de nombreuses personnalités,
certes différentes, mais toutes remarquables, parmi lesquelles nous
trouvons Sicard Alaman (1210-1275) ministre du comte de Toulouse Raymond
VII… Pierre Duèze, décédé en 1326, frère
de Jacques Duèze, pape d’Avignon au XIVe siècle sous
le nom de Jean XXII… Guillaume de Nogaret (1260-1313) juriste français,
juge à la cour de Philippe le Bel ; il est sans doute la pièce
principale dans la disparition des Templiers. A ce propos, il fut traité
lors de ce procès inique de « fils et petit-fils de patarins
», c'est-à-dire hérétiques ou réformateurs…
Mathieu-Guillaume-Thérèse Villenave (1762-1846), célèbre
littérateur, journaliste, avocat, bibliophile et grand collectionneur
d'autographes (1762-1846)… Déodat de Séverac, auteur
de poèmes symphoniques sur les saisons… Nous arrêtons
là notre galerie de personnages connus historiquement du grand public
mais nous verrons un peu plus loin qu’elle s’agrémente
d’autres personnalités moins en lumière mais tout aussi
intéressantes, du moins pour nos travaux.
Nos pas nous conduisent ensuite d’une imposante commanderie du XIIIe
siècle, sur laquelle l’historique reste des plus chiches, jusqu’à
une halle typique des anciens marchés et foires d’antan. Cette
construction faite astucieusement de bois différents, chêne
pour les pièces verticales et pin pour les horizontales, présente
des particularités de toiture si exceptionnelles qu’elles ne
se retrouvent que sur les halles de Grenade et St Félix précisément.
Contre cet édifice se trouve une tour en forme de clocher, autrefois
le beffroi, qui doit également retenir notre regard. Une légende
raconte à son sujet qu’il renfermait, il y aurait bien longtemps,
une cloche sonnée à tout va, pour chasser plus les intempéries
que l’ennemi. Son efficacité aurait été telle
que l’armoirie de St Félix en est son thème principal
: une cloche ‘argent’ sur fond d’azur. Evidemment, un
tel emplacement sommital ne se conçoit pas sans son château
témoin du concile cathare de 1167 et de bien d’autres événements
moins soulignés par les chroniques touristiques et autres, comme
nous le verrons plus loin.
En attendant cette visite des plus surprenantes, nous revenons sur la place
du village où une très sympathique auberge propose hébergement
de qualité et délicieuses spécialités culinaires
locales parmi lesquelles le cassoulet tient toute sa place gourmande. Si
vous pouvez encore lever le nez de votre assiette, on s’aperçoit
que cette placette rappelle quelque peu la cour intérieure de la
Chartreuse de Ste-Croix-en-Jarez. Cette comparaison s’augmente d’un
modillon de façade comparable à l’une des têtes
contenues dans le réfectoire de cette Chartreuse du Pilat qui nous
est si chère.
…
et au milieu est une croix de fer forgé
Ce
détail dépassé, on s’arrête devant un calvaire
dont l’énorme socle de pierre porte une grande croix haute
de fer forgé (classée le 31-1-1927). Elle se présente,
pour le premier regard, dans une forme habituelle, exception faite d’un
coq perché à son sommet. Cependant, un regard légèrement
plus détaillé sur les ornements composant cette croix montre
clairement qu’elle est d’un d’intérêt dépassant
celui d’un rappel religieux habituel. En effet, elle trahit, par les
éléments la composant, son allégeance à…
la Sanch, le mouvement pénitentiaire qui conserve toujours une présence
proéminente dans le Sud de la France et dans le Nord de l’Espagne.
Coïncidence ? Certainement, diront nos sympathiques contestataires.
Mais alors, que devrons-nous faire du N inversé de l’INRI traditionnel,
qui pour quelques chercheurs ajoute l’indispensable piment à
la mixture instable qu’est le mystère de Rennes-le-Château
? Bien entendu, il est aisé de dire, en haussant les épaules,
qu’il ne s’agit que d’un détail dû à
la négligence ou la méconnaissance d’un forgeron d’occasion.
L’ennui, une fois de plus en la matière, est que la qualité
du travail de ferronnerie de ce monument est telle qu’il ne peut qu’être
l’œuvre d’un maître ferronnier dont les connaissances
éloignent l’idée d’un personnage illettré,
inculte et analphabète. Nous pouvons, une fois ces faits alignés,
penser que ce ‘N’ inversé est le fruit d’une réflexion
ou mieux encore d’une volonté allant selon une commande exigeant
que ce ‘détail’ mis à la vue de tous… et
donc imperceptible… devienne une balise à l’intention
de qui de droit, comme en de nombreux lieux et faits de l’affaire
sur laquelle nous travaillons.
