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| Perillos, lis-le aux trente cercles œil |
«
Il faut toute l’éclatante lumière de la vérité
pour rendre à
ces événements la marque d’une réalité,
somme toute assez simple »
Maurice Leblanc
Avertissement
Suite
à un empressement inexplicable de nos services, la précédente
publication intitulée « Périllos, lis-le aux
trente cercle œil » doit être considérée
comme nulle et non avenue. Un empressement compréhensible face à
un tel chef-d’œuvre (sic) nous a amenés à publier
une simple ébauche que M. TOTO nous avait fait parvenir pour le soumettre
à notre jugement, le dit M. TOTO en a été fort marri
et a failli nous retirer toute sa confiance ! Un voyage diplomatique dans
la région de Lyon où il réside nous a permis de le
rencontrer et de faire nos plates excuses à ce susceptible autant
qu’étrange personnage. Introduits par un obséquieux
domestique chinois, nous n’avons pas pu discerner les traits de notre
correspondant, tapi au fond d’une obscure caverne de livres, tous
plus rares les uns que les autres. Il nous a fait de fort curieuses révélations
qu’il ne nous est pas permis de rapporter ici ; notons simplement
que sa dextre est ornée d’une bague, copie de celle découverte
par le Marquis d’Agrain dans un sarcophage de la vallée des
Rois en 1860 et qui permit à Carter de sortir indemne de l’affaire
Toutankhamon : « Cela peut servir pour visiter quelque tombeau…
» affirma-t-il, goguenard... Impressionnés par le personnage,
nous lui demandâmes s’il enseignait à des élèves,
bref s’il était en quelque sorte Gourou… Il rit et désigna
du doigt une swastika tibétaine qui ornait un grand tanka, accroché
à un mur et laissa tomber nonchalant : « Pas encore…
il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs ».Comprenne
qui pourra…
Nicolas Leroidec
Note
de la Rédaction
La Rédaction a récemment reçu le document ci-dessous, anonyme, ou plutôt signé d’un pseudonyme qui sent bon les romans populaires de jadis : « TOTO FOUINARD » !!! Un tel paraphe évoque, et de loin, la bonne blague. Et pourtant, bien des remarques, que l’on peut qualifier à bon droit d’intéressantes, nous ont amenés, malgré bien des réticences, à tout de même publier un tel fatras blagueur et parfois inspiré, qu’il faut surtout et uniquement prendre comme cela.
Devant la longueur d’un tel travail et ne voulant rien en retrancher, nous le présenterons en deux parties, dont nos lecteurs trouveront ici le premier volet.
Claude Pons in memoriam
Introduction
«
Périllos, lis-le aux 30 cercle œil ». Les lecteurs de
Maurice Leblanc auront bien sur retrouvé là la démarque
d’un titre de leur auteur favori, soit ‘l’île aux
trente cercueils’, démarque qui se veut à la manière
de Raymond Roussel qui a dévoilé (si peu) sa méthode
dans « Comment j’ai écrit certains de mes livres ».
Oui, effectivement, Périllos doit être lue, décryptée,
comme le fait si bien ce monsieur Douzet que je n’ai pas le plaisir
de connaître ou seulement à travers ses écrits, si intéressants.
Si intéressants soient-ils, ils ne vont pas assez loin, car il faut
savoir jusqu’où aller trop loin, toujours…C’est
ce que je vais m’efforcer de faire ci-après. Remarquons que
André Douzet utilise à plein pot sa chère langue oiselée
puisque son adresse Internet : « delbaeth », n’est autre
que l’anagramme du latin « dealbate » qui signifie : « blanchir
» or, suivant les phylactères, « il faut blanchir latone
et déchirer ses livres ». Gageons que monsieur Douzet travaille
activement à la deuxième partie de cette injonction. A moins
qu’il ne préfère être enterré avec sa bibliothèque,
ce qui est une autre histoire, comme nous le verrons plus bas.
