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Société Périllos ©

Vingrau
(1ère partie) - Tout commence près de Vingrau

 

Un fait divers qui ne l’est pas tant que ça

L'église du XIIe siècle de Vingrau

Sur l’Indépendant du jeudi 23 avril 2009 on pouvait lire en page 5 à la rubrique ‘Faits divers’:
« VINGRAU. Les faits remontent au 30 mars dernier. Un sapeur-pompier qui faisait de la spéléologie a fait une macabre découverte dans un aven situé sur la commune de Vingrau.
Alors qu’il descendait dans la cavité et qu’il se trouvait à 30 mètres de profondeur, l’homme est alors tombé nez à nez avec un crâne humain pris dans l’argile.
L’alerte a été immédiatement donnée auprès des services de gendarmerie de Rivesaltes qui ont ouvert une enquête afin de faire toute la lumière sur cette curieuse découverte.
Au vu des difficultés d’accès et des manipulations délicates à effectuer sur les ossements, les militaires du peloton de gendarmerie d’Oloron-Sainte-Marie, une des deux seules unités françaises spécialisées en archéologie, ont été appelés en renfort sur les lieux. Les gendarmes ont effectué le déplacement jusque dans les P.O. et ont assuré l’opération de récupération des restes humains.
Lesquels ont été aussitôt envoyés à un laboratoire afin d’être soumis à expertise et autres analyses d’usage.
Selon les premières conclusions, le crâne serait celui d’un homme âgé au moment de sa mort de 20 à 25 ans. En outre, son décès remonterait de 2000 à 6000 ans. De quoi reléguer très rapidement les investigations judiciaires au plan des recherches historiques ».
Cet article, signé Laure Moysset, pouvait passer pour laconique et ne relater qu’une découverte fortuite réalisée au cours d’une anodine prospection spéléologique faite par un sapeur-pompier passionné de cette discipline souterraine difficile et fascinante en de si nombreux points. Parmi ces points il y a effectivement l’attrait de l’inconnu et du passage dont on est le premier à en tenter le franchissement… ou la rencontre inopinée avec un monde qui n’existe plus que dans un passé dont nous ne pouvons mesurer l’étendu de son intérêt patrimonial. C’est sans doute ces instants uniques que dut vivre cet homme attiré par l’attrait palpitant d’une aventure hors norme et si… humaine qu’elle permet l’espace de quelques secondes la jonction entre deux âges qu’un gouffre temporel sépare, et deux humains dont il ne reste plus que dépouille millénaire de l’un deux…

Une sépulture oubliée ou un dramatique accident

L’ancien couvent de Ste Cécile

Notre attention pour cette commune s’est révélée, il y a quelques années, au moment où dans nos travaux nous faisions état d’éléments sur l’ancien couvent de Ste Cécile, où étaient enterrées les femmes des seigneurs de Périllos, tout comme en ce qui concerne les propriétés de l’Auriole (La Belle Oriole étant une appellation plus que récente et sans la moindre signification chronologique ou toponymique). Ceci s’explique avant tout par une petite étude des limites de propriété de ces deux lieux, lorsqu’ils étaient florissants, afin de savoir jusqu’où s’étendait l’ensemble du territoire en question. Mais, avant d’aller plus avant, soulignons tout de suite quelques aspects de cette découverte notoire pour la SP.
Il faut, au commun, qu’il puisse lire les colonnes de l’Indépendant du 23 avril pour apprendre un fait ayant eu lieu le 30 mars… soit plus de trois semaines après les faits. Ceci, nous le soulignons tout de suite, n’est surtout pas du fait de la personne qui fit ce communiqué. Bien au contraire, il faut se dire que c’est une chance que cette découverte ait été relayée, même un peu tardivement, au lieu de passer à la trappe. Bien entendu, il ne s’agit pas là de la mise à jour « du siècle » puisqu’on nous explique qu’il s’agit essentiellement d’un crâne humain et d’ossements appartenant probablement à la victime… ce qui, il est vrai, n’a rien d’exceptionnel sur le principe et dans ce secteur archéologique. Il semble toutefois s’agir des restes d’une personne assez jeune (une vingtaine d’années) et les rares informations qu’on puisse obtenir ne peuvent suffire à dire s’il s’agit d’une sépulture intentionnelle ou d’un accident. En échange, si on considère les difficultés éprouvées par les services de gendarmerie spécialisées, à accéder aux ossements, on pourrait pencher pour un motif accidentel plus qu’un ensevelissement mortuaire qui aurait posé encore plus de problème pour amener un corps en rigidité cadavérique dans des boyaux, si exigus, où des vivants progressent avec de grandes difficultés malgré un équipement approprié et professionnel…
A ceci nous ajoutons que l’intervention de ces militaires se justifie par le fait que la rencontre avec des ossements humains, s’ils sont bien conservés, peut laisser supposer en toute bonne foi un décès relativement récent. Dans le doute ceci implique automatiquement une série de mesures, précautions d’expertises et préliminaires d’une enquête relevant des services de justice. Ces derniers affirment, dans le cas présent, que ‘l’âge’ de ces vestiges humains, ne saurait plus longtemps placer l’évènement sous l’éclairage d’un crime ou d’un accident contemporain… mais le placer, sans autre forme procédurière, sous celui des historiens et archéologues. Ces derniers se pencheront-ils effectivement de façon plus profonde sur cette énigmatique présence ? Rien ne permet actuellement de pouvoir le prétendre car ce genre de découverte n’a rien d’exceptionnel dans une région si proche de Tautavel et de son Homme le plus ancien d’Europe ! S’il y a de fortes chances pour que ceci soit classé, et mis aux oubliettes, nous n’en retenons pas moins, un intérêt certain pour les recherches de notre Société Périllos. C’est donc tout naturellement que nous allons faire une autre approche depuis cette découverte qui, pour nous, est loin d’être aussi anodine qu’on pourrait le supposer.