Coïncidence
ou intentions?
Du
côté du calvaire, la rue prolongeant cette place nous conduit
directement devant le porche du vieux château. Certes remaniée
au fil des temps, la barbacane a encore son redoutable et dissuadant effet.
Aujourd’hui, le lieu est une superbe propriété privée
interdisant, dans le cadre d’une anodine promenade touristique, tout
espoir de visiter l’intérieur. Si nous restons sur notre faim
d’inconnus détails contenus dans les murs, ce que nous pouvons
en voir de l’extérieur permet de comprendre combien devait
être redoutable, et étendue, cette place forte.
Bien entendu, l’importance du château de Saint Félix
du Lauragais est soulignée dans les guides touristiques, et études
locales historiques, surtout par le fait qu’il représente le
dernier souvenir matériel du lieu où s’est déroulé
le premier concile cathare pour le Sud de la France. Si cet aspect est évidemment
non négligeable, il représente également, et surtout
dans le cas présent, l’endroit que l’entrepreneur Noël
Corbu achète, après avoir vendu la Villa Béthanie de
Rennes-le Château.
Très peu de personnes - sinon aucune - se sont profondément
penchées sur la vie et l’environnement de Corbu. L’opinion
habituelle est qu’il trouve la Villa Béthanie au hasard d’un
dominical pique-nique champêtre. Ensuite, si l’on est d’inclination
sceptique, il découvre, une fois installé à Rennes-le-Château,
le mystère du passé de ce village, de son histoire et de ses
curés… soit il commence à exploiter sa nouvelle propriété
en fonction de tout ce qu’elle représente et vaut. Il y a bien
sûr d’autres options comme, par exemple, que sa rencontre avec
le domaine de l’abbé Saunière n’est en rien le
fruit d’un hasard au gré d’une bucolique journée
de promenade avec sa petite famille… en ce point sensible du Razès.
Ne se dit-il pas que peut-être il avait une mission dont la première
partie aurait été précisément l’achat
de la Villa - peut-être « simplement » pour résoudre
le problème de sa propriétaire âgée, Marie Dénarnaud,
ne pouvant plus l’entretenir ou subvenir à ses besoins - ou
pour d’autres raisons moins… humanistes et un peu plus obscures.
Une autre théorie serait qu’il fut le premier vrai «
explorateur » du mystère, et qu’il pensait cette prise
de possession suffisante pour découvrir ce que précisément
le mystère pouvait être. Encore, il est possible que Marie,
à la fin de sa vie, lui confessant certaines choses, il s’engage
aussi discrètement que radicalement à trouver « la vérité
»… cette vérité, dont les traces suintent à
Rennes, sans qu’elle n’y ait jamais résidé. S’il
existe, effectivement, toute une panoplie de possibilités, il faut
bien reconnaître que la plupart d’entre elles sont à
peine explorées pour ne pas dire que jamais elles ne le furent vraiment.
Pour le moment, la question la plus importante, qu’il est nécessaire
de poser, est de savoir pourquoi après la vente de la Villa (et,
par exemple, pourquoi si rapidement?), il devient propriétaire du
château de Saint Félix. La raison est-elle simplement une opportunité
alléchante ?... Peut-être les Corbu voulaient-ils faire dans
la mondanité locale ?... Ou pourquoi ne pas envisager que cet achat
assez démesuré est partie intégrante d’une quête
ayant un lien étroit, mais secret, avec Rennes-le-Château ?
Petit
détour obligé par la religion
Une
ville comme St Félix du Lauragais ne peut s’entendre sans la
présence d’une impressionnante église (classée
aux M.H. le 8 juin 1920)… d’autant plus conséquente qu’on
peut la voir déjà de bien loin à la ronde. Evidemment,
cet édifice a Saint Félix pour patron et c’est ce personnage
qui donna son nom à cette ville. Ce prénom, qui signifie ‘heureux’
est celui de Félix de Gérone, mort vers 304. Ce saint espagnol
ne fait pas partie intégrante de la liste des « saints énigmatiques
» émaillant le mystère qui nous intéresse. Cependant,
en lisant simplement le panneau explicatif situé à l’entrée
de la nef, le visiteur apprend qu’il y aurait pour ce personnage un
lien avec Gérone puisqu’en effet, il est le premier saint patron
de la cité catalane. Nous ajouterons que Félix, selon certains,
était compagnon d’un Saturnin ayant subi son martyre dans la
ville de Toulouse, tiré par un taureau. Félix ne fut guère
mieux loti car c’est par une mule qu’il sera traîné
dans la ville de Gérone jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Les inconditionnels des Saintes Puelles apprécieront évidemment
l’étrange similitude d’instruments de martyre des deux
personnages permettant peut-être de comprendre que le site qui deviendra
St Félix en Lauragais fut, bien avant le Christianisme, sans doute
voué au culte de Saturne.
