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| Le triumvirat papal : de Perillos, de Luna et Ferrer |

Une
histoire de famille
Avignon
Les origines de la famille de Perillos sont entourées de polémiques. Certains croient qu'ils sont venus d’une autre région de France, d'autres qu'ils étaient déjà propriétaires locaux en l’an 1100 APRÈS JÉSUS CHRIST. C’est tout de même à partir du début du 14ème siècle que les seigneurs de Perillos occuperont les plus hauts rangs – en Espagne et en France.
Au
début du 14ème siècle, on ne connaît presque
rien de la généalogie de la famille de Perillos. Les experts
offrent diverses possibilités, ainsi que la famille de Perillos elle-même,
mais selon la meilleure des interprétations, il reste un laps de
temps de deux siècles, se terminant début du 14ème
siècle.
En 1352, le chef de famille, Francois de Perillos, devenait grand chambellan
du roi Pierre d'Aragon. Le roi créerait le vicomté de Roddes
en 1366, le donnant à de Perillos. La sphère d’influence
de cette noble famille, située aux frontières des royaumes
d’Espagne et de France, reviendrait également au Roi de France
Charles V, alors que Francois devenait amiral de France en 1368, jusqu'à
sa mort peu de temps après.
Son fils et successeur Ramon continuerait à se mouvoir dans les milieux d'Aragon et des cours françaises, ainsi que dans les bureaux de la papauté. C’est à cause de telles alliances que Jean d'Aragon fut incité à créer le vicomté de Perillos. Ramon lui-même épousa Violentina de Luna et devint le centre de la puissance politique dans la région de Perpignan – qui incluait le village de Perillos . Après la mort de Jean d'Aragon et un pélerinage en l'Irlande, Ramon deviendrait premier conseiller du pape, avec qui il avait des liens familiaux.
L’appui
Papal
L’ennemi
du pape Clément VII, élu en 1378, envoya Pedro de Luna en
tant que légat en Espagne pour les royaumes de la Castille, d'Aragon
et de Navarre, puis au Portugal, afin de les gagner à la cause du
pape d'Avignon. En raison de ses relations puissantes, son influence dans
la province d'Aragon fut énorme. Pourquoi pas après tout ?
Doña Maria de Luna, reine d'Aragon, était la cousine de son
père.
En 1393, Clément VII le nomma légat en France, au Brabant,
en Flandre, en Ecosse, en Angleterre et en Irlande. En tant que tel, il
demeura principalement à Paris, à une époque où
Ramon de Perillos y était également, en route pour l'Irlande.
La seule question qui peut se poser est de savoir si le pélerinage
de Ramon pourrait avoir eu un composante politique, puisqu’il devait
à son retour, travailler pour le pape.
Pedro
de Luna fut élu pape en 1394, prenant le nom de Benoit XIII. Son
élection eut lieu le 28 septembre à l’unanimité,
basée sur son désir de mettre un fin au schisme, même
s’il devait renoncer à la dignité papale. Après
son élection il renouvela solennellement ses promesses pendant le
conclave, de travailler au rétablissement de l'unité, et à
mettre un fin au schisme. Etant seulement diacre, il fut ordonné
prêtre le 3 octobre, et le 11 octobre était consacré
évêque et couronné pape.
Il allait régner en tant qu’anti-pape d'Avignon jusqu'à
1417, lorsqu’il fut déposé au Conseil de Constance.
Il mourut à Peniscola, près de Valence, soit le 29 novembre
1422 soit le 23 mai 1423.
Les
rapports entre le pape Benoit et la France étaient, disons, difficiles
et avec ses cardinaux, il songea souvent à quitter Avignon –
avant d’être forcés de partir. Le 25 mai 1408, le roi
déclara que la France demeurerait neutre envers les deux prétendants
à la papauté. Certains cardinaux se réunirent pour
discuter de l'abdication des deux papes. Benoit XIII lui-même se sauva
en Roussillon, et convoqua un conseil à Perpignan qui s'ouvrit le
21 novembre 1408.
Ces mêmes deux papes, Benoît XIII et Grégoire XII, furent
déposés au Conseil de Pise. Le 1 février 1409, les
18 évêques restants lui conseillèrent d'envoyer des
ambassadeurs à Pise pour négocier avec Grégoire. La
délégation arriva trop tard. Malgré cela le pape d'Avignon
était encore reconnu par l'Ecosse, l’Aragon, la Castille et
la Sicile.
