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| Où il est question de transformateurs EDF à Périllos |
L’oubli
des hommes
Il
ne reste à Périllos que les vestiges du village abandonné
définitivement depuis le milieu du XXe siècle. Atmosphère
insolite et envoûtante des lieux désertés par l’homme
pour de multiples raisons, pratiques le plus souvent. Rappelons que pour
Périllos, la désertification s’est faite en raison d’une
chute démographique vertigineuse. Des conditions de vie devenues
nettement plus difficiles que dans les grandes agglomérations adaptées
à un confort rendant de plus en plus faciles les tâches sédentaires
de chaque jour... Et Périllos s’est engourdi irrémédiablement
dans le sommeil d’une mort annoncée par le vingtième
siècle.
La vie n’était guère facile dans ce secteur où
l’agriculture se réduit à sa plus simple expression
et l’élevage limité à quelques moutons ou chèvres...
pas de quoi voir la sédentarisation sous des perspectives propices...
Il ne reste aujourd’hui, de ce berceau des fiers seigneurs de Périllos,
qu’un lambeau du donjon surmontant les ruines d’habitations
écroulées parmi lesquelles se dresse encore l’église
(St Michel) du lieu veillant toujours sur les restes de son cimetière
parsemé de quelques croix nostalgiques.
Rappelons, pour information, que sur le plan administratif, Périllos
disposant encore de terres viticoles toujours exploitées, donc sujettes
à imposition fiscale, fut rattaché à la commune d’Opoul
qui devint, de fait, OPOUL-PÉRILLOS.
Les raisons
de la fée électrique
Le vieux village disposait d’une petite école, d’un point postal, d’une mairie... mais pas d’électricité. Il est très probable que l’abandon des demeures s’accéléra en raison du fait que cette énergie, devenue indispensable au confort minimum, manquait dans le hameau. Cette absence électrique peut sembler curieuse alors que les villages aux alentours en disposaient depuis des années déjà: Opoul, Vingraü, etc. La fée électrique est sans pitié pour les pauvres villages en baisse de démographie ne pouvant justifier de pouvoir abonder financièrement au coût de ce qui deviendra plus tard une nécessité indiscutable.
Un
étrange surplus de radars...
Le
village endormi s’est enfoncé lentement dans l’oubli
et l’indifférence générale. Depuis longtemps
nos recherches nous conduisaient vers ce village aux ombres fantomatiques.
Nous l’avons parcouru avec respect et parfois inquiétude...
Et puis, il y a quelques années, l’administration française
prévoit l’édification d’un radar météo
sur un des sommets de cette commune délaissée. Installation
pour le moins étonnante, car ce secteur se trouvait sous contrôle
radar de l’ancienne base militaire de l’OTAN puissamment équipée
en système de détections de toutes sortes dont météorologiques...
Certes l’OTAN, sur cette région, n’existe plus en tant
qu’entité opérationnelle. Cependant les équipements
du plateau de La Clape (près de Narbonne - plage) ne furent pas tous
démantelés, loin s’en faut. Ainsi depuis la route pouvons-nous
toujours apercevoir les coupoles de nombreux instruments de détections,
dont ceux météorologiques, toujours en activité mais
maintenant sous dépendance des seuls besoins militaires français.
On ajoute que l’aéroport de Perpignan dispose lui aussi d’installations
météo indispensables à la navigation aérienne
civile et militaire. Il est donc pour le moins curieux de choisir de doubler
ces installations opérationnelles et efficaces par un troisième
point dont l’utilité n’apparaît pas de prime abord.
Nous reviendrons plus tard sur ces détails pour le moins étonnants
sur le plan météorologique... Pour l’instant nous restons
près de Périllos et son fameux ‘radar météo’...
Radar météo
et mousquetaires?
Il
est bien entendu qu’un radar, météo ou de détection
aérienne ne peut se concevoir sans une importante consommation d’énergie
électrique. On pouvait, à juste titre supposer cette source
puisée à la ligne E.D.F. à haute tension passant près
du site en question. Sans doute (et pourquoi en douter?). Cette possibilité
d’alimentation électrique ne fut pas jugée apte pour
des raisons évidemment techniques et, de fait, incontestables...
Alors une ligne électrique souterraine fut aménagée
tout au long de la route conduisant à Périllos. Peu avant
d’entrer dans l’ancien village, en contre-bas, l’accès
au site ‘radar’ bifurque sur la gauche ainsi que sa ligne électrique
sous la piste d’accès. A ce croisement on peut voir un transformateur
‘vert kaki’ assurant la production des tensions d’énergie
nécessaires. Ce transformateur E.D.F. comme chacun de ces appareils
en France est identifié par un numéro et un nom lui étant
propre. Habituellement ce genre d’identification correspond au nom
du lieudit ou du secteur alimenté... Curieusement ce transfo se trouve
sous l’identifiant ARAMIS... Sans doute peut-on supposer qu’un
des célèbres mousquetaires d’Alexandre Dumas se soit
illustré particulièrement ici?... Restons sérieux...
aucune réponse à ce curieux choix d’une administration
qui habituellement ne fait pas ces choix d’identification de transformateurs
au hasard ou selon un caprice littéraire et romanesque du moment.
Ajoutons que ce bloc d’alimentation semble équipé d’un
système d’échange d’informations techniques à
distance...
Du bon usage
de ce qui ne sert à rien!
Mais
poursuivons notre route jusqu’aux premiers vestiges de Périllos.
Et notre curiosité ira grandissante dès notre arrivée
parmi les ruines. Un second transformateur électrique nous attend...