Jusqu’à il y a deux ans, ce détail serait resté
au rang d’anecdote et n’aurait pas eu de grandes répercussions
dans nos travaux. Il en est tout autrement aujourd’hui puisque Gérone
est la ville où, selon les informations découvertes par l’auteure
britannique Patrice Chaplin, Saunière avait certains intérêts
personnels. Des informations que cet auteure put découvrir, il apparaît
que le mystère de Saunière ne peut être l’affaire
d’un seul homme, mais celui exécuté de connivence au
sein d’un groupe secret de personnages de Gérone souhaitant
resté dans l’ombre. Après la parution de cet ouvrage,
il devient clair qu’une mystérieuse mouvance s’est créée
par le biais de l’étrange passé de cette ville. En effet,
ces influentes personnes, membres de la Sanch locale espagnole, créèrent
d’étroits liens entre Gérone et l’Archiconfrérie
de La Sanch de Perpignan, fondée par Vincent Ferrer au 15ème
siècle.
Ainsi, à l’éclairage de ces ‘hasards’, se
dessine la formidable coïncidence, si c’en est une, montrant
Corbu, après son séjour dans le domaine de l’abbé
Saunière à Rennes-le-Château, finissant par acquérir
le château de St Félix-Lauragais… Nous pouvons penser,
comme certains de nos détracteurs, que cet achat est le produit d’une
pure coïncidence puisque Noël Corbu, au cours de ses voyages à
travers la campagne française, pouvait avoir acquis des centaines
de châteaux ou domaines, tous sans la moindre signification…
Certes ! Cependant, l’ennui est que ce même Corbu décide
de s’installer précisément à Saint Félix
du Lauragais où plusieurs ‘détails élémentaires’
nous ramènent aux principes de la Sanch… et qui plus est dans
son château. Après tout, rien n’interdit de penser que
cette acquisition démesurée ne fut pas un acte parfaitement
calculé et prémédité?
Quant à l’église - élevée au rang de collégiale
pour le chapitre de chanoines fondé en 1317 par le pape JEAN XXII
- elle serait selon une légende disposée sur une antique crypte
dont l’obscure tradition affirme qu’elle abrite les dépouilles
de mystérieux seigneurs. Cependant, si un tel local souterrain existe
vraiment, et pourquoi en douter, on note que ce sanctuaire se trouve quasiment
contre le bâtiment et la propriété qui pouvaient être
l’ancienne énigmatique ‘commanderie’. Se pourrait-il
que ces détails du domaine de ‘sous-terre’ soient identiques
dans leur principe à ceux de Rennes-le-Château et ses anciens
seigneurs ? Bien entendu, tout ceci peut provoquer le ricanement de nos
sympathiques détracteurs évoquant que nous voyons l’étrange
à chacun de nos pas. En ce cas, pour maintenir l’hilarité,
nous soulignons que le puits disposé au pied de la tour-clocher a
42m de profondeur… Par cette dimension identique à la hauteur
du clocher, nous pouvons dire que cet amusant hasard montre que ce qui est
en haut est en bas et que souvent certaines vérités sortent
du puits pour s’élever au plus haut des nuées…
On ne quitte pas ce sanctuaire sans admirer un tableau représentant
le martyre de St Félix tiré par une mule dans les rues de
Gérone, ni accorder un temps d’arrêt méditatif
à l’émouvante et ancienne statue polychrome de la Vierge
portant haut l’enfant Jésus… ou encore rester perplexe
devant le lumineux spectacle résultant de rayons solaires passant
les verres colorés d’un vitrail du chœur pour offrir,
au passage du connaisseur, de superbes… pommes bleues… en toutes
saisons !
Le
château et les reflets de Rennes-le-Château
Si
on admet que certaines des informations fournies aux touristes peuvent être
incorrectement ou trop hâtivement lues, il apparaîtrait que
les origines du château soient wisigothiques. Il est donc toutefois
utile de préciser que ce fort se trouvait sur la colline voisine…
maintenant couronnée par un moulin à vent.
