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Société Périllos ©

La Belle Oriole

 

Etymologie

La «Belle Oriole », ou « Val Oriole », n’est pas un lieudit unique.
Oriole viendrait du nom « Auriol » qui signifierait en latin "aurum". Ce mot indique un rapport avec l'or. Il aurait également une racine depuis le mot « ausom ».
Pour ORIOLE, on peut voir un lien avec « l'aurore » et « l'auréole ». On connaît d'ailleurs une forme ancienne de ce nom qui n'est autre qu’ « Aureolus ». On lit, par exemple, dans "L'Aquitaine carolingienne (778-987)", sous la plume de Léonce Auzias (pp. 31 & 32; Ed. Privat et Didier - 1937) : "La région de Jaca, qui peut-être échappa aussi aux musulmans au huitième siècle, tomba vers la même époque sous l'emprise franque. En 809 elle était aux mains d'un comte Aureolus qui mourut cette année-là et auquel se substitua, par conquête, le wali musulman Amorroz".
En Occitan "auriòl" est un nom masculin signifiant "châtaigne séchée ou rôtie" : ce fruit était consommé comme aliment de base. (Dictionnaire de Louis Alibert, Institut d'Estudis Occitans, 1966-1997).
Le terme "auriol" est aussi employé pour désigner le "maquereau" (poisson), et signifie également le "regain" (Dictionnaire de Louis Alibert, Institut d'Estudis Occitans, 1966-1997) : herbe qui repousse après une première coupe de la prairie, permettant une seconde coupe de foin.
Enfin, un instituteur de Calendretta pense qu'il peut s'agir aussi d'une déformation du vocable occitan désignant le mois "avril" : abril, abrilos, abriol, auriol.

Oriole avec son article devant : L'Oriol

"Auriòl" signifie classiquement le loriot (= l'oriol). Ce nom d'oiseau vient du latin "Aureatus" (= de couleur dorée). Il a donné son nom à la famille des oriolidés à bec long et gros, à plumage jaune vif. Le loriot est un genre de passereau à la voix forte et éclatante ! Il est friand de cerises. Les loriots vivent par paire sur le sommet des vieux arbres. Le Loriot d'Europe (Oriolus oriolus) a un plumage élégant où domine le jaune chez le mâle, et le vert chez la femelle. On l'appelle parfois 'merle d'or' ou 'grive dorée'. Son nid a la forme d'une coupe. En anglais, il est appelé "golden oriole". Il existe d'autres espèces de loriots portant ce nom, par exemple l'oriole de Baltimore... Il a un chant éclatant.

Le mot anglais, et français, "oriel" d'après le "Webster's Revised Unabridged Dictionary" (1913) => Oriel ;O-ri-el, nom qui vient du vieux français : 'oriol' ou galerie, corridor, du latin 'oriolum portico' qui signifiait vestibule, dérivé du latin "aureolus" (doré). "oriel" s'écrivit d'abord {oriol}, {oryal}, {oryall}.
1. Une scène pour les ménestrels (obsolète).
2. Petit salon auprès d'un vestibule où certaines personnes avaient coutume de dîner ; une sorte de recoin (obsolète)
3. Actuellement, un oriel est un ensemble de fenêtres faisant saillie sur une façade, selon un plan rectangulaire ou trapézoïdal, généralement au rez-de-chaussée et sur la hauteur d'un seul étage.

L'Oriole d'après le "Webster's Revised Unabridged Dictionary" (1913) vient du vieux français "oriol, oriouz, orieus". Actuellement, on emploie le mot loriot (pour "l'oriol"), du latin "aureolus" doré. On peut le rapprocher de "Auréole".

L'or

On peut se demander si le nom « Val Oriole » n’aurait pas pour signification « Vallée d’Or » ou « Vallée de l’Or »… comme le célèbre « Orval », bien connu dans les légendes du Prieuré de Sion.
On sait qu’au 19ème siècle, il y avait encore des mines en exploitation à Périllos. Dans le registre de ces mines, il y avait quelques mines d’exploitation aurifère. Il y aurait d’autres possibilités pour expliquer la toponymie de ce gros hameau. Cependant, toutes les présomptions d’origine de son nom n’expliquent pas, à l’heure actuelle, ce qui a pu justifier un tel choix.
Enfin, ajoutons que l’orientation du hameau à l’Ouest de Périllos ne semble pas faire de relation avec un emplacement rituel ou sacré, d’où l’on pourrait voir se lever le Soleil. Ce phénomène journalier ne peut s’admirer qu’au levant : à l’Est.