Décryptons tout d’abord le titre que j’ai choisi (choisi,
croyez-vous ?). Périllos est, notez-le bien, pour un temps, pour
un temps seulement, un Centre. M. Chalandon, dont j’ai écouté
la conférence il y a quelques années, y voyait le futur Pôle
Nord du prochain cycle, cet invariable milieu autour duquel la rotation
des pôles allait s’effectuer selon la prophétie de Maître
Philippe de Lyon et les délires contrôlés de Salvador
Dali. Je n’irai pas aussi loin, et je penserai simplement à
l’image du char de La Rose Croix monté sur des roues et qui,
sans cesse, se déplace.
Or donc, il faut déchiffrer Périllos, et qui de mieux placé
pour cela qu’un collège de trente adeptes à l’œil
cerclé, c’est-à-dire porteurs d’un monocle. Que
nos lecteurs se reportent à la célèbre illustration
des romans consacrés à la geste d’Arsène Lupin,
ils y verront un gentleman à haut-de-forme qui étudie un document
codé à l’aide d’un monocle. Qui dit « monocle
» dit œil unique, non pas celui du cyclope, force brute, mais
au contraire celui de l’homme qui a ouvert son troisième œil,
le véritable Initié, celui qui est arrivé au faîte
de la pyramide d’où il peut contempler 50 siècles, peut-être,
mais surtout la nature entière composée des quatre éléments.
Dans le roman de M. Leblanc, avec ses 30 cercueils, qui est vraiment mort
dans cette île de Lazares où on renaît sans modération
? Ne s’agit-il pas plutôt de cercueils de Maîtres Maçons
?
Notre
Dame de Coral
Le
roman, donc, comporte 30 cercueils, bien sûr, mais également
quatre femmes crucifiées. En fait, trois crucifiées plus une
attachée à un tronc d’arbre mal ébranché.
Trois crucifiés comme au mont des Oliviers… suivez mon regard
vers un tout petit coin des Pyrénées-Orientales… Trois
femmes liées à la Croix, de qui peut-il bien s’agir
? Des trois Maries, les Saintes Maries. Quant à la Quatrième,
dans la légende dorée, il s’agit de la servante, Sarah,
la kali, c’est-à-dire la sombre. Sombre comme la vierge noire,
et elle aussi, elle trouve son logis naturel sous terre, comme une truffe,
le diamant noir. Aux yeux du grand public, elle ne compte guère devant
les trois Maries et pourtant, comme la pierre brute rejetée du chantier,
elle devient pierre d’angle, clef de voûte. Les Gitans ne s’y
trompent pas qui lui rendent un culte fervent. Dans le roman, cette quatrième
n’est pas crucifiée, elle est liée au tronc, les bras
le long de celui-ci comme pour faire corps avec lui, comme Notre-Dame du
Coral fait corps avec le tronc d’arbre non équarri qui lui
sert de… tronc. Il est d’ailleurs piquant que le héros
démoniaque du roman de M. Leblanc soit traité de « vieille
branche» ; serait-il un « rameau ardent », ce soi-disant
polonais (et pourquoi ne viendrait-il pas des Carpates, comme le Comte de
Saint-Germain ?) et de sang royal. C’est un « prophète
rouge » et l’on n’a jamais beaucoup insisté sur
le fait que Pierre Plantard rêvait de mettre en place une monarchie
« populaire » (avec l’aide de Moscou?)… et
que le cercueil du regretté Gérard de Sède soit recouvert
par le drapeau de la (peu) regrettée Union Soviétique.
Evidemment, cet avatar de Sarah dans l’île de Sarek, anagramme
d’arkes ou arcas (chacun connaît à présent ces
variations sur le thème de l’arche et de l’ours) est
habillée de blanc, pour qu’en miroir (car tout ici est miroir)
on ne puisse songer qu’au noir qui la constitue, au noir même
de cette truffe, fruit souterrain qui lui aussi est attaché à
l’arbre, au chêne qui est son support. Son nom est « Véronique
d’Hergemont » ; il faut lire « verre onyx du mont D’Hergé
». Messieurs Douzet et Berlier révèleront peut-être
bientôt les mystères qui relient Tintin au Pilat, ou que les
fours à verre servent aussi aux alchimistes pour leurs coctions,
je veux bien le croire ! Soyons patients !
