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Société Périllos ©

Saint Félix Lauragais… l’alpha et l’oméga?

 

Racines cathares

Il existe dans le département de la Haute Garonne, à la frontière de l'Aude, une commune, certes touristique, peu connue (voire inconnue) des chercheurs ‘RLCéens’, qui vaut un détour quasiment obligé tant certains détails y fourmillent étonnamment aux limites de l’énigme qui nous intéresse.
Il s’agit de St Félix de Lauragais dont le nom proviendrait de St Félix, martyr espagnol du IIIe siècle. A la révolution, le village sera arbitrairement rebaptisé Mont Félix, ou encore ‘Bellevue’… Un peu plus tard, après les fièvres révolutionnaires, la commune retrouve son ancien toponyme. C’est pourtant sous celui de St Félix de Caraman que cette importante bastide commence son histoire médiévale pour, en 1921, devenir définitivement St Félix-Lauragais. De tous temps, l’emplacement intéressa l’homme qui depuis ses lointaines origines put contempler, comme nous à présent, un impressionnant panorama embrassant le Canigou, le Pic du Midi d’Ossau, le Sidobre et le mont Bugarach. Rien d’étonnant si les troupes romaines puis wisigothes y établissent seigneurie et bastide (ville fortifiée édifiée dans le sud de la France du XIIe au XIVe siècle). Plus tard, cette région a son heure d’opulence avec la production du pastel, à un point tel que le secteur prend le nom de ‘pays de Cocagne’ ou encore ‘Triangle du Pastel’. Nous sommes ici aux portes du Haut Languedoc parcouru par le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et au cœur du système alimentant en eaux le célèbre Canal du Midi… C’est cependant ce castel qui reçoit, en 1167, le premier concile des Cathares qui se réunissent en un synode des plus importants. L’événement fut suivi par de nombreux notables locaux et présidé par le pape Bogomile Nicetas de l’église dualiste de Constantinople, assisté par l’évêque cathare de la France (du nord) et un chef des Cathares de Lombardie. Le sujet principal de ce remarquable événement consistait sur la façon de diviser le Sud de la France en évêchés, nommer des évêques, et garantir que des Parfaits itinérants s’occupent correctement de la région en répandant le message cathare. « Après les Balkans, le Sud de la France » est rapporté comme ayant été leur cri de ralliement.
La ville, donc, marque la première tentative de propagation structurée de la foi cathare pour le Sud de la France. C’est hélas cette entreprise qui est le premier prélude à la croisade albigeoise. En 1244, le Catharisme pourtant bien organisé reçoit un coup décisif et fatal après que de nombreux Parfaits soient arrêtés suite au siège de Montségur. L’espoir de l’église dualiste de convertir la France a donc irrémédiablement été écrasé en moins d’un siècle.