Ste Thérèse

Le hameau de la Belle Oriole dispose d’une chapelle peu ancienne dédiée à Ste Thérèse. Il semblerait, d’après des archives locales, que cette chapelle ait été construite sur un ancien oratoire effondré, mais déjà sous ce vocable. Cependant, ni pour l’ancien oratoire, ni pour cette chapelle, on ne sait de quelle Ste Thérèse il s’agit : de Thérèse de Lisieux ou Thérèse d’Avila ? La statue dans la chapelle actuelle montre une femme avec un livre ouvert. Cet attribut nous laisse supposer que nous pourrions être en face de Ste Thérèse d’Avila, souvent présentée avec un livre.
Thérèse d'Avila a été une grande religieuse catholique espagnole du 16ème siècle. Il n’y aurait donc rien d’extraordinaire de retrouver une sainte espagnole patronne d’un territoire qui était, à cette époque, dépendant de la Catalogne.

La vie de Sainte Thérèse d'Avila

Thérèse d'Avila (Teresa de Cepeda y Ahumada) est née en Espagne, à Avila, le 28 mars 1515. Elle est le troisième enfant d'une famille qui en eut douze. Elle perd sa mère à l'âge de 14 ans et poursuit ses études au couvent des Augustines. A 17 ans, elle ne se sent pas vraiment faite pour la vie religieuse… mais pas davantage non plus pour le mariage.
C'est la lecture des "Epîtres de St Jérôme" qui provoque chez elle l'envie d'entrer dans la vie monastique. Son père, pas vraiment d'accord, lui demande d'attendre sa mort pour accomplir sa vocation. Pourtant, elle n'attendra pas, et en 1535, à 20 ans, elle se rend au Carmel de l'Incarnation, monastère non cloîtré, qui suit la "règle mitigée", permettant aux religieuses de sortir et de recevoir des visites.
Elle prend l'habit le 2 novembre 1536, et s'en trouve satisfaite. Elle "fait profession" un an plus tard, en déclarant: "Je demande la miséricorde de Dieu et la compagnie de mes sœurs."
En 1538, gravement malade, elle rentre dans sa famille. Elle reçoit l'extrême onction et sa tombe est même creusée, quand elle sort d'un coma de plusieurs jours. Elle retourne au monastère et reste dans un état de souffrance pendant 3 ans. Implorant St Joseph (dont elle dira plus tard que "les âmes gagnent beaucoup à se confier à lui") elle se remet à marcher. Elle a alors 25 ans.

Le démon & les miracles

En 1554, elle voit, dans l'oratoire, une statue de Jésus couvert de plaies et en est profondément troublée; elle se met alors à genoux et supplie d'être "fortifiée". Cette année, elle lit les "Confessions" de St Augustin et se découvre des points communs avec lui. Ces deux évènements marquent un autre tournant dans sa vie. En cette année également, la crainte du "Démon" l'obsède, et divers Jésuites s'étant installés à Avila l'aident à sortir de ce mauvais passage.
En 1555, après des exercices religieux de plus en plus stricts, elle a diverses visions, dont celles de Jésus. En 1556, elle rencontre le Père Baltazar Alvarez qui devient son confesseur et dont elle dira qu'elle a fait de grands progrès avec lui.
Un soir d'avril 1560, un ange apparaît à ses côtés et lui transperce le cœur avec un "dard en or".
A partir de 1565, elle vit des expériences de lévitation qu'elle ne peut empêcher, mais demande aux sœurs qui en sont témoins de ne rien dire. Deux ans plus tard, débute la création de seize Carmels féminins. Cette dernière durera près de vingt ans, avec sa contribution et celle de Saint Jean de la Croix, qui devient son ami. Elle dit de lui: "S'il est petit par la taille, il est grand, je le sais, aux yeux de Dieu."

La mort de Sainte Thérèse d'Avila

Neuf mois après sa mort, le 4 octobre 1582, le cercueil est ouvert, et son corps est trouvé intact. Et comme souvent dans ces cas là, pour des raisons difficiles à comprendre (sans doute à fin de reliques), il est découpé en morceaux; ceux-ci sont envoyés dans toute l'Espagne, Lisbonne et Rome. Le cœur, en particulier, est toujours exposé dans l'église des Carmélites d'Alba de Tormès.

