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L’église
de St Sulpice (1ère partie) - siège social « de la France secrète » ? |
St
Sulpice. Bien qu’il s’agisse de la seconde plus grande église
de Paris, elle était, jusqu’à il y a peu de temps, quasiment
inconnue si on la compare à la renommée internationale de
la cathédrale Notre Dame de Paris. Ce sanctuaire, consacré
à Sulpitius le Pieux, mesure 113 mètres de long, 58 dans la
largeur, pour 34 mètres de hauteur. Tout au long de son histoire,
ce sanctuaire a été reconnu comme un « nouveau
temple de Solomon ». Depuis quelques décennies, et certainement
depuis la publication du ‘code Da Vinci’, cette église
est probablement devenue la plus intrigante de Paris… Cette ‘image’,
à la différence des cathédrales gothiques du Nord de
la France, ne semble pas être la conséquence de mystères
inexpliqués, ou d’intrigues artificiellement fabriquées
pour quelques circonstances oubliées. Une fois certains clichés
stéréotypés enlevés, cette église présente
encore une importance particulière, telle être le siège
social secret de personnages essayant de régenter le futur de la
nation.
Saunière
et St Sulpice
Le
jour de célébration de l’église St Sulpice est
fixé au 17 janvier… une date essentielle et récurrente
dans l'énigme de Rennes-le-Château. Cette date insolite représente
l'un des trois éléments liés directement à cette
énigme. On peut supposer que le second de ces éléments
est le fait que Saunière ait pu faire une découverte à
l'intérieur de son église. Sur ce fait, il se serait confié
à son évêque, monseigneur Billard, qui l'aurait envoyé
à Paris afin d’éclaircissement sur certains documents
découverts durant les travaux de rénovation de l’église.
Là, il aurait prétendument rencontré un expert en décryptage
de textes religieux, Emile Hoffet, dont l'oncle était le directeur
du Séminaire Saint Sulpice à Paris. L’ennui, pour cette
hypothèse, est que Hoffet, à l’époque de la visite
alléguée de Saunière, est encore un jeune homme, étudiant
au séminaire pour devenir prêtre… Il est devenu de coutume,
également, de prétendre que Saunière profite de son
voyage à Paris pour étudier quelques peintures, sans que nous
ne puissions avoir de certitude sur les sujets et oeuvres.
Bien qu'il n'y ait jamais de preuves incontestables que Saunière
ait fait un tel voyage, Gérard de Sède affirme, dans ses ouvrages,
qu'il dispose d’éléments attestant « d'une visite
» de Saunière à Paris. Cependant, il ajoute l’incertitude
des dates de ce voyage à la capitale. Claire Corbu, fille de Noël
Corbu, qui vécut un certain nombre d'années avec Marie Denarnaud,
la bonne de Saunière, aurait toujours déclaré que ce
voyage de l’abbé Saunière vers Paris s'est bien produit.
Le troisième élément, dans cette affaire, concernant
cette église, se situe dans le fameux document « Le Serpent
Rouge », déposé à la Bibliothèque Nationale
de Paris dans les années 1960. Rappelons que cet écrit fait
partie des prétendus « dossiers secrets » – créés
par Pierre Plantard, chef du Prieuré de Sion. Le texte contenu dans
ce ‘dossier’ fait référence à l'église
de St Sulpice, aussi bien qu'à Olier, fondateur de la Compagnie du
Saint-Sacrement, dont curieusement le siège social était dans
ce sanctuaire… dans lequel Eugène Delacroix décora la
chapelle des Anges.
Le
saint
Sulpitius
le pieux était un noble de Vatan (diocèse de Bourges), né
avant la fin du VIe siècle. Austregisilus, évêque de
Bourges, l'ordonne ecclésiastique de son église, puis diacre,
et le nomme finalement directeur de son école épiscopale.
Clotaire II, roi des Francs, le fait aumônier de ses armées.
A la mort de l'évêque Austregisilus (624), il est rappelé
à Bourges pour le remplacer.
Ce personnage s’inscrit, peut-être involontairement, dans la
trame de l'histoire de Rennes-le-Château, pour deux raisons apparentes
: d’abord, il est célébré le 17 janvier, comme
nous en avons déjà fait mention; ensuite nous le voyons intervenir
auprès du roi Dagobert dont il estime les levées d’impôt
beaucoup trop lourdes. Ce roi mérovingien est d’une importance
primordiale dans la création de la mythologie du Prieuré de
Sion, qui s’instaure protecteur de la lignée secrète
de ces rois… ou, du moins, feint de l’être.
