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Le
prétendu jugement de l’abbé Saunière
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Un
des aspects les plus controversés du mystère de Rennes-le-Château
est la bataille juridique qui opposa Bérenger Saunière à
son évêque, Mgr de Beauséjour. L’affrontement
entre les antagonistes dura près d'une décennie.
Pour les critiques de l’énigme de Bérenger Saunière,
cet épisode des accusations lancées par monseigneur de Beauséjour
n’est que la mise en lumière d’un trafic de messes ayant
fait, à lui seul, la fortune de l’abbé… Pour eux,
le phénomène Saunière se résume à ceci
et rien d ‘autre !
Pour les chercheurs inconditionnels dans cette affaire, il y a forcément
d’autres sources à la fortune de l’abbé : découverte
d’un trésor ou d’un savoir par exemple… L’épisode
du jugement de Saunière, traîné devant un tribunal par
son évêque, est un évènement qui n’a pas
encore trouvé sa propre place dans l’énigme…
L’origine
du problème
L’origine des problèmes
de relations de Saunière avec son évêque remonte probablement
au 19 novembre 1906. A cette date, Mgr de Beauséjour visite Rennes-le-Château
et constate que les paroissiens de Saunière se plaignent sourdement
au sujet de leur prêtre. Le mécontentement de certains villageois
ne semble pas une chose nouvelle mais daterait d’une vingtaine d’années.
C’est au moment où Saunière s’élève,
en prêche, contre la République, que quelques personnes rapportent
le fait à leur évêque de l’époque : Mgr.
Billard… Le prêtre est sévèrement sanctionné
par le préfet, et assez mollement réprimandé par son
évêque qui tente de le soutenir dans cette épreuve.
Mais ce n’est pas tout. Les paroissiens le trouvent en train de fouiller
dans le cimetière et une autre plainte est déposée.
Quand une partie du village prend feu, un 14 juillet, Saunière refuse
violemment l’accès au réservoir situé sous sa
bibliothèque (maintenant le Reposoir) pour éteindre le feu.
Un prêtre qui n'est
pas apprécié par ses paroissiens est un problème sérieux.
De plus, Mgr de Beauséjour s’étonne de la présence
d'une jeune fille dans le presbytère… Il constate également
que Saunière fait l'objet de soupçons de la part de ses collègues,
en raison de la présence « de personnes suspectes » dans
le presbytère… probablement Marie Dénarnaud, ou d'autres
jeunes femmes. Mais que peut faire de Beauséjour pour remédier
à la situation ?
Il constate que les constructions de Saunière ont coûté
excessivement cher… sans qu’il y ait trace de documents ou factures
explicites.
En outre, de nombreuses demandes de messes lui sont adressées, de
tout le diocèse et de l'ensemble de la France, mais personne ne sait
si ces messes ont toutes été honorées.
Tout responsable se doit de connaître l’ensemble de son personnel
et son comportement dans le cadre des activités du groupe. Nommé
à Carcassonne depuis quatre ans, après le mort de Mgr. Billard,
le nouvel évêque fait peu à peu connaissance avec les
prêtres de son diocèse. C’est sur la situation de Saunière
que le prélat s’arrête et pressent de nombreuses anomalies.
Auparavant, l’étrange comportement du curé de Rennes-le-Château
semblait toléré par l’ancien évêque qui
ne pouvait pas ignorer les agissements et les étonnants travaux de
Bérenger Saunière dans son église… et qui, présent
lors de la célébration de la réouverture de cette dernière,
ne posa pas de questions sur les origines de la fortune du curé…
Peut-être Monseigneur Billard était-il parfaitement à
propos ?
L'accusation
La
situation n’évolue guère jusqu’au début
de 1909. A ce moment, de Beauséjour, et peut-être ses conseillers,
décident que la solution la plus simple serait de nommer Saunière
dans une autre paroisse. Ce genre de décision n’a rien d’exceptionnel
en lui-même, mais il est pratiquement inconcevable pour un homme de
la trempe de Saunière, solidement installé dans sa paroisse…
et pour qui l’opinion des pratiquants dont il a charge d’âmes
importe peu.