Si le château que nous voyons aujourd’hui au bout de l’éperon
rocheux du village est certes très ancien, il est bien celui qui
fut témoin du premier concile cathare. Cet événement
fut tenu ici, non seulement parce que la place est près de Toulouse,
mais également parce que le seigneur local est apparemment converti
au Catharisme et donc disposé à fournir un précieux
abri pour les importants chefs religieux de l’époque. De plus,
on se trouve ici à peu près à l’intersection
des trois futurs évêchés : Albi, Carcassonne, Toulouse.
Il est étonnant que tous les documents relatifs à cette fortification
avant le XIVe siècle aient disparu de la circulation des historiens.
A cette époque, le château est cédé par le second
fils de Philippe le Bel à Pierre Duèze. Ce dernier, frère
du pape Jean XXII, transforme l’austère bastion en un palais.
A ceci nous ajoutons que plusieurs gravures, ou graffiti, en formes de croix,
ornent certaines pierres des bâtiments du château. Certes, ceci
n’a rien de bien étrange ni remarquable si ce n’est le
fait qu’elles sont similaires à d’autres ornant les pierres
de l’église templière de Montsaunès et d’un
autre château, bien connu des ésotéristes templiers,
de la région du Beaujolais. Il s’agit de croix ‘à
boules’ ou a branches filiformes se finissant sur des triangles.
Quand Corbu en devient propriétaire, le château est une propriété
privée, quoiqu’au cours des deux dernières décades,
il soit enregistré au classement des Monuments Historiques. Bien
que le gros des bâtiments ne soit donc pas ouvert au public, des parties
du jardin le sont et permettent d’apprécier du regard l’importance
des corps parfaitement restaurés. Toutefois, seul l’appareillage
d’une partie de la poterne reste le plus ancien vestige accessible.
Pour le promeneur et le touriste d’occasion, la visite des jardins
reste un agréable moment de détente anodin. Pour le chercheur
venu ici pour se plonger sur les pas de la famille Corbu, après son
séjour à Rennes-le-Château, il en est tout autre. Par
exemple, dès l’entrée dans ce petit parc, la pensée
immédiate venant à l’esprit est que ce jardin ressemble
beaucoup à celui de la Villa Béthanie. L’emplacement
est situé au sommet d’une « falaise » autrefois
solidement fortifiée par de puissantes défenses… comme
à Rennes-le-Château. On trouve, dans le prolongement de cette
abrupte fin de plateau, un belvédère offrant un très
large panorama sur le paysage environnant… comme à Rennes-le-Château.
Certes, le coin le plus extrême du belvédère n’a
pas une ‘Tour Magdala’ mais présente des fondations circulaires
donc similaires à l’emprise du plan de sol de la Villa…
comme à Rennes-le-Château. Sous le belvédère
se trouve un puits remarquablement profond, sans doute d’origine ancienne
et sans doute, à un moment donné, le point d’eau principal
du château… comme, en quelque sorte, les citernes voulues par
l’abbé Saunière sous son belvédère de
Rennes-le-Château… Cependant, à bien considérer
cet intarissable point d’eau, vital pour une place forte assiégée,
on peut constater que son niveau reste bien supérieur au point bas
de la falaise… montrant par ce détail hydraulique que l’eau
remonte par pression naturelle à peu de profondeur pour le plateau…
comme à Rennes-le-Château.
Mais en dépit de ces similitudes avec le jardin de la Villa Béthanie,
on ne peut donner de signification vraiment concluante, et tous ces ‘détails’
ne pourraient guère être qu’une nostalgique raison parmi
celles expliquant pourquoi la famille Corbu tombe sous le charme d’un
château et d’un village évoquant leur époque à
Rennes-le-Château…
Vues
d’ensemble
Isaac
Ben Jacob, dans son étude de La Sanch, ses connotations magiques
avec les activités ésotériques de Bérenger Saunière,
souligne que le mont Bugarach était une montagne importante pour
ce prêtre. A ceci, nous ajouterons que Corbu vivait à Bugarach
avant d’acheter la Villa Béthanie. Selon Patrice Chaplin, certains
aspects de la vie cachée de Saunière peuvent avoir d’importantes
connotations magiques dans certaines de ses activités cachées
entre le Razès, Gérone et le Roussillon. Elle argumente que
la magie se concentrait essentiellement sur la plus haute montagne de la
région, le Canigou.