Petite visite d’un agréable village

Si le point de vue est exceptionnel, le village lui-même est un remarquable site touristique connu, certes, mais pas encore pris d’assaut par les hordes de ‘recordmen’ du nombre de lieux à visiter dans la journée sans plus d’attention que celle pour le… ‘timing’. Ce bourg, en échange d’un minimum d’attention, offre un véritable voyage dans le temps, loin de tous les ‘Salveterra’ des Pyrénées Orientales. On laisse son véhicule sur le parking en bas du village et on engage une promenade dans le passé des lieux. Au cours de celle-ci, on imagine aisément les étapes d’évolution architecturales du Moyen-âge à nos jours, des moments de grande insécurité guerrière à l’époque de la Renaissance où surgissent de plus grandes ouvertures dans les constructions. La municipalité a visiblement fait de gros efforts pour sauvegarder un style ‘à colombage’ d’origine, conférant au bourg son image ancienne et véritable qui est également le berceau de nombreuses personnalités, certes différentes, mais toutes remarquables, parmi lesquelles nous trouvons Sicard Alaman (1210-1275) ministre du comte de Toulouse Raymond VII… Pierre Duèze, décédé en 1326, frère de Jacques Duèze, pape d’Avignon au XIVe siècle sous le nom de Jean XXII… Guillaume de Nogaret (1260-1313) juriste français, juge à la cour de Philippe le Bel ; il est sans doute la pièce principale dans la disparition des Templiers. A ce propos, il fut traité lors de ce procès inique de « fils et petit-fils de patarins », c'est-à-dire hérétiques ou réformateurs… Mathieu-Guillaume-Thérèse Villenave (1762-1846), célèbre littérateur, journaliste, avocat, bibliophile et grand collectionneur d'autographes (1762-1846)… Déodat de Séverac, auteur de poèmes symphoniques sur les saisons… Nous arrêtons là notre galerie de personnages connus historiquement du grand public mais nous verrons un peu plus loin qu’elle s’agrémente d’autres personnalités moins en lumière mais tout aussi intéressantes, du moins pour nos travaux.
Nos pas nous conduisent ensuite d’une imposante commanderie du XIIIe siècle, sur laquelle l’historique reste des plus chiches, jusqu’à une halle typique des anciens marchés et foires d’antan. Cette construction faite astucieusement de bois différents, chêne pour les pièces verticales et pin pour les horizontales, présente des particularités de toiture si exceptionnelles qu’elles ne se retrouvent que sur les halles de Grenade et St Félix précisément.
Contre cet édifice se trouve une tour en forme de clocher, autrefois le beffroi, qui doit également retenir notre regard. Une légende raconte à son sujet qu’il renfermait, il y aurait bien longtemps, une cloche sonnée à tout va, pour chasser plus les intempéries que l’ennemi. Son efficacité aurait été telle que l’armoirie de St Félix en est son thème principal : une cloche ‘argent’ sur fond d’azur. Evidemment, un tel emplacement sommital ne se conçoit pas sans son château témoin du concile cathare de 1167 et de bien d’autres événements moins soulignés par les chroniques touristiques et autres, comme nous le verrons plus loin.
En attendant cette visite des plus surprenantes, nous revenons sur la place du village où une très sympathique auberge propose hébergement de qualité et délicieuses spécialités culinaires locales parmi lesquelles le cassoulet tient toute sa place gourmande. Si vous pouvez encore lever le nez de votre assiette, on s’aperçoit que cette placette rappelle quelque peu la cour intérieure de la Chartreuse de Ste-Croix-en-Jarez. Cette comparaison s’augmente d’un modillon de façade comparable à l’une des têtes contenues dans le réfectoire de cette Chartreuse du Pilat qui nous est si chère.

… et au milieu est une croix de fer forgé

Ce détail dépassé, on s’arrête devant un calvaire dont l’énorme socle de pierre porte une grande croix haute de fer forgé (classée le 31-1-1927). Elle se présente, pour le premier regard, dans une forme habituelle, exception faite d’un coq perché à son sommet. Cependant, un regard légèrement plus détaillé sur les ornements composant cette croix montre clairement qu’elle est d’un d’intérêt dépassant celui d’un rappel religieux habituel. En effet, elle trahit, par les éléments la composant, son allégeance à… la Sanch, le mouvement pénitentiaire qui conserve toujours une présence proéminente dans le Sud de la France et dans le Nord de l’Espagne. Coïncidence ? Certainement, diront nos sympathiques contestataires. Mais alors, que devrons-nous faire du N inversé de l’INRI traditionnel, qui pour quelques chercheurs ajoute l’indispensable piment à la mixture instable qu’est le mystère de Rennes-le-Château ? Bien entendu, il est aisé de dire, en haussant les épaules, qu’il ne s’agit que d’un détail dû à la négligence ou la méconnaissance d’un forgeron d’occasion. L’ennui, une fois de plus en la matière, est que la qualité du travail de ferronnerie de ce monument est telle qu’il ne peut qu’être l’œuvre d’un maître ferronnier dont les connaissances éloignent l’idée d’un personnage illettré, inculte et analphabète. Nous pouvons, une fois ces faits alignés, penser que ce ‘N’ inversé est le fruit d’une réflexion ou mieux encore d’une volonté allant selon une commande exigeant que ce ‘détail’ mis à la vue de tous… et donc imperceptible… devienne une balise à l’intention de qui de droit, comme en de nombreux lieux et faits de l’affaire sur laquelle nous travaillons.

Coïncidence ou intentions?