En ce qui concerne R G, ce sont les initiales du grand ésotériste
René Guénon appelé, d’après Jean Robin
(qui était élève de Michel Valsan), à jouer
un rôle de premier plan lors de l’Apocalypse, en étant
avatar, si je me souviens bien, d’Henoch ou d’Elie de retour
pour les temps parousiaques. Qui dit RG dit Renseignements Généraux
(bonjour à tous !) dit également GRG, en doublant, en miroir,
la première lettre. La Kabbale, avec un K pour cette fois, étant
bien entendu d’origine juive, n’utilise que les consonnes (les
voyelles en hébreu sont représentées par des points).
Cette Kabbale est facilement transposable avec notre alphabet, à
la grande horreur des puristes évidemment. GRG constitue donc la
racine d’un nom comme GaRGantua ou bien de la GoRGe, d’une importance
primordiale pour qui veut prononcer la « parole perdue »
chère aux francs-maçons ; je reviendrai peut-être plus
bas sur ce point.
Bref, le fameux collège de 30 membres ci-dessus imaginé n’aurait-il
pas au-dessus de lui un triumvirat ayant subi l’initiation suprême
? Plus un égrégore brochant le tout ? Leblanc en passe par
trois femmes, qui évoquent irrésistiblement les Saintes Maries
liées à la Passion du Christ. J’en tiens pour ma part
pour une femme et deux hommes. Le fameux ménage à trois cosmique
si bien décrypté par Pierre Gripari dans « Le canon
» ou encore Jean Markale dans son livre sur Chartres. Isis-Osiris-Horus,
par exemple, et restons en là pour ne pas offusquer les Chrétiens,
s’il en reste. Les Kabbalistes ayant bien saisi le sens du Yod-Hé-Vau-Hé
m’auront compris. Mais, comme toujours en ésotérisme,
l’un n’empêche pas l’autre et tout réductionnisme
est à proscrire.
Le
réductionnisme règne en maître dans la pensée
de nos contemporains amateurs de « mystères », car
c’est une sorte de confort intellectuel que de choisir une partie
seulement d’un problème pour tenter de le résoudre.
Dans l’affaire de Rennes-le-Château, ce fut vraiment une aubaine
lorsqu’on prit au mot Philippe de Chérisey déclarant
qu’il était l’auteur des célèbres parchemins,
ce qui est faux. L’ombre de Francis Blanche et le passé surréaliste
de Gérard de Sède ont suffi pour qu’on décide
que tout cela n’était qu’une blague plus ou moins littéraire.
C’est tellement reposant pour certains d’évacuer un casse-tête
potentiel ; circulez, y’a rien à voir ! Si ce n’est pas
le cas de M. Douzet qui, lui, en est plutôt friand… beaucoup
sont littéralement pris de panique devant un mystère et sont
prêts au mensonge pour l’oublier, l’évacuer ; d’autres
encore préfèrent éloigner les curieux pour continuer
les recherches, seuls, comme feu Descadillas. D’autres encore tiennent
un certain temps et, finissant par craquer car n’ayant rien trouvé
de valable, ils forment alors l’armée de « debunkers
». Ces derniers n’étant que des personnages aigris, pour
qui le savoir est fermé, et qui tentent d’en détourner
les autres. Il y a peu, M. de Closets, du haut de sa suffisance et au bout
de quelques heures d’« enquête », déclarait
sur Antenne 2 que toute l’Affaire se réduisait au sempiternel
« trafic de messes ». Si c’est en partie vrai, ces gens-là
sont cependant véritablement enragés de prendre une partie
pour le tout ! L’un n’empêche pas l’autre tout de
même ! Il semble inconcevable à nos contemporains que l’affaire
de Rennes-le-Château puisse à la fois impliquer plaisanteries,
manipulations, trafic de Messes, services secrets, sociétés
également secrètes, prospections minières, mystères
historiques et religieux et j’en passe. Bien des chercheurs sont orgueilleusement
persuadés d’avoir trouvé seuls la clé de l’énigme.
Bref, je m’énerve, passons, ou plutôt, revenons à
nos « bergers ».
Un autre trio infernal est ici de mise : dans les vieux mélos, il
y avait le bon, la brute et non pas le truand mais l’héroïne.