Celui-ci est de couleur beige et son identification est sous le nom de PÉRILLOS,
ce qui ici correspond aux habitudes administratives d’E.D.F.
Cet appareil est de taille et de capacité à alimenter tout
un hameau ou une petite zone industrielle de consommation électrique
courante. Jusque là rien de bien extraordinaire. Oui... mais allons
plus avant dans nos remarques. Cet appareil ronronne comme chacun de ses
frères électriques en activité et il n’y a là
rien à souligner. Cependant nous allons voir que les considérations
peuvent apparaître un peu plus complexes qu’elles ne le semblent.
En effet comment comprendre un tel transformateur dans les ruines d’un
village d’où toute vie humaine s’est retirée?
Certes l’été il y a un petit local exploité près
de l’église proposant quelques nourritures, boissons, ombrage
et exposition de peinture et d’art... durant moins de trois mois!
La grande générosité
aveugle de la fée électrique ?
A mieux y regarder, on trouve dans les ruines seulement deux petites armoires
E.D.F. réglementaires fixées au pied de l’église...
Deux! Une sans doute pour ce local saisonnier et nous admirerons au passage
la grande générosité d’E.D.F. pour alimenter
de si loin un si modeste local d’activité n’utilisant
qu’un réfrigérateur et deux points lumineux! Et une
seconde sans destination apparente... alors que dans cette région
plusieurs habitations isolées ne disposeront jamais des mêmes
générosités pouvant pourtant être bien utiles
à une vie sédentaire! Mais n’entrons pas dans ce genre
de polémique, et restons-en aux considérations sur Périllos.
A notre étonnement sur cet appareillage il nous a été
répondu qu’E.D.F. devait également édifier un
gîte d’étape pour des randonneurs et promenades équestres...
Voila une générosité louable qui pourrait bien justifier
l’existence d’un transformateur destiné à alimenter,
en ce cas, les locaux d’hébergement d’étape. Encore
qu’à ce stade ce genre de gîte ne réclame pas
autant d’énergie que tout un village... mais admettons comme
la sagesse populaire que ?abondance de bien ne nuit pas? et que ?qui peut
le plus peut le moins?... pourquoi pas!
Oui... certainement mais à cet instant, en hiver, le local d’accueil
ouvert l’été est fermé... l’église
ne reçoit aucun raccordement électrique et dans le village
abandonné il n’y a pas âme qui vive... La question est
simple: pourquoi, pour qui fonctionne et ronronne le transformateur identifié
sous le code PÉRILLOS? Mais poursuivons notre petite enquête.
Un village
mort à jamais
Nous
cherchions à savoir si un lot, une propriété, une ruine,
serait en vente dans les restes du village oublié de Périllos...
D’abord il nous fut répondu que non... et de plus qu’il
ne saurait être question même d’une réhabilitation
d’une construction existante. En effet le lieu est maintenant classé
en zone NON HABITABLE et NON CONSTRUCTIBLE. Les explications en la circonstance
sont d’une implacable logique: les règlements en matière
d’équipement sont d’une rigueur toute compréhensible:
difficulté d’apporter jusque là une conduite d’eau
potable... difficulté d’implantation d’un système
d’eaux usées et d’eaux vannes, difficulté d’un
remembrement et d’une nouvelle structure administrative locale...
difficulté de remettre la voix d’accès au hameau dans
des normes imposées et permettant le passages des véhicules
de secours: pompiers, équipements (D.D.E.), et de secours... Tout
ceci à la sauce administrative est incontournablement logique et
très compréhensible. Où le raisonnement se dégrade
c’est au moment de ce constat: puisque le vieux village est maintenant
classé en zone non habitable, non constructible et en impossibilité
de réhabilitation des bâtiments existants... comment E.D.F.
peut alors obtenir l’autorisation de faire ce qui est interdit par
la législation: réhabilité un bâtiment et le
rendre habitable? Peut-on alors supposer qu’il puisse y avoir ...
deux poids et deux mesures? et obtenir les autorisations interdites à
tout un chacun? Et ensuite amener cet autre raisonnement: puisque les lieux
ne peuvent désormais, sous aucun prétexte (sauf pour E.D.F.?),
être réhabilités... comment alors se fait-il que l’on
ait apporté ici un transformateur capable d’alimenter tout
le village comme s’il était habité... s’il ne
peut servir à rien de tel? Peut-on supposer E.D.F. dotant si généreusement
le village abandonné d’une source d’énergie ne
servant jamais plus à rien... où seulement pour le réfrigérateur
du petit local touristique durant moins de trois mois??? Ce n’est
guère concevable pour ne pas dire impossible.
La confidentialité
énigmatique de la fée électrique
Il reste une remarque à apporter sur ce fait pour le moins insolite.
C’est au cours d’une visite guidée par nos soins qu’un
des participants nous proposait de répondre à nos questions
puisqu’étant salariée d’E.D.F. Cet agent se renseignait
donc auprès des services compétents sur le département
des Pyrénées Orientales. A sa grande surprise il lui fut répondu
par ses collègues techniciens que les informations concernant les
transformateurs électriques du secteur de Périllos ne pouvaient
être données... car confidentielles! Et l’on peut, sans
doute à juste titre, se demander ce qui peut être confidentiel
à propos d’un transformateur électrique installé
dans un village en ruine qui ne sera jamais plus réhabilité,
ni habité, ni exploité d’aucune façon?
Comme de toute évidence ce genre d’installation ne saurait
se faire ‘pour rien’ ou par pure fantaisie, nous pouvons maintenant
nous demander le but réel, et si ‘confidentiel’, de l’apport
d’une source d’énergie électrique en ces lieux?
pour qui? pour quoi?