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Société Périllos ©

L’église de St Sulpice
(3ième partie) -
Vincent de Paul agent secret ?

 

Où on commence à Notre-Dame de Marceille

Directement face à l’entrée de la basilique de Notre-Dame de Marceille, sur le côté opposé de la route, se trouve un agréable parc d’agrément, offrant du haut de ses murs une vue remarquable sur le paysage environnant. Au fond de cet enclos de verdure se situe une statue de Saint Vincent de Paul, tournée vers le sanctuaire. La présence du saint semble avoir une explication des plus simples: les Lazaristes étaient, de longue date et jusqu’il y a encore très récemment, installés dans un grand bâtiment jouxtant le sanctuaire sur sa façade principale. Un incendie s’étant déclaré dans cette résidence, ils durent sur l’instant trouver un autre domicile. La présence des Lazaristes sur ce site remonte, au moins, au 19ème siècle, puisque leur présence est attestée par la cérémonie de dédicace dans l’église de l’abbé Saunière à Rennes le Château.

L’enlèvement d’un Saint homme

Vincent de Paul est né le 24 août 1581, dans la commune de Pouy, dans le diocèse de Dax. Il est ordonné prêtre en 1600, lorsqu’il arrive à Toulouse pour prendre des cours de théologie. Il atteint le grade de « bachelier » en 1604. C’est à ce moment qu’un épisode des plus troublants allait marquer sa vie. Voici l’histoire officielle : « L’année suivante, Vincent fut obligé d’aller à Marseille pour y recevoir un héritage, qui lui revenait de la part d’un de ses amis, décédé dans cette ville. Prêt à repartir pour Toulouse, il accepta l’offre de repartir par bateau pour Narbonne, mais le bateau fut attaqué par des pirates. De Paul fut capturé, amené à Tunis, et d’abord vendu à un pêcheur, puis à un docteur. Après la mort de celui-ci, il fut vendu à un renégat, natif de Nice en Provence. Vincent fut exposé à toute une série de rudes épreuves durant sa captivité ; cependant, malgré les promesses et les mauvais traitements, rien n’anéantit sa volonté ni sa foi». Finalement, après d’étranges péripéties, il réussit à reconvertir son maître et son épouse, qui facilitèrent son retour en France, dans un petit bateau, le 28 juin 1607. Ajoutons, qu’étrangement, de nombreux éléments de cette aventure rocambolesque se déroulent sur l’eau. Or, De Paul avait une peur panique de l’eau et la moindre navigation le mettait très mal à l’aise.
Ceci est l’histoire officielle des tribulations de Vincent. Le fait d’avoir appris et pratiqué l’alchimie, en captivité, grâce à un de ses maîtres, ne changea pas sa volonté. A la fin de cet épisode, il fut même capable de modifier la volonté de son ravisseur en lui redonnant la vraie foi en Dieu. Ces événements ont été suffisants pour que, vis-à-vis de l’Eglise, Vincent de Paul soit considéré comme un saint potentiel… et il le sera, officiellement, au 18e siècle. Cependant, ce fut pour lui le véritable début de la carrière que nous lui connaissons.

Mission impossible

A peine de retour en France, le 28 juin 1607, Vincent de Paul se rend auprès du vice-légat à Avignon. Puis, de là, il se dirige directement à Rome…pour avoir une audience avec le Pape, avant même d’informer ses amis ou sa famille, qui doivent être pour le moins inquiets de son retour sain et sauf de captivité. Au Vatican, il est contacté, fin de l’année 1608, par le cardinal d’Ossat qui lui confie une mission de toute première importance : apporter, toutes affaires cessantes, un message verbal au roi de France. Le voyage se fait sans encombre et De Paul est reçu par le roi Henri IV. Ceci peut nous rappeler une autre affaire assez similaire… celle d’un ‘savoir’ du peintre Nicolas Poussin, transmis par les Frères Fouquet. Toujours est-il qu’en 1610, Vincent obtient le poste, très convoité, de chapelain de Marguerite de Valois. Par conséquence, il fait la connaissance du Cardinal de Bérulle, qui décide de sa désignation à la fonction enviée de tuteur des enfants du comte P.E. de Gondi.