Freud n’étant pas encore né, l’héroïne
en tenait pour le bon, essayant d’échapper à la brute.
Chez Wagner (Freud n’étant pas encore opératif), le
trio suivant : Parsifal-Klingsor-Kundry était déjà
plus élaboré. Certes, Parsifal était le bon, Klingsor,
le méchant, quant à Kundry, elle était plutôt
ambivalente, créature déchue penchant tantôt vers l’un,
tantôt vers l’autre. Ce trio est la transposition évidente
des trois crucifiés : Jésus - le mauvais larron - le bon larron,
ce dernier étant décliné cette fois au féminin.
Qu’un psychodrame initiatique du plus haut niveau reprenne ce schème,
je le subodore. Géographiquement même, tout s’éclaire
grâce à M. Douzet. Tout s’éclaire en lisant son
article paru dans les « Carnets Secrets » sur le château
de Quermanço. Evidemment ! « Vérité en deçà
des Pyrénées, erreur au-delà » comme disait Montesquieu
! Dans les Pyrénées-Orientales, le château du Graal,
et en Catalogne espagnole, le château du mage noir Klingsor…
Où se trouve alors Kundry qui est, le lecteur l’aura deviné,
le double de la pécheresse Marie Madeleine ? Eh bien, pourquoi pas
sur le faîte de la montagne des Pyrénées… regardant
soit vers le Sud soit vers le Nord. Et pourquoi pas encore, vers ce fameux
Coral dont M. Douzet nous a judicieusement indiqué que le nom était
l’anagramme de l’étoile Alcor, chère à
Maurice Leblanc? En effet, non loin de là, un lieu dit : «
la ferma mort » en catalan : la femme morte. Les connaisseurs de l’«
homme mort » de Rennes-le-Château, et autre « siège
de la mourtre » de Périllos, pourront éventuellement
se rendre sur place pour chercher la véritable Sainte Baume et le
troisième tombeau, celui de Marie Madeleine.
Siège
de la mourtre
Ainsi
placée sur les sommets et en équilibre éternellement
instable, elle peut, tel le rocher de Sisyphe, rouler tantôt vers
le nord -le Bien et l’origine- tantôt vers le sud -le mal-,
Sisyphe étant l’image du cherchant, dont la voie est sans fin.
Ce constat conduit, dialectiquement, à admettre que l’équilibre
se situe entre les deux pôles du monde. Au Nord se situerait le Bien
avec Parsifal, qui, comme on le voit, n’est pas le personnage principal
de cette histoire ni le but existentiel de la Queste mais une borne invariable
et immobile : l’étoile polaire. Quant au pôle Sud,
le Mal, que le Baron Julius Evola nommait « la lumière du sud »,
donc pélasgique et pré indo européenne pour (officiellement)
mieux la dédaigner, elle trouve sa représentation stellaire
dans la Croix du Sud… emblème, s’il en est un, de l’Alpha
Galates puis du Prieuré de Sion.
Le personnage le plus important est, là encore, la pierre rejetée
qui finit par supporter l’édifice, soit Kundry elle-même,
qui nous indique la voie… la voie ondulante du serpent. Ainsi, Sisyphe
est, comme je l’écris plus haut, la représentation symbolique
du « Questeur » dont la voie est serpentine, luciférienne,
oscillant entre le Bien et le Mal, lesquels ne sont que des illusions qu’il
se doit de dépasser pour se Réaliser. Mais, me direz-vous,
Sisyphe, cher à Albert Camus, est un personnage de la mythologie,
alors qu’avec Marie Madeleine, la Carissima, nous sommes en plein
Evangile ! Certes, mais considérons ceci de plus haut. En effet,
la Pécheresse est en effet l’hypostase d’un principe
éternel (et cultuellement mondial) n’ayant pu que s’incarner
pour accompagner historiquement le Rédempteur dont elle était
la parèdre. On peut penser aux couples d’Eons qui constituent
une de ses « Syzygies » chères à l’enseignement
du néo-cathare Jules Doinel. Ce que notre époque dégénérée
ne peut traduire qu’à son bas niveau sous la forme : «
Jésus a couché avec Marie Madeleine et ils ont eu un enfant
», ce qui, encore une fois, n’est pas à exclure systématiquement.