L'édifice lui-même est issu de la volonté de l'abbaye
de Saint-Germain-des-Prés, établissant une église paroissiale
au dehors de ses murs. C’est un des abbés qui décide
de placer cette église sous le patronage de St Sulpice, en raison
de son action envers les rois mérovingiens, dont la dynastie était
fondatrice de l'abbaye.
La
Roseligne
Le
dernier regain de renommée populaire du sanctuaire survient lorsque
Dan Brown l'inclut dans son roman, en l’utilisant comme une « fausse
piste » dans la recherche des adversaires du Prieuré acharnés
à découvrir son secret. Sur ce lieu, l’auteur emploie
également la prétendue « Roseligne », que de nombreux
chercheurs identifient faussement au méridien de Paris. En vérité,
le méridien de Paris se trouve à 200 mètres à
l'est de la bande en laiton placée dans l'église pour matérialiser
l’ancien méridien zéro.
Ce « méridien Sulpicien » a été demandé
en, 1727, par Languet de Gercy, qui réclame l’édification
d'un gnomon dans l'église. Ce dernier est installé afin d’aider
à déterminer avec exactitude la période des équinoxes…
et, par conséquent, celle de Pâques (puisque Pâques est
le premier dimanche suivant la pleine lune après l'équinoxe
de printemps). Ainsi une ligne méridienne de laiton a été
mise en place depuis le sol de l’édifice, pour ensuite remonter
le long d’une colonne, ou d’un « obélisque »
de marbre blanc, de presque 11 mètres de haut, dont le sommet finit
par une sphère surmontée d’une croix. Dans la verrière
de l’extrême sud, un système ‘optique’ a
été installé de sorte qu'un rayon de soleil, à
une date précise, brille sur la ligne en laiton. Au solstice d'hiver
(21 décembre), le rayon de lumière touche la ligne en laiton
sur l'obélisque. Aux équinoxes (21 mars et 21 septembre),
le rayon touche un plat de cuivre ovale, dans le sol, près du maître
autel. Construit par l’anglais Henry Sully, astronome et fabricant
d’horloges, le gnomon a été également employé
pour différentes mesures scientifiques. Ce fait a sans doute pu protéger
Saint-Sulpice contre les destructions de la Révolution Française.
En tant que tel, cet édifice est une étrange fusion entre
religion et sciences.
Bien que l'église St Sulpice ne se situe pas sur le « vrai
» méridien de Paris, elle a un lien symbolique avec ce dernier,
en raison du fait que son saint patron était l'évêque
de Bourges… une ville qui repose sur le méridien de Paris,
encore que la fameuse ‘rouge ligne’ ait été tracée
un millénaire après ce personnage.
La
construction de St Sulpice
Certains
spécialistes pensent que l'emplacement, occupé par l'église,
se trouve sur un temple romain dédié à Isis. Cependant,
rien de concret ne permet vraiment de justifier cette hypothèse actuellement.
Suite au ‘code Da Vinci’, l'Eglise nie farouchement cette superposition
particulière.
L'église actuelle est le second bâtiment, reconstruit sur l’emplacement
et les vestiges d'une église antique romane du XIIIe siècle,
aux proportions beaucoup plus petites. Jean-Jacques Olier (1608-1657) a
été nommé pasteur de St Sulpice en 1642. Il avait précédemment
établi la société de Saint-Sulpice, dont les secrétaires
et séminaristes étaient attachés à ce sanctuaire.
Il avait longuement réclamé la construction d'une nouvelle
église qui serait l’aboutissement des efforts de cette organisation.
Le plan du nouveau bâtiment est approuvé le 20 février
1646. Ensuite, la première pierre a été posée
par Anne d'Autriche accompagnée de Louis XIV… Le régent
est alors âgé de sept ans.