La table d’orientation sur le belvédère confirme que
la forme violine et distincte d’une montagne se dessinant nettement
à l’horizon n’est autre que l’imposant mont Bugarach,
avec en arrière-plan les sommets du Canigou, légèrement
à sa droite. Depuis ce superbe spectacle panoramique, on peut se
demander si la visibilité de ces collines depuis le château
était d’une certaine importance à une époque
dont nous avons oublié le contenu, et si pourtant ces détails
visuels importaient à Corbu… même si on peut considérer
ces raisons sur un plan simplement… sentimental.
Quête
Comme
nous le mentionnions plus avant, peu de personnes, pour ne pas dire aucune,
considérèrent que la possibilité de l’arrivée
de Corbu à Saint Félix du Lauragais, non seulement ne soit
pas un accident, mais bel et bien une étape importante parmi les
péripéties d’une quête entamée à
Rennes-le-Château, ou encore beaucoup plus tôt.
Si tel est le cas, les références à La Sanch et St
Félix ainsi connecté à Gérone, pourraient être
plus qu’une simple hasardeuse coïncidence. Egalement, il reste
encore cette persistante ombre énigmatique du château lui-même,
devant être vu comme un des plus importants symboles, dans le droit
fil de Montségur et des efforts cathares pour organiser une puissante
alternative à l’Eglise romaine sur le sol français.
Admettons un instant que le mystère de Rennes-le-Château, ou
de Saunière, soit en effet lié avec la religion. Dans cette
optique, l’axe majeur de pression de cette affaire aurait posé,
et poserait encore, une « menace » à cette religion (comme
certains l’argumentent). En ce cas, il est clair que ce qui arrive
en 1167 à Saint Félix de Lauragais est la preuve historique
évidente qu’une menace au Christianisme pouvait être
organisée, en dépit du fait qu’à la fin, elle
ait échoué. Cependant, si en première instance vous
ne parvenez pas à saisir certaines évidences dans tous ces
éléments, essayez encore et quelques surprises pourraient
bien survenir dans vos réflexions !
La
question récurrente reste à se demander si cette menace présente,
mais impalpable, ne fut pas le ‘domaine’ d’une couche
secrète d’une certaine société devenant peu à
peu « une société certaine » dans toute cette
affaire et ses ramifications semblant les plus éloignées.
Y avait-il quelque chose de caché, de connu ou connecté dans
le passé du château de St Félix pouvant efficacement
aider ou expliquer certaines choses à Corbu ?... et en ce cas
pouvant l’aider à trouver ou gagner de l’influence. Et
de cette nouvelle situation aller sans encombre là où Saunière
s’était rendu selon un plan mûrement établi par
ailleurs et sous autres impulsions… ou du moins qu’il planifiait
d’engager avant que la mort ne le fauche inexorablement après
avoir laissé une maquette géographique en forme de mémoire?
S’il peut sembler invraisemblable que Saint Félix détienne
quelques secrets, il est en échange probable d’assumer que
sous un petit village comme Rennes-le-Château quelque trésor
ou approchant soit caché, et ait été découvert
par Saunière… et pourtant ! S’il en était ainsi,
il pourrait alors être tout « simplement » envisageable
que Corbu ait acheté ce château pour sa signification historique,
une sorte de symbole oublié et sacré de ce qu’il fut…
un peu comme un genre de talisman ?
Enfin, à ce stade de notre réflexion sur le pouvoir…
et le vouloir, n’oublions pas que c’est Corbu qui oblige le
Vatican à subvenir aux moyens financiers indispensables à
l’éducation de ses enfants… Cet incroyable « marché
», ne l’oublions pas, fut négocié avec Roncalli,
le futur pape Jean XXIII, l’homme qui plus tard voudra réformer
le Christianisme avec « Vatican II », dont la première
concentration était la redéfinition et l’adaptation
du Christianisme aux temps modernes… et qui était bien sûr
un autre concile.
Filip Coppens & André Douzet
PS
de la rédaction : Au cours de notre visite, il nous a été
confié que parfois des visiteurs semblant spécialisés
sur certains aspects du passé s’enquéraient d’une
‘Joconde’. Devant l’étonnement de la personne interrogée,
ces ‘étranges visiteurs’ ne donnent pas plus d’information
sur cette étrange question. Nous serions reconnaissants à
quiconque pourrait nous renseigner sur cette… Joconde, sa légende
ou toutes traditions pouvant comporter ce ‘détail’ pour
le moins inattendu si loin des salles du Louvre…