Fréquentation évidente d’un lieu aujourd’hui déserté

Tout d’abord nous retenons que ce secteur est déjà suffisamment fréquenté, il y aurait deux mille ans environ, pour qu’un visiteur d’alors s’égare vers cette cavité et y fasse une chute, involontaire ou provoquée, qui lui sera fatale. L’endroit n’est pas si isolé que ça et se trouve peut-être, alors, près d’abris sédentaires ou ponctuels du type bergerie ou autre, et pourquoi pas un peu plus élaboré ou cultuel. Nous reviendrons sur ce site et ses environs, car plusieurs indices permettront sans doute de comprendre que ce lieu pouvait être plus fréquenté qu’il ne le parait aujourd’hui… Encore que sur ce registre, s’il y a deux mille ans, nous supposons quelqu’un s’aventurer vers cette ouverture nous noterons, par la force des choses, que de nos jours un spéléologue suivant le fil de sa passion en fait ni plus ni moins, avec pour seule différence un matériel nettement plus efficace que par exemple les moyens lampants d’éclairages antiques ou de sécurité pour progresser sous terre et surtout en remonter.

Un secteur riche en témoins du passé

vers 'les Conques' emplacement des fosses à incinération

Avant de poursuivre notre exploration de cette découverte, il nous semble utile de mieux comprendre l’environnement local et historique du lieu. Si aujourd’hui cette rencontre avec l’antiquité de ce secteur s’est bien produite sur le territoire de la commune de Vingrau, comme on s’en doute, il n’en fut pas toujours ainsi sur le plan propriété. D’abord ce sont les âges préhistoriques qui, sans doute comme à Tautavel, voient l’homme s’installer dans une région hospitalière et offrant des moyens de vie relativement supportable. Les témoins retrouvés de ces époques lointaines ne manquent pas, remontés sous les socs à défoncer, ou lors des défrichages viticoles ou entretiens forestiers… quand ce ne sont pas les rencontres inattendues au cours d’une prospection spéléologique. C’est ensuite les temps mégalithiques et des métaux qui montrent une occupation toujours aussi conséquente, si on part d’un principe de la loi des mises à jours et du potentiel encore en attente de ses ‘inventeurs’. Ce seront les découvertes faites par monsieur J. Abelanet qui montreront toute l’importance de l’implantation humaine locale comme en témoignent un ‘site à gravures’, des grottes ossuaires, vestiges mégalithiques… comme on peut le vérifier sur le catalogue des découvertes de ce passionné de notre passé local. A ceci nous ajoutons les trouvailles d’un autre chercheur qui, s’il fut plus modeste et moins mis en lumière, n’en fut pas pour autant moins heureux et riche en découverte de petits mobiliers funéraires et sédentaires.
C’est en effet Bernard Baunnand qui découvre, entre 1887 et 1914, plusieurs sites vers les lieudits ‘Didot’, ‘Daumenges’ et ‘Les Conques’. Il s’agit là de fosses à incinération, d’un petit cimetière préroman ainsi que de plusieurs cavités à occupation plus ancienne. Une autre plus isolée put, tout à fait, servir de refuge sécurisé lors de conflits régionaux, durant notre dernier millénaire, comme en témoignent des tessons du 13e et deux poteries quasiment intactes du 16e siècle ainsi que divers ustensiles communs, outillages domestiques et deux armes blanches des mêmes époques. Bernard Baunnand, érudit et chercheur insatiable semblait avoir localisé un important site sans doute gallo-romain au moment où il fut appelé sous les drapeaux et succomba pour la plus grande gloire de notre mère Patrie… Ce sont ses descendants respectueux du travail de leur ancêtre qui conservent ses ‘carnets de fouilles’, photographies et échantillons des vestiges funéraires et sédentaires remontés… dont un crâne humain portant une superbe trépanation sur un côté de la nuque. Ceci, plus évidemment tout ce que nous ne savons pas, atteste d’un secteur très fréquenté du néolithique jusqu’au 17e siècle, montrant naturellement que la rencontre fortuite d’un Sapeur-pompier avec notre lointain passé entre dans une logique acceptable. Ensuite la vie se replie, avec le progrès, sur le village de Vingrau lui-même. Elle ne laisse ça et là que quelques cortals, bergerie et ‘mas’ encore ponctuellement occupés… qui ne tarderont pas à sombrer les uns après les autres à leur tour dans l’oubli, l’abandon, la décrépitude et le mépris habituel de l’homme pour ce qui lui fut pourtant vital.