Hasardons-nous encore un peu plus loin… ce que nos contemporains entrevoient
du fond de leur boue n’est-t-il pas le très lointain écho
d’une réalité transcendante? Un principe pour s’incarner
a besoin d’une Sophia et quand leur union porte un fruit, c’est
alors l’Enfant Alchimique de la Lune et du Soleil, le Rébis,
le mystérieux Elie Artiste que nous attendons, nous autres, hermétistes.
De plus, en astronomie, le terme gnostique de syzygie, couple cosmique,
signifie conjonction soleil-lune !
La
Carissima est donc la femme seule qui vit dans les Pyrénées.
De nombreuses légendes, dont on peut trouver trace dans le guide
Tchou consacré à cette région, font état de
femmes qui vivaient là-bas maritalement avec un Ours. Elisabeth van
Buren, écrivain bien connu du microcosme de Rennes-le-Château,
dans son ouvrage « Le cygne noir », reproduit un bois gravé
allemand du XVe siècle représentant Marie Madeleine, non pas
vêtue simplement de son ample chevelure mais carrément velue
comme un ours. Existait-il jadis des collèges de femmes-ours dont
l’enseignement remontait au Néolithique? Pour écrire
cela, on peut non seulement se baser sur les écrits de Pierre Gordon,
publiés par les éditions Arma Artis, mais également
voyager dans l’espace, jusqu’au… pôle nord ! Les
Inuit, en effet, rapportent la légende d’une femme qui avait
des relations adultérines avec un ours pendant que son mari était
à la chasse… à l’ours. Cet ours bien particulier
avait donné à sa maîtresse un enseignement qu’elle
devait garder secret : l’emplacement de la tanière de la bête.
Elle perdit l’amour du monstre en divulguant à son époux,
chasseur malheureux, l’itinéraire (cosmique) qui menait au
gîte. Nous retrouvons là le fameux trio :le mari, la femme,
l’amant (ici initiateur) dont on voit qu’il vient de plus loin
que le théâtre de boulevard où il a trouvé son
incarnation moderne, adaptée à la bassesse de l’époque,
mais jamais totalement erronée.
Or donc, pour conclure (de la façon la plus hasardeuse bien entendu,
mais est-il question d’autre chose ici ?), le cherchant, le questeur
gnostique, pour trouver ce qu’il cherche, devra tromper le mari (le
Christ) avec la « femme » de celui-ci (Marie Madeleine) pour
connaître les arcanes de la voie qui mène à l’intérieur
de la Terre à la recherche de l’« occultum lapidem »
ou de la Truffe!!! Qui a parlé de la « résurrection
du Grand Cocu » ?
L’île
aux trente cercueils entrouverts
Revenons
au roman de Maurice Leblanc. Je vais tenter, peut-être, de montrer
avant tout que ce roman a pour but de raconter l’histoire du village
de Périllos et de dévoiler l’intérêt énorme
qu’il présentait… et représente encore aujourd’hui
pour les Sociétés Secrètes qui pratiquent l’alchimie.