Statue Vincent de Paul, Vatican

Plus tard, le Comte encourage le roi à faire de Vincent le Chapelain Général des Galères royales.
Plusieurs événements étranges ont eu lieu par la suite. Ces derniers sont tellement remarquables que Vincent de Paul repart immédiatement pour Rome, où il lui est possible d’obtenir une audience avec le Pape lui-même. Il est utilisé pour une mission diplomatique entre le Pape et le Roi français. Cela semble suspicieux au point de pouvoir imaginer qu’en réalité il réalise une mission à la place d’un autre homme… De fait, nous pouvons nous demander si cet « enlèvement barbaresque » ne fut pas simplement une couverture commode pour cacher une autre mission que De Paul aurait effectuée au travers des lignes ennemies. Qu’est-ce que De Paul avait de si important et urgent à dire au Pape en privé? D’autre part, certains spécialistes prétendent que l’histoire de son enlèvement n’aurait présenté aucun intérêt pour le Pape qui, de plus, n’aurait pas chargé De Paul de raconter ceci au roi français… ou de porter un message.
Quoi qu’il en soit, il est clair que De Paul s’est trouvé en contact étroit avec le roi de France, et qu’il a réussi à remplir complètement sa mission, quelle qu’elle ait pu être !

Création des Lazaristes

Durant les années suivantes, les ambitions religieuses de Vincent grossirent et grossirent encore, incluant la création d’un nouvel ordre de prêtres. En 1632, les canons réguliers de Saint-Victor lui cédèrent le prieuré de Saint Lazare. La place devint le point focal de sa congrégation et ses membres furent bientôt connus sous le nom de « Lazaristes ».
L’ordre connut un rapide succès. En 1660, la congrégation comprit bientôt 30 maisons, 400 prêtres et 100 frères. La même année, les maisons devinrent indépendantes les unes des autres, au départ en France, pour s’étendre ensuite en Irlande, Ecosse et Pologne, et même à Madagascar.
Malheureusement, De Paul décéda le 27 septembre 1660. Il fut canonisé au 18ème siècle. Le travail de ses séminaristes fut repris par l’un de ses disciples les plus attentifs, Jean-Jacques Olier (né en 1608), attaché à l’église parisienne de Saint Sulpice en 1642. Il est un des rares saints qui aient été jugés dignes d’avoir une statue gigantesque à l’intérieur de Saint Pierre au Vatican.

Du bon usage de petits mystères

Ce bref résumé nous montre que la vie de Vincent de Paul semble être tout à fait simple. Pourtant, dans un même temps, elle a des reflets de grand mystère en ce qui concerne sa période de captivité en tant qu’esclave en Arabie. En effet, il est étrange, qu’après son retour d’esclavage, il soit immédiatement propulsé dans les hautes sphères de l’Eglise et de l’Etat. De plus, nous le voyons obtenir, sans délai ni difficulté, des audiences avec le pape et le roi de France… et ses deux plus hautes instances faire leur possible afin que De Paul n’ait besoin de rien. Le compte-rendu de la vie de Vincent De Paul, que nous avons précédemment cité, fut tiré de J.B. Pelagaud (écrit en 1861 avec l’autorisation du pape). Curieusement, dans cet ouvrage, on peut lire les événements relatés avec d’importantes différences vis-à-vis d’autres comptes-rendus contenus dans des ouvrages religieux pourtant acceptés et reconnus dans les milieux ecclésiastiques. Comment expliquer que seul ce livre se trouve frappé de l’autorisation papale ?... un privilège ? un hasard ?... ou une exclusivité réservée par le Vatican pour certains… lecteurs choisis selon des critères dont nous ignorons tout.
Nous retiendrons, pour exemple, quelques petits détails parmi tant d’autres: le vaisseau quittant Marseille est pris par des « pirates »… et non par des ‘Arabes’ comme l’indiquent de nombreuses autres biographies. Une autre différence mérite notre intérêt : ce captif de choix apprend l’alchimie avec un de ses compatriotes, certes dit ‘renégat’, mais non d’un alchimiste musulman, comme de nombreux auteurs l’affirment. Nous voyons, plus loin, que bien que son « maître alchimiste » ait renoué avec ses premières convictions chrétiennes, Vincent est prié d’accomplir une étrange besogne. Il lui est demandé, pour l’une des concubines du ‘renégat’, de chanter le psaume « Super flumina Babylonys » (sur les rives de Babylone) et le fameux « Salve Regina ». Il nous est dit, alors, que la concubine fut si affectée, profondément impressionnée par ces chants, qu’elle se convertit immédiatement au christianisme. Si le charisme de Vincent de Paul est souvent mis en lumière… il n’est jamais fait mention, nulle part, de son aptitude à chanter, et encore moins à accomplir le miracle de la conversion par sa qualité… ‘enchanteresse’ !