Une incontestable présence romaine

La barre rocheuse et son étrange 'trou' de passage

Si on déplore une quasi-absence de témoins de l’occupation romaine c’est tout simplement, peut-être, en raison du fait qu’on ne la cherche pas là où elle était. Car, si rien de cette époque ne se distingue dans le périmètre du village, on retient toutefois qu’il bordait une voie dont un des plus impressionnants vestiges est une rampe agrémentée d’une vingtaine de paliers en forme de ‘marches’ permettant de franchir le ‘Pas de l’Echelle’. Ce sont, au demeurant, ces ‘pas’ qui provenant de l'expression latine « viginti gradi », les ‘vingt grades’ ou ‘marches’ ou ‘graus’, donneront son nom au village qui deviendra… Vingrau. Ensuite Baunnand semble avoir trouvé l’emplacement d’un petit domaine romain montrant par là qu’il est possible d’envisager qu’un embryon de communauté existait un peu plus haut en direction de Embres et… Périllos, en des endroits où les voies de communication suivaient un tracé bien plus simple, commode et astucieux qu’ils ne le seront désormais, imposés par l’occupation romaine ayant besoin d‘axes commerciaux, militaires et administratifs, faisant fi d’autres considérations humaines et sédentaires… Ensuite, et bien ensuite les siècles apporteront leur lot de progrès, certes… mais hélas aussi celui des guerres. Les conflits, ici, sont fréquents en raison de la proximité de la frontière avec les pays hispaniques. De plus la topographie est telle qu’il n’y a guère de possibilités d’incursion avec du matériel lourd comme des pièces d’artilleries. Les rares voies d’incursions sont donc malheureusement fréquentées aux moments de convulsions guerrières et les passages de communication font les frais de troupes saccageant souvent tout au cours de l’aller et… aussi du retour pour faire bonne mesure surtout si l’envahisseur est vaincu. C’est ainsi que Vingrau se trouve vers 1258, à la suite du traité de Corbeil, à la frontière entre les couronnes de France et d’Aragon… et les châteaux de Tautavel et celui du plateau de Salveterra. Ensuite ce sera en 1639 que la France attaquant l’Espagne, ses troupes prennent les deux châteaux et la place de Vingrau une semaine plus tard… Quand à la Révolution ses convulsions ne semblent pas avoir été trop vives dans ce secteur, tout comme rien de remarquable n’eut lieu ici lors de la guerre frontalière de 1793…
Vingrau s’installe ainsi dans le cours de l’Histoire et de son passé en oubliant peut-être que son origine se trouvait un peu plus vers la limite de ses terres avec celles des seigneurs de Périllos.

