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L’église
de St Sulpice (2ième partie) - La Compagnie du Saint-Sacrement |
En
1639, Jérôme Le Royer de La Dauversière (directeur de
la Compagnie de La Flèche) affirmait à Jean-Jacques Olier
que « Dieu voulait le destiner à l'établissement
d'un séminaire dans la paroisse de Saint-Sulpice à Paris »…
cette prophétie se concrétisa trois ans plus tard. Il s'avère
cependant que l’émergence de la « Compagnie de Saint-Sulpice
», création d'Olier, était en grande partie due à
une autre organisation : celle de la « Compagnie du Saint-Sacrement
».
La
Compagnie du Saint-Sacrement
En
préalable à toutes explications complémentaires, nous
devons noter que l’appellation « Eglise de St Sulpice »
est postérieure à la création de la Compagnie de St
Sulpice qui, elle-même, arrive après l’établissement
de la Compagnie du Saint-Sacrement… en laquelle certains voient l’oeuvre
d'Olier.
La véritable histoire de la Compagnie du Saint-Sacrement est bien
différente de ce que plusieurs chercheurs prétendent actuellement.
En effet, beaucoup voient en cette Compagnie une société secrète,
fondée par Olier entre 1627 et 1629 et dont le « siège
social » se situait dans l’église même de St Sulpice.
La Compagnie était une société totalement hermétique
fondée en mars 1630, au couvent des Capucins dans le secteur du faubourg
Saint-Honoré. Ses membres fondateurs étaient :
- Henri de Levis et le Duc de Ventadour (ce dernier avait encouragé
son épouse à entrer au couvent du Mont-Carmel)
- Henri de Pichery, un officier près de Louis XIII.
- Jacques Adhemar de Monteil De Grignan, un futur évêque.
- Philippe d'Angoumois, un Capucin.
De plus, bien que leurs noms n’apparaissent pas parmi ceux des membres
fondateurs, Olier et Saint Vincent de Paul semblent indissociables de la
constitution et de l’avancée de cette société.
Parmi ceux qui rejoignirent par la suite la fondation on trouve le Père
Suffren, un jésuite, confesseur de Louis XIII et de Marie de Medicis
et Charles de Condren,un général des Oratoriens.
En 1631, la fondation est organisée sous l'autorité d'un conseil,
composé de neuf membres, renouvelé tous les trois mois.
Bien que Louis XIII ait secrètement encouragé cette fondation,
il ne souhaita jamais, aussi curieux que cela puisse paraître, lui
octroyer le brevet de constitution qui lui aurait pourtant donné
un champ d’action légal et ouvert. Guido Bagni, le nonce du
pape de 1645 à 1656, a souvent assisté aux sessions de la
compagnie, mais là encore malgré cette présence, des
plus importantes, l’existence de la fondation n’a jamais été
régulièrement reconnue par un document officiel de Rome. Ainsi,
même si les autorités royales et religieuses firent bon accueil
à cette puissante confrérie, son organisation officielle fut
rejetée à plusieurs reprises.
Une
esquisse de Jean-Jacques Olier, Adorons le très saint sacrement de
l'autel (Image de la Confrérie du Saint-Sacrement), 1643
Cependant tous ces « freins » n'ont jamais pu empêcher la Compagnie d’étendre son activité. Au cours de ses années d’existence, elle créa de nombreuses entreprises et fraternités, sous différents noms. Cette technique de la diversion lui permit de fonctionner partout en France, sans attirer le soupçon ou la répression. Ainsi, chaque groupe semblait indépendant des autres et de la maison fondatrice. Aucun lien évident ne pouvait être trouvé. L’autonomie totale semblait être la règle dans cette « décentralisation » qui ne disait pas son nom… En réalité il s’agissait, en fait, d’un grand réseau tentaculaire, très opérationnel, répandu dans tout le pays. Chacun des sièges sociaux de la Compagnie fonctionnait en relation avec différents autres groupes, tout en les ignorant. Mais il y a plus intrigant encore: on dénombre une cinquantaine d’importantes branches ramifiées en dehors de Paris. Sur ce nombre, très conséquent pour l’époque, une trentaine restent totalement inconnues… même des évêques locaux. Pour toutes ces raisons, la Compagnie du Saint-Sacrement est encore considéré, par les spécialistes, comme un « état dans l'Etat, une église dans l'Eglise ».