M. Patrick Ferté a démontré jadis de façon remarquable
que les aventures de son héros Arsène Lupin, situées
en Normandie et en Bretagne, dans la région de Rennes, étaient
en fait centrées autour d’un autre Rennes, voire de deux autres:
Rennes-le-Château et Rennes-les-Bains. Dans « l’île
aux 30 cercueils», nous n’avons plus, bien entendu, affaire
au continent mais à une bande de terre située au delà
de la frontière que constitue la plage normande. Si on opère
le transfert ‘Normandie – Bretagne’ identifiable au département
de l’Aude, on trouve donc, par delà la frontière que
constituent les Corbières, les Pyrénées-Orientales
et la mer. Quiconque aura visité le village mort de Périllos
ne pourra que le comparer à une île au milieu d’une désespérante
mer de buissons rabougris. L’île symbolise le détachement
du monde, un territoire en dehors de ses lois. On y trouve une « chapelle
de Sainte Barbe, perchée dans le site le plus extravagant »
(Maurice Leblanc). L’île de Leblanc est désertée,
ses habitants ont fui, l’île est morte comme Périllos
est mort. Ils ont fui, effrayés par des hommes venus de sous la terre,
des « Druides », c'est-à-dire des Initiés qui
sont reparus à la surface du globe. Les lecteurs des articles de
M. Douzet ne peuvent plus désormais en douter, il existe une
« certaine activité », pour ne pas dire une «
activité certaine » sous terre, encore et toujours «
sous terre » ! Le fameux transformateur électrique alimente
qui ou quoi? Pour ma part, je pense qu’il s’agit du fameux Biglotron
de Pierre Dac (gaulliste et franc-maçon) et Louis Rognoni (un ancien
des services secrets). Cet engin, selon ces deux personnages, ne sert tellement
à rien qu’il doit bien finir par servir à quelque chose…
et ronronne, dans cette attente, au cœur du véritable gruyère
occitan que constitue le sous-sol de ses montagnes. Est-il sous la surveillance
du SDUC, comme dans le célèbre feuilleton « Bons baisers
de partout » (qui a été diffusé sur France Inter
à partir du…17 Janvier 1965, bien entendu)? M .Douzet aurait
tendance à nous le laisser croire lorsqu’il relate les tournants
mystérieux autant que ‘gendarmesques’ que prennent les
moindres activités dans le secteur. « Agence Dutreillis. Renseignements
confidentiels. Discrétion » écrit Leblanc dans son roman.
Certes, les agents de renseignement de notre République ne sont pas
des Initiés, du moins, pour la plupart. Mais rien n’empêche
qu’une entente ait pu s’établir entre les différents
pouvoirs qui nous… protègent, et ceci à des fins d’exploitations
minières d’un certain type, échange de bons procédés.
Malraux aurait pu continuer cette entente - en bon élève de
René-Louis Doyon, biographe de Joséphin Péladan et
membre du groupe des « Polaires » (c’est lui qui s’ennuie
sur l’illustration de couverture d’un livre de Pierre Gueyraud)
- et s’y intéresser de près comme il s’est intéressé
au Verdon d’Alfred Weysen. Quelles pouvaient être les raisons
d’une aussi belle curiosité chez l’auteur de «
Lazare » ? Une absence de cette formation universitaire que l’on
peut même nommer « formatage » tant elle rétrécit
les cerveaux ? L’auteur de « Lazare » ne pouvait que traîner
ses guêtres dans cette région où, dans le roman-miroir
de Leblanc, les morts ressuscitent.
Maurice
Leblanc
Et, si résurrection il y a, c’est grâce à la « Pierre dieu » (analogie à la terrible « Tombedieu » des anciens de Périllos ?), roche encastrée dans le plafond d’une salle souterraine et surplombant deux autres pierres sacrées dont la plus inférieure servait jadis aux sacrifices sanglants. La salle est éclairée de façon admirable et l’on ne peut que se souvenir de la théorie manichéenne qui veut que la lumière du « dieu bon » soit enfermée dans l’obscure matière du « mauvais démiurge ». Et, comme une belle endormie de conte de fées, elle doit être éveillée, sortir de son tombeau, pour rejoindre la lumière du Plérome. Ce trésor architectural est gardé par un simili vieux druide qui manie à merveille la « langue verte » ; c’est lui l’auteur du « vieille branche », il est armé d’une hache gravée d’un swastika. C’est donc là un maître de la foudre, ce véritable « feu du ciel » que la hache symbolise et même du « feu de roue » cher aux alchimistes… Quant à la croix gammée, elle est en effet un ensemble de quatre « gammas », autrement dit quatre haches tournoyantes (tiens ! Comme le rébus de « La comtesse de Cagliostro » du même Leblanc). Cet homme est si bien le ‘maître du feu du ciel’ que les… coups d’une arme à feu ne l’atteignent pas. Ce druide est en réalité Arsène Lupin lui-même qui se présente sous le pseudonyme espagnol de Luis Perenna qu’il faut comprendre comme « Louis le pérenne », ce qui signifie soit l’incarnation présente d’une lignée royale (Louis) soit un roi qui n’est pas assujetti aux lois humaines et bénéficie d’une vie plus longue que la normale. Notons ce clin d’œil surprenant au mot ‘perenne’ si proche de Pereil… peron… Périllos. Sur la pierre de sacrifice repose Véronique, nommée pour l’occasion « Velléda », dormant comme la belle au bois… ce qu’elle fut auparavant en étant liée à un arbre. A propos d’arbre, précisons qu’on accède à ce souterrain en passant entre les racines d’un chêne creux ; à ce propos, je renvoie mes lecteurs avides à « L’alchimie » d’Eugène Canseliet qui traite longuement de ce sujet.