Religion, un oratoire, deux églises et une chapelle

La chapelle de ND du Bon Conseil

La religion eut son propre lot sur ce secteur. C’est en 1260 que l’abbaye de Fontfroide prend possession de ce riche territoire et les moines en conserveront la main mise jusqu’en 1512. Cette présence religieuse n’aurait cependant pas empêché, dans le secteur de Vingrau la présence de cathares inspirée par Limosus Nègre… Ces derniers au moment des persécutions auraient fort bien pu trouver un refuge ponctuel dans quelques cavités qui plus tard prirent le nom de ‘trou du Bonhomme’ comme on peut le lire sur deux compoix dont un du notaire Bernard Courtade encore au 17e siècle ! L’Eglise eut son sanctuaire à Vingrau dont il reste le bâtiment fermé au public. A son origine, il y aurait eu sur son emplacement un oratoire du VIIIe siècle placé sous le vocable de Saints bien connus dans cette région du Roussillon : Celse et Nazaire. Au demeurant il reste de ce pieux souvenir les bustes ‘archaïques’ transférés dans l’église actuelle. A leur arrivée les moines de Fontfroide unifiant un culte général à la Vierge, le sanctuaire sera placé définitivement sous le vocable de Sainte-Marie. Notons que les bustes reliquaires sont disposés à présent près d’un autel datant des réparations de 1881 et initialement voué à… saints Abdon et Sennen.
Cette vénérable église, au porche d’entrée situé au nord, aurait été bâtie sur des plans similaires à ceux utilisés par Bruno de Roucy évêque de Langres de 980 à 1015. On peut rester perplexe sur le fait que les constructeurs soient allés en Bourgogne pour s’inspirer d’une église au XIIe siècle… à moins bien entendu qu’il n’y ait eu d’autres liens plus discrets entre ces deux régions autre que ceux d’un certain Julien Chastillon précisément venu de la lointaine Burgondie sans raison vraiment apparente. L’édifice, bien que classé est devenu dangereux et est actuellement fermé au bénéfice de l’église (‘d’en bas’) du village, à peu de distance du stade, qui reçoit les fidèles… sous le vocable de Notre-Dame de Fontfroide comme l’indique une inscription au sol de l’entrée.
Une chapelle, située à l’entrée du village (du côté de la coopérative en direction d’Opoul) est placée sous le patronage de Notre-Dame du Bon Conseil. Très curieusement, les séculaires hauts pins qui l’entouraient ont été abattus par la dernière tempête… et tous, en s’écrasant dans tous les sens, épargnèrent totalement l’édifice de 1860!
Nous ne refermerons pas ce volet sur la religion sans faire mention de l’intervention, à Vingrau, d’un évêque que nous connaissons bien puisqu’il s’agit de Nicolas Pavillon ayant tenu l’évêché d’Alet près de Rennes-le-Château. Celui-ci intervint vertement contre H. de Rasiguères qui avait des comportements pour le moins peu… orthodoxes vis-à-vis de certaines dames de la paroisse de Vingrau. L’évêque Janséniste alla jusqu’à excommunier ce tenant des droits de justice du lieu le 11 septembre 1661… qui reprit trois ans plus tard ses turpitudes et ses droits à rendre une justice dont effectivement N. Pavillon pouvait douter de la droiture…

L’ombre des Périllos

L'antique voie pavée

Ce territoire était en partie celui des Périllos et secondairement celui également des Aniort (1204) et des Pons de Vernet qui durent abandonner les lieux entre 1220 et 1260. Bien que F. Roque limite discrètement cette propriété des Périllos au domaine de Génégals leur possession s’étendait à toute la portion qui remonte depuis l’Auriol et le couvent Ste Cécile, dépasse le Crès de la Galère et déborde la haute barre rocheuse de ‘La Serre’, le ‘Ravin des Coullets’, et redescend jusqu’à l’antique voie aujourd’hui quasiment totalement disparue. Cette répartition se trouve référencée, même si elle était déjà considérée comme obsolète, sur deux compoix dont celui joint au registre territorial établi par Bernard Courtade… notaire royal en 1620 et plus tard ensuite. Au demeurant c’est François de Périllos qui est nommé, le 8 octobre 1348, châtelain à Tautavel par le roi d’Aragon (qui le qualifie honorifiquement de « delecto et carissimo »). D’ailleurs, à propos des propriétés des Périllos dans le secteur de Vingrau, force est de constater qu’elles étaient autrement plus étendues que ne le suggère Roque. En effet, on lit dans le répertoire de l’abbé de Fontfroide que « le 5 des kalendes de juin 1198, Raymond de Perillous, sa femme et ses enfants donnent également au monastère des pasturages du col de Combals, ainsi que le torrent diule de Génégals ». Si on consulte les anciens terriers on peut vérifier que l’emprise ‘périllossienne’ est bien étendue sur le versant Vingrau de ‘la Serre’.
De plus on peut, aux Archives de l’Aude, trouver un état bien complet et détaillé de la propriété en question, avec les toponymes du 13e siècle, dont quelques uns correspondent encore à la réalité quoiqu’un peu déformé dans leur orthographe. C’est ainsi qu’on retrouve les noms de Vaillauriola, Montpeyrou, Traouc del Caball… et d’autres que nous étudions actuellement par leur définition pour le moins… ésotérique et leurs emplacements. Ces derniers, effectivement, sont susceptibles de nous donner des informations sur des emplacements de fours à verre notamment et un oratoire, dont plus aucun écrit ne fait mention, ainsi que des mines potentielles et des avens sans doute prometteurs de découvertes importantes sur le secteur de Périllos. Enfin, dans les bâtiments jouxtant l’ancienne église on montrait une écurie où se reposaient le cheval du seigneur de Périllos ainsi que les mulets de ses féaux sujets venus tous ensemble suivre certains offices à Vingrau (on peut se demander lesquels ?)… puisque l’église d’Opoul était dans un tel état de délabrement que les périllossiens, seigneur en tête, s’en abstenaient la fréquentation.