L’ordre d’affectation pour la cure de Coustouge (près
de Durban !) arrive au prêtre le 15 janvier, avec un délai
d’une semaine pour son exécution. A réception, Saunière
écrit dans son journal intime: « Les mesures exceptionnellement
rigoureuses, qui sans aucun avertissement m’ont frappé au début
de l’année, m’ont tellement troublé. Bouleversé,
effrayé… »
La même semaine, il reçoit une lettre du curé de Bages,
un de ses meilleurs amis, qui écrit : « Je t’assure que
ta lettre me surprend étrangement. Si j’avais pu craindre,
dans le passé, pour toi, ce n’était pas à ce
moment-ci. La mort du pauvre abbé Gaudissard aurait-elle réveillé
des mauvais souvenirs? »
Gaudissard était curé à Antugnac depuis le 1er juin
1891. Pendant l'année précédente, Saunière avait
été prêtre de Rennes-le-Château et d'Antugnac,
jusqu'à l’arrivée de son confrère. Gaudissard
est soudainement mort le 9 janvier 1909, à l'âge de 49 ans.
Naturellement, certains, comme Jean-Luc Robin, sans la moindre preuve, n’ont
pu s'abstenir de se demander si ceci n’avait pas été
« une mort étrange ». Peut-être l’était-elle
vraiment… mais il n'y a actuellement aucun élément qui
permette de l’affirmer.
En échange, plus intrigante est la lettre de son ami le curé
de Bages. Il dit qu'il n'est pas étonné que Saunière
se trouve dans cette situation fâcheuse, mais il n’avait jamais
prévu qu'elle se produise à ce moment. Se demande t’il
si la mort de Gaudissard fut le révélateur d’un fait,
d’une situation, ayant éclairé un peu plus de Beauséjour
sur un élément notoire… concernant la « situation
de Saunière » et qui le décide à agir sur le
champ.
En
analysant d’autres éléments de cette affaire, on remarque
que de Beauséjour ne semble pas conduire d’actions décisives
pendant quelques années. Cependant, lorsque l’abbé Gaudissard
meurt, le 9 janvier, dans la même semaine tombe l’ordre de Beauséjour
pour l’abbé Saunière d’occuper la cure de Coustouge.
De plus, le délai d’une semaine pour opérer cette mutation
est étonnamment court. C’est dire que Saunière n’a
rien le temps de faire, sinon s’affairer à changer de paroisse…
Peut-on supposer que l’évêché veut empêcher
quelque chose en imposant si peu de temps pour une telle opération?
Effectivement, sept jours
pour s’acquitter de toutes les démarches de mutation (affaires
et objets personnels, formalités, déménagement…)
pour un prêtre en fonction depuis 20 ans dans une paroisse semble
une mesure pratiquement irréalisable.
Cependant, l’application de l’ordre de Beauséjour semble
faite pour forcer une situation... mais laquelle ? Plutôt que fouiller
dans une hypothétique correspondance entre la mort de Gaudissard
et l'action de Beauséjour, nous orienterons notre recherche en direction
de Saunière. Il visite Coustouge, mais sa nouvelle paroisse n'est
pas à son goût. Aussi, le 22 janvier, occupe t’il toujours
la cure de Rennes-le-Château… Il est évident que Saunière
a pris sa décision : il démissionne le 28 janvier de sa fonction
de prêtre. Il veut alors, c’est clair, rester à Rennes-le-Château…
n’importe le prix qu’il va payer.
On peut penser que c’est le point final de l’affaire : Saunière vient de choisir de démissionner et le problème semble résolu. Pourtant, de Beauséjour ne se contente pas de ce dénouement. La suite qu’il donne à cette affaire va ‘empoisonner’ les dernières années de la vie de Saunière. En effet, son procès sera même porté à la connaissance du pape.