Après dix mois de captivité difficile, Vincent de Paul est finalement de retour chez lui. Mais au lieu de fuir son maître formateur, qui est originaire de Nice, il navigue avec lui et, en sa compagnie, rencontre, toute affaire cessante, le vice-légat d’Avignon. Pendant ce temps, sa famille et ses amis doivent attendre encore de nombreuses semaines supplémentaires - des mois pour certains d’entre eux - avant d’être enfin informés que leur fils et ami s’est enfui et est en vie. Admettons tout de même qu’imposer à ses familiers et relations de continuer à croire que vous êtes décédé en captivité n’a pas grand-chose à voir avec un état de… sainteté ! Une brève observation s’impose, à la suite de certaines remarques: quel est cet homme avec qui De Paul a vécu son initiation à l’alchimie et sa ‘captivité’…? Nous n’avons aucun nom et ceci a quelque chose de plus étrange encore. En effet, peut-on croire que ce ‘renégat’, qui s’est ensuite reconverti grâce à De Paul, qui a fait un long et dangereux voyage maritime de retour… ne lui ait jamais donné son nom. De plus, ces liens étroits qui se sont tissés dans cette aventure ont peut-être fait de cet ancien ‘paria’ un véritable et fidèle ami de Vincent… ou son complice secret ! Nous voyons, ainsi, comment la version officielle ‘vaticane’ diffère assez considérablement de la version « commune ». En résumé, il est possible que De Paul soit allé en Arabie pour rencontrer un homme, qui semble avoir été Chrétien et qui avait choisi de s’exiler sans raison apparente. De Paul semble avoir convaincu cet homme de revenir en Europe, et ensemble, ils ont rencontré le représentant du Pape en Avignon (qui n’est pas une ville mineure) et, de là, il semble que celui-ci ait envoyé De Paul à Rome pour ce que nous appellerions (car ça y ressemble tout à fait) une ‘mission secrète’. Cet homme exilé qui ne semble qu’attendre un ‘captif’ pour lui enseigner l’art subtil du Grand Œuvre… pourrait fort bien avoir été un agent de renseignement en sommeil ? Du moins, peut-il en avoir les apparences. Enfin deux remarques s’imposent encore. La première est que connaître le secret de l’arcane majeur en quelques mois… là où tant ‘d’étudiants’ y ont passé leur vie sans résultat… a quelque chose de pour le moins surprenant. Ensuite, comment croire que les maîtres d’esclaves en Arabie passent leur temps à enseigner l’alchimie à ceux qu’ils ont achetés, souvent assez cher, pour des tâches souvent très pénibles ? A ce tarif, il est certain que nombreux devaient être les postulants à l’état d’esclave des barbares !
D’Avignon, Vincent de Paul arrive à Rome, où il visite les tombeaux des apôtres. Certes, il s’agit d’une pieuse intention, mais nous pouvons, à juste titre, nous demander s’il n’avait pas autre chose de plus important à faire… que du tourisme religieux ? Vers la fin de 1608, il quitte enfin l’Italie, chargé, par le Cardinal d’Ossat, de parler au Roi Henri IV, pour une affaire très particulière, qui visiblement ne souffre pas d’être écrite dans une missive. Arrivé en France, Vincent -délaissant toujours parents et amis- demande à voir Henri IV… et sa demande est accordée sur le champ. Tout ça tient d’un marché mystérieux face auquel nous éprouvons la sensation de retrouver un autre épisode d’une mission secrète très particulière... Pourquoi le Vatican, et le Saint Père, n’ont-ils pas envoyé de messagers « qualifiés » autre que cet homme très ordinaire, en tous cas non initié à l’art subtil… ‘d’agent secret’. De plus, on ne peut pas dire que les événements, bien funestes, de son voyage de courte distance, lui donnent les apparences d’un homme chanceux et entraîné à ce genre d’activité. Non ! A ce stade de sa vie, Vincent de Paul a surtout l’aspect d’un « homme d’église novice »… à moins que cet aspect ait, évidemment, été voulu et entretenu pour le faire passer au-dessus de tous soupçons pour cette mission difficile. Qu’en est-il, à son propos, lorsque cette information, si sensible que le Vatican décide qu’elle ne peut être mise par écrit, lui a été confiée ?