Du côté du calvaire, la rue prolongeant cette place nous conduit directement devant le porche du vieux château. Certes remaniée au fil des temps, la barbacane a encore son redoutable et dissuadant effet. Aujourd’hui, le lieu est une superbe propriété privée interdisant, dans le cadre d’une anodine promenade touristique, tout espoir de visiter l’intérieur. Si nous restons sur notre faim d’inconnus détails contenus dans les murs, ce que nous pouvons en voir de l’extérieur permet de comprendre combien devait être redoutable, et étendue, cette place forte.
Bien entendu, l’importance du château de Saint Félix du Lauragais est soulignée dans les guides touristiques, et études locales historiques, surtout par le fait qu’il représente le dernier souvenir matériel du lieu où s’est déroulé le premier concile cathare pour le Sud de la France. Si cet aspect est évidemment non négligeable, il représente également, et surtout dans le cas présent, l’endroit que l’entrepreneur Noël Corbu achète, après avoir vendu la Villa Béthanie de Rennes-le Château.
Très peu de personnes - sinon aucune - se sont profondément penchées sur la vie et l’environnement de Corbu. L’opinion habituelle est qu’il trouve la Villa Béthanie au hasard d’un dominical pique-nique champêtre. Ensuite, si l’on est d’inclination sceptique, il découvre, une fois installé à Rennes-le-Château, le mystère du passé de ce village, de son histoire et de ses curés… soit il commence à exploiter sa nouvelle propriété en fonction de tout ce qu’elle représente et vaut. Il y a bien sûr d’autres options comme, par exemple, que sa rencontre avec le domaine de l’abbé Saunière n’est en rien le fruit d’un hasard au gré d’une bucolique journée de promenade avec sa petite famille… en ce point sensible du Razès. Ne se dit-il pas que peut-être il avait une mission dont la première partie aurait été précisément l’achat de la Villa - peut-être « simplement » pour résoudre le problème de sa propriétaire âgée, Marie Dénarnaud, ne pouvant plus l’entretenir ou subvenir à ses besoins - ou pour d’autres raisons moins… humanistes et un peu plus obscures. Une autre théorie serait qu’il fut le premier vrai « explorateur » du mystère, et qu’il pensait cette prise de possession suffisante pour découvrir ce que précisément le mystère pouvait être. Encore, il est possible que Marie, à la fin de sa vie, lui confessant certaines choses, il s’engage aussi discrètement que radicalement à trouver « la vérité »… cette vérité, dont les traces suintent à Rennes, sans qu’elle n’y ait jamais résidé. S’il existe, effectivement, toute une panoplie de possibilités, il faut bien reconnaître que la plupart d’entre elles sont à peine explorées pour ne pas dire que jamais elles ne le furent vraiment.
Pour le moment, la question la plus importante, qu’il est nécessaire de poser, est de savoir pourquoi après la vente de la Villa (et, par exemple, pourquoi si rapidement?), il devient propriétaire du château de Saint Félix. La raison est-elle simplement une opportunité alléchante ?... Peut-être les Corbu voulaient-ils faire dans la mondanité locale ?... Ou pourquoi ne pas envisager que cet achat assez démesuré est partie intégrante d’une quête ayant un lien étroit, mais secret, avec Rennes-le-Château ?