Le dossier, déposé
au Vatican et à l'évêché de Carcassonne, débute
avec une lettre datée du 19 janvier 1909, qui réaffirme l'instruction
de l'évêque : Saunière doit prendre son nouveau poste
à Coustouge. La lettre suivante est datée du 29 janvier, où
Saunière est informé que l'évêque n'accepte pas
sa démission. Il invite le prêtre à Carcassonne pour
lui exposer en détails les raisons pour lesquelles celui-ci doit
quitter Rennes-le-Château.
Bien qu’ayant refusé la démission de l’abbé,
l’évêque affirme curieusement qu’elle sera acceptée
si Saunière ne se rend pas à son poste de Coustouge…
torsion bizarre d’un raisonnement qui lui permet, quoiqu’il
en soit, d’évincer définitivement le prêtre de
Rennes-le-Château !
La
deuxième manche
Il
est maintenant clair que de Beauséjour ne va pas abandonner cette
affaire, bien qu’il ait attendu 18 mois pour reprocher officiellement
à Saunière ses ‘transgressions au règlement’…
La 1ère charge d’accusation retenue contre Saunière
est le trafic de messes. Le second point est le refus de fournir des détails
et justificatifs de ses comptes. Un troisième reproche est celui
d’avoir continué à solliciter des demandes de messes
malgré l’interdiction de l’évêché.
G. Cantegril, vicaire général, et M. Charpentier, commis à
la Cour, l'ont amené à comparaître devant le tribunal
ecclésiastique, le 16 juillet 1910, pour justifier de l’origine
de ses fonds. Saunière ayant toujours refusé une entrevue
avec l’évêque, il ne change pas d’avis et ne donne
pas suite à cette première convocation. Il est appelé
une seconde fois le 23 juillet. Cette fois encore, ignorant l’injonction,
son absence est considérée comme manque de respect et mépris
vis-à-vis du tribunal. De fait, il est condamné par défaut…
à une suspension d’un mois. Il doit également restituer
le montant des honoraires pour les messes ‘non célébrées’.
Mais la Cour est dans l’impossibilité de déterminer
cette somme.
L’affaire pourrait se terminer à ce stade, mais il n’en
sera rien. Pourtant, Saunière aurait dû réaliser que
le verdict lui était clément en de telles circonstances. N’acceptant
pas cette opportunité, il fait appel et se trouve, de fait, rétabli
provisoirement dans ses fonctions de prêtre, mais au risque, comme
la suite de l’histoire le montrera, de subir une sanction beaucoup
plus sévère… Peut-être l’abbé Saunière
voulait-il démontrer à la Cour l’acharnement de son
évêque et ainsi bénéficier de circonstances lui
permettant d’être innocenté des chefs d’accusation…
Par contre, si Saunière
envisageait de défier le tribunal, on peut se demander pourquoi il
ne s’y est engagé dès la première convocation…
Voulait-il, en ne se rendant pas à son procès, manifester
du mépris envers de Beauséjour? Ou aurait-il prétendu
n’avoir pas reçu les courriers et avoir ainsi manqué
les rendez-vous ?
Bérenger Saunière, de nouveau invité à comparaître
le 23 août 1910, choisit d’abord, comme défenseur, maître
Mis, avocat à Limoux. La date étant repoussée au 15
octobre, il en profite pour prendre un nouveau conseil, le Dr Huguet…
qui devra plaider sans son client.
Huguet démontre le manque de preuves de l’accusation de trafic
de messes, et estime que le nombre de messes commandées entre le
31 décembre 1899 et le 29 juin 1909 n’est pas excessif, à
raison d’une moyenne de 280 messes célébrées
par an.
En tenant compte d’approximativement 280 messes par an, on arrive
pour 10 ans à une quantité de 2800 offices à célébrer.