Incrédulité

A ce moment, c’est une incroyable séquence d’événements qui se présente à nous. Nous sommes sûrs que personne ne pourrait, sérieusement, admettre comme vraie une seule partie de ces événements. D’ailleurs, il semble que plus tard durant sa vie, De Paul laissera la même impression, mais cette fois de manière volontaire. C’est du moins la sensation qu’il en laisse. Par contre, si ce fut la vérité et rien d’autre que cela, ce dut être un sérieux camouflet pour les services spécialisés dans ce genre d’affaires d’Etat : un jeune prêtre, qui fait du « tourisme » à Rome alors qu’il aurait été mieux à sa place en se rendant auprès de sa famille sans doute folle d’inquiétude… est instamment appelé par le Cardinal d’Ossi pour retourner en France, afin de tenir le roi à propos d’un important secret. Cette mission suggère qu’elle ne se trouvait accomplie qu’une fois terminée l’entrevue avec le roi.

Louis XIV

Dès lors, est-il possible que De Paul ait été choisi pour une mission bien spécifique ? Qu’il ait dû se rendre dans le monde arabe pour y trouver une personne et la convaincre de revenir ? Une fois sa mission accomplie, il rend compte au Pape, qui lui ordonne, alors, de transmettre une série d’éléments ultra confidentiels au roi de France. Quant à notre « chrétien reconverti » non identifié, il semble qu’il soit revenu, resté ou retenu dans la région d’Avignon, en France.

Laissons, un instant, cette information de côté. Une autre histoire, dans l’Histoire, fait écho d’un événement similaire, incluant également Rome, un prêtre et le roi de France. Il s’agit d’une lettre qui circula entre les trois frères Fouquet : le premier (Louis) fut un prêtre résidant à Rome, le second (François) fut archevêque de Narbonne (notons qu’il s’agit de la destination originale du voyage de De Paul), et le troisième (Nicolas) fut le principal conseiller du roi français, Louis XIV.
Cette correspondance, datant de 1656, entre les frères, contient des informations que Louis Fouquet récolte à Rome. Dans cette missive, il indique qu’il donnera ces éléments secrets à son frère lorsqu’il sera en France et seulement lorsqu’ils seront face à face. L’information semble avoir été d’une si grave importance qu’elle fut qualifiée de « plus grand secret », et il fut dit qu’il pouvait faire tomber des têtes de l’Etat.

Mais retournons maintenant vers Vincent de Paul. Quel fut le contenu de cette mission secrète ? Envoyé, peut-être, pour rencontrer quelqu’un détenant une information de la plus haute importance? Peut-être un ancien habitant de Nice, versé dans l’alchimie, possédant quelques connaissances très particulières ? Ou encore se pouvait-il que ce soit cet homme qui fut lui-même important ? A-t-il accompli sa mission, et ensuite réclamé pour aller immédiatement au Vatican en informer les autorités de l’Eglise ? Fut-il, ensuite, choisi pour aller porter cette information au roi de France?
Ce scénario peut sembler logique. Il expliquerait pourquoi De Paul fut choisi pour ce projet : il connaissait déjà l’information secrète, il aurait donc été naturel qu’il la présente au roi. En fait, il aurait été le personnage idéal pour tenir ce rôle particulier. Il devenait le mieux placé pour convaincre sa royale majesté, car il avait lui-même toutes les connaissances à propos de cette situation… et, de fait, était le mieux placé pour répondre à n’importe quelle question concernant le sujet.