Petit détour obligé par la religion

Une ville comme St Félix du Lauragais ne peut s’entendre sans la présence d’une impressionnante église (classée aux M.H. le 8 juin 1920)… d’autant plus conséquente qu’on peut la voir déjà de bien loin à la ronde. Evidemment, cet édifice a Saint Félix pour patron et c’est ce personnage qui donna son nom à cette ville. Ce prénom, qui signifie ‘heureux’ est celui de Félix de Gérone, mort vers 304. Ce saint espagnol ne fait pas partie intégrante de la liste des « saints énigmatiques » émaillant le mystère qui nous intéresse. Cependant, en lisant simplement le panneau explicatif situé à l’entrée de la nef, le visiteur apprend qu’il y aurait pour ce personnage un lien avec Gérone puisqu’en effet, il est le premier saint patron de la cité catalane. Nous ajouterons que Félix, selon certains, était compagnon d’un Saturnin ayant subi son martyre dans la ville de Toulouse, tiré par un taureau. Félix ne fut guère mieux loti car c’est par une mule qu’il sera traîné dans la ville de Gérone jusqu’à ce que mort s’ensuive. Les inconditionnels des Saintes Puelles apprécieront évidemment l’étrange similitude d’instruments de martyre des deux personnages permettant peut-être de comprendre que le site qui deviendra St Félix en Lauragais fut, bien avant le Christianisme, sans doute voué au culte de Saturne.
Jusqu’à il y a deux ans, ce détail serait resté au rang d’anecdote et n’aurait pas eu de grandes répercussions dans nos travaux. Il en est tout autrement aujourd’hui puisque Gérone est la ville où, selon les informations découvertes par l’auteure britannique Patrice Chaplin, Saunière avait certains intérêts personnels. Des informations que cet auteure put découvrir, il apparaît que le mystère de Saunière ne peut être l’affaire d’un seul homme, mais celui exécuté de connivence au sein d’un groupe secret de personnages de Gérone souhaitant resté dans l’ombre. Après la parution de cet ouvrage, il devient clair qu’une mystérieuse mouvance s’est créée par le biais de l’étrange passé de cette ville. En effet, ces influentes personnes, membres de la Sanch locale espagnole, créèrent d’étroits liens entre Gérone et l’Archiconfrérie de La Sanch de Perpignan, fondée par Vincent Ferrer au 15ème siècle.
Ainsi, à l’éclairage de ces ‘hasards’, se dessine la formidable coïncidence, si c’en est une, montrant Corbu, après son séjour dans le domaine de l’abbé Saunière à Rennes-le-Château, finissant par acquérir le château de St Félix-Lauragais… Nous pouvons penser, comme certains de nos détracteurs, que cet achat est le produit d’une pure coïncidence puisque Noël Corbu, au cours de ses voyages à travers la campagne française, pouvait avoir acquis des centaines de châteaux ou domaines, tous sans la moindre signification… Certes ! Cependant, l’ennui est que ce même Corbu décide de s’installer précisément à Saint Félix du Lauragais où plusieurs ‘détails élémentaires’ nous ramènent aux principes de la Sanch… et qui plus est dans son château. Après tout, rien n’interdit de penser que cette acquisition démesurée ne fut pas un acte parfaitement calculé et prémédité?
Quant à l’église - élevée au rang de collégiale pour le chapitre de chanoines fondé en 1317 par le pape JEAN XXII - elle serait selon une légende disposée sur une antique crypte dont l’obscure tradition affirme qu’elle abrite les dépouilles de mystérieux seigneurs. Cependant, si un tel local souterrain existe vraiment, et pourquoi en douter, on note que ce sanctuaire se trouve quasiment contre le bâtiment et la propriété qui pouvaient être l’ancienne énigmatique ‘commanderie’. Se pourrait-il que ces détails du domaine de ‘sous-terre’ soient identiques dans leur principe à ceux de Rennes-le-Château et ses anciens seigneurs ? Bien entendu, tout ceci peut provoquer le ricanement de nos sympathiques détracteurs évoquant que nous voyons l’étrange à chacun de nos pas. En ce cas, pour maintenir l’hilarité, nous soulignons que le puits disposé au pied de la tour-clocher a 42m de profondeur… Par cette dimension identique à la hauteur du clocher, nous pouvons dire que cet amusant hasard montre que ce qui est en haut est en bas et que souvent certaines vérités sortent du puits pour s’élever au plus haut des nuées…
On ne quitte pas ce sanctuaire sans admirer un tableau représentant le martyre de St Félix tiré par une mule dans les rues de Gérone, ni accorder un temps d’arrêt méditatif à l’émouvante et ancienne statue polychrome de la Vierge portant haut l’enfant Jésus… ou encore rester perplexe devant le lumineux spectacle résultant de rayons solaires passant les verres colorés d’un vitrail du chœur pour offrir, au passage du connaisseur, de superbes… pommes bleues… en toutes saisons !

