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Société Périllos ©

Traditions liées à Saint-Michel

 

L’œuf de Saint Michel

L’équinoxe de printemps (Pâques) est fêté fin mars (quelques jours avant le 1er mai et sa fête de l’arbre vert) et l’on connaît la valeur qui était populairement étroitement attachée à cette célébration. Le passage de l’équinoxe d’automne, réputé beaucoup moins exubérant, était toutefois célébré de manière discrète mais intéressante.

L'ange à l'oeuf - Spledor Solis - les trois couleurs symboliques

Le passage de Pâques est connu par le thème de l’œuf et de la résurrection. L’œuf est évidemment reconnu comme un symbole majeur de cet événement. Cependant bien que réduite, et maintenant quasiment oubliée, la fête de l’œuf de Saint-Michel était toutefois une manifestation folklorique attendue des populations villageoises éloignées.
On ne prenait qu’un seul œuf, nous a t’on expliqué, car à cette saison c’était un produit alimentaire précieux que l’on mettait en conserve pour l’hiver. Si l’œuf de Pâques était très coloré et en quantité abondante, celui de St Michel était décoré plus simplement et de manière plus symbolique. On liait autour de la coquille des feuilles de lierre et l’on plongeait l’ensemble dans l’eau bouillante pour une cuisson d’œuf cuit dur. La particularité du lierre est de colorer la coque de l’œuf dans des coloris de vert. On retient ce qui est peut être un équilibre avec l’arbre vert de mai et la valeur ésotérique du vert… N’oublions pas, au passage, que cette couleur est celle du Graal porteur de vie éternelle (mais non de résurrection, ce qui s’équilibre avec la Pâques).
Cet œuf ainsi préparé et honoré était donné à manger le lendemain à la personne la plus jeune du foyer.
Les éléments relatifs à cette tradition sont peu nombreux, cependant on remarque bien que ce culte est réputé très ancien puisque certains écrits ajoutent que l’œuf était une fois décoré « lancé au ciel et devait être habilement récupéré sans qu’il se casse. Si la récupération était faite avec succès c’était un signe favorable et le présage était effroyable en cas d’insuccès de la manœuvre ».
D’après le témoignage, reçu le soir de la St Michel, cette tradition (pour Périllos) serait tombée finalement dans l’oubli vers 1920.
On note qu’à cette époque, en général, il y a récupération de la tradition de ‘l’œuf de Michel’ au profit de la fête de Pâques bien plus religieusement significative (et on se demanderait bien pourquoi ?). Ajoutons qu’alors l’influence de la ‘culture française’ s’accentue en même temps que celle de l’émigration marquant ainsi la fin de cette tradition très ancienne, surtout sans doute quelque peu trop… païenne. Que pouvait craindre certaines autorités de perpétuer ce rite localisé et en fin de compte inoffensif pour l’ensemble des croyances ‘canalisées’ ? Il est intéressant de noter que cette tradition était également pratiquée, dans les mêmes conditions, dans le secteur de Comminges.

Le feu de Saint-Michel

Mais il y a plus étonnant. En effet, ce cérémonial s’accompagnait, sur les deux régions, de quelque chose de plus insolite encore. Au moment de célébrer St Michel, à la nuit tombée on « le brûlait sur un feu de buis sur l’aire de battage ». Cependant il est précisé qu’il n’y avait rien dans le feu qui puisse représenter le personnage (image, copie, simulacre).
Etrange comportement qui s’équilibre encore une fois avec le feu du 1er mai et de ‘l’arbre vert’ célébrant la ‘petite reine de mai’. Si l’on comprend le rite des feux du renouveau (mai et juin), ceux de l’équinoxe d’automne sont moins compréhensibles en raison de la ‘descente’ vers l’hibernation et la terre. Etait-ce pour tenter de conjurer justement cette déclinaison ? En ce cas ce folklore aurait été répandu un peu partout en célébration du moment de l’équilibre entre la lumière et l’obscurité.