«
Le secret »
La règle du secret prolonge sa rigueur bien au-delà de la constitution des groupes dispersés ‘discrètement’. En effet, elle oblige, également, ses membres « à ne pas parler de la compagnie à ceux qui n'appartiennent pas à elle et ne font jamais connaître les noms des individus la composant ». Peu à peu, de nouveaux membres sont élus par le conseil et les responsables décident bientôt qu'aucun membre de l’autorité ecclésiastique ne pourra être éligible. Les sujets d'une nature particulièrement sensible ne seront plus abordés lors des réunions hebdomadaires, car ces dernières sont fréquentées par l’ensemble des membres. Cette mesure extrême est mise en place afin d’éviter la moindre fuite. On note que la compagnie n'a jamais rien fait imprimer – du moins n’en a-t-on jamais trouvée la moindre trace. De plus, elle conserve ses minutes écrites avec la plus grande prudence.
Cardinal
Mazarin
Ce
souci du secret, poussé à son paroxysme, peut naturellement
signifier, que certaines personnes commencent à suspecter certaines
choses … réelles ou imaginaires.
Trente ans après sa création, l'année 1660 voit le
déclin de la compagnie. Elle est vigoureusement diffamée par
Charles du Four, l’abbé d'Aulnay, puis vertement dénoncée
au cardinal Mazarin par François Harlay de Champvallon, l’archevêque
de Rouen. Le 13 décembre 1660, les membres tiennent une dernière
réunion générale lors de laquelle ils décident
de suspendre la session du jeudi… ainsi que d'ajouter « dix
ou douze aînés » aux membres du conseil de sorte que
la compagnie puisse continuer à agir provisoirement. A la suite de
quoi, ces « aînés », et le conseil, choisissent
huit personnes destinées à prendre la responsabilité
des réseaux extérieurs à Paris.
De telles mesures extrêmes sont le résultat d'un décret
émis par le Parlement de Paris qui interdit toutes les assemblées,
confraternités, rassemblements et communautés illicites. En
vérité ce décret semble bien avoir été
créé pour en finir tout spécialement avec la compagnie…
Mais un de ses membres notoires, Lamoignon, est également le Premier
Président du Parlement. Il réussit à empêcher
que ce décret soit nominatif et indique trop clairement le nom de
sa fraternité. Il semble que la réunion du conseil et des
« aînés » se soit tenue assez régulièrement
jusqu’en 1664. Puis elle cessa quasiment tout à fait en 1665.
Un
ordre secret au-dessous d’un autre ?
Le
Prieuré de Sion explique que la Compagnie du Saint-Sacrement était
une couverture pour le Prieuré de l’époque. Au début
du XVIIe siècle, leur Nautonier est censé être Robert
Fludd, un alchimiste de renom. Ce dernier aurait, prétendument, été
suivi en 1637 par Johann Valentin Andrae, auteur des manifestes Rosicruciens
et du fameux ‘mariage chimique de Christian Rosenkreutz’. Les
soit disant « documents du Prieuré » affirment que le
Prieuré de Sion a ténébreusement engagé une
guerre secrète contre Louis XIV, et son puissant conseiller le cardinal
Mazarin… par l'intermédiaire d'une organisation de front :
la Compagnie du Saint-Sacrement !!! En fait, il semblerait que le Prieuré
ait tout simplement employé les obscures intrigues entourant cette
dernière pour les porter à son propre compte…et crédit.