Ne pouvant plus accéder en Avignon, Benoît résida à Perpignan à partir de 1408. Cela devint le nouveau "Vatican". L'empereur Sigismund s’y rendit, le 19 septembre 1415, en tant qu’émissaire du Conseil de Constance, afin de demander l'abdication de Benoît, mais sans résultat.
Vincent
Ferrer
Vincent Ferrer n'aurait sûrement jamais été un missionnaire dominicain célèbre sans Benoît XIII. Il avait pour frère Boniface Ferrer, général de l'ordre des Chartreux. Boniface lui-même fut à la solde de Benoît XIII dans d’ importantes missions diplomatiques. Il fut l'un des délégués envoyés par Benoît à Pise en 1409.
Vincent
entra dans les ordres et prêcha à Barcelone. En 1377, il continua
sa prêtrise à Toulouse. En 1379, Vincent fut remarqué
par le Cardinal de Luna. Ferrer était convaincu de la légitimité
des réclamations des pontifes d'Avignon et était l'un de leurs
meilleurs défenseurs. Après une période de cinq ans
à enseigner la théologie (1385 à 1390) à la
cathédrale de Valence, il continua son apostolat à la cour
de Pedro de Luna. Il devint le confesseur privé de la Reine Yolanda
d'Aragon (1391-5), période pendant laquelle Ramon de Perillos appartenait
à la fois à la cour d'Aragon puis ensuite à l’office
papal.
C’est à cette époque que Ferrer fut été
cité devant l'Inquisition pour avoir prêché publiquement
que "Judas s’était repenti", mais Pedro de Luna,
maintenant Benoît XIII, présenta le cas devant son propre tribunal
et brûla tous les papiers. Benoît l'appela alors en Avignon
et le nomma confesseur et pénitentier apostolique.
En 1398, une forte fièvre amena Vincent aux portes de la mort, qui eut pour effet une apparition du Christ, accompagnée de St Dominique et de St Francis. C'était pour lui une transfiguration, qui apparemment donna au prédicateur certains pouvoirs surnaturels. Ce ne fut peut-être pas un hasard si au 15ème siècle, certains nobles de la famille de Perillos demandèrent à être enterrés dans l’église de Saint François d'Assises à Perpignan.
Vincent fut miraculeusement guéri et envoyé pour prêcher le repentir et préparer les hommes pour le jugement dernier. L'apocalypse n’était pas loin selon Ferrer … Pendant vingt ans il traversa l’Europe, prêchant le repentir des péchés et la préparation au jugement dernier Il fut suivi d'une armée des pénitents venus de tous les rangs de la société, et qui désiraient suivre ses conseils. Les commentateurs ont noté que Vincent était toujours attentif à ses disciples, et qu’il n’y a jamais eu le moindre souffle de scandale autour de cet étrange rassemblement, bien que l’on arrive à compter jusqu’à 10.000 de ses disciples.
L’on comprend aussi difficilement comment il arriva à se faire comprendre des nombreuses nationalités qu'il évangélisa, car il ne parlait que Limousin, la langue de Valence. Plusieurs de ses biographes soutiennent qu'il avait le don des langues, opinion soutenue par Nicholas Clemangis, docteur de l'université de Paris, qui l'avait entendu prêcher.
En 1408, Vincent espérait que la réunion entre les deux papes
serait couronnée de succès, mais lorsque il n’y eut
point de rencontre, Vincent revint en Espagne, très déçu
mais prêchant toujours aux une et aux autres, impressionnant tout
le monde. De 1408 à 1416, il travailla presque sans interruption
dans les Pyrénées du Sud. On pense que lors de son séjour
en Espagne il convertit 25.000 juifs et dans le royaume de Grenade seul,
des milliers de musulmans.
Pendant tout ce temps il garda la confiance de Luna. En 1409, il fut envoyé
à Benoît XIII pour annoncer à Martin d'Aragon la mort
de son seul fils et héritier. Par la suite, il influencerait la succession
du roi. A posteriori l’on peut sans doute dire que ce fut Ferrer qui
permit à Benoît de régner, fournissant à l'antipape
une communauté fidèle – convertie par Ferrer.