L'église a été construite en plusieurs étapes,
parfois avec de longs arrêts, puisque certains historiens avancent
une durée de près de deux siècles pour terminer ce
bâtiment. Dès le début des travaux, ce fut la faillite
du projet… Quelques décennies plus tard, un nouveau crédit
permit d’avancer la construction qui sera bien engagée jusqu’en
1732. Cependant, la façade de l'extrémité occidentale
ne commence pas avant 1776. L’intérieur de l’église
était orné de premiers décors qui subirent quelques
dommages révolutionnaires, quand Saint-Sulpice devint un temple de
Victoire… On retrouve les grandes peintures murales d'Eugène
Delacroix sur les murs de la chapelle des Anges. Parmi ces dernières,
citons les plus célèbres œuvres de ce peintre : «
La lutte de Jacob contre l’Ange », « Héliodore
chassé du Temple ». On note également l'image centrale
de St Michel, au plafond de cette chapelle, un peu trop souvent exclu de
l’ordre merveilleux des peintures angéliques, qui ont souvent
causé de grandes polémiques. Plutôt que l’habituelle
peinture représentant des « anges gentils », comme il
était usuel et de bon ton, Delacroix se distingue en offrant une
vision radicalement différente des anges. Pourtant, cette vision
se montre plus conforme à la façon dont ils sont véritablement
dépeints dans la bible… en abandonnant radicalement toutes
notions romantiques.
Quelques personnages célèbres se trouvent liés à l'église de St Sulpice : ce sont les marquis de Sade et Charles Baudelaire, qui y ont été baptisés respectivement en 1740 et 1821. C’est également ici qu’eut lieu le mariage de Victor Hugo avec Adèle Foucher (1794)... Victor Hugo qui, naturellement, se trouve intégré dans la liste énumérée des grands maîtres du Prieuré de Sion. Par conséquence, de nombreuses spéculations surgissent sur le potentiel ‘pourquoi’ de son mariage dans ce sanctuaire… Peut-être, naturellement, Victor Hugo se trouve-t-il inclus dans cette liste simplement par le fait qu'il se soit marié ici… fortuitement ? Nous reviendrons dans un autre sujet sur cet auteur, cette église ce quartier et… Rennes-le-Château.
Le
père d’une fondation
La
figure principale de St Sulpice est Jean-Jacques Olier. Bien que largement
soutenu à Paris, il commence ses études à Lyon, où
son père est nommé administrateur de Justice. Sa vue déclinant
rapidement, il fait un pèlerinage à Lorette, où non
seulement il obtient la rémission miraculeuse de son mal, mais également
une conversion complète dans sa croyance en Dieu. Pendant un certain
temps, il médite sur la vie cartusienne, visitant des monastères
en Italie méridionale, mais la mort de son père, en 1631,
le rappelle à Paris. Refusant de devenir aumônier à
la Cour, malgré la perspective des honneurs élevés,
il commence à recueillir les indigents et à dispenser des
rudiments d’études dans ses locaux. A Paris, il se consacre
aux pauvres et aux exclus de l'instruction… une pratique d'abord vue
avec horreur, mais bientôt largement imitée et productrice
de nombreux résultats.
Sur les conseils de St Vincent de Paul, il apporte son aide aux missionnaires
de Paris et de province se préparant au sacerdoce. Il est ordonné
le 21 mai 1633. Devenu un chef de la renaissance religieuse en France, il
s'associe d'abord aux efforts de St Vincent, puis à ceux du Père
de Condren, supérieur de l’Oratoire, sous l’autorité
duquel il reste, bien qu'il continue à considérer St Vincent
comme son ami et conseiller personnel. En août 1641, Olier prend la
charge de St Sulpice. Ses objectifs sont de reformer la paroisse et d’établir
un séminaire, puis transformer la Sorbonne en l’orientant vers
la chrétienté. Ajoutons que ce quartier de Paris, en son temps,
était connu comme un secteur propice aux péchés mortels...
En 1641, Olier émerge finalement de deux ans de « grande peine
et de tourment métaphysique ». Il était dans une dépression
profonde ; il prêchait des choses étranges et sentait que son
âme « était corrompue ». Son rétablissement
fut partiellement dû, dit-il, à des pèlerinages réguliers
qu'il fit à la cathédrale de Chartres, où il priait
au pied de Notre-Dame de Sous-Terre, ou de la Vierge noire de Notre-Dame-du-Pilier.