Arrêtons-nous un moment sur le problème de la résurrection, si je puis dire. Il a deux moyens, semble-t-il, de ressusciter, dont le premier est de rencontrer sur sa route le Christ en veine de miracles, tout en ayant pris soin de préalablement décéder. ‘Alchimiquement’ parlant, le Christ occupe la place du cinquième élément, de la quinte essence, alors que ses évangélistes symbolisent la Terre, l’Air, le Feu et l’Eau. Il est la Pierre vivante, le Graal personnifié. Le contact du mort même avancé dans ses processus de décomposition, dixit l’Evangile, avec Celui qui est la Vie, le ramène illico dans cette vallée de larmes. Deux mille ans plus tard, un autre moyen s’offre à nous, retrouver l’état christique en partant à la Queste du Graal. Les chemins sont multiples. Le Graal étant soit du « sang », soit une pierre, soit un livre, les moyens de s’en rendre dignes sont également divers. Ce produit que nous allons désigner sous le vocable de « Pierre » doit, soit être absorbé une fois obtenu sous forme « potable », soit être stocké dans le tombeau à côté de la dépouille de son heureux obtenteur.
Eugène
Canseliet
Dans
le premier cas, on obtient un Adepte. Un adepte tel qu’Eugène
Canseliet le décrit, dans sa retraite espagnole, le célèbre
Fulcanelli. Celui-ci, ayant arrêté le processus de vieillissement,
est d’une nature physique telle qu’il ne vaut mieux pas s’approcher
trop près de lui. Il invite d’ailleurs son ancien élève
à ne pas le toucher, à l’instar du Christ en Corps de
Gloire, après la résurrection et face à Marie Madeleine.
Dans le deuxième cas, plus mystérieux, évoqué
par M. Gineste dans son excellent ouvrage sur Rennes-le-Château,
la pierre est placée dans une sphère de bois ou d’ivoire,
doublée de métal, à côté d’un cadavre
qui n’est pas sans évoquer un vampire de série B. C’est
ainsi que Edward Kelly, sombre compagnon de John Dee, le magicien de la
reine Elisabeth Première d’Angleterre, s’était
procuré la fameuse poudre de projection nécessaire à
la chrysopée. En passant, signalons qu’un homme voulant se
faire enterrer avec ses livres, souhaiterait par là, soit soustraire
de la connaissance à la lumière du Monde pour l’enfermer
symboliquement dans les ténèbres du mauvais dieu… soit
bénéficier de la Connaissance figurée par les livres
afin d’en faire un instrument de résurrection, étant
donné que Graal = Graduale = livre.
Soyons logiques : un Adepte ayant obtenu la Pierre, et se faisant enterrer
avec, n’agit pas par égoïsme. Au contraire, je pense qu’il
souhaite que la « présence » de celle-ci agisse sur ses
restes physiques afin que ceux-ci soient l’ « ancre »
qui retient le vaisseau constituant la coagulation ‘âme+esprit’
formant le « Corps de Gloire ». Cette coagulation a permis à
l’Adepte d’échapper à la « seconde mort
» si redoutée des anciens égyptiens. Il se trouve dans
la situation de certaines momies égyptiennes. De même qu’un
débris de la Pierre permet la transmutation de vils métaux
en or, la présence de celle-ci dans un tombeau permet d’opérer
la chrysopée sur celui-ci. Nos lecteurs trouveront une belle illustration
de ceci avec le roman de M. Bourre « le serpent rouge ».