Cependant, il reste clair qu'une telle organisation un but propre au service
de projets obscurs…
Par ailleurs, selon les affirmations du Prieuré, la Compagnie aurait
scellé ses propres documents officiels dans l’église
même de Saint-Sulpice. Nous ne devons pas condamner trop hâtivement
cette information sous prétexte qu'elle provient du « sulfureux
» Prieuré. En effet, il est clair que la Compagnie devait détenir
certains écrits… qui furent logiquement détruits, ou
placés en un lieu de haute sécurité. L’église
Saint Sulpice pourrait offrir sans problème un tel abri. Cela reste
une possibilité comme une autre…
Nous pouvons nous demander avec attention la raison pour laquelle la Compagnie a aussi farouchement instauré une telle extrême dévotion pour le secret sur sa structure et ses initiatives. Des historiens de la religion tentent, trop facilement, de laisser croire comme vrai… tout ce que la Compagnie a feint : c'est-à-dire se consacrer uniquement aux œuvres humanitaires et charitables. Si tel était le résumé de ses buts et actions, non seulement il n’y aurait pas lieu de les cacher, mais au contraire il aurait été de bon ton de les exhiber en toute lumière à la plus grande satisfaction, et générosité de tous ! Il est difficile d’admettre que, pour de telles missions admirables, il soit indispensable d’entretenir une si stricte hiérarchie, de si rigides règles et surtout un tel endoctrinement plus proche de celui d’une secte intransigeante que d’une œuvre de bienfait social. Sur ce registre, en outre, nous savons que la Compagnie a fait sien un message principal : protéger « le secret ». Elle a si bien réussi dans cette mission… que personne ne sut jamais ce qu'était le secret !!! C’est là un succès qu’il faut lui reconnaître.
Vincent
de Paul
Ensuite nous avons toutes les raisons de nous demander, du moins si le but
était aussi simple et louable, la raison pour laquelle les plus hauts
dignitaires du gouvernement se sont acharnés sur cette organisation,
après l'avoir soutenue à ses origines. Il n’est guère
discutable qu'il ait y eu une autre dimension, une autre mission, cachée
au sein de l'organisation de la compagnie. De plus, cette dernière
avait infiltré les échelons supérieurs du gouvernement
au point de (parfois) presque dominer le parlement, l'ordre judiciaire et
la police voire de tenir les positions principales dans le milieu proche
entourant le roi. Rappelons nous que Saint Vincent de Paul était
le confesseur de Louis XIII et d’Anne d’Autriche. Cette dernière
fut, pendant une période, complètement malléable entre
les mains de la Compagnie, qui était même parvenue durant un
certain temps à la détourner temporairement de l’emprise
de Mazarin. Quel pouvait être le but final de ces manipulations et
de la mise en place d’un tel réseau « secret »
? Selon certaines hypothèses, tout ce mécanisme aurait eu
pour objectif de battre le roi en brèche et peut-être même
de renverser le gouvernement au moment des effets de « la Fronde ».
Une organisation qui ne veut pas être officiellement identifiée
et qui œuvre sur divers fronts en essayant d'infiltrer le gouvernement
est fondamentalement semblable à un mouvement synarchiste : il fonctionne
par le biais de divers « mouvements » tout en restant lui-même
inaccessible et secret jusqu’au moment choisi pour prendre le commandement.
Cependant, bien que la synarchie utilisée comme méthodologie
de commande politique soit souvent présentée comme une invention
du siècle dernier, il est quasiment certain qu’elle ait été
déjà pratiquée par la Compagnie bien avant.
Une organisation comme le Compagnie peut s’avérer délicate
pour ceux qui en assurent les commandes et les actes et les autres membres.