Olier s'est également inspiré des précieux conseils
de deux mystiques, la veuve Marie de Gournay Rousseau et Claude Le Glay,
un laïc ardent surnommé « Frère Le Glay »
qu’Olier compare au prophète Elie (Elijah).
St
Sulpice, siège social de la société angélique
?
On
se souvient de Maurice Barrès à propos de l'existence «
d'une société angélique », composée de
personnes ayant vécu une rencontre avec des anges… et d’autres
dont la vie a été dirigée par de tels guides de l'au-delà.
Il semblait classer Delacroix parmi ce groupe de personnes, aussi bien que
le peintre français Nicolas Poussin. Notons que ces deux grands peintres
seront plus tard intimement introduits dans la trame du tissu du Prieuré
de Sion.
Beaucoup de choses ont été dites au sujet des peintures de
Jacob et de Heliodore. Cependant, attardons-nous plus particulièrement
sur celle consacrée à St Michel.
On y voit Saint Michel transperçant le dragon qui se tord... sur
un bouclier. C’est une rare représentation montrant l’archange
les ailes déployées volant au-dessus de la créature.
Dans le Zohar, St Michel est nommé ‘L’Ange de la face’…
Par ailleurs, on le trouve encore sous les noms étranges de ‘prince
des faces du Seigneur’ ou ‘Gloire du Seigneur’. Dieu dispose
de sept esprits pour l’assister dans ses réalisations, et St
Michel en est le principal. Cette représentation serait également
illustrée par le chandelier à sept branches : six luminaires
placés autour d’un axe essentiel … Cet ensemble rapporterait,
à un moment donné, l’alignement parfait de six planètes
sur un soleil central qui serait la septième et indispensable clarté
suprême.
L’archange St Michel est également ‘l’ange de la
vision’, et l’Hermès-Christos des gnostiques, substitué
au dieu Mercure en raison du fait que ce dernier portait une balance. Pour
cette raison, sans doute, est-il souvent représenté avec cet
instrument. Ajoutons, à propos de balance, que l’équinoxe
d’automne se produit dans ce signe zodiacal au moment où le
soleil se couche précisément est-ouest le 29 septembre, et
pourtant annoncé le 23 septembre. Ce qui nous fait un écart
de… sept jours… ce qui représente beaucoup de sept en
peu de temps. Ce chiffre aurait-il une importance vis-à-vis de l’archange,
ou sert-il à nous donner une information ‘clé’
de première importance ? On note d’ailleurs que dans l’ancienne
Grèce, le sept était le nombre d’Apollon, dieu si réputé
à Delphi, où il vainquit le dragon, le Python… comme
Saint Michel terrassa le dragon ?
Cette chapelle des
Anges, à l’intérieur de St Sulpice, était-elle
le siège social à l’usage d’une société
angélique ? Barrès lui-même indiquait clairement qu'il
s’était fortement intéressé à cet endroit.
Il vouait une grande dévotion à Jeanne d’Arc, une autre
visionnaire, qu’il pensait être en contact avec l'archange Michel…
bien qu’en son temps St Sulpice n’était pas comme il
est aujourd’hui. Observons également comment Olier était
entouré de visionnaire, y compris certains ayant vu des apparitions
de la Vierge. Dans cette catégorie, nous trouvons Maximin, un des
visionnaires de La Salette, auquel la Vierge délivre un message secret,
et qui se déplace plus tard à Paris. Là, Maximin allait
souvent à l'église de Saint Sulpice, où il s'asseyait
près d'une statue de la Vierge. Cet endroit sombre était devenu
‘son’ sanctuaire. Sur ce sujet, que pouvons-nous penser de ce
que voulait vraiment dire Victor Hugo en écrivant « c’est
par la souffrance que les êtres humains deviennent les anges. »
Bien que ce puisse être seulement une réflexion anodine et
innocente, peut-être devrions-nous préciser qu'il y eut un
retour vers la lumière traditionnelle dans laquelle les anges étaient
moulés comme pourrait le montrer cette interprétation favorisée
par Delacroix ? Était-ce, pour l’époque, une attitude
unique en ce qui concerne la vision des anges – comme exprimée
dans cette Chapelle des Anges – de ceux qui se trouvaient guidés
par des anges? La décoration elle-même était-elle le
legs d'un important message, une idéologie, qui prit forme avec Olier
et ses divers organismes ?...