Le château et les reflets de Rennes-le-Château

Si on admet que certaines des informations fournies aux touristes peuvent être incorrectement ou trop hâtivement lues, il apparaîtrait que les origines du château soient wisigothiques. Il est donc toutefois utile de préciser que ce fort se trouvait sur la colline voisine… maintenant couronnée par un moulin à vent.
Si le château que nous voyons aujourd’hui au bout de l’éperon rocheux du village est certes très ancien, il est bien celui qui fut témoin du premier concile cathare. Cet événement fut tenu ici, non seulement parce que la place est près de Toulouse, mais également parce que le seigneur local est apparemment converti au Catharisme et donc disposé à fournir un précieux abri pour les importants chefs religieux de l’époque. De plus, on se trouve ici à peu près à l’intersection des trois futurs évêchés : Albi, Carcassonne, Toulouse.
Il est étonnant que tous les documents relatifs à cette fortification avant le XIVe siècle aient disparu de la circulation des historiens.
A cette époque, le château est cédé par le second fils de Philippe le Bel à Pierre Duèze. Ce dernier, frère du pape Jean XXII, transforme l’austère bastion en un palais. A ceci nous ajoutons que plusieurs gravures, ou graffiti, en formes de croix, ornent certaines pierres des bâtiments du château. Certes, ceci n’a rien de bien étrange ni remarquable si ce n’est le fait qu’elles sont similaires à d’autres ornant les pierres de l’église templière de Montsaunès et d’un autre château, bien connu des ésotéristes templiers, de la région du Beaujolais. Il s’agit de croix ‘à boules’ ou a branches filiformes se finissant sur des triangles.
Quand Corbu en devient propriétaire, le château est une propriété privée, quoiqu’au cours des deux dernières décades, il soit enregistré au classement des Monuments Historiques. Bien que le gros des bâtiments ne soit donc pas ouvert au public, des parties du jardin le sont et permettent d’apprécier du regard l’importance des corps parfaitement restaurés. Toutefois, seul l’appareillage d’une partie de la poterne reste le plus ancien vestige accessible. Pour le promeneur et le touriste d’occasion, la visite des jardins reste un agréable moment de détente anodin. Pour le chercheur venu ici pour se plonger sur les pas de la famille Corbu, après son séjour à Rennes-le-Château, il en est tout autre. Par exemple, dès l’entrée dans ce petit parc, la pensée immédiate venant à l’esprit est que ce jardin ressemble beaucoup à celui de la Villa Béthanie. L’emplacement est situé au sommet d’une « falaise » autrefois solidement fortifiée par de puissantes défenses… comme à Rennes-le-Château. On trouve, dans le prolongement de cette abrupte fin de plateau, un belvédère offrant un très large panorama sur le paysage environnant… comme à Rennes-le-Château. Certes, le coin le plus extrême du belvédère n’a pas une ‘Tour Magdala’ mais présente des fondations circulaires donc similaires à l’emprise du plan de sol de la Villa… comme à Rennes-le-Château. Sous le belvédère se trouve un puits remarquablement profond, sans doute d’origine ancienne et sans doute, à un moment donné, le point d’eau principal du château… comme, en quelque sorte, les citernes voulues par l’abbé Saunière sous son belvédère de Rennes-le-Château… Cependant, à bien considérer cet intarissable point d’eau, vital pour une place forte assiégée, on peut constater que son niveau reste bien supérieur au point bas de la falaise… montrant par ce détail hydraulique que l’eau remonte par pression naturelle à peu de profondeur pour le plateau… comme à Rennes-le-Château.
Mais en dépit de ces similitudes avec le jardin de la Villa Béthanie, on ne peut donner de signification vraiment concluante, et tous ces ‘détails’ ne pourraient guère être qu’une nostalgique raison parmi celles expliquant pourquoi la famille Corbu tombe sous le charme d’un château et d’un village évoquant leur époque à Rennes-le-Château…

Vues d’ensemble

Isaac Ben Jacob, dans son étude de La Sanch, ses connotations magiques avec les activités ésotériques de Bérenger Saunière, souligne que le mont Bugarach était une montagne importante pour ce prêtre. A ceci, nous ajouterons que Corbu vivait à Bugarach avant d’acheter la Villa Béthanie. Selon Patrice Chaplin, certains aspects de la vie cachée de Saunière peuvent avoir d’importantes connotations magiques dans certaines de ses activités cachées entre le Razès, Gérone et le Roussillon. Elle argumente que la magie se concentrait essentiellement sur la plus haute montagne de la région, le Canigou.
La table d’orientation sur le belvédère confirme que la forme violine et distincte d’une montagne se dessinant nettement à l’horizon n’est autre que l’imposant mont Bugarach, avec en arrière-plan les sommets du Canigou, légèrement à sa droite. Depuis ce superbe spectacle panoramique, on peut se demander si la visibilité de ces collines depuis le château était d’une certaine importance à une époque dont nous avons oublié le contenu, et si pourtant ces détails visuels importaient à Corbu… même si on peut considérer ces raisons sur un plan simplement… sentimental.