Evidences brûlantes

Cependant, nous ne sommes pas encore au bout de ce qu’il y a d’étrange concernant Vincent de Paul. Ce dernier n’est largement connu que pour le reste de sa vie. Cependant, au cours de cette vie, il aurait tout essayé pour se faire restituer toutes les correspondances faisant mention de son « enlèvement ». Après son retour, il dut informer son supérieur, De Comet, de son retour de captivité sain et sauf. De Comet, qui avait financé à l’origine son éducation, se montre intrigué par le comportement étrange de De Paul. La nouvelle de sa probable mort avait sûrement attristé De Comet ; De Paul aurait pu, au moins, simplement annoncer son retour dans les meilleures conditions possibles; de fait, De Comet pouvait avoir besoin d’éléments complémentaires sur ce qu’il lui était arrivé. Ainsi, il écrit à propos de son enlèvement dans différentes lettres, et les envoie à De Comet. Mais, comme nous le savons tous, plus tard dans sa vie, De Paul s’évertuera à retrouver ces lettres et surtout les récupérer afin de les détruire. Il semble qu’il soit arrivé à en récupérer un certain nombre entre 1658 et 1660, et lorsqu’il parvint enfin à les rassembler… il y mit le feu. Bien sûr, il devait s’attendre à ne pas entrer en possession de tous ses courriers afin de les détruire, mais il y réussit cependant … sauf en ce qui concerne les missives en la possession de De Comet. Pourquoi voulut-il faire ceci ? Plusieurs possibilités ont été évoquées, mais aucune ne résiste longtemps à un examen attentif. Il semble évident que ces courriers contenaient certains détails que De Paul ne voulait pas voir éventés, et pire encore : étalés sur la place publique. On peut retenir que ces lettres devaient être très importantes pour lui, au point de ne pas prendre le risque que ses anciens correspondants, n’ayant peut-être pas pris garde à certains détails, intrigués par cette démarche de récupération… ne les relisent et découvrent ce qui était maintenant devenu secret pour lui. C’est sans doute ce qui dut alerter De Comet et l’intriguer, puisqu’il ne se sépara pas de ces écrits et se mit à se poser des questions plutôt gênantes sur leur fond et leur forme. De Paul emporta ce remords, de ne pas être entré en possession de ces éléments, jusqu’à sa mort (de Benedetti -1897).

Parallèles

A un autre niveau, l’histoire de la vie de De Paul est une réminiscence de la vie d’un autre personnage que nous connaissons bien : l’abbé Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château. Dans les deux cas, nous avons de jeunes, ou inexpérimentés, prêtres, tous frais sortis du séminaire, qui semblent avoir été « pris » dans la confidence et préparés pour des missions spéciales assez insolites. Et il semble que dans les deux cas ce ne soit pas ces deux personnages qui vont au devant de cette aventure, mais bel et bien qu’on soit venu les chercher là où ils sont. Dans le cas de Saunière, il est clair que sa fortune changea dès l’arrivée d’un nouvel évêque sur la scène, Monseigneur de Beauséjour. Visiblement, ce dernier ne voyait pas la situation du même œil.