Des bornes qu’on ne dépasse pas !

Le 'trou du cheval'... côté Périllos. Ce passage est encore dallé.

Toujours est-il que l’arrivée des moines de Fontfroide, à la tête de la commune, eut d’heureux effets sur sa prospérité et le bien être de ses habitants. Il reste quelques témoins de ces ‘aménagements’ tels que les vestiges d’un système de glacière dont l’utilité était primordiale pour la conservation de certaines denrées alimentaires lors des saisons caniculaires. Un autre témoignage de cette occupation des abbés cisterciens est une ligne de bornage disposée aux confins de ce territoire. A notre connaissance, il reste en quelques endroits certaines bornes perdues dans la végétation ou déterrées. Cependant, il est étonnant que pratiquement aucune mention ne soit faite de l’existence de cette forme de ‘frontière’ linéaire, et pointillée à la fois, car d’une borne il fallait qu’une autre soit à vue pour faciliter des mesures, vérifications et repérages notariés indispensables aux administrateurs d’alors. C’est ainsi que sans doute pour se faciliter la tâche les ‘arpenteurs’ de cette époque utilisèrent certes de hauts blocs taillés de pierre blanchâtre aisés à retrouver selon les besoins… mais également ils firent bornes au moins deux calvaires sommitaux et au moins un mégalithe. Une de ces balises, vieille de près de sept siècles, se trouve encore dissimulée dans le large secteur du ‘trou du cheval’ depuis lequel on redescend facilement sur Périllos alors distant d’une très courte distance… Cette borne comporte, comme ses sœurs, croix et millésime sur la face tournée vers Vingrau (ce qui permet depuis chacune d’entre elles de savoir la direction du village même de nuit ou dans la brume !)… et d’autres gravures correspondantes à la volonté ou héraldisme des voisins… dont les seigneurs de Périllos. Nous reviendrons nécessairement, en toute logique, sur ces gravures qui nous réserverons d’étranges surprises héraldiques et autres, nous a-t-on promis.