En effet, dans ce cas, il est impossible de savoir réellement qui
occupe quel poste et quel rôle il tient en vérité. Par
exemple, lors d'une réunion générale de l’ensemble
des membres, il serait impossible de savoir qui occupe les plus hautes fonctions…
exceptés ceux qui se trouvent aux instances les plus élevées
de la Compagnie. Avec un cloisonnement aussi redoutable, cette autorité
a dû causer de grands soucis aux puissants établis à
cette époque. Effectivement, ces derniers, ne pouvaient pas savoir
qui dirigeait l’œuvre, ni en quoi consistait ‘l’ordre
du jour’ et encore moins s’il était tourné contre
leur pouvoir ! Ces princes de l’autorité royale et religieuse
ont-ils finalement compris, en 1660, le danger qui les menaçait…
et ont-ils finalement réagi en détruisant la Compagnie ? Si
oui, la date de 1660 est-elle purement une coïncidence ?… Faut-il,
également supposer qu’un événement inattendu
se soit précisément déroulé en 1660… au
point de susciter un frayeur telle que les gouvernants en place aient choisi
une solution radicale, mais discrète contre la Compagnie?
Mission
Notre
Dame de Montréal
En
quoi consistait la mission – le secret – de la Compagnie ? Les
raisons avouées ne sont que celles d’une admirable organisation
charitable, dont l’ambition n’est autre que de rechristianiser
la France. Alors… Est-ce le seul but de cette communauté bienfaisante
pour l’humanité… ou y aurait-il eu un autre but plus
secret, inconnu et d’une autre envergure, nettement supérieur
à cette mission humanitaire? Selon l'auteur Francine Bernier, les
membres constituant la Compagnie semblaient être en attente du retour
prochain du « roi du monde chrétien ». Par conséquent,
ils préparaient la France pour un événement imminent.
Avant son retour glorieux au trône de Jérusalem et le jugement
final, comme annoncé dans le livre de la révélation,
ces croisés ardents ont dû « nettoyer la place »
et combattre, voire convertir, les infidèles. En bref, ils étaient
les guerriers apocalyptiques chrétiens, désignés pour
gérer, conduire et achever une guerre très sainte, dans le
but de préparer la France pour l'arrivée du « roi du
monde » ! Ce sont des ambitions qui n'étaient pas nouvelles
sur le sol de France, et nous les trouvons, par exemple et par hasard, dans
la prédication de Vincent Ferrer, deux siècles plus tôt...
Olier « et Compagnie ». – la Compagnie ? – semblent
s'être identifiés comme seul mandatés pour cette mission
divine : transformer la France, aussi bien que préparer le Canada,
cette « nouvelle France », pour la « nouvelle Jérusalem
». Les efforts accomplis au Canada indiquent clairement qu’au-delà
de la façade louable les ambitions étaient également
politiques. Ainsi, au Canada, nous pouvons supposer qu’il y eut des
efforts tentés pour influencer à distance la société
française afin qu'elle soit adaptée à ce nouveau «
roi du monde chrétien ». Si le roi en question n'était
pas ce monarque adolescent d’alors, Louis XIV, le cercle entourant
ce dernier ne pouvait que retirer son appui à la Compagnie, s’y
opposer et faire tout ce qui était en son pouvoir pour la détruire.
Les
frères Fouquets
En France, à cette époque, plus précisément en 1659, un événement très important se produisit : le vieux rêve de Charlemagne se concrétisait enfin avec le transfert du Roussillon catalan vers la France. Au delà de cette formidable opération d’incorporation, l’événement signifiait également que les terres de Périllos, précédemment sous l’autorité de l'Espagne et de l'Aragon, étaient maintenant Françaises ! Nos habituels grincheux répliqueront : « et alors ? tant d’autres terres ont subi cette modification sans qu’on y attache plus d’intérêt que voulu ». Certes, il s’agit du rattachement de tout un pays, comme tant d’autres auparavant... Cependant en regardant plus attentivement nous observons, par transparence, deux autres faits. Au début du XVe siècle, Vincent Ferrer prêche dans le secteur de Perpignan au sujet d'une fin du monde qui se produirait si les fidèles n’entraient pas dans un repenti inconditionnel. Ensuite, depuis 1630, nous voyons la Compagnie sembler obéir à un ordre du jour identique. A la différence, cette fois, qu’il ne s’agit plus de prêcher simplement, mais de convertir activement les croyants à cette nouvelle vision religieuse. Ce n'est pas une spéculation vide de tous sens. Il y a un ajustement en tous points conforme avec l'ordre des événements connus.