Feu purificateur - feu de l'enfer

Mais surtout nous observons que les cérémonies sont habituellement respectueuses des dates précises : Noël, Pâques, Pentecôte, etc… Or ici ce ‘feu de St Michel’ se pratiquait avec un décalage de plusieurs jours par rapport à la date d’équinoxe. Notons sur ce plan que ce ‘délai’ est identique à celui séparant l’équinoxe de printemps du… 1er mai. La descente vers l’obscurité était elle le seul vrai motif de ce ‘feu’ ou s’agissait-il d’une autre explication que ‘certains’ s’évertuèrent vite à faire ‘sombrer’ dans l’oubli apaisant ? Saint-Michel méritait il un feu pour une autre raison que celle d’un calendrier saisonnier ?
De plus on souligne que dans les rares endroits où se pratiquait ce rite, il est toujours question de ‘brûler Saint-Michel’ et non d’un ‘feu de la Saint-Michel’. De plus contrairement à celui de ‘la St Jean’ que sautait joyeusement la jeunesse en mal d’amour, ce feu d’automne était contemplé paisiblement et sans… saut de joie. Tristesse, sagesse ou commémoration d’un fait réclamant sérénité et descente en soi-même? Mais alors que célébrait cette extériorisation, pour le moins discrète et localisée étroitement, si ce n’était un patron ‘archangélique’ ?
Ce feu serait-il celui du dragon… identifié ensuite par effet de mimétisme, ensuite à celui qui le maîtrisa ? Alors en ce cas il pourrait être question également du feu des Enfers dans lequel un autre archange aurait été précipité, pour de louables raisons, un certain… Lucifer porteur de lumière?
Ne pourrait-on pas également supposer un feu qui ne soit pas de cérémonie mais de… signalisation, localisation, de détresse ou de prévention et dont on aurait oublié complètement le motif mais pas le geste ? Pourquoi pas… mais en ce cas on se demanderait ce qu’il y avait à signaler ou à prévenir.

Les mûres sauvages de Saint-Michel

Du trébuchement des manants...
ou la chute de démons noirs comme la mûre sauvage

Nous avons également eu cette tradition qui s’applique au soir de cette fête de St-Michel. Elle précise que l’archange aurait cette nuit-là, à l’issue du combat contre Lucifer, précipité son ennemi à terre. Celui-ci aurait atterri sur un roncier de mûres dont les fruits auraient été colorés par la teinte sombre du vaincu. Il aurait été imprudent, après cette date, de manger ce fruit sans encourir quelques malédictions. Et il serait prudent, afin d’afficher sa détermination, de cracher ou uriner sur le buisson devenu négatif après cette nuit de l’archange. Notons que la framboise est très proche de la mûre. Cependant la framboise est rouge et la mûre noire… tandis que le mûrier, dont les feuillages alimentaient les vers à soie, porte des mûres blanches ! Noir, rouge et blanc sont des couleurs, lourdes de symboles, bien connues en ésotérisme et alchimie.
Enfin sur l’île écossaise de Saint Kilda, on cuit, ce jour là, un gâteau spécial à base de baies sombres (sans que nous sachions lesquelles) appelé ‘gâteau de Lune’... qu’il était de bon ton d’avoir finis avant le douzième coup de minuit, si l’on voulait s’attirer la sainte protection de l’archange jusqu’à l’année suivante.

Et Périllos dans cette histoire ?

A l’issue du bref survol de ces traditions et rites, rassemblés autour de la Saint-Michel, la question importante à poser maintenant serait la suivante :
Peut-on supposer que ces célébrations étaient connues depuis l’implantation d’un premier oratoire sur le site du village de Périllos ?… Si oui, le choix de ce saint patron était-il lié à ces superstitions, constats et croyances populaires… ou le fruit d’autres raisons totalement indépendantes du folklore ? Les seigneurs de Périllos avaient sans doute choisi d’abord l’aspect d’un patron guerrier habitué à gardienner les sommets… certes. Mais n’auraient-ils pas eu d’autres raisons, peut-être plus obscures, secrètes, intimes à un savoir lié au lointain passé de leurs terres ? Des éléments comme ceux – ci nous rapprochent peut-être considérablement des réponses à ces questions jusque là ignorées.