Retour à la découverte en question

Le plateau de Salveterra vue du passage du cheval

Pour l’instant il est temps que ce bornage, et son emplacement, nous ramènent au début de ce chapitre, c'est-à-dire sur la découverte faite dans un aven en contrebas du ‘trou’ ou ‘pas’ du cheval’, en sachant que sur les ‘terriers’ notariés (1489 - 1523 et Castan, 1525) locaux ce ‘passage’ était noté sous le nom de ‘La Madeleine’ (et non Ste Madeleine…).
Hormis son aspect archéologique, et humain, cette trouvaille faite inopinément, le 30 mars 2009, proche de ce collet, peut nous donner bien des indications précieuses à nos recherches. Par exemple nous excluons, sans grand risque de nous tromper, le fait que la victime se soit trouvée sur cet aven par hasard. Si ce ‘passage’, d’un versant à un autre, était utilisé entre Périllos et Vingrau, jusqu’au Moyen-âge ça ne signifie pas pour autant que ceux qui l’empruntaient s’accordaient de faire du tourisme, s’y promenaient ou s’égaraient en quête de curiosités locales souterraines et naturelles. Sans doute, cet homme d’une vingtaine d’années cherchait-il quelque chose de précis où se rendait-il en un endroit déterminé à peu de distance de ce gouffre… Peut-être cherchait-il un emplacement, dont il était à propos, mais hélas qu’il ne trouva pas en raison d’une mauvaise indication ou d’un faux pas hors du chemin, d’une chute qui lui fut fatale.
Quoiqu’il en soit, on note au collet du « trou du cheval » que le franchissement, sur les deux versants, est empierré comme pouvait l’être une étroite voie antique. Cette observation nous confirme qu’il ne s’agit pas là d’une quelconque sente de randonnée, mais d’une desserte fréquemment utilisée (les empierrement sont patinés et lustrés) depuis longtemps. En outre ce « trou du cheval » du avoir des raisons après son ancienne appellation (La Madeleine) de se placer sous le signe de l’équidé. Nous pouvons penser que le passage devait également servir de halte à ceux chargés qui le passaient. Ce moment d’arrêt pouvait alors, comme c’est souvent le cas, inspirer de laisser là dans la roche une initiale, un graffiti, un dessin. En principe, l’auteur fait appel à son sobriquet, sa fonction ou autre croquis lui étant intime. La surprise est simple pour l’observateur, car ici il ne se trouve rien de ce genre sur les côtés rocheux de ce cheminement. Il faut s’éloigner un peu et observer les roches environnantes pour trouver quelques petites, mais profondes, cupules et deux plus conséquentes en forme de possible… bénitier ! C’est dans ce minuscule secteur écarté de la voie qu’on peut voir une gravure versant Périllos… dessinant un fer à cheval. Peut-être, après avoir changé la toponymie ancienne pour des raisons ignorées, a-t-on simplement, à la vue de ce ‘pas de cheval’, donné son nom au collet. D’ailleurs lors de notre approche du site nous avons pu voir, dans l’argile du sentier, des empreintes récentes de fer à cheval bien dessinées montrant par là que l’usage de cette monture se pratique encore le long de cette desserte, comme se devait être le cas depuis des siècles ! Il n’y aurait donc rien d’étonnant à ce que cet endroit ait été plus fréquenté qu’on ne l’imagine maintenant et qu‘il ait pu servir à autre chose que des haltes de repos ou à des séances de gravures. En regardant bien le lieu on a le long de l’immense barre rocheuse une multitude de cavités, dont certaines ne nécessitent pas d’efforts particuliers, sinon un minimum d’attention, pour en approcher à pieds après avoir attaché sa monture à cet endroit… peut-être pour s’y adonner à de brèves dévotions, courtes prières vers quelques croix sommitales, rustiques oratoires ou lieux de vénération oubliés. Et ce possible détail a de quoi nous interpeller sérieusement comme nous le voyons à présent.

Le mystère de la grotte « oursue » ?