Quête

Comme nous le mentionnions plus avant, peu de personnes, pour ne pas dire aucune, considérèrent que la possibilité de l’arrivée de Corbu à Saint Félix du Lauragais, non seulement ne soit pas un accident, mais bel et bien une étape importante parmi les péripéties d’une quête entamée à Rennes-le-Château, ou encore beaucoup plus tôt.
Si tel est le cas, les références à La Sanch et St Félix ainsi connecté à Gérone, pourraient être plus qu’une simple hasardeuse coïncidence. Egalement, il reste encore cette persistante ombre énigmatique du château lui-même, devant être vu comme un des plus importants symboles, dans le droit fil de Montségur et des efforts cathares pour organiser une puissante alternative à l’Eglise romaine sur le sol français. Admettons un instant que le mystère de Rennes-le-Château, ou de Saunière, soit en effet lié avec la religion. Dans cette optique, l’axe majeur de pression de cette affaire aurait posé, et poserait encore, une « menace » à cette religion (comme certains l’argumentent). En ce cas, il est clair que ce qui arrive en 1167 à Saint Félix de Lauragais est la preuve historique évidente qu’une menace au Christianisme pouvait être organisée, en dépit du fait qu’à la fin, elle ait échoué. Cependant, si en première instance vous ne parvenez pas à saisir certaines évidences dans tous ces éléments, essayez encore et quelques surprises pourraient bien survenir dans vos réflexions !
La question récurrente reste à se demander si cette menace présente, mais impalpable, ne fut pas le ‘domaine’ d’une couche secrète d’une certaine société devenant peu à peu « une société certaine » dans toute cette affaire et ses ramifications semblant les plus éloignées. Y avait-il quelque chose de caché, de connu ou connecté dans le passé du château de St Félix pouvant efficacement aider ou expliquer certaines choses à Corbu ?... et en ce cas pouvant l’aider à trouver ou gagner de l’influence. Et de cette nouvelle situation aller sans encombre là où Saunière s’était rendu selon un plan mûrement établi par ailleurs et sous autres impulsions… ou du moins qu’il planifiait d’engager avant que la mort ne le fauche inexorablement après avoir laissé une maquette géographique en forme de mémoire? S’il peut sembler invraisemblable que Saint Félix détienne quelques secrets, il est en échange probable d’assumer que sous un petit village comme Rennes-le-Château quelque trésor ou approchant soit caché, et ait été découvert par Saunière… et pourtant ! S’il en était ainsi, il pourrait alors être tout « simplement » envisageable que Corbu ait acheté ce château pour sa signification historique, une sorte de symbole oublié et sacré de ce qu’il fut… un peu comme un genre de talisman ?
Enfin, à ce stade de notre réflexion sur le pouvoir… et le vouloir, n’oublions pas que c’est Corbu qui oblige le Vatican à subvenir aux moyens financiers indispensables à l’éducation de ses enfants… Cet incroyable « marché », ne l’oublions pas, fut négocié avec Roncalli, le futur pape Jean XXIII, l’homme qui plus tard voudra réformer le Christianisme avec « Vatican II », dont la première concentration était la redéfinition et l’adaptation du Christianisme aux temps modernes… et qui était bien sûr un autre concile.

André Douzet

PS de la rédaction : Au cours de notre visite, il nous a été confié que parfois des visiteurs semblant spécialisés sur certains aspects du passé s’enquéraient d’une ‘Joconde’. Devant l’étonnement de la personne interrogée, ces ‘étranges visiteurs’ ne donnent pas plus d’information sur cette étrange question. Nous serions reconnaissants à quiconque pourrait nous renseigner sur cette… Joconde, sa légende ou toutes traditions pouvant comporter ce ‘détail’ pour le moins inattendu si loin des salles du Louvre…