Ces derniers estimés de 1 franc à 1,50 franc, on arrive à
la somme globale de 3000 francs environ. Si un franc de cette époque
représente 15 euros, nous arrivons à 45.000 euros, soit un
revenu de 4500 euros par an.
Le problème n’est pas vraiment sur les excès du nombre
de messes… mais sur le fait que, avec 3000 francs (de l’époque),
nous sommes loin des 193.150 francs (époque) déclarés
par Saunière… soit approximativement 2.9 millions d’euros
! Ce qui change considérablement les données du problème…
Concernant la seconde charge
retenue, le docteur Huguet rend compte que Saunière a investi son
revenu de 193.150 francs dans des travaux raisonnables et justifiés
: restauration du presbytère et de l’église… Ces
réhabilitations montrent la bonne foi évidente du prêtre,
tout comme les sommes engagées pour la construction de la Villa Béthanie…
qu’il voulait réserver à l’usage de curés
à la retraite.
Il est intéressant de retenir que Huguet ajoute que le revenu de
Saunière provient de donations, ce qui n’est pas contestable…
paroles ‘fortes’ d’avocat ! La hardiesse du propos souligne
un problème de base religieuse qui est celui du secret entourant
les donations.
Quant à la troisième charge, Huguet affirme que son client
a cessé de dire des messes dès qu’il a reçu l’interdiction
de son supérieur.
La
Cour a entendu la défense et reporté le jugement au 5 novembre
suivant. Bérenger Saunière sera présent… et ce
sera la seule et unique fois. Le verdict rendu n’est par particulièrement
sévère. Les juges estiment anormalement important le nombre
de messes commandées au prévenu… Et que face à
cette énorme quantité l’accusé soit contraint
de redonner les honoraires à d’autres prêtres pour que
soient dites toutes les messes. Certes, à l’issue des ‘transactions’,
Saunière
prétend encore vivre dans la pauvreté. De fait, la Cour conclut
que l’abbé n’a rien fait d’immoral en sollicitant
trop de messes à célébrer. Il aurait agi en raison
de ses besoins d’argent, sans avoir prévu qu’il recevrait
d’aussi nombreuses demandes… Afin de pouvoir s’acquitter
de toutes les attentes, il devait les faire honorer par d’autres de
ses collègues à qui il redonnait également les sommes
correspondantes. Cependant, le tribunal s’étonne qu’il
ait sollicité ces offices en raison de sa pauvreté et que,
malgré toutes les célébrations, il se prétende
encore pauvre… La Cour, décidément très conciliante
pour notre abbé, suppose que le prévenu a préféré
rester pauvre en redonnant les commissions à ses collègues.
Naturellement, les juges savaient que Saunière n’était
pas pauvre du tout, mais la légalité d’un fait n’a
parfois rien à faire avec une recherche de la vérité
… pas sur le plan juridique du moins !
La Cour retient qu’il ne peut fournir de preuves des messes dites
car il n’a pas tenu de liste à jour, ce qui pourrait être
excusable, mais trouve inadmissible qu’il ne puisse fournir un registre
détaillé des sommes remises à ses collègues
pour les messes commandées.
En bref, il est déclaré que Bérenger Saunière
ne peut établir l’état des transactions dans cette affaire
en raison de l’absence de justificatifs… et que cette absence
était simplement le seul fait d’une négligence critiquable
sans être pour autant qualifiée de délit grave…
Saunière semble avoir, dans cette partie du procès, bénéficié
de l’avantage du doute… même s’il avait retenu pour
lui une certaine partie des sommes au détriment des prêtres
ayant dit les messes à sa place. Son défenseur, le docteur
Huguet, argumente qu’en ce cas, certes peu élogieux, notre
abbé aurait ‘consacré’ cet argent à des
fins de travaux au bénéfice de la religion… permettant
ainsi de réclamer les circonstances atténuantes !
Quant à la troisième charge, la cour a donné raison
à l'évêque : Saunière a bien continué
à solliciter des demandes de messes, en dépit de l'interdiction.