Ayant soumis nos remarques à une personne s’étant rendue sur ce secteur peu avant nous, elle nous a astucieusement suggéré qu’il pourrait bien être envisageable qu’une de ces cavités corresponde à une certaine grotte « Oursue », « Oursus » ou encore « Oursuv » (le mot n'étant plus guère lisible sur le vieux registre de l’église de Périllos en notre possession)… sur laquelle, en vérité, nous ne savons rien ou si peu de choses.
La seule certitude dont nous disposons est que les prêtres de Périllos y conduisaient ponctuellement une procession, bannières en tête, rassemblant quasiment les habitants du village. On pourrait penser à une belle légende dépourvue de la moindre réalité si l’expédition n’avait été par trois fois mentionnée sur le dernier registre de l’église de St Michel (lui aussi entre nos mains). Les religieux restent laconiques sur le pourquoi de cette cérémonie qui, disent-ils cependant, durait toute une journée avec un office puis collation prise sur place. Le dernier à en faire état est l'abbé Laborie, probablement un des derniers servants réguliers du culte à Périllos. Ce dernier, visiblement impressionné par le lieu, précise qu'on peut contempler, dans cette « cavelle », une gravure qu'il considère comme une curiosité antique remarquable et très respectable. Il s'agirait, d'après lui, d'une gravure représentant la constellation de la Grande Ourse surmontant l'illustration d'une « coupe recipien de la saincte csène de nostre seygneur Jésus » ! Le méticuleux religieux prend soin de joindre un croquis représentant cet ensemble. Certes « la coupe » est scrupuleusement dessinée avec, au dessus, des points « tachés » schématisant grossièrement les étoiles composant la « Grande Ourse »...
Cette grotte, en forme d’oratoire improvisé ou à demeure, nous la recherchons assidument depuis près de 20 ans sans en avoir retrouvé le moindre indice sur le terrain. Pourtant cette cavité existe bel et bien puisqu’elle faisait l’objet d’une vénération particulière mais… toutefois discrète. Ce site, aujourd'hui quasiment oublié, semble avoir été connu et régulièrement fréquenté encore au XVIIe siècle. Nous ne saurons jamais si cet abbé -montrant une certaine érudition puisqu’il identifie une constellation- était fasciné par le passé archéologique de sa paroisse ou seulement par quelques démarches purement mystiques... Toujours est-il qu'il note plusieurs détails sur cet endroit semblant faire l'objet d'un périple processionnaire inhabituel, dont il s’abstient comme ses prédécesseurs d’en préciser la raison ou un but… Un but qui pourrait se montrer saisonnier, par exemple en cas de sécheresse ou d’une quelconque calamité naturelle ou humaine.
A cette heure rien ne crédite formellement notre nouvelle hypothèse, avouons le d’emblée. En échange nous retenons certains éléments importants. D’abord, une procession, entrainant la quasi-totalité des paroissiens, partant de Périllos et revenant en fin de journée, ne peut aller trop loin en raison de la distance. Ensuite, comme il peut y avoir des enfants, femmes et personnes âgées dans ce périple religieux, on ne peut l’imaginer empruntant un chemin difficile ou trop escarpé. Enfin, si les prêtres emmenant cette expédition de la foi, expliquent qu’elle a lieu dans une grotte… c’est que c’est sans doute la simple vérité !... même et surtout si ces religieux ne jugent pas utile de s’étendre sur les motifs de ce ‘bref voyage’.
Si la population de Périllos ne fut jamais très importante, il faut toutefois admettre que pour qu’un office ait lieu dans un abri naturel il faut que celui-ci soit assez spacieux pour laisser entrer tous les participants… (la grotte de La Caune par exemple). A cela, ajoutons qu’il faut que l’endroit soit à l’abri de la pluie, mais pas trop éloigné de la clarté naturelle pour ne pas transformer cette cérémonie en un incertaine et sombre partie de ‘cache-cache’. Si sur le versant Périllos nous n’avons jamais pu trouver une telle correspondance, sur celui donnant sur la Serre il en est tout autre. Nous avons là parmi des cavités naturelles existantes un choix permettant d’en trouver une pouvant, à moindre aménagement, correspondre aux critères demandés :
- Assez importante en volume pour contenir facilement une trentaine de personnes.
- Suffisamment profonde pour recevoir et abriter un office discret mais… non secret.
- Placée en un lieu accessible à tous et peu éloigné de la paroisse pour en permettre le trajet complet en une petite journée sans grands efforts.
- Et enfin se trouver sur les terres de Périllos, pas très éloignée du village, excluant ainsi la moindre curiosité ou incident de frontière avec les voisins… ces derniers pouvant craindre une riposte plutôt ferme des seigneurs de Périllos pouvant ne pas apprécier qu’on se mêle de trop près de ce qui se passe sur leur territoire.