Ce ne fut qu’en 1416, sous la pression de Ferdinand, roi d'Aragon,
qu'il abandonna de Luna. Dans un discours à Perpignan le 6 janvier
1416, il considéra néanmoins Benoît comme pape légitime,
bien que son refus de plier pour d’apporter la paix à l'église
fut la raison pour laquelle il ne pouvait plus le soutenir. On suggère
que Vincent était la seule personne capable d’accomplir le
règne du pape Benoît … ce qu’il fit.
Après avoir été déposé, Benoît se retira au château de Peñiscola, ayant a appartenu à sa famille. Il continua à se considérer comme le seul pape légitime et comparait Peñiscola avec l’Arche de Noé. Quelques uns de ses d'adhérents lui donnèrent un successeur, Muñoz, qui pendant un certain temps laissa le schisme se perpétuer.
La
Sanch
Vincent
estimait être le messager du repentir, envoyé pour préparer
l'humanité au jugement dernier. Pendant vingt ans il parcourut l’Europe
de l’Ouest prêchant le repentir. Sa vie austère était
l'expression vivante de sa doctrine. Il dormait sur le sol, jeûnant
sans arrêt, se levait à deux heures du matin pour chanter l’office,
célébrant la messe tous les jours, prêchant ensuite,
parfois pendant trois heures, et l’on raconte qu’il accomplit
fréquemment des miracles.
À Perpignan, Ferrer a laissé la confrérie de la "La
Sanch" qui fut fondée le 11 octobre 1416 dans l'église
St Jacques à Perpignan. L’on pourrait dire que la création
de la confrérie elle-même était une certaine forme de
repentir pour avoir abandonné de Luna.
Le
but de La Sanch était de venir en aide aux condamnés a mort.
Les vêtements portés pendant la procession, étaient
faits de telle sorte pour que les membres ne soient pas reconnus dans les
rues et deviennent ainsi sujets à des représailles La confrérie
de la "La Passion Sacrée » était l'un de deux fraternités
dans la région de St Jacques, dont l'attachement à l'église
trahissait son rapport avec les nombreux pèlerins qui la traversèrent,
sur leur chemin de Santiago de Compostelle. Une autre confrérie dans
le secteur s'occupait des pèlerins.
La procession de la Sanch a toujours lieu, tous les ans le vendredi de Paques.
Le cortège entier commémore la passion et l’agonie du
Christ. À la tête du cortège se trouve un pénitent
habillé de rouge, ponctuant la marche du cortège avec une
cloche et menant le "misteri", appelé "Ecce Homo"
(référence à une phrase lancée par Ponce Pilate
à Jésus) et la relique du buste de Vincent Ferrer. Bien que
le clergé participe de nouveau au cortège, la cérémonie
n'est pas organisée par l'église mais par la confrérie
"le très précieux sang de notre de seigneur Jésus
Christ". La Sanch à Perpignan, la passion du Christ et le Vendredi
Saint suivent toujours l’esprit de Ferrer…
"Le
Mont des Oliviers"
La
plus haute montagne de Perillos est de façon très énigmatique
appelée "le mont des oliviers". Notons que la confrérie
de La Sanch a une dévotion particulière pour la passion du
Christ. Par conséquent, les "misteris" – les pénitents
– montrèrent diverses scènes de la passion, dans lesquelles
le mont des olives est une de leurs favorites, car c'est le « paysage
» dans lequel se passent de nombreuses de scènes de la passion.
Quand l’on note le rapport étroit qui exista entre le pape,
Ferrer, La Sanch et les seigneurs de Perillos, on peut se demander si la
montagne n’a pu être appelée ainsi, vu l'attachement
spécifique de ce groupe à la passion – et à l'apocalypse?
La montagne pourrait avoir joué un rôle dans un cortège lui-même. Les vieux villageois de Perillos se rappellent le pèlerinage de l'église de village de St Michel à St Barbe. Il se peut même qu’à un moment donné, le cortège soit allé plus loin. Les vieux villageois notent également qu’une autre procession fut plus longue, allant jusqu’à Notre Dame d'Olive. Ce sanctuaire est clairement relié au mont des olives et il est possible que le cortège ait pu passer au-delà du mont des olives, sur le chemin de Notre dame d'Olive. Même si le cortège choisissait de passer inaperçue, le "mont des olives" aurait pu être une balise, grâce à laquelle ils pouvaient juger leur progression.