Des preuves de la présence des Lazaristes
dans la vie de Saunière

Mais ce n’est pas tout : ceux qui rendirent Saunière populaire, qui firent la promotion de Poussin, furent aussi ceux qui firent celle de Vincent de Paul… Et ces ‘promoteurs’ ont pour nom « le Prieuré de Sion ». Notons les dires de Pierre Plantard, créateur en tous points du Prieuré de Sion, à propos de De Paul. Cet auteur indique que De Paul n’est pas enlevé, mais passe tout le temps, prétendu en captivité, dans le secteur de Notre Dame de Marceille où ,là, il est initié à l’alchimie ! Il ajoute également que ce n’était pas « Marseille », à l’extrémité du Rhône, dont il s’agit, mais en réalité du lieu-dit « Marceille », près de Limoux, donc la basilique de Notre Dame de Marseille ! Nous ne croyons pas que ce fut le cas, du moins sur une durée aussi longue qui aurait fini à un moment ou à un autre par laisser transpirer un élément. Nous ajoutons que tout ceci est une allégation très étrange à faire. Lorsqu’elle fut faite, au début des années 80, personne ne faisait d’allusion spéciale, ou ne prêtait attention à Notre Dame de Marceille. Il faut attendre 1993, avec les travaux du « cercle Bertaulet », pour qu’il soit fait attention aux propos de Plantard et de son entourage. Regardons bien combien ces affirmations sont remarquables : Plantard fit cette réflexion, apparemment ridicule, à une époque où personne ne s’intéresse à la basilique de Notre Dame de Marceille et à peine plus à Vincent de Paul. Mais plus insidieusement, il est clair que toutes les pièces du puzzle -de toute évidence- commencent à montrer que Plantard n’avait pas nécessairement raison dans l’analyse faite à propos de Vincent De Paul. Ceci ne veut surtout pas dire qu’il n’y ait pas un lien formel entre Rennes le Château et Notre Dame de Marceille… toutefois pas de la manière, à notre avis, alléguée par Plantard.

Allégations

Plantard et son aréopage déclarent que Vincent de Paul a étudié avec un certain « Jean l’Alchimiste » qui l’avait conduit avec lui au château de Barbarie dans la Nièvre. Philippe de Chérisey, un des plus précieux « assistants » de Plantard, appelait étrangement ce château le « bastion occulte de la France ». Bien sûr, Plantard n’a jamais présenté aucune preuve de ces allégations… En réalité, il n’eut pas à le faire puisque personne n’eut jamais l’idée de l’interroger sur ce sujet. Il est vrai que le roi Louis XIV démantela ce château, au lieudit « La Machine » (quelle ‘machine’ ? de quelle époque ? pour faire quoi de cette machine ? quelle était l’étymologie de ce nom pour le moins… ‘machiné’ ?), en juin 1659, sur l’ordre spécifique du cardinal Mazarin !!! On croit rêver !
Cependant, il est clair que Plantard a souligné deux aspects intrigants peu souvent soulignés: il n’accepte pas la version officielle de l’histoire de l’enlèvement de Vincent de Paul (sur ce point, on ne peut que le suivre). Ensuite, il lie cet enlèvement avec son sujet d’attaque : le mystère de Rennes le Château… tout comme l’énigmatique ‘Jean l’Alchimiste’ se trouve lié avec « le mystère du Prieuré de Sion » ! Finalement, Pierre Plantard lie le tout avec Notre-Dame de Marceille… à une époque où Notre-Dame de Marceille n’offre aucun intérêt pour les chercheurs axés sur l’énigme de Rennes le Château ou le mystère du Prieuré de Sion. A ce moment, pour tous, ce nom n’évoque rien d’autre qu’une église normale, sans l’ombre du moindre mystère.

Une époque étrange

L’action étrange de Vincent De Paul est peut-être à l’origine d’événements qui se sont produits aux alentours de 1650 : la correspondance entre les frères Fouquet, l’arrestation de Nicolas Fouquet, le ‘nettoyage par le vide’ des éléments que De Paul a inconsidérément lâchés dans la nature, concernant son « enlèvement ». Tout ceci est immédiatement suivi chronologiquement par la mort de Poussin et la nomination de Cassini comme Astronome Royal à Paris. N’oublions jamais que c’est également De Paul qui forme Olier… qui, à son tour, devient un fidèle instrument de la Compagnie du Saint Sacrement. C’est cette dernière qui gère Saint Sulpice et la construction de Montréal, avant que cette organisation ne tombe, victime de l’étrange décision du Roi de France. Cela suggère qu’une série d’événements se soit automatiquement enclenchée à la suite du retour de Vincent de Paul de sa mission…même s’il est clair que : ni il ne fut seul, ni que cette mission fut accomplie de son vivant !

Filip Coppens & André Douzet