Hypothèse en forme de scénario romanesque

Statue de la Sanch dans l'ancienne église

Si tel fut le cas… nous ajoutons un scénario que nous qualifions, afin de ne pas irriter certains autres chercheurs, de romanesque, certes, mais constitué d’éléments tangibles.
Il existerait plusieurs sites funéraires sur des terres qui deviendront avec le haut Moyen-âge celles d’une famille arrivée d’Orient (et nous avons des éléments écrits pour affirmer ceci). Ces sites mortuaires sont fréquentés régulièrement, ou au moins connus de certaines ‘sociétés’ pouvant remonter aux celto-ligures, ou plus loin encore. Ainsi, une tradition en filigrane s’est constituée autour d’une sorte de… pôle spirituel attaché à un culte, célébré selon des rites bien précis, depuis ces temps très anciens que nous arrêterons cependant à l’époque mégalithique (là encore nous disposons d’éléments suffisants pour l’écrire). Ce point, que nous dirons ‘focal’, se réparti depuis deux ou trois centres correspondants sur le terrain à une représentation élémentaire de la géographie sacrée. Ces localisations… sacrées connues, pour plusieurs raisons sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement, depuis des temps disons… tout d’abord druidiques (pour simplifier l’explication) servent de sanctuaires au fil des époques à des personnages très importants, sans être forcément bien connus, dont il doit rester une mémoire.
Ces nécropoles sont utilisées, en forme de superposition, pour abriter et protéger les dépouilles de dignitaires… tantôt royaux, tantôt sacrés ou les deux à la fois le cas échéant ! Cette distribution établie, naturellement depuis des points émanant certains rayonnements spirituels ou telluriques, se retrouve inscrite selon une forme triangulaire telle qu’elle se montre facile à mémoriser au fil des siècles, des utilisateurs et des dépouilles, ou avatars, qui y dorment. Parmi ces sites, à tout hasard, nous dirons la Mourtre et des hauteurs identifiables en crête ou pied de hautes falaises… les uns, ‘d’en bas’ voués aux divinités protectrices du sous-sol comme Ste Barbe par exemple, pendant que les autres seront voués à de pourfendeurs St Michel patrons des sommets. Certes, les patrons et patronnes que nous citons ici, sont les derniers en date à représenter une mémoire-balise de compréhension comme nous l’avons démontré dans des textes précédents sur les colonnes de nos sites. En ces lieux sont des cavités naturelles, ou non, dont le contenu sera primordial pour la révélation finale, du moins pour notre ère.
Des gardiens, au fil des temps et besoins, sont mis en place selon des critères dont nous reparlerons à propos des Périllos venus d’Orient car ils en seront la meilleure démonstration possible selon des textes reconnus. Ces êtres chargés de veiller sur l’inviolabilité des entrées et sites sont disposés dans le temps selon un vieux principe identique à celui des… templistes !
Cela étant dit, ces sites contiennent des cavités fermées et secrètes recevant naturellement des cultes chargés d’y maintenir en place la mémoire de l’endroit et un entretien des forces et énergies indispensables à la bonne conservation. Ces sortes de réserves de carburant de l’Esprit peuvent au demeurant être servies, ou desservies, par des participants ou pratiquants d’une religion par forcément très conscients de l’immense importance de ce qu’ils font, lors de ce qui est pour eux ici un pèlerinage… là une procession (limitée comme à Périllos ou immense comme celle de la Sanch à Perpignan), ou encore plus loin une basilique aux origines incertaines… ou enfin au fond d’une obscure cavité oubliée de tous, sauf de ceux qui savent. La grotte Oursue serait un de ce point émergeant tout comme la Mourtre et un lieu disposant … « d’une ouverture vers l’autre monde » dont la clé se trouvait au Purgatoire du Puits St Patrick en Irlande !

Une vue du passage... depuis le bas

Quand à la découverte récente elle s’est faite à « Las Costes » c'est-à-dire au pied de la barre rocheuse, loin du ‘trou du cheval’ mais néanmoins encore sur le vieux territoire des Périllos. C’est dans des endroits de ce secteur que furent retrouvés quelques vestiges des temps passés et antiques. Au fil des défonçages viticoles, ou autres exploitations forestières et agricoles, quelques ouvriers attentifs mirent la main sur des monnaies et menus objets toutefois des plus intéressants comme des lampes à huile, un ‘cruse’, des monnaies, médailles tessons et vestiges des âges du bronze. C’est ensuite quelques témoins des temps wisigothiques (maîtres de la région en 408) qui furent retrouvés toujours dans ce secteur et quelques monnaies et bijoux à décors arabes (présents ici vers 735)… comme on a pu nous en montrer et confier quelques éléments.
Tout ceci pourrait bien déboucher sur d’autres curieuses mises à jour et ces opportunités inattendues nous montrent, à l’évidence qu’une découverte fortuite souvent est le prélude à d’autres de plus grande importance… C’est en ce sens que nous allons prochainement engager quelques promenades et investigations à la faveur des beaux jours. Donc, affaire… à suivre sur nos colonnes.

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André Douzet

Nous remercions particulièrement madame Laure Moysset, journaliste, et l’Indépendant pour leur sympathique autorisation à reproduire l’article du 23 avril 2009. Notre gratitude aussi à ‘Juan’ et ‘Pommelle’ pour leur confiance à nous conduire là où il fallait et nous montrer certaines pièces remontées lors d’exploitations agricoles… il y a plus de cinquante ans.

N.B.: Pour des raisons de sauvegarde et respect de certains vénérables vestiges pouvant être l’objet de saccages, hélas de plus en plus fréquents, nous ne donnerons pas la localisation précise de ce qu’on a pu nous signaler et dont nous avons vérifié la véracité sur place.
Ensuite, il nous semble de bon ton de rappeler que l’usage des détecteurs à métaux est interdite, tout comme la moindre fouille clandestine… sans autorisation ponctuelle que seule l’autorité compétente peut délivrer.
Enfin, nous ne donnerons pas non plus les coordonnées topo de l’aven retrouvé le 30 mars, pour des raisons de sécurité tout d’abord, et ensuite pour aller dans le respect d’un arrêté municipale n° 30-2009, en date du 16 avril 2009. Ce dernier interdit l’accès sur toute la parcelle concernée en vue de protéger les personnes d’un accident pouvant être mortel et ensuite pour la sauvegarde de notre patrimoine à tous.