« Transverbération de sainte Thérèse », de Bernini

Un chirurgien en a fait une description détaillée, insistant sur une déchirure: "elle est longue, étroite et profonde, et pénètre la substance même de l'organe, ainsi que les ventricules. La forme de cette ouverture laisse deviner qu'elle a été faite avec un art consommé, par un instrument long, dur et très aigu; et c'est seulement à l'intérieur de cette ouverture que l'on peut reconnaître des indices de l'action du feu ou d'un commencement de combustion...". Trois cents ans après la mort, trois médecins ont confirmé l'état de conservation, lequel selon eux, ne pouvait être obtenu par aucun moyen connu.
Cela confirme la description que Thérèse a faite de sa rencontre avec "l'ange": "Je voyais donc l'Ange qui tenait dans la main un long dard en or, dont l'extrémité en fer portait, je crois, un peu de feu. Il me semble qu'il le plongeait au travers de mon cœur et l'enfonçait jusqu'aux entrailles [...] La douleur était si vive qu'elle me faisait pousser des gémissements dont j'ai parlé [...] Ce n'est pas une souffrance corporelle [...] C'est un échange d'amour si suave entre Dieu et l'âme..."
Cette rencontre a été sculptée par Bernini en 1598 et baptisée « Transverbération de sainte Thérèse » connue aussi comme « Extase de Sainte Thérèse », exposée à Santa Maria della Vittoria de Rome. La statue est devenue célèbre, car elle est citée dans le premier livre de Dan Brown, auteur du Code Da Vinci, là où il parle de Robert Langdon.

Oeuvre de Sainte Thérèse d'Avila

Sainte Thérèse d'Avila est considérée comme un maître de la spiritualité chrétienne; elle a redonné à l'église catholique, avec St Jean-de-la-Croix, une authenticité, une humilité et une discipline qui lui faisaient défaut à ce moment.
Elle a laissé des écrits humbles, dans un style direct, proche de la conversation. C’est à cause de ses écritures qu’elle est souvent montrée avec un livre, ouvert dans le cas de Belle Oriole.
Le "Livre de la vie", écrit en 1562-1565, est une véritable autobiographie spirituelle.
Elle décrit son action en 1573 dans le "Livre des fondations" (publié en 1610) ; pour les moniales du couvent d'Avila, elle donne des conseils pour suivre le "Chemin de la perfection" (commencé en 1562, publié en 1583).
Le "Livre des demeures ou le Château intérieur" (1577, publié en 1588) est une description des sept degrés que l'âme doit franchir pour parvenir à l'union avec Dieu. "Ce château a de nombreuses demeures... au centre se trouve la principale, où se passent les choses les plus secrètes entre Dieu et l'âme." Canonisée en 1622, elle a été la première femme à être proclamée Docteur de l'Eglise en 1970.

Des liens ‘Barbesques’

La rencontre de Thérèse d’Avila avec l’ange est bien connue. On explique souvent que cet ange est présenté comme un Séraphin : un ange de la lumière et du feu. On note alors la correspondance entre cette sainte et le lieudit Oriole… qui signifie aussi : lumière. On doit se demander si la lumière du soleil, au matin, est symboliquement liée avec les Séraphins. Le nom vient de « saraph » : « être consommé par le feu ».
Nous retiendrons que les Séraphins sont une hiérarchie angélique. Des analystes en religion discutent encore pour savoir de quelles sortes d’anges St Michel a la charge. Cependant il est spécifiquement indiqué que St Michel est le premier des Séraphins, l’ordre des anges le plus élevé en l’espèce. De ce constat, on peut se demander si les visitations de St Thérèse ne se seraient pas déroulées avec St Michel ? Ce ne serait pas un fait unique, puisque c’est le même ange qui jouait un rôle important avec une autre femme, une sainte, qui s’appelait Jeanne d’Arc... Dans ce cas, on note la correspondance avec une autre sainte féminine, présente à Périllos sous la forme d’une protectrice des lieux, au bas du village, près des mines : St Barbe. Même si cette sainte, qui semble souvent avoir été ‘fabriquée’ de toutes pièces, semble loin de ces deux autres femmes (Ste Thérèse et Jeanne d’Arc), on note que son lien avec le feu – et le tonnerre – est bien connu… puisque les Sapeurs-Pompiers, les artificiers, les artilleurs et les mineurs ont cette sainte pour patronne… Est-ce ici un autre lien entre la « Belle Oriole », Périllos, quelques chefs des hiérarchies angéliques et saintes patronnes ? Pourquoi pas, après tout ?

"Philibert Delorme"