Nicolas Fouquet
Observons
sur le propos qu’en 1656, les frères Fouquet correspondent
entre eux au sujet du peintre bien connu, Nicolas Poussin : « luy
et moy avons projettés de certaines choses, dont je pourray vous
entretenir à fond dans peu, qui vous donneront Monsieur Poussin,
les avantages (si vous ne les voulez pas mespryser) que les rois auroyent
grande peine à tirer de lui, et qu’après luy, peut estre
personne ne recouvrera jamais dans les siècles advenir ; et, ce qui
est plus, cela seroit sans beaucoup de dépense et pourroit même
tourner à profit, et ce sont choses si fort à rechercher que
quoi sur la terre maintenant ne peut avoir une meilleure fortune ni peut-estre
esgalle. » (17 avril 1656. Lettre de l’abbé Louis Fouquet
à son frère Nicolas Fouquet surintendant de Louis XIV). Nous
voilà avec « certaines choses », une rare information
probablement, extrêmement difficiles à découvrir et
qui visiblement sont accessibles à Poussin… Selon toute vraisemblance,
le peintre est disposé à partager avec les frères Fouquet
!
Ajoutons que les avantages cités dans la lettre « …,
les avantages que les rois auroyent grande peine à tirer de lui…
» sont loin d’être une spéculation vide de sens...
Remarquons également que ce courrier ne peut à cette époque
être influencé par la moindre publicité concernant l’affaire
de Rennes le Château et sa dérive vers Périllos…
et pourtant !!!! Nous savons que précédemment, Poussin avait
été invité à exercer son art, et ses talents,
à la cour du roi de France… et qu’il ne céda qu’à
contrecoeur, à l’insistance royale. Poussin réside à
Rome lorsqu’il est appelé en France, par l'intermédiaire
du cardinal de Richelieu, à se rendre à la cour. Il arrive
à Paris le 17 décembre 1640. Il est alors reçu par
le Roi Louis XIII, qui semble tout faire pour lui rendre la vie aussi plaisante
que possible. Pourtant Poussin ne parait pas s’adapter à l'atmosphère
de la cour du roi et préfère se livrer à de nombreux
voyages en France. Le 2 novembre 1642, il est de retour à Rome.
Un mois plus tard, le 4 décembre, Richelieu décède…
puis peu après, le 14 mai 1643, le Roi Louis XIII meurt à
son tour. Anne d’Autriche devient reine Régente… et le
protecteur de Poussin tombe immédiatement en disgrâce. Poussin,
quant à lui, ne reviendra jamais en France.
Si on observe son comportement, c’est celui d’un homme mal à
l’aise sur le territoire français et à la cour…
et qui repart à Rome dans la précipitation. Tout porte à
supposer qu’il connaissait l’imminence de la mort de Richelieu,
comme peut-être de celle du roi, et que ces décès brutaux
et inattendus pouvaient s'avérer très dangereux pour lui…
ou d’autres. Une fois à Rome, il se lie avec cardinal Giulio
Rospigliosi qui semble lui accorder une certains attention. Giulio Rospigliosi
sera élu pape sous le nom de Clément IX en 1667, deux ans
après la mort de Poussin. Ce personnage religieux fut un amateur
inconditionnel du peintre. Il disposait d’ailleurs d’une imposante
collection de ses œuvres dont le fameux et énigmatique tableau
des « Bergers d’Arcadie ».