Ange
de l'apocalypse
Vincent Ferrer croyait que la fin du monde était proche; cette conviction, associée à ses talents de prédicateur et aux « miracles », en a mené beaucoup à se repentir. Il obtint la permission de se définir comme « ange de l'apocalypse » ou « ange du jugement dernier ».
En
fin de compte, il est clair que le « jour du jugement » n’a
pas eu lieu de son temps. Etait-il l’une de plusieurs personnes ayant
foi en ceci ? Peut-être a t’il trop cru lui-même, qu’en
dépit de ses capacités apparemment surhumaines, il avait échoué
en amenant trop peu de gens à sa cause.
Mais ce n’est peut-être pas tout ! Y a-t-il, par exemple, un
rapport le code postal de 66600, qui s'applique à Perillos et à
ses environs ? Est-ce une coïncidence si un autre visionnaire espagnol
– Salvador Dali – partagea des avis semblables au sujet de la
région de Perillos et crut également qu'il tenait la clef
de « l’enlèvement de l'Europe » – l'apocalypse
?
Ferrer est un pivot historique, ne serait-ce que par ses rapports étroits avec les Chartreux – dont son frère était le chef. En conséquence, un très petit groupe de personnes avait un champ d’action très grand. Issac Ben Jacob avance que Saunière eut un lien bien spécifique avec La Sanch. Il démontre que les plus grandes donations faites à Saunière provenaient de membres ayant eu des liens très étroits avec cette confrérie ou avec ses organisations affiliées. Il y a le cri énigmatique de repoentir de Saunière, inscrit sur une statue dans son jardin. Il y a sa maquette, utilisée pour transmettre ses propres conclusions sur le sujet, montrant le paysage de la passion (le mont des olives), mais configurant aussi un paysage sur les territoires de Perillos, où il localise la présence de deux tombeaux énigmatiques.
Les
joueurs du 17ième siècle
C'est
au 17ème siècle que nous trouvons un autre Chartreux, Polycarpe
de la Rivière, qui s’intéresse au mystère et
écrit une histoire de la ville d'Avignon, que l'église condamne.
Nous le voyons alors disparaître dans les brumes du temps, abandonnant
apparemment ses croyance admises dans un effort de mener à bien sa
mission privée. On le voit pour la dernière dans la région
générale de Perpignan…
C'est le siècle où le Roussillon est annexé à
la France, et où le notaire de la cour, nommé Courtade confirme
la présence d'un tombeau énigmatique sur les terres des seigneurs
de Perillos. C'est le siècle où les frères Fouquet,
conseillers au Roi de France Louis XIV, échangent entre eux des lettres
au sujet de choses dont Nicolas Poussin aurait parlé pendant son
séjour a Rome, et qui auraient été entendues par un
des frères … il parle d’un "grand secret",
qui est d'une telle envergure qu'il pourrait "guider" des rois.
Dans
les brumes du temps…
Tout
converge vers Perillos : Saunière au début du 20ème
siècle ; les événements du 17ième siècle
et le rassemblement papal du 15ème siècle à Perpignan
dans lequel les seigneurs de Perillos jouent un rôle important - mais
en grande partie non rapporté - Mais l’histoire commence t’elle
vers 1400, ou bien plus tôt ? Etait-ce peut-être au 14ème
siècle que « quelque chose » se passa, utilisé
par la suite par les seigneurs de Perillos pour accroître leur puissance
? Ou bien le secret en leur possession a-t-il une telle importance qu'ils
devaient accéder aux grades les plus élevés de la noblesse,
le futur du monde étant en danger?
Notre conseiller papal Ramon de Perillos à son retour d'Irlande,
déclara que maintenant il comprenait que son territoire comportait
une "ouverture sur un autre monde". Si oui, que pourrait-il être
? Y a-t-il un rapport avec les visions de Ferrer, qui croyait que la fin
du monde était proche ? Ferrer est-il passé dans cet "autre
monde" et l'a quitté convaincu que le notre finirait bientôt
? Autre théorie, était-ce la menace de la fin du monde, ou
l'espoir d’un recommencement qui a inspira ces hommes ? Si tout cela
s’appuie sur les brumes des siècles précédents,
combien de temps dans le passé devons-nous remonter pour découvrir
le début de cette histoire ?
Filip
Coppens
Traduction : © Catherine Escarras – février 2005
(Le récit des faits historiques ne fait que suivre celui du chroniqueur.)