Poussin
et un secret
Nicolas
Poussin
Si
Poussin, en 1640, possédait un secret d’une importance telle
que le roi français lui-même désirait apprendre, il
ne lui dévoila jamais. Cependant, près de quinze ans plus
tard, en 1656, il paraît disposé à en parler avec les
frères Fouquet. Nous pouvons seulement nous interroger sur les raisons
de cet étrange choix. Rappelons nous simplement que depuis plusieurs
années, les préparatifs pour l'annexion du Roussillon à
la couronne de France continuent et que c’est à cet effet qu’un
certain notaire royal, M. Courtade, dresse les inventaires de certains territoires
qui seront affectés à ce transfert de province. En 1659, le
Roussillon devient finalement un fleuron supplémentaire du territoire
français. En 1660, le gouvernement réussit à interdire,
indirectement, la Compagnie. Mais ce n'est pas tout….
Le 5 septembre 1661, sur ordre du roi se déroule l'arrestation de
Nicolas Fouquet, Ministre Surintendant des finances et surtout Bras droit
de sa Majesté le Roi de France… Cette arrestation reste l’une
des plus grandes parodies de la justice française et sans doute la
plus scandaleuse… et c'est le Roi qui personnellement, s'assurera
que Fouquet soit condamné à la peine la plus dure à
imaginer…l’isolement absolu (et le silence éternel)…
pour un crime qu'il n'a pas commis, et dont le jury l'a réellement
acquitté ! On croit rêver ! Nous pouvons nous demander sérieusement
ce qui a bien pu déranger le Roi… voire l’affoler, au
point d’aller jusqu’à une condamnation aussi effarante
et injuste. Les historiens ont, bien entendu, largement spéculé
sur ce sujet… sans jamais proposer de réponse satisfaisante.
Ce n’est pas une simple spéculation dénuée de
sens que d’imaginer un roi qui essaie par tous les moyens, même
les pires, de mettre la main sur quelque chose que Fouquet a su, et peut-être
reçu, de Nicolas Poussin… Sa révélation était
telle qu’elle aurait engendré le fameux rattachement du Roussillon
à la couronne de France… sous la forme d’un traité
par lequel les terres de Périllos deviennent, « innocemment
» un bien sous le contrôle du Roi de France !
Ajoutons que sa Majesté s’occupera personnellement des papiers
de Fouquet à la recherche de quelque chose, qu’elle ne tient
pas à voir tomber sous n’importe quels yeux ou entre n’importe
quelles mains ! Certains pourraient objecter qu'il recherchait simplement
des preuves suffisantes pour incriminer le Surintendant Fouquet…Cet
argument n’apporte pas une explication suffisante. En effet le roi
ne s'est pas inquiété des évidences dans l'analyse
finale du procès. Sa « victime » fut emprisonnée
à vie et tenue au secret le plus absolu… tout simplement parce
que le Roi de France voulait faire taire un secret devenu d’Etat et
qu’il voulait ou fallait, qu’il en soit ainsi, peu important
les preuves... Il semble raisonnable de supposer que sa Majesté recherchait
quelque chose… dont il pensait trouver quelques traces dans les papiers
personnels de Fouquet.
Curieusement ces faits font écho aux actes de Monseigneur de Beauséjour
exigeant, jusqu’en justice ecclésiastique, que Saunière
lui soumettent ses papiers personnels… Ce qui aurait permis à
cet évêque de chercher, et sans doute découvrir, ce
que savait pertinemment son prédécesseur… Monseigneur
Billard.
Fouquet, semble-t-il, ne parla jamais. C’est sans doute pour cette
raison qu’il finira le reste de sa vie au secret absolu : l'emprisonnement
solitaire ! Ce moyen extrême et monstrueux l’empêchera
de se confier, même à l’instant de son agonie, à
quiconque… sauf au Roi lui-même qui seul avait pouvoir de mettre
fin à cette abomination. Mais Fouquet ne parlera jamais… comme
Gélis tant de siècles après lui.
Filip Coppens